(dernière modification : )

Propositions théoriques : Discours social (Angenot), récit/ discours culturel (Cambron), imaginaire social (Popovic)

Angenot

Analyse des discours, plus précisément de leur structure.

Doxa : ce qui est consensuel, dominant. C’est ce qui s’impose comme une évidence, ce qui ne se discute pas.

Idéologème : plus petite unité de discours idéologique; plus petite unité contenant de l’idéologie.

Tout énoncé se fait du point de vue de celui qui énonce et dans l’intérêt de celui qui l’énonce. Angenot se fonde sur Bakhtine selon lequel aucun discours n’est neutre – tous les discours sont en réaction à d’autres discours.

L’ensemble des règles qui composent le discours, mais aussi ce qui permet de le contester. Les règles du terrain commun permettent de fixer les règles de contestation.

La décadence devient une règle : structure de l’État, moralité, femmes, folie, etc.

Popovic

Il s’agit de faire le point sur la sociocritique. Texte très complet et très engagé sur l’état de la sociocritique.

Le texte rapproche sociocritique de sociologie. Parfois ces termes sont trop rapprochés (le texte critique cette proximité excessive). Le texte ne fera pas de la sociologie de la littérature (bien qu’il en fasse mention, surtout dans la phase d’introduction).

Analyse de contenus. Permet de faire une distinction entre thème et contenu. On garde ce qu’est la thématique. Il s’agit d’étudier ce qu’est la phénoménologie, en préservant la thématique.

Le but, ce n’est pas d’étudier le contenu, mais la forme, la structure des textes. Popovic revient justement aux cultural studies qui s’attaquent précisément à la forme (mais il ne fera pas des cultural studies).

Popovic passe aussi par la sociologie de la création – ce qui, précise-t-il, n’est pas ce qu’il va faire – mais est digne de mention.

Semiosis : signe, ensemble des signes. Semiosis sociale : manière dont le sens se réalise socialement. Signes compréhensibles par rapport à ce qui se dit dans le discours environnant.

Forme-sens : thématisations, contradictions, polysémies, etc. Tout ce par quoi un texte littéraire ne reproduit pas à l’identique des textes qui l’environnent, mais s’en rapprochant.

Sens : peut se définir comme une «herméneutique sociale des textes».

Pour lui, l’une des fonctions de la socialisation du discursif est d’imposer des contraintes et des règles délimitant ce qui peut être publiquement dit ou non, ainsi que des façons tenues pour acceptables de débattre et de raconter. Le postulat bakhtinien d’une « interaction généralisée » des énoncés est incliné vers une perception qui privilégie la circulation, l’itération, l’essaimage des mots et des représentations. L’analyse de l’interdiscursivité générale tend à montrer que, loin d’être d’une variété infinie, le discours social est soumis à un nombre restreint de « mécanismes unificateurs et régulateurs » en sorte qu’il se présente comme une « hégémonie », laquelle consiste en un « ensemble de règles prescriptives de diversification […] et de cohésion, de coalescence, d’intégration [des choses dicibles] ».

(Popovic, p. 25)

La spécificité de la littérature est dans l’idéologie; le rôle, selon Angenot, de la littérature est d’assumer ce qu’elle est elle-même, l’idéologie (quitte à essentialiser la littérature en ce sens).

Popovic : la littérature est resémantisation; dire autrement ce qui a déjà été dit.

Popovic postule que le texte est l’objet principal; le texte n’est pas statique, il est dynamique (ce n’est donc pas d’étudier quelque chose de statique).

Cambron

Texte patenté par É. Nardout-Lafarge (collage de 2 extraits).

Ce qui est orignal chez Cambron : distinction entre récit commun et discours social.

Il y a une périodisation chez Cambron (Expo 1967, élection du PQ en 1976). Ce qui change au Québec, c’est une prise de la parole, et donc une circulation beaucoup plus fluide de la parole dans l’espace public.

L’expression «discours social» ne satisfait pas Cambron, qui parle plutôt de «discours culturel» qui englobe davantage.

La culture, c’est tout ce qui nous permet de prendre distance par rapport à ce que nous vivons. Ainsi, Cambron préfère parler de discours culturel, lequel englobe par ailleurs plusieurs formes (peinture, photographie, etc.)

Ce qui intéresse Cambron, c’est le récit.

Ricœur : la seule façon de rendre compte du temps, de rendre compte de l’expérience, c’est de raconter.

Importance du récit pour la mise en forme de la réalité (un même événement rapporté par 2 personnes à 2 moments différents sera très différent).

