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Structuralisme et sémiotique

Le structuralisme

Définition générale

Issu de la confluence de plusieurs courants – formalismes russes et pragois, anthropologie et linguistique structurales – qui tous trouvent plus ou moins leur source dans les travaux de Ferdinand de Saussure, le structuralisme constitue une démarche scientifique qui, articulant une théorie du signe et de la signification à une méthode d’analyse commutative/substitutive, étudie les systèmes de relations – relativement – stables (les structures). Lorsqu’il prend la littérature pour objet, il envisage moins la diversité des œuvres littéraires réelles que les structures de pensée, les structures narratives et la littérarité.

(Paul Aron, Denis Saint-Jacques, Alain Viala, Le Dictionnaire du littéraire, p. 588)

Les autres courants n’avaient pas la prétention de se réclamer des sciences. Comment peut-on tirer des signes à l’intérieur du texte, à même le texte, sans avoir à en sortir.

Analyse commutative/substitutive : ce qui se lie ensemble sur un axe syntagmatique (horizontal). L’axe paradigmatique (vertical) lui est orthogonal : c’est le choix des mots pour exprimer un certain degré de réalité.

^
| axe paradigmatique
|
|
|
|
|
+-------------------------------->
                 axe syntagmatique

L’axe syntagmatique représente la syntaxe, l’enchaînement linéaire de mots. On l’associe à la métonymie.

L’axe paradigmatique est associé à la hauteur, à la granuralité des propos (plus ou moins forts; choix des mots). On l’associe à la métaphore.

Ce qui est invariable dans la structure (car c’est dans l’invariant que l’on arrive à s’entendre!).

L’œuvre littéraire constitue un système, situé à l’intérieur d’un système plus vaste qui est celui de la littérature.

Qu’est-ce qui distingue la littérarité des textes non littéraires (ex. journalistiques, simplement informatifs, où on ne se préoccupe pas de la forme).

En quoi la structure de l’œuvre reflète-t-elle la structure du texte proprement littéraire?

Il y a une grande importance accordée aux formes par rapport aux contenus : le concept de « littérarité ».

Grands noms du formalisme russe :

Les théoriciens ont été influencés par le futurisme, par l’œuvre d’art dans sa forme particulière (attention secondaire portée au contenu).

La forme est une somme de procédés artistiques : comment l’auteur représente-t-il son drame, etc.

L’attention, dans le structuralisme, est portée sur la forme (plutôt que sur le contenu, comme c’est le cas pour l’herméneutique).

Pour saisir la forme, il faut nécessairement comprendre la structure.

La notion de texte

Les théories du texte prétendent aborder l’œuvre littéraire d’un point de vue scientifique (ou systémique) et objectif (par opposition aux approches plus subjectives d’inspiration herméneutique, qui relèvent de la sensibilité, subjective, de l’auteur).

Du latin textus (tissé, comme dans le radical de “textile”), “texte” désigne tout assemblage de mots. Dans des sens dérivés et spécialisés, il désigne : le passage de la Bible qu’un prédicateur cite en début d’un sermon et qui lui donne son inspiration première ; le libellé exact d’un ouvrage ; un passage prélevé dans une œuvre (il équivaut alors à “extrait”) ; enfin, dans un emploi spécifique, certains théoriciens du XXe s. ont fait du “texte” le lieu de manifestation du langage et du sens et ont tendu à substituer le texte ainsi entendu à la littérature (en élaborant des “théories du textes”).

(Ibid., p. 606)

On ne retrouvera pas la spécificité de la littérature dans l’œuvre théâtrale, dans le roman, etc., mais dans le texte.

Le texte comme tissu ou textile (assemblage de mots) est un système de relations (structure).

Barthes se débarrasse de l’ancienne triade traditionnelle auteur-œuvre-style, remplaçant l’œuvre par le texte (la notion d’«œuvre» est trop romantique) et le style (également trop romantique) par l’écriture, telle qu’elle se manifeste objectivement dans le texte.

L’auteur n’est pas celui qui maîtrise son texte; il est également un produit du texte. C’est plutôt le scripteur.

La triade (auteur->œuvre->style) devient donc la suivante :

Scripteur <---> Texte <---> Écriture

@EXM : comprendre les différentes approches littéraires; comment sont-elles compatibles ou incompatibles?

