Annotations Hypothes.is

Ces annotations ont été récupérées le 4 décembre 2019 à partir de l’édition clandestine mise en ligne par Louis-Olivier Brassard, soumis à la participation de la classe de Littérature et philosophie (FRA3314) à l’automne 2019.


loupbrun (Public)
électronique
numérique SVP

loupbrun (Public)
Gallimard
boys club

SimoneWeilsGlasses (Public)
Ma mère, plus lointaine et plus capricieuse, m’inspirait des sentiments amoureux

Sur les rapports de Beauvoir avec la psychanalyse, voir, entre autres : https://www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2011-1-page-63.htm

Dans son Deuxième sexe, Beauvoir fait une critique lucide du « point de vue psychanalytique » sur la femme. Si elle adhère aux concepts généraux du freudisme, elle lui reproche pourtant l’étroitesse de son point de vue exclusivement masculin ; surtout, elle lui reproche de poser comme immuable certains traits qui, selon elle, tiendraient plutôt de l’ordre social (la souveraineté du père, par exemple).

Cf. Le deuxième sexe, tome 1, première partie, chapitre II : « Le point de vue psychanalytique ».


Blair84 (Public)
Il m’amusait, et j’étais contente quand il s’occupait de moi ; mais il n’avait pas dans ma vie de rôle bien défini.
Ça rejoint la philosophie existentialiste de Sartre, les hommes sont libres en dehors des catégories sociales.

Maperreault (Public)
Soudain l’avenir existait ; il me changerait en une autre qui dirait moi et ne serait plus moi.
La persistance du Soi

sandradebarros (Public)
Je tenais particulièrement à les intéresser : je bêtifiais, je m’agitais, guettant le mot qui m’arracherait à mes limbes et qui me ferait exister dans leur monde à eux, pour [Page 16]de bon.
Ce passage me rappelle comment dans Les Mots de Sartre, étant enfant il jouait à un rôle en quelques sortes afin de plaire à sa famille.

Maperreault (Public)
Un soir, devant un ami de mon père, je repoussai avec entêtement une assiette de salade cuite ; sur une carte postale envoyée pendant les vacances, il demanda avec esprit : « Simone aime-t-elle toujours la salade cuite ? » L’écriture avait à mes yeux plus de prestige encore que la parole : j’exultai.
Il y a à ses yeux un certain prestige dans l’écriture que la parole n’a pas

Maperreault (Public)
Je découvris avec dépit combien la gloire est éphémère.
Gloire enfantine

jeremie.dm (Public)
d’yeux
charivari

Maperreault (Public)
chaque fois qu’il m’arrivait quelque chose, j’avais l’impression d’être quelqu’un.
La question de l’identité (et non seulement d’être quelque, mais de ne pas être n’importe qui) est présente très tôt chez de Beauvoir

sandradebarros (Public)
Tante Alice ne me crut pas. Tante Lili [Page 19]me défendit avec feu. Elle était la déléguée de mes parents, mon seul juge ; tante Alice, avec son vieux visage moucheté, s’apparentait aux vilaines fées qui persécutent les enfants ; j’assistai complaisamment au combat que les forces du bien livraient à mon profit contre l’erreur et l’injustice.
Comme pour Rousseau, la découverte de l’injustice est restée marquée.

sandrineb (Public)
quelque chose clochait puisque des crises furieuses me jetaient sur le sol, violette et convulsée
dissociation

Maperreault (Public)
Je partageais la révérence qu’inspirait à mes parents le papier imprimé : à travers le récit que me lisait Louise, je me sentis un personnage ; peu à peu cependant, la gêne me gagna. « La pauvre Louise pleurait souvent amèrement en regrettant ses brebis », avait écrit ma tante. Louise ne pleurait jamais ; elle ne possédait pas de brebis, elle m’aimait : et comment peut-on comparer une petite fille [Page 20]à des moutons ? Je soupçonnai ce jour-là que la littérature ne soutient avec la vérité que d’incertains rapports.
Surgit aussi très tôt la question du rapport entre littérature et vérité; + L’écriture, encore une fois, est tenue en haute estime.

sandrineb (Public)
Je partageais la révérence qu’inspirait à mes parents le papier imprim
respect de l’autorité (aussi celle des hommes, précédemment)

sandrineb (Public)
la littérature ne soutient avec la vérité que d’incertains rapports.
impression de méfiance pour la fiction

sandrineb (Public)
partout je rencontrais des contraintes, nulle part la nécessité
la nausée; contingence

sandrineb (Public)
Non seulement les adultes brimaient ma volonté
désir de ne pas respecter l’autorité/problème est de se sentir inférieure, doit avoir l’impression d’être la meilleure, du moins être estimée

sandradebarros (Public)
Ces menues victoires m’encouragèrent à ne pas considérer comme insurmontables les règles, les rites, la routine ; elles sont à la racine d’un certain optimisme qui devait survivre à tous les dressages.
Ici de Beauvoir semble expliquer son audace futur.