On est dans les mêmes eaux, mais cela ne revient pas à étudier la structure comme le fait Angenot ou en étudiant l’imaginaire comme le fait Popovic.

Récit minimal commun (dont Cambron trouve des traces dans différents objets communs).

La fiction sociétale est présente chez tous : la fiction se raconte, chez un individu, d’une certaine façon (s’imagine, se perçoit, se fabrique, etc.).

Il y a une production de récit auquel on se met à croire qui acquiert de la légitimité, qui acquiert une certaine «réalité». Pourtant, ce n’est pas nécessairement du mensonge ou de la fabrication complètement; ce n’est ni de la vérité ni du mensonge.

Introduction

Point de méthode.

Autres médiations entre texte et société

Théorie du reflet

Théorie du reflet : le texte littéraire reflète la société.

Micheline Robert démentit cette idée : le roman n’est pas un documentaire; cette théorie est très vite non crédible.

Roman et réalité, même chose?

Ce n’est pas de dire qu’on ne peut rien retenir de la théorie du reflet, bien que cette théorie soit largement dépassée, mais il faut demeurer très critique lorsqu’on se sert d’un texte pour sa valeur documentaire/sociale (il y a toujours une part de fiction…).

Théorie de l’homologie des structures

Goldman propose une théorie de l’homologie (des structures), entre structure du texte et appartenance à une classe (structure sociale).

Encyclopédia Universalis :

Goldmann définit l’œuvre littéraire, comme l’expression de la conscience d’un groupe social ou d’une classe. Mais cette conscience n’est pas la conscience réelle, découverte empiriquement, des agents sociaux, c’est la « conscience possible » (terme qu’il reprend à Lukács). Cette conscience possible est celle qui résulte nécessairement de l’être historique du sujet social ; ==elle est une structure déductible de la position du sujet dans la totalité historique et du rapport qu’il entretient avec celle-ci==. »

La structure est un marqueur social important d’un texte. Ex. Bonheur d’occasion, roman populaire (histoire d’amour, roman de gare…). La structure empruntée au genre populaire n’est pas pour autant (complètement) représentative de son contenu, de ce que le roman a à dire…

Représentation de la bourgeoisie de son temps.

Le discours qui pense les classes sociales n’est pas le même à toutes les époques (d’autant plus que le concept de classes sociales a lui-même changé avec le temps).

Sociologies de la littérature

Chez Angenot, on est dans une conception très essentialiste de la littérature; on cherche à maintenir l’autonomie de la littérature, qu’elle n’a pas de rapport avec le contexte social environnant, qu’elle n’a pas de rapport avec le public (assez éduqué ou non pour apprécier des chefs-d’œuvre), etc.

Le livre de poche est un phénomène social important, important aussi pour la littérature (accompagne l’éducation, permet à plus de gens de lire).

Tendance : le champ littéraire a tendance à évacuer le discours social. Bourdieu identifie un champ populaire de la littérature : le champ de production et la stratégie de vente.

Champ de production restreinte : inversion de l’économie. Ce n’est pas de l’argent ou de la vente dont il est question, mais de renommée, de capital symbolique.

Question : pourquoi Bourdieu a-t-il eu autant de succès au Québec?

Réponse possible : la question de la valeur. On a posé au départ qu’on ne tiendrait pas compte de la valeur. Bourdieu envisage la manière d’un écrivain de débuter dans un champ.

Habitus (cf. Bourdieu) : règles qu’on acquiert pour entrer et fonctionner dans un milieu. Sorte de course à obstacles pour devenir apte, dominer.

Bon marché du hasard : est-ce que toute publication, toute action posée par un agent dans un champ est vraiment destinée à construire sa domination?

Définitions du «social» chez Angenot, Cambron et Popovic

Angenot : le discours social

[…] appelons « discours social » non pas ce tout empirique, cacophonique à la fois et redondant, mais les systèmes génériques, les répertoires topiques, les règles d’enchaînement d’énoncés qui, dans une société donnée, organisent le dicible – le narrable et l’opinable – et assurent la division du travail discursif1. Il s’agit alors de faire apparaître un système régulateur global dont la nature n’est pas donnée d’emblée à l’observation, des règles de production et de circulation, autant qu’un tableau des produits.

Angenot cherche à tout décloisonner (divisions faites entre sciences, etc.) pour finalement tout recloisonner, autrement.

