(dernière modification : )

Le bâti et les espaces du théâtre : histoire, théorie, terminologie. Visite au Monument-National

Cours donné au Monument-National (1182 boul. Saint-Laurent, Montréal).

Le théâtre et son environnement

Nous débutons la séance dans le hall d’entrée. Il y a un petit bar, nous nous y installons avant le début du cours à 9 h 00.

Jean-Marc Larrue débute avec quelques remarques introductives sur l’histoire du Monument-National, probablement le plus ancien théâtre au Canada encore presque intact.

À ses débuts, les espaces du rez-de-chaussée sont occupés par des commerces, comme une épicerie ou un restaurant. L’entrée du théâtre était plutôt étroite, si bien qu’elle n’offrait pas de place pour se rassembler avant la représentation : on payait son entrée à 10¢ et on montait tout de suite les escaliers qui mènent aux étages supérieurs.

Nous sommes sortis pour contempler le bâtiment de l’autre côté de la rue, pour ainsi le situer dans son environnement.

Un parc public (Place de la Paix), lui-même une sorte de petit théâtre, repose juste en face.

Parc Place de la Paix

Le théâtre se situe sur le boulevard Saint-Laurent, tout près de son intersection avec le boulevard René-Lévesque, une artère passante. Avant la construction du quartier des spectacles, juste à côté, cette intersection représentait le centre-ville économique de Montréal, en raison de son affluence et du développement du quartier, majoritairement habité par des Juifs.

Il s’agit par ailleurs du plus grand théâtre juif au monde à l’extérieur de New York.

Façade

Sur la photo : J-M Larrue pointe les étages supérieurs du bâtiment, dont les 4 étages laissent à peine soupçonner l’existence d’une immense salle à l’intérieur.

La façade de la bâtisse est surtout constituée de pierre, caractérisée par des motifs verticaux.

Le théâtre est situé entre 2 plateaux : celui du Vieux-Port de Montréal, plus bas, et celui du Plateau Mont-Royal, plus haut.

En partant de l’extérieur, on (re)prend un certain recul en reconstituant le parcours extérieur, moment à partir duquel l’expérience théâtrale débute chez le spectateur. En effet, se rendre au théâtre fait partie de l’expérience : un théâtre se trouve dans un lieu physique, dans un environnement bien précis; pour s’y rendre, on doit traverser certains quartiers, avec leur histoire et leur atmosphère propres, sans parler du bâtiment dans lequel on s’apprête à entrer, plus ou moins imposant, qui nous dicte lui aussi sa propre atmosphère.

Le théâtre, c’est la rencontre des espaces.

Le Monument-National a eu ses hauts et ses bas dans son histoire; tantôt abandonné, tantôt rénové, le fait qu’il représente aujourd’hui une icône du théâtre montréalais relève pratiquement du miracle.

(Le Monument-National est truffé de ratages, notamment dans son architecture, mais surtout dans un sens plus positif, en ce sens qu’il n’est pas du tout devenu ce pour quoi il a été prévu.)

Le parcours intérieur

Plaque Président L. O. David

Sur la photo : une plaque de marbre, pourtant majestueuse, semble à peine se faire remarquer.
Elle rappelle, entre autres, le nom du fondateur du Monument-National, Laurent-Olivier David (homme politique libéral et avocat).
Je ne reconnais pas la police de caractères (une gothique sans empattements), mais elle était assurément de son époque (la Knockout par Jonathan Hoefler et Tobias Frères-Jones, une de mes préférées, est une adaption très réussie de ces gothiques américaines du début du XXe siècle).
En gravure, en plus!

Nous prenons les escaliers de cet édifice dont l’architecture a été incroyablement mal conçue.

À l’étage, une première entrée, remarquablement minable, permet d’accéder à la salle.

Le large escalier était autrefois réservé à la bourgeoisie (la classe populaire empruntait un ancien escalier exigu à l’arrière du bâtiment, à partir de la rue Clark).

À l’étage, une aire de détente et un bar ont été aménagés.

Une poutre d’une incroyable laideur remplit sans doute un rôle de soutien fonctionnel, à défaut d’être épouvantablement disparate.

Plus haut, un espace vide à plafond haut a toutefois été conservé.

