Question 1.
Que faut-il comprendre de l’affirmation selon laquelle le matériau textuel ne serait plus prescriptif au théâtre? Comment cette affirmation est-elle confirmée ou infirmée dans les trois pièces lues au cours du semestre?
Les pièces traditionnelles étaient typiquement construites pour que tous les spectateurs arrivent à une interprétation commune, unifiée, identique et fermée.
Knock
Plutôt fermé. La pièce est plutôt claire, le message de la pièce n’est pas équivoque. Le caractère réaliste des didascalies montre un décor réaliste.
(En plus de la surenchère explicative du Docteur Vadeboncœur à la fin dans la représentation du TNM)
Éden
La pièce oscille entre les deux pôles :
- Fermée :
- on comprend que c’est le personnage qui parle, dans un monologue;
- on comprend le lieu (dans un hôpital psychiatrique);
- on comprend les autres personnages (le médecin, la mère, Grégoire);
- la narrativité est très claire sur la condition du personnage et qu’il va se suicider à la fin;
- elle a eu plusieurs tentatives de suicide;
- on comprend qui parle (c’est un monologue), les propos du psychiatre sont rapportés;
- Ouvert :
- La pièce n’a pas de message clair (si elle en a une, elle est difficile à dégager)
- La pièce n’est pas sous la forme d’un récit à proprement parler, le fil narratif est trouble ou disjoint : il y a des allers-retours, on suit le fil de conscience de la narratrice (non chronologique)
- Le texte prend le chemin alternatif en évoquant des choses sans raconter une histoire
- Chez Delaume, le protocole n’est pas inclus ou explicité : c’est au lecteur de savoir comment le récit se passe
- L’identification (qui parle, temporalité présent/passé, etc.) est très difficile chez Delaume.
- Poétique, construction particulière : on le relit pour être sûr de bien comprendre (pourquoi avoir énoncé ainsi ?), donc pas nécessairement compris de la même manière par tous.
La meute
- Ouvert :
- Polyphonie, l’identification de la parole pose problème, n’est pas clair (mélange sans distinction), même si on comprend mieux à la fin (mais pas à 100%, ça peut venir de Martin ou de sa meute)
- Narrativitié pas tout à fait fermé (par exemple, on ne sait pas si Sophie déteste encore Martin; on ne sait pas ce qu’il adviendra d’eux)
- Les photos de Martin : on ne sait pas comment elles se sont retrouvées en ligne;
- on ne sait pas ce que Martin en pense (il ne fait que les lire), le texte ne dit pas s’il lit les remarques de quelqu’un d’autre (le texte dit qu’il est devant son ordinateur, sans autres précisions)
- le texte ne dit pas si les photos sont mises en ligne et si Louise le sait (elle ne le sait probablement pas)
- Changements spatio-temporels par l’éclairage (10, 21, 24, 37, 52, 71), avec « changement d’atmosphère ».
- Fermeture :
- Thèmes abordés
- Lieux sont précisés
- Répliques naturalisantes (même si les éclairages sont tout à fait irréalistes)
- L’identification des voix des personnages est le plus souvent explicite (on sait qui parle à qui)
- Le sens des répliques est généralement clair et explicite.
- Il y a une certaine fermeture, mais le texte va plus loin en laissant plusieurs ouvertures.
Question 2.
Quels sont les fondements du contrat spectaculaire? Dans lequel des deux spectacles que nous avons vus diriez-vous que ce contrat tacite serait le moins bien respecté et pourquoi? Quels en sont les effets?
Piste : séance 12
Fondements
- Rôle d’actant spectateur
- Rôle d’actant
Dans Knock, ce sont les créateurs qui respectent le moins bien le contrat, avec l’entrée en scène du docteur Vadeboncœur (bris du mode d’adhésion créé durant la pièce); passage d’un mode axé sur la fiction à un mode d’adhésion « réaliste »; changement de registre.
Effets
Malaise généralisé.
Question 3.
Des trois pièces lues, laquelle se prêterait le mieux à l’approche du jeu en 7 questions et pourquoi? Laquelle s’y prêterait le moins, et pourquoi?
