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Images et discours de la dégradation dans Va savoir

Un mot sur le premier examen

Rappel : examen dans 2 semaines. Choix entre 2 questions, réponse de 6-7 pages dans les cahiers d’examen. Droit aux textes théoriques, même annotés, même en format numérique (sur ordinateur). Écrire au stylo à l’encre.

Capacité à s’approprier les enjeux théoriques et à utiliser les outils vus en classe.

À faire : relire les textes théoriques.

Références

Introduction

Va savoir met en récit une dégradation, un « pourrissement » 1). du site 2). de la maison en cours de rénovation 3). des corps (par la maladie) 4). des relations entre les personnages. Ce faisant, le roman dialogue avec l’imaginaire social des années 90 sur la contamination.

Les travaux sur Ducharme abondent; Ducharme fait partie des auteurs québécois les plus étudiés, et pourtant, il y a très peu ou pas d’études sociocritiques portant sur ses œuvres.

Le roman est adressé à la deuxième personne, comme une longue lettre. Ce modèle est bien connu en littérature (comme Le Lys dans la vallée de Balzac).

Le roman est situé dans la campagne. Retour critique vers la représentation, l’inscription, la mise en récit de la vie rurale. École de la tchén’ssâ (cf. Benoit Melançon), avec les appareils qu’on ne retrouve qu’à la campagne (scies, tracteurs, 4x4…).

1. La « Petite Pologne »

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits

La syntaxe du nom nous dit qu’on n’est pas dans la Pologne (comme dans la Petite Italie), mais dans une imitation, un simulacre.

p. 10-11. De : « On a passé l’hiver à fureter dans les petits chemins du Nord … » à « on a hérité du bordel dans toute sa splendeur. »

Éléments lexicaux :

p. 95. De : « Je lui soumets le plan d’épuration de mes eaux » à « ce dépotoir qu’ils ont laissé déborder et fermenter. »

Écho d’un autre passage, p. 12,  de « On n’a pas le choix… toi qui m’entreprendrais si tu me voyais »

p. 132-134, De « Fanie a crié, elle s’est planté un clou à bardeau dans le pied, dans le creux. » à « j’en oublie le boire et le manger »

Ces passages coexistent avec la description de lieux protégés, désignés comme des édens par le texte, comme la taillée de fraises des champs (p. 50-51) ou de l’île (p. 208-210).

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

Singularité sémiotique

Pessimisme actif qui correspond, dans le roman, à la maxime économique renversée de l’investissement à perte.

Le roman met en scène un point de vue pessimiste (Rémi qui nettoie pour que sa fille puisse marcher pieds nus). Le fait d’y croire n’empêche pas de se battre pour la cause. Tous les investissements de Rémi seront perdus : argent, temps et efforts pour remettre la maison sur pied. Même la petite Fanie finira par lui tourner le dos.

Ça a du sens de raconter l’histoire sous le signe de la perte économique (investissement à perte).

2. La maison

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits

p. 18, de « Je lui déploie mon plan… » à « dont je n’ai aucune encore » :

p. 20-22, de « J’ai pris ton courage à deux mains, je me suis engouffré » à « j’ai l’eau courante » :

Autre version, p. 57 : « je me suis senti, à moi tout seul, comme les cinquante ingénieurs du stade olympique » : accentue la violence de l’effort et s’oppose au laconisme et la trivialité du résultat : « mon fameux joint fuit » et au diagnostic du quincailler : « et que c’est de ma faute… ». Isotropie du Stade olympique comme grand et éternel chantier, violence de l’effort.

p. 24, de « Il pleut » à « j’ai déménagé dans le camion » :

p. 65, de « Il a fallu démancher tout un rang » à « piétinements écorchés » :

Ces passages sont relayés par des remarques sur la fragilité de la maison :

p. 256-257, de « Il y a de l’eau plein la cave » à « qui montait après moi »

p. 147, de « Quand j’ai fait les honneurs à mes voisines… » à « c’est tout en petit bois de cercueil » :

Le modèle de la narrativité est calqué sur le *Mythe de Sisyphe1* : effort inutile et continuellement voué à l’échec, punition de l’orgueil, métaphore de la négativité de la condition humaine.

