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Séance 1: Qu’est-ce que le numérique?

Objectif de la séance: problématiser le terme «numérique», qu’est-ce que signifie ce terme.

La question du «modèle» est peut-être plus sérieuse pour voir le numérique (vu plus loin).

Marcello ne croit pas que l’on peut être un bon littéraire si on ne comprend pas le numérique, voire les mathématiques et surtout les aspects techniques.

Qu’est-ce que le numérique?

La substantivation d’un adjectif (numérique) est problématique, parce qu’on ne sait plus de quel objet on parle.

Numérique et analogique

Cette opposition n’est pas complète pour parler du monde, mais elle constitue un point de départ important.

Signification culturelle

Cf. Milad Doueihi qui a étudié comment le numérique devient un phénomène fondamentalement culturel (ex. passage du vinyle au CD; passage du film à un codec numérique qui représente une image). Il y a des implications esthétiques et culturelles.

Internet et web?

La distinction entre les deux termes est fondamentale (il y a souvent confusion entre les deux termes, utilisés à tort de manière interchangeable): Internet est l’infrastructure physique permettant le partage et l’échange de données entre les machines. Ce sont des câbles et les protocoles qui permettent l’échange de données dans ces câbles. L’émergence de l’Internet arrive au début des années 1970, surtout dans le domaine militaire. Le web arrive 20 ans plus tard, invention de Tim Berners-Lee: c’est le contenu que l’on peut voir dans un navigateur (données échangées par le protocole HTTP et formatées en HTML). C’est le web qui multiplie les connexions internet dans les foyers au début des années 1990, puisque le web permet de voir les données. La diffusion d’internet ne peut avoir lieu sans le fait préalable que les gens aient des ordinateurs chez eux, ce qui a commencé une dizaine d’années auparavant (1984 et la pub d’Apple).

En ligne ou pas seulement?

Le numérique n’est pas récent, son mode de représentation existe depuis l’Antiquité (Pythagore par exemple). Il s’est répandu avec la diffusion des ordinateurs personnels, mais les ordinateurs existent au moins depuis les années 1950.

Crise institutionnelle

Des domaines comme les études médiévales sont plutôt bien constitués, et reconnus comme tels. On sait ce qu’est la paralittérature. On est habitué à étudier des livres – mais que fait-on avec un site web? Dans quelle boîte le classe-t-on? La littérature et culture numérique constitue un fourre-tout dans lequel on met les objets inclassables, qu’on ne reconnaît pas. Marcello cherche à définir le numérique positivement (c.-à-d. ce qu’il est vs ce qu’il n’est pas, par une définition négative).

La période actuelle serait plutôt définie comme période conditionnée par le numérique (plutôt qu’un époque définie par le numérique comme telle).

Numérique et politique

(Section esquivée)

Moderne, contemporain… numérique

Quelque chose s’est perdu dans la soupe de la «culture numérique»: on ne comprend plus ce qu’il y a derrière cet objet numérique. Par exemple, les gens achètent des iPhone, mais sans que nous ne puissions comprendre le fonctionnement, lire le code sous-jacent.

Le numérique au sens propre

On peut représenter des choses comme l’amour de différentes façons (par exemple sous forme d’un poème). Le numérique permet de représenter les choses différemment.

C’est une représentation de la réalité via des éléments discrets et atomiques qui correspondent à des nombres naturels.

Numérique s’oppose ainsi à analogique: la représentation du réel via un signal continu, «analogue» au réel.

Exemple: la pluie

Pour enregistrer la pluie (se faire une représentation du réel), on peut:

Mais si on veut une représentation numérique, il faut des unités atomiques et discrètes. Pour les éléments atomiques, il faut choisir des éléments irréductibles, qu’on ne séparera plus. Ce choix est arbitraire: on pourrait choisir le nombre de gouttes de pluie (sans tenir compte de leur taille), une forme ronde ou sphérique, un volume (nanolitre d’eau: 1, 2, 3 nl… mais pas 2,5, puisqu’il faut des unités discrètes).

Le discret s’oppose à continu: il y a des quantités infinitésimales entre des valeurs discrètes (entre 1 litre ou 2 litres, il y a 1,5, et ainsi de suite à l’infini).

L’échantillonnage

L’échantillonnage, c’est sélectionner les valeurs discrètes qui ont du sens pour la représentation, l’échantillon.

La base 2

Base: combien de symboles dispose-t-on pour représenter les unités discrètes.

Base 10Base 2
00
11
210
311
4100
55
6110
7111
81000
91001
101111

Avantage avec la base 2: il n’y a que 2 symboles à mémoriser (0 et 1) vs en base 10 (10 symboles à mémoriser pour se représenter les nombres).

L’aspect culturel

Discours sur la haute fidélité qu’on utilise pour nous vendre des produits électroniques.

Le discours commercial et même culturel nous fait croire que le numérique est «léger», voire vaporeux ou immatériel (avec des expressions comme «nuage numérique» cloud computing), alors qu’en fait il utilise une énorme quantité de ressources matérielles et énergétiques.

L’impact des discours est aussi cuturel: par exemple, on est considéré «déconnecté» si on n’a pas un compte Facebook ou Whatsapp. Les pratiques, les usages ont un énorme impact socioculturel.

Le numérique engendre un changement de perception, sur comment nous voyons le monde.

Immatérialité

L’immatérialité est pratique dans discours des entreprises. Marcello trouve qu’elle est très dangereuse, puisqu’elle nous induit en erreur.

La consommation d’électricité des recherches Google inutiles est faramineuse, comparable à l’éclairage de régions entières. L’impact énergétique est énorme.

Implications politiques

Prêter serment pour obtenir la citoyenneté canadienne sur la plateforme Zoom… dont les serveurs se trouvent physiquement aux États-Unis?

Plutôt que de données, il faudrait peut-être parler de capta (puisque les informations ne sont pas données, mais dépendent de la manière dont nous les captons, des modélisations dont nous décidons).