Ce que je propose est de prendre en totalité la production sociale du sens et de la représentation du monde, production qui présuppose le « système complet des intérêts dont une société est chargée » (Fossaert, 1983, p. 331). Je pense donc à une opération radicale de décloisonnement, immergeant les domaines discursifs traditionnellement investigués comme s’ils étaient isolés et d’emblée autonomes, – la littérature, la philosophie, les écrits scientifiques –, dans la totalité de ce qui s’imprime, de ce qui s’énonce institutionnellement.

Qu’on soit en littérature, en philosophie, ou peu importe le domaine, il y a toujours des intérêts. On peut donc tout soumettre à la même analyse.

J’envisage de prendre à bras le corps, si l’on peut dire, l’énorme masse des discours qui parlent, qui font parler le socius et viennent à l’oreille de l’homme en société.

Je me propose de parcourir et baliser le tout de cette vaste rumeur où il y a les lieux communs de la conversation et les blagues du Café du Commerce, les espaces triviaux de la presse, du journalisme, des doxographes2 de « l’opinion publique », aussi bien que les formes éthérées de la recherche esthétique, de la spéculation philosophique, de la formalisation scientifique ; où il y a aussi bien les slogans et les doctrines politiques qui s’affrontent en tonitruant, que les murmures périphériques de groupuscules dissidents.

Dans le discours d’Angenot, on ne sort pas du discours social. On est dans une économie de la parole. Une parole folle n’est pas si folle que ça; elle a été récupérée quelque part et nous a été transmise (ex. «murmures périphériques»). Une parole en-dehors du discours social serait donc fausse.

Tous ces discours sont pourvus en un moment donné d’acceptabilités et de charmes3 : ils ont une efficace sociale et des publics captifs, dont l’habitus doxique comporte une perméabilité particulière à ces influences, une capacité de les goûter et d’en renouveler le besoin.

Ce qui est non acceptable ne sort pas. La mesure de l’acceptabilité pourrait servir de trame à une histoire des changements. Angenot cherche ce qui construit l’acceptabilité.

L’œuvre d’art scandaleuse est immédiatement récupérée par le dispositif social/artistique.

Se qui se dit et se commente et fixe l’acceptabilité de ce qui peut être dit à une époque donnée, avec une recherche méthodologique et une coupe diachronique.

Cambron : le discours culturel

[…] selon Fossaert, il existe dans toute société un vaste syncrétisme du « parlé-agi4 » (Fossaert) en quoi communient les membres d’une société : c’est le discours social commun, lequel sert de « tuf commun[^5] », de matrice, à chacun des discours singuliers exprimés dans une société donnée à un moment donné. Autrement dit, le discours social commun n’est pas une simple addition de discours singuliers, mais plutôt ce qui fonde ces discours comme discours en les rattachant — parfois sur le mode de la contradiction — à une sorte de « sens commun » (Gramsci), comme « un produit et un devenir historique » qui correspondent à « la pensée générale d’une époque déterminée dans un lieu populaire déterminé ».

[…] les attributs d’unicité et de totalité du discours social de même que son double caractère — à la fois collection d’objets et règles matricielles de ces objets — jettent une lumière nouvelle sur deux concepts clés en études littéraires : celui d’intertextualité et celui d’acceptabilité. […] chaque discours s’inscrit dans une sorte de continuum qui surdétermine en partie sa production et sa réception. C’est précisément le sens qu’il faut donner à l’intertextualité : un réseau serré de renvois doublé de modalités de lecture. […] les discours particuliers ne cessent de renvoyer les uns aux autres, par une sorte d’écholalie5 circulaire et généralisée […] affirmer, comme le fait Gilles Marcotte, que « le poète parle avec les mots de la tribu » […] c’est […] affirmer […] une véritable continuité entre tous les textes d’une société, entre les paroles du journal télévisé et celles du poète

Cambron tient à l’idée de continuum. Il n’y a pas de ruptures (de nature), bien qu’il puisse y avoir des contradictions.

[…] Ce murmure discursif, dès lors qu’il se trouve subsumé dans le concept de discours social commun, n’est cependant pas un ensemble flou et désorganisé issu d’une sorte de frénésie du verbe collectif […]

On peut toujours mettre de l’ordre dans tout ça.

Marc Angenot souligne […] que le discours social d’une période peut presque toujours être ramené à une sorte de « récit minimal » qui semble cristalliser les forces vives de la parole. Ce récit minimal est en quelque sorte l’anecdote hégémonique du discours culturel, et sa fonction de manifestation de certains paradigmes au discours culturel (l’anecdote propose une configuration figée) fait qu’il peut apparaître comme donnant directement accès, bien que sur un mode fictif, à l’épistémè d’une société (Foucault) — ce qui est une autre façon de désigner les paradigmes qui organisent la parole, la pensée et peut-être aussi l’action.

