(dernière modification : )

Théorie des genres

La poétique d’Aristote

Pour Aristote, toute littérature est de la mimésis. L’art est la tecnè.

Le poète a une fonction essentielle dans la cité. Le poète fait un travail utile. Forme de communion collective. Il doit y avoir une forme de catharsis.

Pour Aristote, la poétique n’est pas une théorie des genres, mais un « art poétique ».

Empirisme versus idéalisme : un modèle inductif plutôt que déductif (crituqe du modèle platonicien).

La méthode de platon est déductive, alors que la méthode d’Aristote est inductive (partant des œuvres comme telles pour construire les genres).

Les genres antiques

Les genres de l’Antiquité sont :

Tous les grands genres à l’Antiquité sont écrits en vers (donc tous poétiques).

Ce qui nous intéresse chez Aristote, c’est la distinction entre épopée et tragédie. Surtout à l’époque classique, tout passe par des dialogues (il n’y a pas de didascalie, ou très peu).

Dans l’épopée, il y a le mélange du genre narratif avec des dialogues aussi, mêlé à des passages descriptifs.

À la typologie des genres correspond une classification des styles : élevé, moyen, bas.

Diégésis (art de la narration) : retrouvée dans l’épopée.

Mimésis (art de l’imitation) : retrouvée dans la tragédie; dialogues; imitations telles quelles des paroles des personnages, sans médiation.

On doit représenter un discours de niveau élevé.

La question du style

Le style élevé correspond à la tragédie et à l’épopée.

Le style moyen correspond à la comédie ou à la poésie lyrique.

Le style bas correspond à la parodie, la satire et la farce (et probabement à certaines comédies particulièrement vulgaires).

@EXM Il y a aussi les mètres, au sens des mesures de vers. Il y a un ton, mais aussi un rythme (mètre) particulier à respecter, propre à chaque langue.

Au style élevé correspond un mode d’imitation mélioratif (il élève le ton des personnages).

Au style moyen correspond un mode d’imitation normal ou naturel, ce qu’une personne dirait dans la vie de tous les jours.

Au style bas correspond un mode d’imitation inférieur à ce que quelqu’un dirait normalement; il faut se forcer à parler dans un registre inférieur, plus vulgaire.

Il y a un système de valeurs qui vient avec la classification des genres chez aristote.

Aristote préférerait probablement la tragédie comme mode de représentation idéal pour la catharsis qu’elle est censée provoquer. Les nombreuses digressions et passages descriptifs de l’épopée seraient des parties inutiles qu’on ne retrouve justement pas dans la tragédie, où l’action est concentrée dans l’action et les dialogues.

Il y a quand même chez Aristote un embryon de la théorie moderne des genres. Aujourd’hui, on n’écrit plus d’Épopées (même si certains romans s’en rapprochent un peu, dans l’écriture de certaines « sagas »). L’épopée a évolué vers le roman (en passant par diverses formes).

Les genres classiques

Au Moyen Âge, on a perdu ce qui a trait à la théorie des genres. En raison de la prépondérance du Christianisme, on ne peut plus représenter Dieu comme on le faisait dans les modèles antiques.

Évolution de certains genres : l’épopée ou le poème épque donne lieu à la chanson de geste.

Les tragédies, au Moyen Âge et à l’ère du Christinaisme, donnent lieu à des pièces de théâtre à l’église, sur le parvis (déformation du mot paradis) de l’église. Passage du paganisme au Christianisme. But édifiant. Correspond à ce que les Grecs présentaient sous la forme de tragédie : catharsis, ou au moins une communion en la foi ou avec Dieu.

Comédies : au Moyen Âge, il y a des sotties, des farces, mais celles-ci sont généralement en prose plutôt qu’en vers.

Le genre qui manque à l’appel est l’essai. Il y avait bien sûr des traités, des textes littéraires qui s’en rapprochaient, mais le premier véritable essai discursif est créé par Montaigne (qui emploi le terme d’essai). Avant Montaigne, ne reconnaît pas l’essai comme genre littéraire distinct.

Les genres ont persisté au Moyen Âge, mais ont changé de forme; on voit néanmoins un ancêtre commun.

