Méthodologie

par Louis-Olivier Brassrad

Avant de donner au lecteur à voir les résultats de son analyse (très sommaire), l’auteur souhaitait en présenter les grandes lignes méthodologiques (puisqu’il n’y a pas de méthodologie homogène en sciences humaines, et qu’il faut constamment expliciter celle qu’on utilise)1.

Les annotations participatives : d’une technostructure à un gisement d’intelligence collective

Le recours à l’outil d’annotation Hypothes.is permet à tout individu équipé d’un ordinateur, d’un navigateur web et d’un accès à l’Internet de réaliser des annotations en temps réel sur une ressource HTML publiquement accessible.

Le caractère foncièrement démocratique de cet outil donne les moyens à l’internaute d’accomplir un geste d’écriture collaboratif en enrichissant publiquement un corpus traditionnellement figé et socialement isolé. En permettant une forme de « dialogisme métatextuel » – commentaires et réponses, avec quelques fonctions sémantiques limitées comme l’étiquetage, cet outil – regardé comme une technostructure – se révèle d’un potentiel infini pour permettre à l’intelligence en sciences humaines – forte de malléabilité et de pluralité de voix – de se développer rapidement.

La technique est ici intrinsèquement liée à la catalyse d’une intelligence collective.

Fonctions des annotations

Les annotations permettent d’abord de repérer graphiquement (par une reconnaissance visuelle chez l’utilisateur) certains passages signifiants, par le geste de « surlignage »; cela constituerait le « niveau zéro » des annotations2. Un niveau supérieur surgit avec le commentaire, dont le contenu permet d’expliciter la pertinence du surlignage. Un commentaire peut également déployer une réflexion critique, ce qui va bien au-delà de la simple fonction de repérage et d’« indexation ».

Archéologie des annotations : une philologie participative embryonnaire

En parcourant les annotations, j’ai eu l’idée d’en dégager les principales thématiques relevées par la communauté étudiante.

J’ai procédé à l’archivage des annotations (grâce à l’outil développé par Jon Udell) et à une analyse sommaire des mots-clés (tags). Un premier nuage de mots, construit selon la fréquence d’apparition de ces mots-clés, rend compte d’une diversité abêtissante :

Capture d’écran d’un nuage de mots-clés des annotations sur Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.

Capture d’écran d’un nuage de mots-clés des annotations sur Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.

J’ai procédé à l’élagage des mots-clés qui, souvent présents par défaut, n’ajoutaient rien à l’analyse (FRA3314, Beauvoir)3. J’ai procédé à une fusion des mots-clés similaires (indifférenciation selon la casse, la présence d’un croisillon # ou d’un « s » pluriel), ce qui m’a laissé une liste de 47 mots-clés générés par les utilisateurs. J’ai par la suite comparé cette liste avec un ensemble de mots-clés que j’avais moi-même élaboré (cette liste est reportée dans la section matériaux des annexes).

Capture d’écran d’un nuage de mots-clés des annotations sur Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. Capture d’écran d’un nuage de mots-clés des annotations sur Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, après filtre.

Limites

Si l’outil d’annotation interactif est présenté comme une boîte de Pandore de déploiement de l’intelligence collective, je suis contraint de reconnaître la participation limitée des étudiants (moins d’une douzaine d’utilisateurs différents ont contribué aux annotations au moment d’écrire ces lignes), et la localisation des annotations (dont la médiane se situe approximativement dans le premier quart de l’œuvre, laquelle est « sur-documentée » par opposition à la deuxième moitié de l’œuvre, qui ne contient presque pas d’annotations).

Les commentaires ne témoignent, le plus souvent, que d’une analyse très sommaire (peu de passages sont accompagnés d’une réflexion moindrement approfondie et référencée).

Notes


  1. Dans son cours, Marcello déclare lui-même le flou engendré par le recours aux formes expérimentales dans le cadre académique donne lieu à des résultats incertains, d’où la présente démarche. Retour ↑
  2. À noter que j’emploie explicitement le terme de « repérage graphique », puisque le caractère sémantique du texte lui-même n’est en aucun cas altéré (ni enrichi, ni modifié); l’outil d’annotation se déploie en parallèle, comme paratexte matériellement indépendant de l’œuvre (ce qui ne signifie pas qu’il puisse contribuer, indirectement, à des modifications du texte, par un ensemble de dynamiques éditoriales4). Retour ↑
  3. J’ai également décidé d’ignorer le mot-clé Sartre, puisque la philosophie de Beauvoir se revendique distincte de la sienne (cela sera abordé dans le travail). Retour ↑
  4. Sur la notion d’éditorialisation – en tant que l’ensemble des dynamiques éditoriales –, voir notamment les travaux du professeur Marcello Vitali-Rosati, Pour une définition de l’éditorialisation (dont j’omets à dessein la référence bibliographique sémantique). Retour ↑