À aucun moment les analystes ne prétendent interpréter un texte (le sens), mais seulement à ses éléments structurels, formels.

Les théories du texte postulent « la clôture » du texte, c’est-à-dire la possibilité d’analyser le texte en lui-même sans sortir de son cadre formel.

La structure : un système de relations

Le structuralisme cherche à mettre en lumière la strcuture par ses invariables.

Ce n’est pas l’œuvre littéraire elle-même qui est l’objet de la poétique : ce que celle-ci interroge, ce sont les propriétés de ce discours particulier qu’est le discours littéraire. Toute œuvre n’est alors considérée que comme la manifestation d’une structure abstraite et générale dont elle n’est qu’une des réalisations possibles.

(Todorov, Qu’est-ce que le structuralisme ?, p. 19)

Quelle est la structure abstraite, générale, d’un texte? Comment une œuvre reproduit une structure beaucoup plus large (structure qui est condition d’existence des autres textes).

Ce ne sont pas les termes des relations que les relations elles-mêmes qui sont intéressantes.

La structure est mobile, elle peut varier d’un texte à l’autre. Il ne s’agit pas d’une structure rigide et statique, mais une structure avec ses propres variables. C’est dans la variation des différentes relations que le sens peut changer. Structures signifiantes : des strucutres font signifier le texte différemment.

Les invariants permettent de retrouver la matrice (commune, générale et universelle) et les autres structures que le texte prend qui échappent à la structure universelle. On peut créer une nouvelle structure en remaniant la structure canonique de base (ex. Agatha Christie a écrit de nombreux romans policiers sur la même structure, mais elle en a aussi écrit quelques-uns qui échappent à la structure normale, en inversant certains éléments de la structure).

La structure est aussi un modèle dynamique qui veut expliciter toutes les variétés de sens qui peuvent émaner d’un texte.

L’isotopie désigne dans un texte la présence d’un même sème (unité de signification) qui traverse le texte de part en part et l’organise en un réseau sémantique. Ce sont des champs de signification constitués de réseaux sémantiques homogènes.

Sème nucléaire + sèmes contextuels
               + sèmes contextuels
               + sèmes contextuels
               ...

Le sème nucléaire

Récurrence d’un élément sémantique dans le déroulement syntagmatique d’un énoncé, produisant un effet de continuité et de permanence d’un effet de sens le long de la chaîne du discours. À la différence du champ lexical (ensemble des lexèmes qui se rapportent au même univers d’expérience) et au champ sémantique (ensemble de lexèmes dotés d’une organisation structurelle commune), l’isotopie n’a pas pour horizon le mot mais le discours. Elle peut ainsi concerner l’établissement d’un univers figuratif (isotopies des acteurs, du temps, de l’espace), mais aussi la thématisation de cet univers (isotopies abstraites, thématiques, axiologiques), et surtout la hiérarchie entre les isotopies de lecture (par l’identification d’un foyer isotopant qui régit les isotopies de niveau inférieur).

(Denis Bertrand, Précis de sémiotique littéraire)

Ce qui est parfois plus intéressant que le propos d’un roman, c’est l’étude de sa structure : comment des isotopies organisent-t-elles le texte? Les isotopies vont plus loin que le simple style. Les mots ou les thèmes reviennent souvent et sont facilement identifiables; l’isotopie va au-delà.

Le schéma actantiel

Pour Propp (formaliste russe), il y aurait 7 actants dans les contes traditionnels (contes de fée) et 31 fonctions (fixes) possibles : invariants formels ou structurels. Forme complexe, mais relativement simple à travers tous les contes.

Le modèle de Propp s’applique bien au conte russe (corpus particulier), mais ne s’applique pas universellement (aux romans, aux pièces de théâtre, etc).

Les structuralistes ont voulu s’inspirer du modèle de Propp pour l’appliquer à toute forme de récit, en simplifiant la structure. L’un des avantages de ce modèle est que n’importe qui peut la faire.

Greimas simplifie la structure complexe de Propp pour la ramener à un modèle plus simple qui serait valable pour tout récit.

Destinateur ----------> Objet <---------- Destinataire
                          ^
                          |
  Adjuvant  ----------> Sujet <----------- Opposant  

Pour Greimas, on peut appliquer un schéma actantiel à n’importe quel discours. Il prend l’exemple de l’humanisme (philosophes en quête de comprendre le monde, quête qui provient de Dieu).

