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Approches féministes et Gender Studies

Le féminisme

Mouvement social et politique qui prône l’émancipation de la femme.

Féminisme modéré : donner une plus grande place aux femmes dans une société dominée par les hommes, mais sans contester l’ordre établi.

Féminisme radical ou militantiste : assurer l’égalité des hommes et des femmes dans toutes les sphères d’ativité humaine, ce qui suppose une véritable révolution.

Première vague : le féminisme modéré (fin XIXe siècle et première moitié du XXe siècle). On demande simplement une plus grande place des femmes en société (pas simplement comme mère de famille), tout en acceptant certaines supériorités par les hommes (dans le sport par exemple).

Lors de la 2e Guerre mondiale, les hommes étant partis au front, les femmes ont pris leur place à l’usine. À la fin de la guerre, les femmes ont contesté leur retour à la maison comme ménagères.

Libération sexuelle dans les années 1960-70. Féminisme radical, militantisme.

Critique du patriarcat, peu importe la branche du féminisme.

Patriarcat : modèle traditionnel de la famille dirigée par le père, généalogie patrilinéaire (nom du père). Perte de la généalogie matrilinéaire (car on ne conserve que le nom des hommes); occultation du nom des femmes.

Le militantisme féministe et lesbien va même préconiser la supériorité des femmes sur les hommes (renversement de la hiérarchie sociale). Les femmes déclarent la guerre aux hommes. Elles critiquent aussi les femmes qui demeurent soumises à leur mari.

Raison de la supériorité des femmes : seule la femme peut procréer; c’est le pouvoir féminin (bien que l’homme participe à la création). Les femmes ont toujours été limitées dans leur pouvoir de créer (écriture, peinture, etc.). Toujours plus de difficulté à se faire reconnaître (vs les hommes, qui se sont arrogés du pouvoir de création).

Approches féministes du texte littéraire

L’influence de Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe (1949) : « on ne naît pas femme, on le devient ». Proposition ambigüe qui peut se lire de 2 façons : cette détermination biologique n’est pas déterminante d’un point de vue sexuel. Cette proposition peut être lue comme un énoncé déconstructionniste (cf. Derrida), mais la déconstruction n’est pas le but de Beauvoir.

J. Butler répond : toute femme a le devoir de devenir femme. On ne naît pas homme ou femme à la naissance, mais on a l’obligation de le devenir, obligation de correspondre à son sexe. Toute femme a l’obligation de correspondre à son sexe (modèle essentialiste). Toute femme doit bâtir son identité féminine et la revendiquer.

L’écriture au féminin (Cixous, Gagnon, Leclerc)

Hélène Cixous (+ Gagnon, Annie Leclerc), La venue à l’écriture (1977) : l’écriture au féminin. Y a-t-il une façon pour les femmes d’écrire, une façon par laquelle les hommes ne pourraient pas écrire, ni comprendre?

Spécificité du corps féminin : + de sécrétions (ex. menstruations, liquide amniotique, etc.) comme métaphore liquide. Ex. « L’écriture féminin coule de source ». Investissement de la maternité (autre spécificté de la femme). Spécificité du féminin.

   Homme           Femmes
     |               |
 humanisme,      féminisme
universalisme        |
     |               |
   hommes          femmes
 + femmes

(à travers vision
 d'hommes)

La question des genres littéraires (Irigaray)

Les hommes investiraient la littérature à partir des grands genres canoniques, alors que les femmes investiraient à partir des journaux personnels, des correspondances épistorlaires, etc.

La gynocritique / L’essentialisme féministe

Problème : il faut être femme pour saisir, écrire, comprendre la réalité féminine (un homme ne pourrait pas être féministe en vertu de cette définition).

Le féminisme a une conception essentialiste de la Femme qu’il oppose à la conception d’humaniste et universaliste de l’Homme.