Le moins : Éden matin midi ou soir
- Qui?
- Qui suis-je? Nom : Adèle Trousseau. On connaît certains éléments de son passé (étudié en lettres, liaison avec Grégoire), elle en sait beaucoup sur la maladie mentale (elle théorise la thanatopathie) et le suicide.
- À qui le personnage ressemble-t-il? C’est une femme
- Qu’est-ce que le personnage fait? Tente de se suicider, tente de justifier son suicide. Est patiente d’un hôpital psychiatrique.
- Quel âge a-t-il? 28
- Comment est-il habillé? ???
- Où suis-je? Hôpital psychiatrique
- Quand? Temps indéterminé.
- Qu’est-ce que je veux? Me suicider. Convaincre le médecin qu’elle est saine d’esprit. Masquer sa tentative de suicide.
- Pourquoi est-ce que je le veux? Thanatopathie. Elle a tout essayé (énumérations p. 42). Elle souffre.
- Comment puis-je obtenir ce que je veux? (Mourir?) On ne sait pas comment elle va se suicider.
- Quel est l’obstacle? Ceux qui veulent la soigner (psychiatre, mère, voisins).
La question du « qui » demeure la plus floue et abstraite. Le temps est aussi très indéterminé, avec des réminiscences fragmentaires.
Le plus : Knock
- Qui suis-je? Médecin, quarantaine, a fait des études en lettres, « non-médecin » qui a pratiqué sur un bateau
- Où suis-je? Petit village (le nom est mentionné dans la pièce) de campagne de France. On mentionne aussi Lyon. Lieux réalistes.
- Quand? Moment de l’écriture : 1924, avec automobile de l’époque.
- Qu’est-ce que je veux? Avoir des clients.
- Pourquoi est-ce que je le veux? Faire de l’argent.
- Comment puis-je obtenir ce que je veux? Surdiagnostiquer les patients.
- Quel est l’obstacle? Le vrai docteur. Persuader les gens de se faire soigner. Se bâtir une réputation dans le village.
Question 4.
Quelles sont les six grandes traditions du jeu théâtral? Si vous aviez à rattacher le spectacle La meute à deux d’entre elles, lesquelles choisiriez-vous et pourquoi?
Six grandes traditions
- Romantisme
- Naturalisme
- (Réalisme)
- Symbolisme
- Expressionnisme
- Minimalisme
La meute
- Naturalisme : jeu réaliste, langue réaliste (non déclamatoire), jeu physique qui demeure assez près d’une théâtralité du quotidien, objets naturels (table, chaise, lit, bouteille, cigarette, téléphone); costumes très « normaux », contemporains.
- Minimalisme : décors minimalistes (fond noir), peu d’accessoires, fonction métonymiques (la table représentait la cuisine ou la salle à manger; le lit, la chambre), les décors sont remplacés par l’éclairage.
Question 5.
On regroupe généralement les fonctions de base du son de la représentation théâtrale en trois catégories. Quelles-sont-elles? à laquelle de ces catégories rattacheriez-vous la pratique de Scott Gibbons, telle qu’il la décrit dans l’article lu? Expliquez.
- accompagnement
- soulignement
- paysage sonore (soundscape), univers sonore à part entière (Scott Gibbons)
Question 6.
Quelles sont les fonctions de base de l’éclairage lors de la représentation?
- Rendre visible ce qu’on veut faire voir, et masquer (par la pénombre) ce qu’on ne veut pas montrer
- Révéler des formes (ne montrer qu’un visage, mais pas le fond) : la perception du fond est diffuse, voire occultée.
- Diriger l’attention par la focalisation sur une forme particulière.