Re-sythèse des genres au Moyen Âge :

La Renaissance et le classicisme : redécouverte d’Aristote et de son traité Poétique et d’un certain nombre d’ouvrages antiques. On réactive ainsi un certain nombre de règles poétique de l’Antiquité, mais pas toutes (on ne réactivera pas la catharsis par exemple chez Racine).

L’Art poétique de Boileau. Le bon goût comme critère de distinction entre certains genres : respect de certaines normes de courtoisie, de composition, d’unité (formelle); respect des règles du genre, des normes associées au genre (critère du bon goût). Aristote ne s’intéressait pas du tout au « bon goût ».

La règle des trois unités

Aristote n’énonce pas trois unités à proprement parler. Il constate néanmoins certaines règles (enfermement de l’action dans une journée, du lever au coucher). Corneille, dans Le Cid, n’a pas respecté l’unité de temps (dépassement des 24 heures), si bien qu’il a changé l’appellation de sa pièce, de la tragédie à la tragi-comédie (ce qui lui permet de ne pas respecter les règles de la tragédie).

Le modèle normatif

On cherche à imiter les anciens. Normes qu’il faut absolument respecter. On imite les anciens pour montrer la voie. Modèle normatif dans la théorie des genres : inspiré directement de la Poétique d’Aristote. Normes prescrites. Le non-respect des normes énoncées pouvait mener à la censure (ce qui n’arrivait pas au Moyen. Âge; on était hué au pire, mais la sanction s’arrêtait là, il n’y avait pas de censure).

Modèle prescriptif, mais aussi restrictif (prescription, mais aussi interdictions).

Le modèle essentialiste et évolutionniste

On classe les œuvres selon les genres. Une œuvre doit nécessairement appartenir à un genre. L’œuvre doit correspondre à un genre normatif. Les œuvres doivent nécessairement entrer dans un genre préétabli. On est en train d’établir un modèle platonicien, essentialiste, qui existe idéalement et indépendamment des œuvres produites. Transcendantal.

On remet en question la codification des genres dans des querelles célèbres (ex. pièce de Hugo, avec enjambements des vers notables qui provoquaient la huée, ce que voulait Hugo).

Naissance de genres hybrides : le drame romantique se mêle au genre dramatique. Tragédie et comédie se mêlent, mais pas comme dans la tragi-comédie; genres véritablement hybrides et nouveaux.

On veut écrire de manière originale, sans imiter les anciens. On recherche le style individuel, l’originalité, l’opposition au style académique. On va substituer le génie et l’art pour l’art.

Lanson et Brunetière : on prétend que les genres ont des essences, découlent d’un genre épique. Les genres évoluent dans le temps (cf. théorie de l’évolution de Darwin). Les genres changent, évoluent, mais en conservant des caractéristiques de leurs formes précédentes. Modèle organique (vivement critiqué).

Naissance du genre, apogée, et en fin déclin (comme pour une civilisation).

Par exemple, dans le cas de la tragédie, la naissance se situe dans l’Antiquité. L’apogée est à l’époque classique (avec Corneille et Racine), portant la tragédie à un niveau supérieur avec la poésie, et décline avec Voltaire (tragédies académiques, stériles, qui n’intéressent plus personne), Hugo, Diderot. Naissance du drame (puis existentialisme, théâtre absurde…).

Les genres connaîtraient des évolutions, mais conservant les mêmes caractéristiques.

Cette évolution, héritée d’un modèle organique, affecte surtout certains genres en particulier.

Le modèle romantique réagit contre le modèle normatif, faisant une synthèse étrange entre le modèle essentialiste de l’Antiquité (Platon) et la théorie évolutionniste de Darwin.

Généricité et tendances génériques

Modèle à la fois structuraliste (sur les formes) et thématique.

Texte, genre et généricté

Certaines formes reviennent dans des romans d’un certain type (ex. forme canonique du roman policier : énigme avec policier/détective, un criminel, un meurtre résolution de l’intrigue).

Relation générique avec un texte qu’on lui a assigné : quelle est la relation d’un texte à son genre?

Distinction fondamentale entre théorie des genres et art poétique (individuel).