Autre difficulté : spécificité d’une écriture féminine alors qu’il n’y a pas d’essence. Un texte peut traiter de sujets proprement féminins, mais y a-t-il des traces, des indices que le texte a été écrit par une femme? (Car les hommes aussi ont traité de sujets féminins)

L’idée même du canon littéraire est basé sur une vision masculine des choses, et non pas sur une vision féminine.

Les Gender Studies

Traduction de l’expression en français : « rapports sociaux de sexe » ou « genre sexué ».

L’identité sexeulle est une construction sociale, mais fondée sur la déconstruction des oppositions binaires.

Opposition entre essentialisme (féministe) et constructivisme (notion de « genre sexué »).

EssentialismeConstructivisme
humanisme / féminisme
(masculinisme)
Gender studies
essence masculine/féminimeDéconstruction masculin/féminin

Trois composantes de l’identité sexuelle :

  1. Le sexe (biologique) : déterminé. Cela ne signifie pas que l’on soit obligé de conserver cette détermination biologique, ni que l’on doive se construire à partir de ce genre.
  2. La sexualité (orientation sexuelle) : pas du tout déterminé.
  3. L’identité sexuée ou « genrée » : Gender = « genre sexué ». Résulte toujours d’une construction sociale de l’identité. On peut avoir une identité de genre, mais on peut très bien changer aussi. On peut se travestir, devenir homme ou femme, définitivement ou alterner jour et nuit.

À la base de la notion de rapports sociaux de sexe se trouve l’opposition entre l’essentialisme, selon lequel l’identité sexuelle et les rapports entre les sexes sont déterminés biologiquement, et le constructivisme, qui montre que le sexe, l’identité sexuée et la sexualité résultent de la culture, d’un ensemble d’injonctions, d’un apprentissage. L’étude du genre sexué a pour objectif de cerner dans quelle mesure les divers champs de la culture participent de la conception du genre, en tant qu’imposition d’une catégorie sociale sur un corps sexué […] plutôt que comme détermination d’ordre naturel.

Martine Delvaux et Michel Fournier, Le Dictionnaire du littéraire, p. 507

L’expression “rapports sociaux de sexe” traduit le concept anglophone de Gender ou “genre sexué”. Au genre purement grammatical (le féminin et le masculin), elle ajoute l’idée d’une “identité sexuée”, fondée sur des différences (réelles ou perçues) entre les sexes, constitutive des rapports sociaux et inscrite dans des rapports de pouvoir. Dans les études littéraires, elle rejoint le domaine des études culturelles (Cultural Studies).

Martine Delvaux et Michel Fournier, Le Dictionnaire du littéraire, p. 507

La notion de Gender est nécessairement lié à des enjeux de pouvoir.

À la fois revendiation identitaire (non essentialisée) et contestation de l’ordre établi.

Rejouer, à son avantage, à sa façon. Stratégie genrée, performance sexuée (ex. quand l’homme travesti se déguise en femme, il est femme).

Rapport avec les études gaies et lesbiennes et la Queer Theory et les Cultural Studies

Les concepts d’androgynie et d’hermaphrodisme de même que la pratique du travestisme et l’expérience de la transexualité servent de points d’ancrage à la redéfinition du genre sexué. Ces “cas-limites” imprègnent en particulier la littérature homosexuelle contemporaine (de Bernard-Marie Koltès jusqu’à Michel-Marc Bouchard) et obligent à distinguer, comme le propose J. Butler, entre le sexe, – biologique –, la sexualité – en tant qu’orientation sexuelle – et l’identité sexuelle, c’est-à-dire l’ensemble des caractéristiques à l’intérieur d’un contexte socioculturel, mais aussi la mise en scène, la représentation qu’opère un individu donné aux fins de sa sexuation propre. Aussi, les études sur l’identité sexuée (Gender Studies) tendent-elles à englober non seulement les études sur les femmes (et éventuellement sur les hommes), mais également les études homosexuelles (Gay, Lesbian et Queer Studies), domaines en forte expansion aux États-Unis.

Martine Delvaux et Michel Fournier, Le Dictionnaire du littéraire, p. 508

Sortir du binarisme : Queer (ce qui est étrange, excentrique).