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Images et discours de la dégradation dans Va savoir

Références

Introduction

Hypothèse

Va savoir met en récit une dégradation, un « pourrissement » 1). du site 2). de la maison en cours de rénovation 3). des corps (par la maladie) 4). des relations entre les personnages. Ce faisant, le roman dialogue avec l’imaginaire social des années 90 sur la contamination.

Étude des lieux romanesques.

1. La « Petite Pologne »

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits

  1. p. 10-11. De : « On a passé l’hiver à fureter dans les petits chemins du Nord … » à « on a hérité du bordel dans toute sa splendeur. »

Description centripète passe du lieu au bâtiment à son contenu
Narration de l’histoire du lieu qui expose les causes anciennes de son état actuel

Isotopie (ensemble de champs lexicaux et sémantiques) du sale (envahissante) et du propre (ténue) narrativité : dégradation par la prospérité poéticité : gradation, prosopopée (personnification)  iconicité : inversion de la vanité ou de la nature morte Régime cognitif : le discours écologique et l’économie dans leur opposition

  1. p. 95. De : « Je lui soumets le plan d’épuration de mes eaux » à « ce dépotoir qu’ils ont laissé déborder et fermenter. »

Écho d’un autre passage, p. 12,  de « On n’a pas le choix… toi qui m’entreprendrais si tu me voyais »

  1. p. 132-134, De « Fanie a crié, elle s’est planté un clou à bardeau dans le pied, dans le creux. » à « j’en oublie le boire et le manger »

Ces passages coexistent avec la description de lieux protégés, désignés comme des édens par le texte, comme la tallée de fraises des champs (p. 50-51) ou l’île (p. 208-210).

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

La singularité sémiotique : un pessimiste actif qui correspond, dans le roman, à la maxime économique renversée de l’investissement à perte.

2. La maison

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits

  1. p. 18 : De « Je lui déploie mon plan… » à « dont je n’ai aucune encore »
  2. le mot « vivoir » (leaving) : répertoire lexical de la décoration intérieure, comme « le coup d’œil sensationnel »
  3. fantasme de la rénovation de la maison à la campagne, orientée selon la lumière naturelle et le paysage
    la scène (« le tour du propriétaire » et le « déploiement du plan ») renvoie à une théâtralité associée au domestique
  4. distance sémiotique : « placard à tout planquer » :
    • allitération placard/planquer (poéticité)
    • rupture dans la liste (chauffe-eau, machine à laver, même un invité)

À cette mise en scène, s’opposent tous les passages sur la difficulté des rénovations :

  1. p. 20-22. De « J’ai pris ton courage à deux mains, je me suis engouffré » à « j’ai l’eau courante ».
  2. « les pieds déformés du monstre » : personnalisation monstrueuse de la maison (poéticité) qui engage une narrativité mythologique (affronter le monstre)
  3. rampé avec mon lance-flammes au propane/ débusqué : scène de guerre
  4. isotopie de l’effort (poéticité)
  5. isotopie du cloaque 
  6. narrativité de l’exploit guerrier

Autre version, p. 57 : « je me suis senti, à moi tout seul, comme les cinquante ingénieurs du stade olympique » : accentue la violence de l’effort et s’oppose au laconisme et la trivialité du résultat : « mon fameux joint fuit » et au diagnostic du quincailler : « et que c’est de ma faute… »

  1. p. 26. De « Il pleut » à « j’ai déménagé dans le camion » 
  1. p. 72. De « Il a fallu démancher tout un rang » à « piétinements écorchés »
  2. « ça » : le travail n’a plus de nom
  3. « abattements », « abcès de frustration » : infection
  4. la narrativité est celle du martyr (péché, messe, chapelet) offert à Mamie.