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

La maison de Va savoir inverse la fiction latente de la maison chaleureuse à la campagne, du chalet dans l’imaginaire québécois, du refuge près de la nature :

La tentative de recyclage (d’une habitation, du couple) échoue et brise celui qui la tente, comme si l’infection généralisée du site et de la bâtisse était finalement impossible à contenir.

Écart de la sémiosis sociale

En ce sens, l’iconicité de la maison à la campagne dans l’imaginaire social est inversée par le roman.

Ce qui est idéalisé dans la maison, à travers la fiction latente.

3. La maladie

On est beaucoup malade dans ce roman. Il y a notamment Mamie et Hubert.

a. Les maladies de Mamie

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits 

p. 39, de « Quand tu es tombée enceinte (et que je me suis mis à t’appeler Mamie)… » à « tu n’étais plus la même ».

Mamie est mère sans l’être (elle a fait fausse couche).

p. 139, de « Tu étais déjà au collège […] à « En plein ce que tu trouvais que tu valais » :

p. 141, de « Le cœur ne régissait plus le corps… » à « elle causait une gastro-entérite » :

p. 142 :

Tu n’avais pas attrapé une gonorrhée dans le temps que tu putassais, mais une syphilis mal diagnostiquée qui avait envahi ton système et détraqué les organes. « Va te faire faire une prise de sang. » C’était inutile. Les spirochètes étaient indétectables quand ils s’enkystaient pour couver, surtout les mutants. »

Un des problèmes de Mamie, c’est l’hypochondrie : elle a si peur d’être malade, qu’elle finit par tomber malade. La maladie envahit, certes, mais chez Mamie elle envahit surtout l’esprit.

Éversion vers l’imaginaire social et singularité du roman

Mamie reprend en l’actualisant la figure de la femme malade de la littérature du XIXe siècle, poitrinaire, neurasthénique hystérique, dans l’équivalence maladie/folie/féminité.
Mamie est étrangement toujours malade : série déclenchée par la fausse couche, puis poursuivie par tout le reste (elle est femme, donc elle est malade…) :

Ducharme ne mentionne pas explicitement le SIDA, mais on trouve des échos très nets des maladies dont il a été contemporain dans le roman.

b. Le cancer

p. 48, de « Je songe à mon frère Éric, si jeune emporté par une leucémie » à « Qu’est-ce qui va rester ? » : la mort comme avenir (la question du déchet); la vision du monde est habitée par le cimetière (comment va-t-on gérer le site de tous ces déchets?).

Analyse de la mise en texte : lectures d’extraits

p. 71, de « […] un peu comme Hubert, on le sent, a son cancer au lieu de Mary, comme s’il avait eu le choix » à « Il prouverait quelque chose et c’est tout ce qu’on lui demande… ».

p. 101-102, de : « il s’est fâché en grinçant des dents, il est tombé, et ça l’a pris… » à « ils lui ont passé une camisole » :

p. 239-240, de « Ça ne s’arrange pas. » à « Il aimerait mieux souffrir mais on ne peut pas faire ça aux autres, aux siens comme on dit. » :

On ne veut pas voir la maladie; on ne veut pas être contaminé par le sentiment suscité par le regard posé sur le malade soffrant.
Soigner, c’est aussi cacher la maladie.

c. La maladie de Fanie

p. 253, de « Fanie est malade » à « J’ai failli la tuer ».

d. Le pourrissement des relations : réseaux métaphoriques de la maladie

Tout ce qui concerne l’environnement et les relations sociales est contaminé de métaphores communes. Les relations sociales pourrissent, sont corrompues.

Notes


  1. L’histoire, en gros se résume à ceci : monter le rocher en haut de la montagne; le rocher va tomber; il faut le remonter. Retour ↩