Ce que Cambron cherche : le récit minimal, unique et commun (vraiment?).

Les textes travaillent-ils plutôt à déconstruire l’anecdote?

C’est l’épistémè qui domine : la manière par laquelle la société se représente.

Pour Kermode, […] toute fiction, même la plus personnelle — la littéraire, selon nos conceptions occidentales — s’ouvre sur d’autres fictions « sociétales » celles-là, qui, douées d’un fort pouvoir de rémanence, constituent un intertexte envahissant dont la forme mouvante doit sans cesse être investie et perverti de manière à lui faire rendre du sens […].

Parmi toutes les fictions sociétales, il y a aurait une anecdote dominante.

[N]os récits sont essentiellement historiques et [i]ls sont indissociables des mouvements sociaux, politiques et idéologiques. Reste posé le problème des relations qu’entretiennent les récits qui se donnent comme tels — les récits littéraires — avec les récits sociétaux qui trop souvent, comme les mythes, se présentent sous le couvert de la vérité.

Cambron se place résolument du côté de la littérature. Elle limite délibérément la portée de son propos à la littérature.

Kermode postule à cet égard qu’il y aurait une sorte de continuum, que les récits littéraires traduiraient, de façon symbolique, les récits dominants d’une société. […] je crois pour ma part que ces deux types de récits sont traversés par un même récit diffus et structurant qui révèle leur commune appartenance à un discours culturel. […] les fictions (les récits) serviraient de structures médiatrices et devraient être rattachées à la tendance humaine à se conformer à des modèles (« to live by the pattern6 », Kermode) […]

Diffus, car il y a un flou qu’on ne saisit pas tout à fait.

Ce qu’il y a surtout, c’est un récit diffus qui structure tous les autres discours.

Intertextualité et acceptabilité […] rendent […] le mieux compte de cette question fondamentale : comment se fait-il qu’à un moment donné, dans une société donnée, certaines choses peuvent s’énoncer et d’autres pas ?

Certaines choses peuvent se dire, dans un système d’écho; d’autres pas.

[…] un récit diffus et structurant qui parcourrait souterrainement l’ensemble d’un discours culturel pourrait fort bien déterminer les conditions d’émergence des discours singuliers. Aussi devient-il pertinent de comparer les récits lus dans diverses œuvres afin de découvrir si un récit fondamental commun se dégage, qui remplirait une fonction modélisante, c’est-à-dire qui jouerait dans les textes le rôle d’un lieu commun cristallisant les règles d’acceptabilité du discours culturel et incarnant au plan narratif la figure de l’intertextualité.

Fonction modélisante : ce qui a des limites et un cadre.

Cambron décrit quelque chose qui n’est pas de l’ordre de l’évidence empirique (psychologie : inconscients, mais extrêmement agissants). Rapport d’homologie avec la pensée en récit diffus et structurant. Échappe à la description de structurant et d’organisé, mais pourtant extrêmement structurant et organisé.

Popovic : l’imaginaire social

Toute société entretient à ses propres égard et usage un rêve éveillé que ses membres font et entendent : qu’ils s’y reconnaissent parfaitement ou imparfaitement, qu’ils le sentent entièrement leur ou qu’ils tentent de le modifier, il est l’horizon imaginaire de référence qui leur permet d’appréhender et d’évaluer la réalité sociale dans laquelle ils vivent.

Popovic pose qu’il y a nécessité pour une société de se percevoir.

Au moins partiellement, les subjectivités se constituent par rapport à lui ; au moins partiellement, la légitimation des groupes, des prises de parole et des pratiques s’établit par rapport à lui ; au moins partiellement, l’organisation de la société et sa structuration sont compatibles avec lui ; au moins partiellement, les façons dont une société se représente son passé, son présent et son devenir, les façons dont elle se compose une mémoire ne font sens que par rapport à lui.

Popovic trace des points de passage précis.

Les sociétés ont une manière de se percevoir liée à l’imagination; c’est leur rapport au réel. Ce n’est pas que la fiction : c’est la manière dont le sujet se perçoit, perçoit sa société, perçoit son monde. Récit imaginaire de qui nous sommes, comment nous nous positionnons par rapport aux autres.

Sorte de projection : horizon imaginaire.