Espace étage

Sur la photo : des bancs singuliers (mais discrets) avec une base en métal ondulé meublent l’espace resté somme toute épuré et particulièrement aéré à l’étage.

La salle Ludger-Duvernay

Entrée parterre

Sur la photo : nous prenons la première entrée vers la grande salle.
Police de caractères utilisée : Helvetica (Max Miedinger, 1957), en capitales.

Couloirs sculptures

Dans les couloirs qui mènent à la salle, nous sommes accueillis par d’étranges sculptures, sortes de bustes plus ou moins incomplets arrimés au mur.

Couloirs sculptures

Indication sièges pairs; cellulaire interdit

Sur la photo : une inscription (relativement…) contemporaine indique l’entrée des sièges pairs, accompagnée d’un cibole qui prohibe l’utilisation de téléphones cellulaires.
Police de caractères : Eurostile (1962), comme pour l’enseigne principale à l’extérieur du théâtre (l’enseigne, signature graphique du théâtre, est composée en minuscules, sans doute une autre affirmation de la veine moderniste).

Entrée dans la salle Ludger-Duvernay

Sur la photo : nous prenons place dans la salle Ludger-Duvernay, la plus grande des trois salles.

Intérieur de la salle Ludger-Duvernay

Sur la photo : le revêtement de la salle n’a presque rien perdu de son originalité.
On note une grande mixité des matériaux utilisés.

Sur la photo : l’espace scénique, très traditionnel, est disposé en frontale, à l’italienne.
Cette configuration facilite l’éclairage. Au fond, on aperçoit la régie, qui a été ajoutée tardivement à la salle.

L’architecture, d’abord conçue pour faire une salle de concert, est manifestement d’inspiration baroque. La symétrie est néanmoins très rigoureuse.

Une grande attention a été portée à la sonorité (texture des chaises en velours, forme des parois) ce qui permet à la voix des comédiens d’être agréable à entendre et qu’elle ne rebondisse pas vers ceux-ci.

Lorsqu’on entre dans un théâtre, se sent-on chez soi?
Se sent-on confortable?
A-t-on envie de retourner dans cet endroit?

La salle actuelle comporte 805 places (assises), mais on accueillait autrefois presque le double grâce à des sièges de plus petite taille et des allées rétrécies, et un public debout au balcon.

Salle Ludger-Duvernay, scène vue de face

C’est la découverte picturale de la perspective (en peinture, par les Italiens) qui a révolutionné l’espace scénographique : plutôt que de fabriquer des décors complexes et onéreux, on a recours de grandes toiles peintes qu’on peut facilement remplacer pendant le spectacle.

Les spectateurs les mieux assis sont donc ceux qui se situent en plein centre de la salle, puisqu’ils voient le point de fuite bien de face.

Le cadre de scène, plus spécifiquement son manteau d’Arlequin, est relativement modeste, dépourvu de gravures ou d’ornementation particulière, à l’exception d’un rail métallique qui en cerne le pourtour.

Il est étonnant qu’un bâtiment, en apparence modeste de l’extérieur, abrite une cage de scène aussi grande. La scène est très profonde; la voix ne s’y porte pas aussi bien que lorsqu’on se trouve à l’avant-scène.

La fosse d’orchestre (vue du parterre)

Sur la photo : la « fosse d’orchestre » ici a été reconvertie en espace pour les spectateurs, mais les barrières ont néanmoins été conservées.
La fosse d’orchestre serait normalement beaucoup plus basse : on ne verrait que le haut du dos du chef, lequel se tiendrait debout sur une plateforme surélevée dans la fosse.

La fosse d’orchestre (vue de la scène)

L’aire de jeu et l’aire spectatoriales sont bien délimitées.

Coulisses et machinerie

Le cadre de scène masque la machinerie.

Plancher de la scène

La scène comporte encore des trappes fonctionnelles. Celles-ci sont néanmoins surtout utilisées par des jeunes.

L’espace sous la scène fait plusieurs mètres de profondeur.

Rideaux, projecteurs et herses

Le rideau de scène, rouge, peut être descendu pour cacher la scène et faire un dévoilement. Un rideau de fer existe encore, servant à protéger le reste du théâtre et les spectateurs des incendies (les théâtres prenaient souvent feu).

Sur le mur du fond, à l’arrière de la scène, une grande toile blanche peut être descendue pour afficher des projections.

