Fondements dramaturgiques 4 : générécité et récit (suite)

Règles discursives

La vraisemblance

Le texte doit avoir l’air d’un vrai. Il faut pouvoir y croire. C’est un principe classique, et Bonne retraite Jocelyne la respecte énormément (très vraisemblable).

La bienséance

Parole publique : une scène qui s’adresse à un public. Dimension sociale du théâtre. La bienséance définit ce qui est acceptable de dire, d’évoquer et de présenter sur scène. Chaque époque a ses bienséances.

Au XVIIe siècle, on ne représentait pas la violence sur scène (même si c’était une période violente…), car cela allait contre la bienséance de l’époque.

La bienséance externe : bienséance qui appartient à l’époque de la représentation; au contexte de la représentation. Ex. le roi, la reine (présentation devant eux).

À l’époque grecque, on ne montrait pas la violence; il n’y avait pas de spectacularisation de la violence. Pas de spectacularisation non plus de la vulgatiré (car les dieux sont présents).

À l’époque classique, on ne représente pas de violence non plus. On conçoit une pièce comme si elle allait être présentée au roi.

Unité de lieu : pas un seul lieu, mais des lieux concomitants. Les personnages peuvent aller dans ces différentes lieux dans le temps de la représentation.

Pour rester dans la règle de l’unité, les ellipses doivent être courtes (quelques minutes, quelques heures au plus).

Unité d’action : action unique (Bonne retraite Jocelyne). Action principale alimentée, nourrie par des actions secondaires.

Unité de ton : atmosphère (dramatique, comique, etc.).

Vers la crise : fin de la fable, fin du personnage, fin des genres, fin du récit

Depuis la 2e Guerre mondiale, toutes les grandes unités de règle au théâtre se sont effondrées. La post-modernité, c’est devenu la règle de la majorité.

Jusqu’au XIXe siècle, le théâtre décrivait une situation dramatique de dans la vie, un drame de dans la vie.

Avant la 2e Guerre mondiale, drame dans la vie; après, drame de la vie.

Caractère, condition, mutation

Quelqu’un qui a du caractère : quelqu’un qui a un défaut.

À l’époque de la comedia dell’arte, on développe une condition sociologique : place dans la société. Dans Bonne retraite Jocelyne, la place de Jocelyne dans la société (emploi de fonctionnaire) la définit; avec sa retraite, elle est appelée à se redéfinir.

Hybridation

De l’hybridité (le mélange), il se dégage une nouvelle esthétique.

Fondements dramaturgiques 5 : le comique

Introduction

Le préjugé anti-comique

Le comique est un impensé : il ne s’en dégage pas de théorie (ou très rarement). Pourtant, les œuvres comiques sont majoritaires (peut-être la moitié du répertoire).

Au Québec, on consomme surtout les spectacles d’humour. On compose beaucoup d’humour, mais on théorise très peu là-dessus, à cause du préjugé anti-comique.

Pourquoi le préjugé anti-comique? Parce que le comique est méchant. Dans le comique, on rit avec quelqu’un (c’est rare qu’on rit tout seul). Si on rit de quelque chose, c’est généralement de quelqu’un, de la situation de quelqu’un; et cette situation n’est généralement pas agréable.

Le rire est parfois notre première réaction face à une situation (puis l’on s’en veut d’avoir ri).

Perte de contrôle : perte de contrôle dès le départ. Le rire éclate, nous prend au dépourvu. Cette perte de contrôle ouvre sur l’expression des instincts, ce qu’il peut y avoir de dangereux, de bestial, de déshonorant. Notre éclat de rire, lorsqu’on est plié en quatre, n’est peut-être pas le plus beau portrait de nous-mêmes.

Il y a quelque chose de subversif dans le rire. Parfois lié au sexe (humour sexuel).

Le comique n’est pas un objet; on n’a pas d’objet comique. Le tragique a son objet : la mort. Le comique n’existe pas tout seul, il n’existe que par ses effets avec autrui, une fois qu’il est passé. Difficile donc à définir.

Texte de Bergson :

Difficultés définitoires

Plusieurs sortes de rire

Psycho-physique

risible vs comique

risible : faire rire, spontané (pas l’intention de faire rire)

comique : avec intention comique (ex. humour)

Le rire ne doit pas provoquer de malaise, pas de sentiment de danger

Toujours une victime

3 théories fonctionnent ensemble :

Approches

éthiologiques : prendre individus dans leur milieu

philosophiques

historiques

Mécanismes comiques

Paradoxe pragmatique : le rire repose toujours sur quelque chose d’autre, n’est pas appréhendable par une seule discipline, croisement disciplinaire

Ce qui produit le rire est toujours au croisement. Toujours associé à d’autres discours, d’autres référents.

Procédés

Geste : ex. bourse Scapin; tarte à la crème.

Comique de mots : répétition de mots/expressions; calembours; bégaiements; tout ce qui se fait à partir de mots ou de phrases; comique de situation : (ex. scène du sac; ex. personnage caché entend ce qu’il ne devrait pas entendre)

Comique de situation : la situation est drôle en elle-même .

Comique d’intrigue : la succession est elle-même comique. Ex. Géronte se fait raconter son malheur par qqn d’autre. Rebondissements en rebondissements l’intrigue devient plus drôle.

Comique de caractère : soulignement d’un défaut de caractère d’un personnage (ex. Peur; avarice; libido; personnages de la comedia dell’arte; prétention; jalousie; légèreté d’humeur). Éléments peuvent se combiner.

Approches

synthèse

postures critiques : 2 grandes postures :

Approche théorique vs empirique

Empirique : on ne sait pas ce qu’on cherche, en lisant on trouve des pistes. Sans savoir au départ sur quoi porte la recherche

Théorique : on a un modèle, une théorie en tête (ex. Oedipe Freud), on cherche à l’appliquer au texte que l’on a devant soi.