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L’analyse du discours et la pragmatique

Le discours

Notion empruntée à la rhétorique : il s’agit alors du discours oratoire (forme orale mais composée).

Pour créer un effet sur un auditoire que l’on essaye de convaincre, d’impressionner, d’émouvoir.

On tente de convaincre par des arguments, que l’on suppose rationnels, partagés par tous. On fait appel à l’éthos, à l’éthique de l’auditoire.

Trois grands moyens d’impressionner dans le discours oratoire :

Le discours de l’orateur était toujours soigneusement rédigé en fonction du but recherché. Il était ensuite mémorisé et performé.

Au sens linguistique du XXe siècle : le discours comme moyen de communication, tout simplement (à l’oral ou à l’écrit). C’est un acte discursif; communication dont l’expression est le discours. On quitte la langue comme système de signes (propre de la linguistique saussurienne) et on entre dans la langue comme moyen de communication.

Deux sens en littérature :

Théorie de l’énonciation

Locuteur --> (énoncé) --> interlocuteur
    \_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ /

À chaque fois qu’un locuteur s’exprime, il fait un acte d’énonciation. Cet acte sera reçu, déchiffré par l’interlocuteur.

L’acte est le produit de l’énonciation. La théorie de l’énonciation s’intéresse à comment l’acte même de l’énonciation, aux conditions de cette énonciation, et non aux textes et aux discours qui en découlent.

L’énoncé est ce qui résulte de l’acte d’énonciation, ce qui est énoncé par l’énonciateur.

Quel effet produit l’énonciation sur l’interlocuteur? Dans le schéma de Jacobson, est-ce que le destinaire comprend le signe produit par le destinateur?

La théorie de l’énonciation fait le pont entre le point de vue pratique et théorique.

La pragmatique désigne d’abord l’étude des actes de langage, des performatifs (où “dire, c’est faire”) et plus généralement les actions produites par les discours sur les interlocuteurs, et par les textes sur leurs lecteurs.

(Le dictionnaire du littéraire, p. 482).

La pragmatique désigne les actes de langage.

La pragmatique

Le performatif est un énoncé qui effectue une action par le simple fait d’être proféré. L’acte de proférer est une action concrète (ex. baptiser; s’excuser; etc.)

Ces énonciations performatives reviennent à faire quelque chose par le simple fait de les énoncer, sous réserve de certaines conditions de réussite. […] Elles ne décrivent pas l’action, elles sont une action (ici, il s’agit de se marier, de baptiser, léguer, parier). C’est la raison pour laquelle Austin les appelle des “performatifs”, en anglais performative, du verbe to perform, “effectuer”. C’est par le fait même de dire “oui” qu’on se marie, ou de dire “je promets” qu’on promet. Dans ces cas, dire, c’est faire.

(Blanchet, p. 29)

Performatif : to perform, effectuer.

Comment distinguer des énoncés non performatifs (simplement constatifs) d’énoncés performatifs?

Les actes de langage

La théorie des actes de langage ancre l’analyse de la langue et de la signification dans la prise de parole du locuteur conçue comme une véritable action, comparable à une action matérielle réalisée par exemple avec la main. Elle rompt d’une part avec une vision ancienne de la langue, conçue comme outil de description de la réalité, et d’autre part avec la première linguistique, saussurienne et structurale, pour laquelle seules comptent les règles internes de la langue, distincte de la parole, qui n’en serait qu’une actualisation.

(Blanchet, p. 30)

Actes de langages :

À partir de la notion de performatif, Austin affine le concept selon lequel dire, c’est faire. Il distingue trois espèces d’actes de langage. L’acte “locutoire”, la “locution”, est le simple fait de produire des signes vocaux selon le code interne de la langue. L’acte “illocutoire”, l’“illocution”, consiste à accomplir par le fait de dire un acte autre que le simple fait d’énoncer un contenu, et notamment en disant explicitement (mais pas toujours) comment la “locution” doit être interprétée dans le contexte de son énonciation. Enfin, l’acte “perlocutoire”, la “perlocution”, consiste à produire des effets ou des conséquences sur les interlocuteurs (comme un mouvement, la peur, le rire ou le chagrin). Toute énonciation fait toujours intervenir, en fait, ces trois aspects de l’acte de langage à des degrés divers. (Blanchet, p. 32)

L’acte d’illocution ne découle pas directement de l’acte de locution. C’est une “valeur” ou “force” (Austin emploie les deux termes sans distinction) que l’acte locutoire acquiert en plus, du fait de la volonté du locuteur, et non de façon strictement induite par son sens littéral. […] Du fait de sa force illocutoire, tout énoncé produit des effets. C’est là son aspect “perlocutoire”. […] On peut également comprendre que la perlocution est du côté de la réception, et donc difficilement contrôlable par l’émetteur.

(Blanchet, p. 32)

Typologie ou taxinomie des actes de langage (illocutoires)

La typologie d’AustinLa typologie de Searle
Les « verdictifs »Les « assertifs »
Les « exercitifs »Les « directifs »
Les « promissifs »Les « promissifs »
Les « comportatifs »Les « expressifs »
Les « expositifs »Les « déclaratifs »

Ce n’est pas un classement des verbes qui comptent, mais l’effet recherché. Atteint-on le but de l’énoncé?

Les conditions de réussite

Pour les énoncés constatifs (actes locutoires), les critères de validation sont le vrai ou le faux : critère de vérité (mensonge ou erreur).

Pour les énoncés performatifs (actes illocutoires et perlocutoires), les critères sont l’échec ou la réussite.

Les conditions de réussite (ou de félicité) dépendent :

Atelier pratique : analyse pragmatique de Pour un oui ou pour un non de Sarraute

Le théâtre se prête bien au dispositif car ce sont essentiellement des dialogues.

La pragmatique serait l’approche la plus riche pour analyser la pièce Pour un oui ou pour un non. Toute la pièce est une illustration du performatif, de l’illocutif.

Il y a un renversement des forces de persuasion.

p. 25-26 Les didascalies traduisent la dimension pragmatique du discours.

Signe graphique de la place de l’interdit : ponctuation avec la récurrence des points de suspension.

2e partie : La vie est là, simple et tranquille

Moins de didascalies que dans la première partie, contrebalancé.

Importance de ce qui est implicite dans les énoncés.

L’approche pragmatique est la meilleure pour analyser la pièce.