Ces passages sont relayés par des remarques sur la fragilité de la maison :

  1. p. 256-257. De « Il y a de l’eau plein la cave » à « qui montait après moi »
  1. p. 147. De « Quand j’ai fait les honneurs à mes voisines… » à « c’est tout en petit bois de cercueil »

Mythe de Sisyphe : modèle de la narrativité : effort inutile et continuellement voué à l’échec, punition de l’orgueil, métaphore de la négativité de la condition humaine

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

La maison de Va savoir inverse la fiction latente de la maison chaleureuse à la campagne, du chalet dans l’imaginaire québécois, du refuge près de la nature.

La tentative de recyclage (d’une habitation, du couple) échoue et brise celui qui la tente, comme si l’infection généralisée du site et de la bâtisse était finalement impossible à contenir.

En ce sens, l’iconicité de la maison à la campagne dans l’imaginaire social est inversée par le roman.

3. La maladie

a. Les maladies de Mamie

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits 

p. 39. De « Quand tu es tombée enceinte (et que je me suis mis à t’appeler Mamie)… » à « tu n’étais plus la même »

p. 139. De « Tu étais déjà au collège […] à « En plein ce que tu trouvais que tu valais »

p. 141. De « Le cœur ne régissait plus le corps… » à « elle causait une gastro-entérite »

p. 142. « Tu n’avais pas attrapé une gonorrhée dans le temps que tu putassais, mais une syphilis mal diagnostiquée qui avait envahi ton système et détraqué les organes. “Va te faire faire une prise de sang. ” C’était inutile. Les spirochètes étaient indétectables quand ils s’enkystaient pour couver, surtout les mutants. » - mise en récit de la maladie comme invasion emprunte sa poéticité au lexique de la médecine : « envahir le système » (métaphore guerrière) - termes médicaux (les « spirochètes ») : exotisme terrifiant (poéticité) - peur de l’invisible : les bactéries qui ne se voient pas - « couver » : animalisation terrifiante du corps envahi par des parasites - « mutants » : l’imaginaire de la maladie et celui de la pollution se retrouvent dans la figure du monstre.

p. 67. « Tu ferais à ton goût… » à « pas hors de danger » - l’hypocondrie : la maladie comme identité, définition de soi, manière de vivre

p. 83. « Obsédée par ta féminité menacée, tu crains une nouvelle opération, au point que tu as refusé de passer l’examen qui risquait bien plus de te rassurer complètement… » (p. 83)

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

Mamie reprend en l’actualisant la figure de la femme malade de la littérature du XIXe siècle, poitrinaire, neurasthénique hystérique, dans l’équivalence maladie/folie/féminité.

b. Le cancer

p. 53. De « Je songe à mon frère Éric, si jeune emporté par une leucémie » à « Qu’est-ce qui va rester ? » - la mort comme avenir (la question du déchet)

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits

p. 79-80. De « […] un peu comme Hubert, on le sent, a son cancer au lieu de Mary, comme s’il avait eu le choix » à « Il prouverait quelque chose et c’est tout ce qu’on lui demande… »

p. 101-102. De : « il s’est fâché en grinçant des dents, il est tombé, et ça l’a pris… » à « ils lui ont passé une camisole »

p. 239-240. De « Ça ne s’arrange pas. » à « Il aimerait mieux souffrir mais on ne peut pas faire ça aux autres, aux siens comme on dit. »

c. La maladie de Fanie

p. 253. De « Fanie est malade » à « J’ai failli la tuer »

d. Le pourrissement des relations : réseaux métaphoriques de la maladie

Extraits

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

Retour sur l’imaginaire de la contamination dans les années 90 : les discours qui construisent le sida : • maladie de la sexualité et de la liberté sexuelle • occasion de stigmatisation de l’homosexualité • de la contamination (transfusion)

Comme la pollution et la dégradation de l’environnement, la maladie est narrativisée comme conséquence de la négligence (des mœurs sexuelles définies comme dissolues) et envahit le corps individuel et le corps social (risque de contagion) Elle appelle donc les figures de la faute, de l’impossible rédemption et du bouc-émissaire. Son vocabulaire et ses figures s’imposent dans la sémiosis sociale : contamination, virus,

Conclusion

Singularités de *Va savoir* :