Maperreault (Public)
Les deux catégories majeures selon lesquelles s’ordonnait mon univers, c’était le Bien et le Mal. J’habitais la région du Bien, où régnaient — indissolublement unis — le bonheur et la vertu.
Jeune fille rangée

sandrineb (Public)
les joies et les peines des hommes correspondent à leurs mérites.
catho

jeremie.dm (Public)
Le monde qu’on m’enseignait se disposait harmonieusement autour de coordonnées fixes et de catégories tranchées. Les notions neutres en avaient été bannies
Altérité : Bien/Mal, Beau/Laid, Positif/Négatif, Dominant/Dominé, Homme/Femme, &c.

jeremie.dm (Public)
tout fruit non comestible était vénéneux
connotation Ève qui mange le fruit défendu par le Père

jeremie.dm (Public)
Puisque j’échouais à penser sans le secours du langage, je supposais que celui-ci couvrait exactement la réalité
Le langage ne peut saisir la réalité avec exactitude.

jeremie.dm (Public)
Deux de mes cousins Sirmione suçaient des sucres de pomme
connote derechef le fruit défendu dans le jardin d’Éden

sandrineb (Public)
Non. Je les voulais toutes les deux sans faille
intègre notions de bien et de mal/compromis et limite entre les deux à partir des cpmts/réactions des adultes, comme tous les enfants

jeremie.dm (Public)
Celui de la naissance m’inquiétait peu.
La femme est considérée abjecte par l’Église dès la naissance. La doxa considère la femme subalterne à l’homme.

loupbrun (Public)
je récusais les vérités qui ne reflétaient pas un absolu. Je ne voulais céder qu’à la nécessité

L’idée d’absolu et de nécessité guident le projet littéraire de Beauvoir (qui écrit par nécessité, pour donner une valeur, un sens à son existence; il y a un étroit rapport, voire une fusion entre sa vie et son écriture).

Ce passage n’a pu qu’être écrit rétrospectivement!


sandrineb (Public)
nécessité
ce qui est justifié, ce à quoi un sens semble intrinsèque / valeur accordée à la réalité (supérieure) vs. fiction

sandrineb (Public)
j’étais la vedette du cours « Zéro »
ironie/dérision/ridicule de l’enseignement, sa rigidité et ses prétentions

sandrineb (Public)
L’Histoire sainte me semblait encore plus amusante que les contes de Perrault puisque les prodiges qu’elle relatait étaient arrivés pour de vrai.
réel > fiction

jeremie.dm (Public)
les choses, plates comme des concepts, se réduisaient à leurs fonctions
Marx. Plat = sans profondeur

sandrineb (Public)
les choses, plates comme des concepts, se réduisaient à leurs fonctions
la nausée

jeremie.dm (Public)
peu de chose m’étonnait
Attitude typique du dandy (donc masculine), qui ne doit pas se laisser impressionner et qui doit plutôt chercher à impressionner.

jeremie.dm (Public)
Dans l’ensemble, les maigres richesses de mon existence de citadine ne pouvaient rivaliser avec celles qu’enfermaient les livres.
ethos de lectrice insatisfaite du monde accessible dans l’immédiat

jeremie.dm (Public)
Tout changeait lorsque je quittais la ville et que j’étais transportée parmi les bêtes et les plantes, dans la nature aux innombrables replis.
topos du retour vers le primitif par mépris de la société

jeremie.dm (Public)
la bête à bon Dieu
Coccinelle

jeremie.dm (Public)
pioupiou
soldat

jeremie.dm (Public)
Ma tante Hélène attelait la charrette anglaise et nous allions à la gare voisine distribuer des pommes
Péché originel : la femme qui donne à manger le fruit interdit à l’homme

jeremie.dm (Public)
L’une d’elles un jour offrit un verre de vin à un blessé allemand. Il y eut des murmures. « Quoi ! dit-elle, ce sont aussi des hommes. » On murmura de plus belle. Une sainte colère réveilla les yeux distraits de tante Hélène. Les Boches étaient des criminels de naissance
Déshumanisation ; la femme aussi est criminelle de naissance

jeremie.dm (Public)
ils suscitaient la haine, plus que l’indignation : on ne s’indigne pas contre Satan
hypocrisie

jeremie.dm (Public)
La vertu me gagnait ; plus de colères ni de caprices : on m’avait expliqué qu’il dépendait de ma sagesse et de ma piété que Dieu sauvât la France.
La narratrice cherche à s’élever au rang de Sainte, d’une certaine façon comme Jeanne d’Arc, pour sauver la France.