Exemple pour la pensée marxiste :

Exemple pour Roméo et Juliette :

La sémiotique

Définition générale

On s’intéresse au mode de signification des signes. En littérature, on a affaire surtout à des signes linguistiques, mais on s’intéresse à tous les types de signes. En musique, des sons s’ajoutent à d’autres pour produire un certain sens, une certaine signification; en peinture, certains codes régissent certains sens.

La sémiotique dit que le sens est produit par l’œuvre. Une pièce musicale (ex. sonate de Beethoven) ne produit pas de signification du point de vue herméneutique, mais il y a bien un sens qui s’en dégage.

L’objet de la sémiotique, c’est le sens, mais pas au sens herméneutique du terme. Pour faciliter la distinction, on peut employer le terme de signification pour désigner le sens au sens sémiotique.

L’herméneutique s’intéresse davantage à la production du sens – comment un mot produit-il du sens, par quels effets, en allant au-delà de sa conception purement sémantique?

La sémiologie se prétendait être une nouvelle discipline, et se prétendait être une science : science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale. Cela entend que les signes circulent; on peut étudier ces signes objectivement. Il y a des systèmes de signes (codes).

Le terme sémiotique se veut plus théorique; théorie générale des sens.

Deux définitions :

Dans les deux cas, la sémiologie s’appuie sur la conception structurale en linguistique (signifié/signifiant).

« L’objet de la sémiotique est d’expliciter les structures signifiantes qui modèlent le discours social et le discours individuel » […] son objet n’est pas le signe, mais les relations structurelles, sous-jacentes et reconstructibles, qui produisent la signification.

(Denis Bertrand, Précis de sémiotique littéraire)

Le signe sémiotique vs signe linguistique

Le signe linguistique se distingue du signe sémiotique (beaucoup plus large, s’intéresse à n’importe quel système de signification).

Le signe sémiotique reprend d’autres dualités :

Les oppositions classiques en littérature sont reprises et élargies pour comprendre des signes d’autres domaines.

Signal et sens

Eco instaure un seuil supérieur et un seuil inférieur pour déterminer s’il vaut la peine d’analyser un signe du point de vue sémiotique. Le signal est le seuil inférieur du signe : il fait sens en soi et ne demande pas à être décodé.

Mais il faut bien fixer une sorte de frontière inférieure de la sémiotique, le point où la sémiotique naît de quelque chose qui n’est pas encore elle, le chaînon qui relie – comme en anthropologie physique le dernier des primates est relié au premier homo sapiens – l’univers du signal à l’univers du sens.

(Eco, La structure absente, p. 24)


    « Objets »

(non communicationnel)    
-------------------

       Sens  \ 
              > Signification 
      Signes /
      
 (seuil supérieur)
-------------------
 (seuil inférieur)
      
      Signal

Un signal n’a pas besoin d’être décodé.

D’autre part, dire que la sémiotique commence là où commence à apparaître cette entité encore obscure qu’est le « sens », cela ne signifie pas qu’elle doive se confondre avec la sémantique qui, traditionnellement, s’est occupée (ou a fait semblant de s’occuper) du « sens » et de la « signification ». La sémiotique doit aussi étudier les processus qui, sans impliquer directement la signification, permettent sa circulation.

(Ibid., p. 24)

Si le seuil inférieur de la sémiotique pouvait être situé à la frontière entre signal et sens, le seuil supérieur doit être fixé à la frontière entre ces phénomènes culturels qui sont, sans aucun doute, des « signes » (par exemple les mots) et les phénomènes culturels qui semblent avoir d’autres fonctions que celles de communiquer (une voiture, par exemple, sert à transporter et non à communiquer).

(Ibid., p. 25)

Le carré sémiotique

(Ne sera pas à l’examen.)

La structuration d’un micro-univers sémantique se déploie sous la forme d’une structure élémentaire (ou carré sémiotique). Ce modèle définit les relations logico-sémantiques à la croisée desquelles se constituent les significations. […] la carré articule les relations de contradiction, de contrariété, de complémentarité et de hiérarchie.

(Denis Bertrand, Précis de sémiotique littéraire)

S1 - - S2
  \   /
    X
  /   \
~S2 - ~S1

Carré chiasmatique : sens (S1, S2) et leur anti-sens (~S1, ~S2), à partir des oppositions fondamentales présentées dans le texte.