(dernière modification : )

Théorie de la réception (Jauss)

On retrouve dans le texte la triade auteur-œuvre-lecteur

Dans la théorie de la réception, on tient compte du lecteur réel collectif (le lectorat d’une œuvre à une époque donnée) mais pas en tant que lecteur individuel.

Représente le lecteur moyen, fictif.

Dans les théories de la lecture, ce n’est plus le lecteur empirique, réel qui est visé, mais d’un lecteur virtuel, idéal, qui serait postulé par le texte. Chaque œuvre viserait un lecteur idéal qui chercherait à comprendre le texte de l’intérieur. Comment le texte construit son lecteur. On se projette comme le lecteur idéal.

Herméneutique, esthétique et réception

Le concepteur de la théorie de la réception parle tantôt d’herméneutique de réception, tantôt d’esthétique de la réception : les 2 vont fortement de pair chez Jauss.

Herméneutique de la réception : le sens de l’œuvre mais tel qu’il est perçu par le lecteur.

Esthétique de la réception : l’effet de l’œuvre sur le lecteur, valeur qu’il lui accorde.

La combianison des deux approches constitue la théorie de la réception : étude des effets de sens d’une œuvre sur le lecteur.

Le lecteur est sensible à l’œuvre, a un goût pour elle (c’est l’expérience esthétique).

Le sens de l’œuvre est celle que le lecteur va trouver dans elle ou construire à partir d’elle, ou ce que l’auteur va projeter sur elle.

Il ne faut pas seulement critiquer l’œuvre, mais critiquer le critiquant (celui qui est critique, lecteur subjectif d’une œuvre particulière).

L’horizon d’attente

Concept clé de la théorie de la réception.

cit. 2

Défi : reconstituer le lectorat de l’époque de la réception d’une œuvre. Quel était le lectorat de l’œuvre? Pourquoi écrivait-on pour elle?

Étudier des documents de l’époque, qui montrent comment un texte a été reçu (a-t-il choqué? etc.)

Distinction fondamentale entre le premier lectorat d’une œuvre et les lecteurs successifs.

Écart historique entre le lecteur contemporain de la production d’une œuvre et les lecteurs actuels.

Un lecteur quelconque lit toujours à partir de certaines attentes. On a toujours des attentes, conditionnées par pluseiurs facteurs : si on a affaire à un roman, on a automatiquement des attentes devant ce genre en particulier. Est-ce que l’auteur respecte le genre et conforte le lecteur dans son attente, ou est-ce qu’il « pervertit » le genre, confronte le lecteur dans ses attentes?

Un lecteur innocent, cela n’existe pas. Un lecteur a toujours une idée préconçue d’une œuvre. Le lecteur a des attentes conditionnées par le context ede son époque.

Comme les formalistes russes avant lui, Jauss dit qu’une œuvre doit être innovante sur le plan de la forme; ruptures qu’elle opère envers les traditions. L’originalité est une valeur positive chez Juass (ce qui n’est pas le cas dans la théorie de la réception en général).

La notion d’originalité selon Juass : l’écart esthétique de l’œuvre par rapport à la norme.

La notion de précompréhension

Pour comprendre une œuvre, il faut d’abord comprendre comment le lecteur contemporain pouvait la concevoir (ou la recevoir) : éléments de précompréhension du lectorat.

citation 4

On postule les limites à la lecture : on projette qu’un lecteur ne pourrait comprendre certaines choses par sa précompréhension.

Comment une œuvre s’écarte-t-elle de l’horizon d’attente qui lui est contemporain?

Précompréhension : compréhension préalable de son destinataire. Quelles pouvaient être les attentes de l’époque avant que le lecteur commence à lire l’œuvre?

Précompréhension : Jauss.

Préjugé : Gadamer (terme connoté positivement). Nous avons toujours des préjugés qui nous conditionnent favorablement ou défavorablement à une œuvre. Des préjugés négatifs peuvent s’avérer positifs par la suite. Préjugés s’entendent ici comme des pré-jugements. On se construit des attentes.

Reconstituer des éléments de préjugement, de précompréhension est difficile à reconstituer. Jauss dit que c’est cependant l’idéal. Quels étaient les parcours obligés (étapes pour lire une œuvre)?

Pour reconstituer les horizons d’attente, il faut un travail d’érudition, mais c’est surtout un travail de spécialiste. On n’est que dans la spéculation : il n’y a pas de garantie, pas de preuves.

Les œuvres originales modifient l’horizon d’attente : changement historique dans la réception.

La chaîne des réceptions

La chaîne des réceptions constitue l’historique de l’œuvre à partir de ses lectures successives.

Elle insiste sur les changements intervenus dans la réception d’une œuvre au cours de l’histoire.

citation 5

Critique d’une conception objective de l’historie littéraire, basée sur les œuvres ou sur les auteurs.

La théorie de la réception est suceptible de renouveler notre compréhension du passé. Nouvelle façon de lire, d’aborder une œuvre.

Reconstituer l’horizon d’attente de chaque œuvre.

citation 6

Le lecteur comme médiateur va aider à remédier la lecture des œuvres. La figure importante ce n’est plus le l’auteur ni l’œuvre (ni le sens et la forme), mais le lecteur. Acte de lecture , d’une part, et lecteur (fictif ou virtuel).

L’histoire littéraire peut donc se faire du point de vue du lecteur (ou du lectorat) plutôt que celui de l’auteur.

Les théories de la lecture

On écrit généralement pour un lecteur idéal.

Les théories de la lecture s’intéressent au lecteur individuel, mais non réel. Lecteur qui serait à même de comprendre le texte au diapason de ce que l’auteur voulait. L’important, c’est les concepts de chacun.