Le genre comme catégorie générique. une matrice (ou structure de compétence).

La généricité : chaque texte produit « son » genre.

La problématique générique peut donc être abordée sous deux angles différents, complémentaires sans doute, mais néanmoins distincts : le genre en tant que catégorie de classification rétrospective, et la généricité en tant que fonction textuelle.

(Schaeffer, p. 189-190)

Ce n’est plus l’œuvre que l’on souscrit à un modèle, mais le modèle que l’on attribue à l’œuvre après sa lecture.

Généricité : c’est le texte lui-même qui génère son genre.

Les conventions génériques sont mobilisées par le texte même.

Les œuvres qui appartiennent au même genre présentent des ressemblances formelles ou thématique, et chaque œuvre est susceptible (elle ne le fait pas nécessairement) de modifier son genre.

Si nous restons au niveau de la phénoménalité empirique, la théorie générique est tout simplement censée rendre compte d’un ensemble de ressemblances textuelles, formelles et surtout thématiques; or, ces ressemblances peuvent parfaitement être expliquées en définissant la généricité comme une composante textuelle, c’est-à-dire des règles génériques comme un ensemble de réinvestissements (plus ou moins transformateurs) de cette même composante textuelle.

(Ibid., p. 186)

Une grande œuvre modifie nécessairement son genre, la redéfinit ou lui échappe.

Dans le cas de la composante générique […], on doit dire que tout texte modifie « son » genre : la composante générique d’un texte n’est jamais (sauf exceptions rarissimes) la simple réduplication d’un modèle générique constitué par la classe de textes (supposés antérieurs) dans la lignée desquels il se situe. Au contraire, pour tout texte en gestation le modèle générique est un « matériel » parmi d’autres sur lequel il « travaille ». C’est ce que j’ai appelé plus haut l’aspect dynamique de la généricité en tant que fonction textuelle. Cet aspect dynamique est aussi responsable de l’importance de la dimension temporelle de la généricité, son historicité.

(Ibid., p. 197)

Même le texte le plus conventionnel travaille sur les composantes de son genre.

Plus un texte est ouvert, moins il souscrit à un genre déjà établi.

Il arrive qu’une œuvre crée un nouveau genre ou un sous-genre (ex. théâtre de l’absurde par Ionesco, Beckett, voire Sarraute).

L’auto-fiction : terme inventé par Serge Doubrovski en 1978. Personnage raconte sa vie privée, mais sous un mode frictionnel (voire « frictionnel », comme « auto-friction »).

Architextualité : le modèle de Genette

L’architextualité n’est qu’une modalité de la relation d’un texte avec son genre (généricté).

architextualité (généricité)

Transtextualité :

Si l’on suit la terminologie proposée par G. Genette, la généricité (appelée architextualité) n’est qu’un des aspects de la transtextualité qui comprend encore la paratextualité (rapports d’un texte à son titre, son sous-titre, plus généralement son contexte externe), l’intertextualité (la citation, l’allusion, etc.), l’hypertextualité (rapports d’imitation/transformation entre deux textes ou un texte et un style) et la métatextualité (rapports entre un texte et son commentaire).

(Ibid., p. 194)

L’hybridité générique

Remise en question des typologies

Apparition des genres hybrides. Il y a eu des genres hybrides dans le passé (ex. l’anti-roman à l’époque classique exposant les conventions du roman réaliste pour les détourner ou les subvertir).

De tels modes hybrides ont existé (ex. tragi-comédie qui permet de ne pas respecter les règles de la tragédie et d’avoir une fin heureuse), mais de façons circonscrites.

Au XXe siècle, il y a explosion des genres hybrides, jusqu’à la production de textes inclassables.

Essai-fiction, théories-fiction, romans expérimentaux (qu’est-ce que l’Ulysse de James Joyce), théâtre narratif, autofiction, etc.

De nombreuses œuvre produites au XXe siècle n’ont pas d’indication générique (pas de point de fuite), donc pas de libellé générique (indication quant au genre). Certains auteurs veulent explicitement omettre une telle mention sur leur œuvre.

L’absence d’indications génériques : nouveaux modèles de lecture.