Situation historique

par Louis-Olivier Brassard

Simone de Beauvoir est née en 1908 au sein d’une famille bourgeoise, dont le père était érudit et dont la mère était très pieuse. Elle est élevée dans un environnement très religieux.

Mémoires d’une jeune fille rangée (MJFR) a paru en 1958, près de dix ans après la sortie de son livre Le deuxième sexe (1949), livre qui a connu un succès global.

Contrairement au Deuxième sexe (lequel se présente comme un essai philosophique), MJFR prend plutôt la forme roman autobiographique dans laquelle de Beauvoir esquisse la genèse de sa personnalité, jusqu’au début de sa trentaine. Elle y relate de nombreux souvenirs d’enfance, dont certains témoignent ou préfigurent de ses goûts pour l’écriture, la philosophie ou même la célébrité. Elle rapporte ses expériences en lien avec les arts (le théâtre et la danse, mais surtout la lecture et l’écriture), la religion (les artéfacts littéraires et anecdotes à caractère religieux abondent et continuent d’habiller les métaphores de l’autrice même après que celle-ci y ait complètement renoncé), la philosophie (les premières œuvres que Beauvoir a lues, les professeurs qu’elle a côtoyés, du lycée jusqu’à l’université), la réalité sociale des femmes (la sexualité tue par sa mère, les questions d’apparence physique, le modèle matrimonial traditionnel, le traitement réciproque des deux sexes), ses amitiés et premiers amours (son affection pour Zaza (de son vrai nom Élizabeth Lacoin (Citation: , , p. 201 (). Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.  : GALLIMARD. )), sa liaison avec Jacques Laiguillon, ses rencontres à l’université de Sorbonne avant celle de Sartre) et surtout la journalisation (Citation: , (). Simone de Beauvoir.  : Presses Universitaires de Vincennes. ) (parfois relatée avec les déformations que l’âge et la postérité peuvent engendrer). C’est donc le making-of1 d’un « mythe vivant » dont Beauvoir a pleinement conscience et souhaite mettre au jour.

Si Beauvoir a consigné de nombreux carnets et journaux intimes dans sa jeunesse (dont son roman autobiographique pourrait apparaître comme une suite logique, plus mature et plus aboutie), l’écriture de ses Mémoires marque l’intention de se rapprocher d’une authentique « vérité », sans les embellissements fantasmés de ses écrits d’enfance – que Beauvoir semble pourtant relire constamment (Citation: , , p. 141 (). Beauvoir intime et politique: La fabrique des Mémoires. Presses Universitaires du Septentrion. ).

Notes


  1. J’emprunte favorablement l’expression de Marcello. Retour ↑

Bibliographie

Fort (2016)
(). Simone de Beauvoir.  : Presses Universitaires de Vincennes.
Golay (2017)
(). Beauvoir intime et politique: La fabrique des Mémoires. Presses Universitaires du Septentrion.
Lecarme-Tabone (2000)
(). Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.  : GALLIMARD.