Fondements dramaturigiques : dramaturgie, énoncé et énonciation (suite)

Formes et descriptions des dialogues

Dialogues : ensemble des répliques.

Stichomythie : réplique très courte (stichos : vers; muthos : récit).

Répartie : répliques qui n’ont pas de véritable réponse (ex. « Rodrigue, as-tu du cœur? » dans Le Cid).

Les monologues sont une halte dans l’action; ils suspendent l’action. C’est un moment de recul, on essaie d’acquérir l’information, de mieux envisager l’action à venir, d’examiner l’action passée.

Le monologue s’adresse à un destinataire : le public. On offre au public une information privilégiée.

L’énonciation du monologue peut prendre 3 formes (qui peuvent se combiner) :

  1. Un dialogue avec soi : le personnage se parle avec lui-même (ex. le monologue de Hamlet, « Être ou ne pas être… »). Moment de réflexion d’un personnage qui se laisse aller à des confidences. Les monologues sont généralement malheureux (sentiment d’un ). Il n’y a pas beaucoup de monologues dans les comédies. Lyrique.
  2. Un dialogue avec un personnage invisible : parler avec un personnage absent, un mort.
  3. Monologue avec un objet : parler avec un objet, à un objet. Moment de réflexion.

Chez les Grecs, le monologue était normal au théâtre.

Les Classiques ont éliminé le monologue, car il n’était pas assez réaliste. On a alors inventé le « confident ».

Dans le théâtre post-classique (romantique, XIXe^ et première moitié du XX^e siècle), on a un grand souci pour le réalisme, si bien qu’on a beaucoup éliminé le monologue. Dans le théâtre post-moderne, on a ramené le monologue. Certaines pièces post-modernes ne sont que des monolouges.

Le monologue est un « faux dialogue », car il s’adresse à quelqu’un (même fictif). Aujourd’hui, le monologue est une variante du dialogue.

Aparté : monologue très court d’un personnage, au milieu de la scène, qui dit quelque chose pour lui-même, et qui en principe ne devrait pas être entendu par les autres personnages et dont seul le public est témoin.

Le faux-aparté : aparté qu’un personnage dit, mais qui est fait pour être entendu.

Autres variantes : dialogues croisés, polylogues (dialogues à plusieurs voix).

Les dialogues sont lacunaires

Les dialogues sont toujours lacunaires. Le texte dramatique doit (traditionnellement du moins) tout faire passer par les dialogues, alors que dans le roman on peut faire appel au narrateur.

Enjeux du dialogue

Enjeux : Le dialogue, par sa répartition entre les personnages, est une forme de distribution de pouvoir (certains personnages ont plus d’information que d’autres).

Nature des dialogues

Alternance : les dialogues sont neutres, car en alternance. Surviennent avant ou après le conflit.

Dialogues d’opposition : les personnages ne coopèrent pas, s’affrontent sur certains sujets; moments de confrontation. La confrontation (dans le dialogue) peut être si violente qu’elle rompt le dialogue; devient si violent que le dialogue s’arrête : montée en intensité jusqu’à une action violente, puis rupture du dialogue.

Le cadre social du dialogue

Le théâtre est le miroir de la société; la scène devrait en quelque sorte refléter la salle; on devrait y voir la même hiérarchie sociale que celle observée en société. Les personnages parlent selon ce qu’ils sont, en fonction de leur classe sociale.

Au théâtre (classique), c’est très rare qu’il y ait du tutoiement. On ne tutoie que les valets et les autres personnages inférieurs, ou à quelqu’un dans un moment d’emportement.

Le cadre relationnel des dialogues

Rapports de force. Rapports ascendants (par exemple vis-à-vis de quelqu’un qu’on aime, qu’on admire).

La choralité

La choralité est une énonciation plurielle. C’est un dialogue ou un monologue dit collectivement. Depuis les années 1990, c’est une pratique très banale. Le chœur est généralement chantant.

Stasimon : stase, arrêt. Arrêt de l’épisode (les Grecs ne disaient pas l’acte, mais l’épisode).

La dynamique communicationnelle

Destinataire ------> Message -------> Destinateur
Émetteur                              Récepteur

Ce rapport n’est en fait pas unidirectionnel, et pas non plus simplement bidirectionnel, mais rhizomique (dans tous les sens, avec de multiples facteurs).

Les facteurs et les fonctions du du langage selon Jacobson

                   Contexte
           (fonction référentielle)
                      |
                      |
  Destinateur ---- Message ---- Destinataire
(f. expressive) (f. poétique)   (f. conative)
                      |
                      |
                   Contact
             (Fonction phatique)
                      |
                      |
                     Code
         (Fonction métalinguistique)   

La double énonciation

Qui parle à qui? Parfois, c’est l’auteur qui parle à travers ses personnages. Passage de la simple énonciation (ce que le personnage dit ne relève que du personnage) à la double énonciation (ce que le personnage dit, c’est aussi ce que l’auteur dit) : coprésence.

Les actes de locution

Éléments locutoires; éléments illocutoires.

Certaines choses restent de l’ordre de la parole – ce que le personnage dit – mais d’autres sont illocutoires, c’est-à-dire qu’ils convoient à un message au-delà de celui qui est dit (ex. prière, ordre, interdiction, menace).

Fonction perlocutoire : effet psychologique que produit la phrase sur le récepteur. Acte de manipulation. Amène indirectement quelqu’un à faire quelque chose (ex. remarque/commentaire qui incite à faire une action).

Exemple de perlucotoire comique : Les fouberies de Scapin, où Scapin met Géronte dans un sac et imite un spadassin.