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Les Nuées d’Aristophane

Le contexte historique

La date est précise : 423 av. J.-C.

Nous sommes à Athènes (ce n’est pas la Grèce entière); Athènes est une Cité-État, autonome.

480 av. J.-C. : date de la bataille de Salamine, date à laquelle la Grèce – Athènes en particulier – vainc la guerre contre la Perse, contre Cerces, fils de Darius (qui avait déjà attaqué la Grèce 10 ans auparavant dans la bataille de Marathon).

La collectivité prime sur l’individu (épisode : spartiates qui se sont tous sacrifiés pour retarder l’invasion). Hoplites (fantassins) qui forment une structure collective très forte, presque indestructible dans son intégrité, mais complètement vulnérable si un homme tombe.

Après la victoire des Perses : moment d’explosion de la culture (car «il est plus facile de faire de la philosophie le ventre plein» qu’en temps de guerre…).

Socrate est mort en 399 av. J.-C. Les vainqueurs de la guerre sont les porteurs de la culture.

Les plus jeunes, qui sont nés après la guerre, naissent avec l’héritage du discours (la peur de mourir de faim; le besoin de défendre; réflexes de survie; etc.).

Bref, on se situe à une époque de changements culturels et sociaux importants.

Quand la société va bien et que les problèmes les plus urgents (faim, survie…) ne sont plus présents, on commence à s’intéresser à l’art oratoire. C’est aussi le moment de mettre en place en société de nouvelles choses. Naissance, notamment, des rhéteurs et des sophistes.

Critique faite au texte : on montre Socrate (Sokratès) comme un sophiste, alors que Socrate (du moins tel que décrit par Platon) s’est toujours battu contre les sophistes.

Les sophistes se présentent comme des gens qui vendent leur savoir; leur instruction n’est possible qu’aux gens fortunés. (Aujourd’hui, on pourrait dire que ce sont des professeurs d’université…)

Différence fondamentale entre Socrate et les sophistes : Socrate ne vend pas son savoir (car il prétend qu’il ne sait rien; il n’a donc rien à vendre).

Le contexte littéraire

C’est une comédie.

Il y a une explosion des comédies à cette époque. Il y a énormément de festivals pendant lesquels on voit passer beaucoup de tragédies et de comédies : les fêtes dionysiaques. Le public votait pour ses pièces préférées.

«Comédie» viendrait de Komos : des cortèges d’hommes ivres qui fêtaient Dionysos. Ce rite se serait progressivement transformé en genre littéraire : le rituel aurait donné lieu à des rituels très réglés, se cristallisant en formes littéraires (tragédie et comédie), en événements littéraires.

Aristophane

445-380 ca. La vie d’Aristophane correspond à la fin de l’apogée d’Athènes.

Au 2e siècle av. J.-C., c’est à Alexandrie que le pouvoir est déplacé (Alexandre le Grand, grand mercenaire qui a tué beaucoup de personnes).

Rome importe la culture grecque.

Les Perses ne sont pas venus pour entretenir la culture athénienne.

Philippe de Macédoine (modeste petit homme de culture de berger) trouve la culture grecque et décide de la transmettre. (Si c’était quelqu’un d’autre, comme Corses, il est probable que la culture grecque ne nous soit pas transmise).

3 grands dramaturges nous sont parvenus (tragédie) : Sophocle, Eschyle, Euripide.

Pratiquement aucune comédie ne nous est parvenue; nous n’avons que celles d’Aristophane, dont 11 comédies sont restées (notamment l’Assemblée des femmes).

Les Nuées

Pièce écrite en 423 av. J.-C.

C’est une critique de la culture contemporaine : on tient un discours réactionnaire, on critique les jeunes, on vante les valeurs traditionnelles.

On fait de l’ironie sur des personnages que tout le monde connaît (dans ce cas, Socrate).

Socarte était un personnage invu : il était dans le public, assistait aux représentations. Il était très connu. Il était une trentaine d’années plus vieux qu’Aristophane.

Dans le Phédon, les lois prennent la parole (prosopopée) : Socrate, accusé de corrompre les jeunes, ne peut répondre à ce que les lois lui disent, il boit donc la ciguë.

Socrate commence en se délestant de ceux dont la position ne vaut pas la peine d’être entendue, dont celle d’Aristophane (qui le représentait comme un sophiste dans Les Nuées); Socrate s’est défendu d’être un sophiste.

Aristote, 50-60 ans plus tard, ne se plie pas aux lois comme Socrate le fait. Socrate connaît l’apogée de la démocratie et y croit, au prix de sa vie. Cela illustre le changement de paradigme entre deux générations pas si éloignées (3 gouvernements se sont succédé en peu de temps, avec 3 régimes complètement différents).

Socrate est accusé de corrompre les jeunes parce qu’il remet en doute les valeurs des figures d’autorité. En ce sens, Aristophane n’a pas tort : rien n’est vrai, tout est argumentable (valable tant qu’on peut le démontrer).

Socrate ne le disait pas ainsi : il supposait qu’on ne pouvait savoir quelque chose, ce qui revenait (d’une autre façon) à mettre en doute ce que l’autorité disait.

Les Nuées sont des divinités d’une pensée fumeuse. Elles sont progressistes dans le sens qu’elles mettent de l’avant des valeurs humaines, communes.

Aristophane caricature les Nuées, des divinités traditionnelles. Parmi elles, une certaine rationalité émerge («lorsqu’il pleuvait, tu croyais que Zeus pissait?» tourner en ridicule). Remplaçant les mythes quelque peu ridicules par une autre approche au monde.

Commun entre Socrate et les Nuées : mise en danger par rapport à la société et ses valeurs traditionnelles.

Une guerre de valeurs

On se trouve dans une guerre de valeurs.

«Individualisme1» vs collectivisme.

Richesse : costumes de plus en plus raffinés vs simplicités et valeurs. Strepsiadès débute en se plaignant du goût de sa femme pour la richesse. On retrouve au début du texte un contraste frappant entre richesse (ville) et valeurs simples (campagne).

On ne peut faire de la philosophie qu’une fois le ventre plein!

La comédie, comme genre, est réactionnaire! Elle est basée sur l’idée de faire plaisir au public : on va plaire à la majorité, on évitera donc de la critiquer. On est dans le «comique significatif» (Baudelaire) en montrant l’écart (caricatural) à la règle (car la règle, c’est ce qui est attendu). Dès qu’on a la normalité, on peut s’en servir pour faire du comique significatif (en s’écartant significativement de cette règle).

On suscite les rires en se basant sur l’écart de la règle.

La comédie tend à rétablir cette règle. Les gens qui remettent en cause les valeurs traditionnelles sont justement ridiculisés.

Selon Aristophane, la liberté de pensée (penser) s’approche de la licence, car on peut soudainement envisager faire et dire n’importe quoi.

La représentation de la philosophie

On met en scène le relativisme des sophistes (dire tout et n’importe quoi, cela peut presque toujours être vrai).

Le relativisme des sophistes est relié à l’acte de tout mettre en question.

On montre l’inutilité de la philosophie (ex. s’interroger sur la distance que peut sauter une puce en relation avec la longueur de ses pattes). Cette idée, cette représentation de la philosophie est encore bien présente aujourd’hui.

Car, au fond, «la philosophie est inutile».

Rôle de la philosophie : quelle est la frontière où on doit cesser de tout remettre en question? Jusqu’où doit-on aller, au risque de perdre tous nos repères?

À quel point la pensée critique peut-elle devenir un danger, car risquant de nous laisser sans appuis pour interpréter la réalité ?


  1. Concept anachronique; l’individualisme est un concept moderne. Retour ↩