- Moduler l’atmosphère : jouer avec l’éclairage c’est jouer avec les couleurs. On travaille avec les couleurs sur scène : les costumes, les décors; on fabrique des zones d’ombre, on rend les autres éléments de la scène abstraits. L’éclairage nous informe sur le moment de la journée : un éclairage de jour et un éclairage de soir ne sont pas pareils; un éclairage d’extérieur n’est pas comme un éclairage d’intérieur. Très souvent, on compte des filtres de couleur ou un gobo sur les projecteurs. Le gobo est une plaque avec des trous, laissant passer la lumière par certaines formes (par exemple, un gobo perforé d’étoiles laissera passer des rayons comme des feuilles d’automne).
- Scénographie : l’éclairage a également une fonction scénographique (c’est beaucoup le cas dans La Meute). L’éclairage lui-même peut projeter de la scénographie (projection d’images, comme dans Knock).
- Porteurs d’action (fonction dramatique) : l’éclairage peut participer au récit. L’éclairage ne va pas seulement accompagner l’action, mais la marquer, marquer les transitions, marquer le rythme.
Composition : le terme est beaucoup utilisé en photographie ou en peinture. L’éclairage crée des dynamiques visuelles, fait ressortir certains éléments sur scène pour « peindre » une composition particulière. Les ombres multiples peuvent déconcerter le spectateur : il faut donc contrecarrer les ombres non désirées à l’aide d’un « contre-projecteur ».
visibilité
atmosphère
composition
révélation formelle
environnement spatio-temporel
renforcement
Question 7.
Pourquoi Bénédicte Boisson affirme que, jusqu’au milieu du XIXe siècle, « l’orateur [est] le modèle du jeu d’acteur »? Qu’exige-t-on ensuite de l’acteur ou actrice, qui est nouveau?
Le jeu physique : on ne demande pas simplement à l’acteur de déclamer (faussement, en « chantant », c’est-à-dire parler comme on ne parle pas), mais aussi de jouer physiquement, le travail physique de l’acteur. On lui demande de faire des exercices (entraînement chez Grotowski), formation de l’acteur dans le système stanislavskien, où le résultat est dû à un travail (n’importe qui peut devenir acteur).
Delsarte a créé un système très codifié de grammaire du geste pour rendre les mouvements/gestes plus naturels.
Question 8.
Dans leur article, Calvert et Pompeu reprennent certains éléments clés de la pensée de Susan Bloch. Celle-ci affirme qu’il existe six émotions de base? Quelles sont-elles et comment en mesure-t-on l’effet?
La peur, la colère, la tristesse, la joie, la tendresse, l’érotisme.
Par les signaux biologiques :
- les mouvements respiratoires
- l’activité motrice du muscle trapèze
- la fréquence cardiaque
- la tension artérielle
Question 9.
Quelles sont les catégories historiques de compositions en scénographie? Choisissez une des deux pièces vues, rattachez-la à une ou deux de ces catégories en expliquant vos raisons.
- Traditionnel (symétrique, frontale)
- Moderne
- Actuelle
Knock : scénographie avec un point de fuite central facilement identifiable, dans un cadre (notamment à la première scène avec l’auto, mais aussi avec les autres scènes); symétrie des plans; on garde la notion de profondeur (arrière-scène, moyenne-scène, avant-scène clairement différenciés), rétro-projections accentuent le caractère central.
Tout le monde dans la salle a vu le même spectacle : impression de vision homogène de tous les spectateurs (qui voient tous la même chose en même temps), héritée des Italiens. Fusion, effacement de l’individu dans le groupe déterminé par la vision homogène. Il y a unité sur scène et unité dans la salle.
Le spectateur est témoin et récepteur : ce n’est pas très exigeant pour le public de comprendre l’organisation scénique sur scène ; il est naturalisé.
Similaire à l’organisation spatiale de la vie de tous les jours.
Question 10.
Quelles seraient les deux fonctions sémiotiques dominantes de la scénographie dans le spectacle La meute? Expliquez.
Métaphorique : la table et les chaises pour la salle à manger; les bols pour la nourriture; le lit pour la chambre.
Abstrait : Beaucoup d’espace vide, fond noir; forme des éclairages (qui ne renvoie à rien en-dehors du spectacle, rien en-dehors d’eux-mêmes), jeu de lumière et de son abstraits.