(dernière modification : )

Personnage liminaire

Reproduit à partir du travail d’Émilie

Habituellement «pris entre [la] règle collective (la coutume) et sa trajectoire singulière (son destin)» (Scarpa, 2009: 26), le personnage liminaire se caractérise par son ambiguïté : il est inachevé sur le plan initiatique, bloqué sur les seuils et figé dans un entre-deux constitutif (Scarpa, 2009: 28), alors que les récits romanesques «ne cessent de raconter son impossible agrégation à la communauté» (Ménard, 2017), soit par le biais de ses ratages initiatiques ou encore de ses entorses à la coutume. Scarpa propose de lire les trajectoires narratives des personnages en termes d’initiation (symbolique), c’est-à-dire par rapport au processus de socialisation des individus quant à leur apprentissage des différences de sexe, d’âge et d’état s’inscrivant dans une succession de passages (Ménard, 2017).

[Le personnage liminaire est] porteur de contradictions fondamentales, il transgresse les règles et les frontières, il viole les interdits.

(Scarpa, 2009: 29)

C’est précisément parce que le personnage liminaire n’arrive pas à quitter la phase de marge qu’il crée un « brouillage culturel » (Ménard, 2017) en ne franchissant pas certains des seuils jugés cruciaux du point de vue de l’initiation rituelle symbolique, puisqu’ils sont constitutifs d’une identité sociale réussie.

Exemple: Le Compte de Monte-Cristo

On peut penser à Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo de Dumas, personnage liminaire qui, lorsqu’il revêt l’identité du comte, a la compétence, grâce à son intelligence et sa richesse (qui sont des moyens et non une fin), de faire passer les autres personnages d’un côté et de l’autre du «seuil» du bonheur – il est agent du sort à la fois pour ses ennemis dont il se venge et pour les moins fortunés à qui il rend justice, ainsi que du « seuil » de la loi (il rend les innocents coupables et vice versa). Il est de ce point de vue un sur-initié: son statut de marginal est mis à profit pour accomplir sa vengeance alors qu’il est introduit dans le monde parisien sous le pseudonyme du comte sans y faire véritablement sa place; il joue sur les règles sociales et transgresse une multitude de frontières terrestres et symboliques (association avec des bandits, introduction dans le monde d’un forçat puis dissociation d’avec lui sans conséquences à sa personne, etc.).

Références

Ménard, Sophie, «Le “personnage liminaire”: une notion ethnocritique», Litter@ Incognita [En ligne], Toulouse, Université Toulouse Jean Jaurès, n° 8 « Entre-deux : Rupture, passage, altérité », automne 2017.

Scarpa, Marie, «Le personnage liminaire», Romantisme [En ligne], vol. 145, no 3, 2009, p. 25-35.

Van Gennep, Arnold, Les Rites de passage, Paris, Picard, 1988 [1909].