Le cintre

Sur la photo : au plafond, le cintre permet d’arrimer une foule de dispositifs techniques. Plus bas, une herse supporte les projecteurs d’éclairage.

Systèmes de poulies

Police de caractères utilisée (pour le chiffre 2) : Gill Sans (Eric Gill, 1928).

Contrepoids des systèmes de poulies

Sur la photo : contrepoids utilisés par les systèmes de poulies.
La machinerie est rarement montrée au théâtre : on préfère généralement la dissimuler, par exemple afin d’éviter d’interférer avec le réalisme.

Sur la photo : en coulisses, on retrouve même l’image de la scène telle que vue par les spectateurs.

La balustrade

La balustrade est la troisième salle après la salle Ludger-Duvernay et la salle Hydro-Québec (voir plus bas); elle constitue en quelque sorte un troisième lieu, où les « spectateurs » peuvent boire, manger et échanger tout en étant divertis par des comédiens qui foulent une plus petite scène (mais une scène néanmoins).

Balustrade avec prof et étudiants

Sur la photo : Jean-Marc Larrue occupe la (petite) scène. Dans ce type d’espace, le rapport entre spectateurs et comédiens est complètement différent de celui où on est assis confortablement dans des fauteuils de velours et à consacré son attention sur une seule chose. L’orientation des chaises, lesquelles sont tournées vers les tables et non vers la scène, participe de ce changement de rapport acteur-spectateur.

Balustrade vide

Sur la photo : fait amusant, les sièges sur scène sont tournés vers une plante verte, posée au centre de la scène.
Recentrement du discours?

Balustrade, espace Larsen

Des teintes pâles et un mobilier simple, mais confortable, agencé à des plantes vertes confèrent une atmosphère plus légère, voire estivale.
Police de caractères utilisée : Montserrat (Julieta Ulanovsky, 2012).

Balustrade, pan de mur avec typo

Sur la photo : la Serre arts vivants, pan de mur qui énumère les donateurs.
Police de caractères utilisée : Montserrat (Julieta Ulanovsky, 2012). Le nom est également reproduit en néons de couleur verte, visible de l’extérieur.

Le summum de l’hybridité : la salle Hydro-Québec

Plateformes au plafond

Sur la photo : des plateformes multifonctions suspendues au plafond permettent d’exploiter l’espace vertical et de s’y mouvoir facilement.

Étudiants en cercle

Sur la photo : les étudiants se disposent naturellement dans une configuration « sphérique », autour du centre qui reste vide; le professeur s’installe, comme les étudiants, à la périphérie du cercle.

Étudiants en cercle

Escaliers

Sur la photo : des escaliers plutôt exigus permettent de descendre au bas de la salle et contrastent avec le large escalier à l’entrée du bâtiment. S’y sent-on moins à l’aise ou en sécurité? Les concepteurs de la salle s’en sont-ils souciés?

Murs de pierre

Sur la photo : bien qu’il s’agisse d’une salle contemporaine, la présence quelque peu caverneuse des murs de pierre rappelle les fondations de cet ancien bâtiment.

Le cube

Sur la photo : la salle Hydro-Québec forme un cube parfaitement hybride et permet une modularité infinie, laissant au metteur en scène une complète liberté.

Complément du mardi 24 septembre 2019

Sur la façade, on aperçoit l’enseigne principale du théâtre.

Sur la photo : sur la façade, on aperçoit l’enseigne principale du théâtre, disposée à la verticale et arborant un ancien logotype.
Police de caractères utilisée : Eurostile (1962).

Nom du théâtre en lettres autonomes

Sur la photo : le nom du théâtre est reporté en lettres autonomes qui reposent sur la marquise du théâtre.
Police de caractères : inconnue. Police sans empattement géométrique, de style art-déco.

Aperçu de l’ancien logotype, préservé sur l’enseigne sous le nom du théâtre.

Sur la photo : aperçu de l’ancien logotype, préservé sur l’enseigne sous le nom du théâtre.

Titre du théâtre, en pierre extrudée.

Sur la photo : titre du théâtre, en pierre extrudée (police de caractères : inconnue, police sans empattement géométrique, de style art-déco), sous le numéro civique (Eurostile gras, 1962).