[…] selon le type de société, l’imprégnation de ce rêve éveillé n’a pas la même force : elle est partielle dans les démocraties, puisqu’il peut y être débattu tout en demeurant la base des débats qu’il suscite ; elle est saturante dans les régimes totalitaires, où le pouvoir exige que ce rêve soit confondu avec la réalité et que chacun adhère à cette confusion.

On peut débattre et on peut être contre, car on parle d’un même sujet (topique); c’est un cadre commun sur lequel s’entendre.

Nous savons que le rêve n’est pas confondu avec la réalité. Il y a un jeu par rapport à ce qui s’est passé.

Ce rêve éveillé est ce que cette étude appelle l’imaginaire social. L’imaginaire social est composé d’ensembles interactifs de représentations corrélées, organisées en fictions latentes [Des fictions au sens propre, avec des héros, des traîtres, des aventures, des débuts, des fins, des recommencements, etc.], sans cesse recomposées par des propos, des textes, des chromos et des images, des discours ou des œuvres d’art.

Il y a une distinction importante entre discours et imaginaire.

La représentation n’est pas la réalité; ce sont des «fictions latentes». Ce ne sont pas, justement, des anecdotes figées, mais elles sont néanmoins structurantes.

Les fictions latentes ont une dramatisation.

Ex. Greta Thunberg fait face à des discours qui s’attaquent à son héroïsation (notamment parce que c’est une fille, et non un garçon; les discours à son égard seraient dans ce cas assurément différents).

3 points communs : latence, rêve, horizon : quelque chose sur laquelle nous n’avons pas d’emprise immédiate.

[…] L’émergence des représentations sociales et de leur concaténation en fictions latentes – et provisoires, car toutes ont une durée limitée dans l’histoire – se fait en réponse à une réalité sociale concrète, faite d’actes, de faits, de violences, d’évènements, de changements constants.

Les fictions latentes sont provisoires; elles ont une durée limitée dans le temps. Cela fait partie de leur insaisissabilité qu’elles ne peuvent pas être figées.

Popovic intègre la question de la réalité sociale concrète dans son approche (bien que Cambron et Angenot n’écartaient pas la réalité concrète – surtout pas Cambron –, ils la séparaient, la dissociaient).

En régime de modernité, l’imaginaire social est fondamentalement traversé de polémiques, pétri de différences. Il n’est pas conçu ici comme une immense gouvernance mécanique des esprits, mais comme un produit de ceux-ci, avec tout le désordre potentiel que cela suppose.

Désordre potentiel : un texte ne peut être réduit à une seule anecdote, à un seul récit, à une seule interprétation figée.

L’imaginaire social ressemble à une ville que ses habitants parcourent avec confiance alors qu’ils n’en ont jamais vu le plan directeur ni la géométrie, pas même le relief.

Métaphore radicale qui renvoie à l’inconscient psychanalytique («parcourir une ville dont on n’a jamais regardé le plan»); injonction dont on ignore l’origine.

[…] l’histoire de l’imaginaire prouve que son évolution est lente. Elle ne se fait jamais par table rase ni par substitutions de totalité. Cette évolution se fait par fragments, par des déplacements de contradiction, par des associations inattendues d’images ou des compénétrations partielles de récits.

On suppose que le texte installe une distance sémiotique (s’écarte de ce qui a déjà été dit). La littérature ayant comme fonction la resémiotisation, elle a quelque chose de décalé avec quelque chose de déjà dit; elle le déplace.

[…] l’imaginaire social […] est ici conçu comme une littérarité générale. […] les textes littéraires (et artistiques) sont susceptibles d’installer une distance sémiotique à l’intérieur et à l’égard de cet imaginaire social […] Ils sont clairement dans un continuum7 sémiotique avec lui.

Référence à La Cantatrice chauve d’Ionesco : situation d’échec de la parole.

Rôle de distance de la littérature : littérarité générale. Popovic emprunte à la littérature : fabrication, caricature, personnage, etc. La littérature est beaucoup plus au centre de l’objet d’étude de Popovic d’abord parce que c’est la littérature elle-même qu’il étudie, mais aussi parce qu’elle propose une méthode.

La structure est de l’ordre de l’implicite, et on ne peut l’étudier que par les traces laissées dans des textes donnés, lesquels sont littéraires.

On travaille le texte (en premier! pas en lisant des ouvrages historiques/biographiques!), puis on sort du texte (l’«émersion»), et on découvre ce qui est semblable et ce qui est décalé entre la réalité et le texte.