Le lecteur implicite (Iser)

Le lecteur implicite est le lecteur « prévu » par le texte, « programmé » par lui.

C’est une construction textuelle, un effet du texte, de sa structure.

citation 7

Le lecteur implicite a des prédispositions, supposées par le texte; concepts implantés dans le texte.

On retrouve avec Iser une forme du structuralisme, mais déplacé du côté du lecteur.

Iser rompt ainsi complètement avec Jauss. L’approche d’Iser est dite post-structuraliste, en réintroduisant la figure du lecteur mais comme dispositif du texte.

Ce qu’on perd avec Iser et Eco, c’est la dimension historique du texte : on ne lit le texte qu’à partir d’un point de vue contemporain.

Le lecteur implicite peut parfois être explicitement désigné dans le texte (narrataire dans un roman) ou ne sera pas comme tel représenté. Lecteur concrètement représenté dans le texte : personnage auquel le lecteur devrait s’identifier. Le lecteur n’est pas implicite, il est figuré, il est imaginaire.

Lecteur implicite : virtuel ou idéal.

Lecteur explicite : imaginaire, figuré dans le texte.

Lecteur réel : lecteur empirique.

Il ne faut pas confondre les types de lecteur. De la même manière, il ne faut pas confondre narrateur et narrataire.

Le lecteur idéal est en quelque sorte le destinataire de l’œuvre (non le narrataire). Même absente (la figure), elle ne cesse de polariser le texte. L’auteur souhaiterait être lu par ce lecteur idéal, mais ce n’est pas toujours facile à réaliser.

Le lecteur implicite propose un modèle de lecture au lecteur réel.

Le Lecteur Modèle (Eco)

Le lecteur modèle d’Umberto Eco correspond au lecteur implicite d’Iser.

Pour Eco, ce lecteur idéal est commandé par le texte aussi. Si on ne lit pas le texte de la manière souhaitée, on passe à côté de quelque chose.

Cela implique la maîtrise, la connaissance de codes (ex. texte médical, texte d’ingénierie, texte de droit).

Pour bien lire, bien interpréter l’auteur

citation 8

Coopération (Eco).

Le lecteur fait figure médiatrice entre l’auteur et l’œuvre.

C’est le lecteur qui actualise le sens du texte. Une fois que l’auteur a appliqué son texte dans son œuvre, il ne peut plus rien faire, la balle est dans le camp du lecteur. Le lecteur est la seule instance qui peut actualiser (et réactualiser) le sens du text.

Co-création de l’œuvre par le lecteur.

La lecture n’est jamais passive; elle est aussi créatrice de sens. Le lecteur fait surgir du sens (et doit faire surgir du sens qui n’avait jamais été vu par les autres lecteurs).

Eco valorise le pacte de lecture entre auteur et lecteur : coopération interprétative.

Le lecteur modèle est l’ensemble des conditoins de succès pour réaliser le potentiel (sémiotique) de l’œuvre.

Le lecteur empirique doit tendre vers le lecteur modèle, bien que l’opération échoue ou soit incomplète.

2 types d’œuvres :

Un texte prévoit son lecteur; le lecteur réel peut se permettre d’y adhérer ou non.

Plus l’œuvre est ouverte (ambigue, polyvalente, polysémique, complexe dans sa structure), plus le lecteur doit être spécialisé pour saisir les enjeux du texte (un « archilecteur » pour lire l’architexte de Genette).

Les deux théories d’Eco et d’Iser se rejoignent (sur la question du lecteur idéal); mais elles se distinguent sur la question d’auteur (Eco s’intéresse à la figure d’auteur, comme stratégie de coopération – à quel lecteur implicite fait appel l’auteur). L’approche d’Iser est très structuraliste. L’approche d’Eco réintroduit le lecteur au sens sémiotique.

La communauté des lecteurs (Fish)

Santley Fish se situe à mi-chemin des théries de la réception et de la lecture.

Il s’intéresse aux « communautés interprétatives » d’une œuvre ou d’un texte.

Il ne s’agit pas de lecteurs livres et indépendants, mais de classes de lecteurs conditionnés par leur appartenance à un groupe. On réintroduit l’herméneutique, mais à un autre niveau.

Il ne faut pas confondre les communautés interprétatives avec les lecteurs libres et indépendants.

citation 10

Le lectorat varie en fonction de la classe sociale, de facteurs politiques ou sociaux (orientations politiques, sexe, salaire, classe sociale, etc.)

Comme lecteur, on ne peut pas se libérer de ses préjugés.

Pour Fish, lire constitue un acte politique qui orient ou ré-oriente les théories de la réception vers une politique de la lecture. Cela ouvre la voie à une sociocritque. Qu’on le veuille ou non, on n’y échappe pas : la lecture d’un texte est toujours orientée par ce qui définit le lecteur.

Même si on tente de respecter le pacte de lecture, dit Fish, on ne peut y parvenir, on est déterminé (orienté) par nos fondements culturels.

La lecture « libre » n’existe pas; c’est une fiction, une illusion.

Exercice pratique : Folle de Nelly Arcand

Autofiction

Longue lettre d’adieu à un amant

Le roman n’est pas une autofiction, n’a pas été écrit comme une autofiction; on le construit à posteriori, après coup; on le lit comme une autofiction. On en parle d’autofiction (complicité entre l’autrice et l’éditeur).

L’autofiction est ici une stratégie pour dérouter la réception.

Comment lire ce texte?

Le narrataire serait l’amant (narrataire explicite). Fait appel au genre même des lecteurs : les hommes qui lisent le texte sont mis dans le dispositif de la position du narrataire (l’amant), car c’est un homme; s’y identifient.

Toutes les approches vues dans ce cours sont pertinentes pour lire ce texte.