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Séance 0: introduction à l’ethnocritique

L’ethnocritque est une forme d’herméneutique du texte.

L’ethnocritique étudie les cultures littéraires (au pluriel), les traits culturels hétérogènes, les systèmes culturels, les logiques, les formes, les imaginaires socioculturels, le bricolage culturel, dialogisme culturel, polyphonie culturelle, les signifiances culturelles des œuvres.

Tous ces substantifs mettent l’accent sur l’intrication entre le texte et la société, les relations sociales.

Il est également important de considérer la pluralité des formes, cultures, logiques, etc. (nommées au pluriel dans la description). La culture n’est pas unique et homogène; on devrait ainsi parler des cultures d’une époque.

La culture prend plusieurs formes: orale, écrites, performatives, numériques, profanes, religieuses, profanes, etc. La culture se manifeste sous différentes formes, différents registres, sans qu’on ne tombe dans des oppositions simplistes comme culture populaire vs culture savante.

Ce n’est pas la représentation de la culture dans le texte, mais plutôt de la dynamique des relations à l’œuvre dans le texte. C’est une façon de considérer le texte, de se représenter le texte différemment.

On ne considère pas le texte comme un objet ethnologique, sociologique, anthropologique… comme le ferait un anthropologue par exemple; c’est une façon plutôt littéraire de faire la critique. L’intérêt littéraire n’est pas historique ou anthropologique (bien qu’elles puissent être intéressantes pour les historiens qui cherchent des informations sur les mœurs des gens à une certaine époque).

On n’est pas en train d’étudier une œuvre du 19e siècle par exemple de manière folklorisante.

Le roman n’est jamais en adéquation avec la culture de son époque: il y a toujours un remaniement opéré par le texte. La littérature remodèle les formes de sa culture, les retravaille pour correspondre à des formes esthétique.

On doit faire un travail sur les formes des œuvres. On étudie comment le texte est en dialogue avec sa culture. C’est surtout les écarts du texte – plutôt que son adéquation – avec la culture de son époque qui est intéressante.

La lecture ethnocritique proprement dite va dès lors déplacer l’analyse du récit d’un rite (son ethnographie et son ethnologie) pour s’interroger sur le rite d’un récit, sa dynamique littéraire. Ainsi, ce type de cheminement ethnocritique dans le texte de Flaubert à partir d’une focalisation sur une lexie au style vieilli (un effet de réel langagier en somme) nous ouvre au dialogisme culturel à l’œuvre dans l’œuvre (et non à une banale et monologique partition culture écrite vs culture populaire), aux dissymétries culturelles et aux ruptures anthropologiques. (J.-M. Privat)

L’ethnocritique n’est pas une ethnographie d’une coutume, d’une pratique culturelle, mais plutôt la manière dont certains des aspects symboliques se greffent à la culture, et comment ils sont remaniés pour en faire une rupture.

Culturème: motif culturel (rite, coutume) que l’on repère dans le texte.

Logiques

L’ethnocritique étudie les textes par des logiques, sous plusieurs formes.

Ethnochronologie

J.-M. Privat en étudiant les œuvres d’un point de vue ethnocritique montre que les structures temporelles dans Madame Bovarie suivent un calendrier folklorico-lithurgique. Des marqueurs culturels structurent la chronologie du roman, construisent le récit.

Le calendrier rural non seulement architecture la temporalité du roman (ethnochronologie), mais aussi la diégèse, la vie d’Emma. L’insistance du texte sur les événements calendaires (obligations coutumières) enferment le personnage dans son monde et l’empêche de s’émanciper.

Charivari

Occasion où l’on se moque de certains mariages.

Logiques culturelles du malheur

Pendant ce semestre, nous travaillerons les notions ethnocritiques à travers les logiques culturelles du malheur et comment celles-ci organisent le texte.

Malheur?

Formes de malheur:

Le malheur peut être considéré comme un état subit.

On peut aussi faire le malheur, être responsable du malheur, avoir une certaine agentivité.

Définition, Jean-Marie Privat

La lecture ethnocritique proprement dite va dès lors déplacer l’analyse du récit d’un rite (son ethnographie et son ethnologie) pour s’interroger sur le rite d’un recit, sa dynamique littéraire. […] Il serait tout aussi important de toujours mieux situer les perspectives ethnocritiques dans l’ensemble des herméneutiques littéraires voisines ou connexes (anthropologie de la littérature, stylistique culturelle, sociocritique, pragmatique de la lecture, etc.). […] L’ethnocritique de (grâce à) Flaubert c’est aussi nécessairement un regard extrêmement attentif aux cosmologies constitutives des récits, de leurs hybridations et de leurs belligérances.