Le réel, c’est ce qu’on ne peut que rater : c’est ce qui ne peut pas se circonscrire dans une représentation. Mais, dit Popovic, ce réel peut nous dire quelque chose : c’est ce que nous étudions dans les discours. Il nous faut reconnaître modestement notre incapacité à saisir tout le réel; mais il ne faut pas pour autant abandonner le réel si nous ne pouvons pas nous en saisir. La littérature a pour fonction de resémantiser, car elle re-présente les choses déjà vécues, le réel.

Extension de la notion et méthodes

Postulats communs

L’interaction des discours entre eux

Impossible neutralité

La neutralité est impossible. Popovic : polémicité. Tout discours/énoncé est intéressé; c’est pour cela que tout est polémique.

Neutralité impossible ne veut pas dire qu’on cherche l’opinion du texte. De quelle manière le texte est-il énoncé?

Extensions et spéficités

« La réalité sociale et historique est certes en soi hors d’atteinte et elle est dans un rapport hétérophysique avec l’imaginaire, mais il est nécessaire de la maintenir en arrière-fond discutable de l’analyse »

(Popovic)

Postulat d’écart possible. Le langage (discours, dessin, poème…) «rate d’évidence toute la réalité».

Place de la littérature dans les proposisions théoriques

Méthodes

Approches

Cambron travaille à partir de l’idée de « récit » selon Ricœur, (Temps et récit, tome I, 1983)

Le grand instrument méthodologique d’Angenot est la rhétorique.

Popovic

Déductions d’É. Nardout-Lafarge chez Popovic :

Repères méthodologiques de P. Popovic

Éversion inductive du texte vers ses altérités langagières constitutives

(Popovic, p. 15)

Popovic décortique le geste critique de la sociocritique en 3 étapes :

  1. Analyse interne
  2. Éversion inductive du texte vers ses altérités langagières constitutives
  3. Étude de la relation bidirectionnelle.

(Cette démarche doit se retrouver dans les travaux, dans les grandes lignes, pas nécessairement de manière strictement méthodique.)

L’ordre est important (on ne part pas en lisant un ouvrage historique en disant ça! et ensuite en lisant un texte en référence au ça – on raterait la cible du travail).

Classement des représentations

  1. Histoire et structure de la société;
  2. Relation entre l’individu et le collectif global
  3. Vie érotique (représentations)
  4. Rapport à la nature

Modes de sémiotisation

Cinq modes majeurs de la réalité :

  1. Narrativité : manière de raconter le récit, sa représentation. On devra utiliser des ressources narratologiques (à quel type de narrateur a-t-on affaire? comment le narrateur arrive-t-il à narrer ce qu’il raconte? qu’est-ce qu’il dit?)
  2. Poéticité : texte tourné vers ses propres formes de langage. Multiplicité des formes, rythmes de mise en parole.
  3. Régimes cognitifs : régimes cognitifs dominants. Ex. rentabilité économique (ce qui vaut la peine ou non); quel savoir a la plus grande légitimité; comment le savoir se représente dans l’imaginaire. Qu’est-ce qu’un élément de la narrativité nous dit, quel effet a-t-il sur les régimes cognitifs impliqués?
  4. Iconicité : une image circule beaucoup plus. Une image est toujours cadrée. Fabrication d’images en mots. Une icône est un symbole; c’est la construction d’une image représentative, d’une représentativité maximale.
  5. Théâtralité : scénographie sociale. Cela change : y a-t-il des moments sociaux, des actes sociaux, qui sont ritualisés, cérémonialisés? Façons dont on organise le rituel pour qu’il dise quelque chose, pour qu’il fasse sens dans l’imaginaire collectif. La théâtralité n’est pas la même selon le contexte, les circonstances (militaire, matrimonial, etc.). Ex. il y a une théâtralité dans la demande en mariage, où les rôles sont bien identifiés (demande faite par le garçon, acceptation par la fille). Ex. la scénographie comme transaction économique.

Notes


  1. Le discours d’Angenot est truffé de métaphores et de références marxistes. Retour ↩
  2. Ceux qui écrivent la doxa. Retour ↩
  3. L’emploi du mot «charme» est curieux, étonnant (É. Nardout-Lafarge). Retour ↩
  4. Formulation particulièrement vague (il y en a plusieurs dans le texte). Retour ↩
  5. On est très proche de Bakhtine. Retour ↩
  6. Concept très cher à M. Cambron. Modèle structurant en psychologie qui nous tient. Retour ↩
  7. Continuum revient souvent. Retour ↩