jeremie.dm (Public)
Je m’épris de cette âme que j’imaginais blanche et rayonnante comme l’hostie dans l’ostensoir.
C’est une aberration d’attribuer aux couleurs des significations arbitrairement - dogmatiques d’autant plus - et de les imposer à tous. Tel est le cas d’attribuer à la femme le rôle d’Autre. En l’occurrence, le noir est associable au Mal, à l’antipode du blanc au Bien si on suit la logique de l’altérité, ce qui renvoie à la morale.

jeremie.dm (Public)
j’avais l’impression qu’elle m’appartenait d’une manière privilégiée
en parallèle avec la femme qui appartient à l’homme… l’aînée est supérieure à la cadette “par défaut”/“de naissance”

jeremie.dm (Public)
Les événements confirmèrent mon optimisme
Confirmèrent sa foi en Dieu

jeremie.dm (Public)
Cependant, soit par goût, soit parce qu’il avait trois enfants, il entra dans les bureaux de la Ville de Paris : il y fit une longue carrière, qu’il termina chef de service et décoré.
Négligence paternelle de la vie familiale suggérée

jeremie.dm (Public)
Ses goûts s’opposaient systématiquement à ceux de son aîné
altérité…

jeremie.dm (Public)
C’était ma grand-mère qui incarnait pour lui la loi. Mon grand-père n’était guère capable d’assumer ce rôle.
rôles genrés en quelque sorte subvertis : castration symbolique du grand-père, cependant la grand-mère est quand même femme au foyer!

jeremie.dm (Public)
L’insolite vocation de mon père
Opposée au grand-père, qui travaillait pour l’État. Encore aujourd’hui une doxa place les arts au bas de la hiérarchie, à l’opposé de la fonction publique.

loupbrun (Public)
L’insolite vocation de mon père s’explique, je crois, par son statut social. Son nom, certaines relations familiales, des camaraderies d’enfance, des amitiés de jeune homme le convainquirent qu’il appartenait à l’aristocratie ; il en adopta les valeurs. Il appréciait les gestes élégants, les jolis sentiments, la désinvolture, l’allure, le panache, la frivolité, l’ironie. Les sérieuses vertus que prise la bourgeoisie l’ennuyaient. Grâce à sa très bonne mémoire, il réussit ses examens, mais il consacra surtout ses années d’études à ses plaisirs : théâtres, champs de courses, cafés, salons. Il se souciait si peu de réussite roturière qu’une fois ses premiers diplômes conquis
Mais c’est moi tout ça

jeremie.dm (Public)
l’aristocratie
Historiquement la classe sociale par excellence qui permet d’oeuvrer dans le domaine des arts

loupbrun (Public)
se donne en spectacle

théâtralisation du monde, mise en scène de la vie réelle

la vie est un grand théâtre


jeremie.dm (Public)
rang médiocre
Il a échoué en tant que dandy, dont le principe premier consiste à refuser la médiocrité.

jeremie.dm (Public)
sa singularité.
Par opposition à l’altérité

jeremie.dm (Public)
Par ses opinions, mon père appartenait à son époque et à sa classe.
Échec suggéré derechef

jeremie.dm (Public)
Il tenait pour utopique l’idée d’un rétablissement de la royauté ; mais la République ne lui inspirait que du dégoût. Sans être affilié à L’Action française, il avait des amis parmi les « Camelots du roi », et il admirait Maurras et Daudet.
Il ne prend aucun parti prédéterminé ; là fait sa singularité, en l’occurrence.

jeremie.dm (Public)
Sa morale privée était axée sur le culte de la famille ; la femme, en tant que mère, lui était sacrée ; il exigeait des épouses la fidélité, des jeunes filles l’innocence, mais consentait aux hommes de grandes libertés, ce qui l’amenait à considérer avec indulgence les femmes qu’on dit légères.
Échec moral, succès doxatique…

loupbrun (Public)
habituée à réprimer ses élans et à enfouir dans le silence d’amers secrets
refoulement

jeremie.dm (Public)
« honnêtes femmes » et les « noceuses »
Bonne/Mauvaise, Blanc/Noir

jeremie.dm (Public)
intermédiaire
aucune nuance entre Blanc et Noir

jeremie.dm (Public)
La sainteté était d’un autre ordre que l’intelligence ; et les choses humaines — culture, politique, affaires, usages et coutumes — ne relevaient pas de la religion.
dichotomie entre Église et État

loupbrun (Public)
Ce déséquilibre qui me vouait à la contestation explique en grande partie que je sois devenue une intellectuelle.
genèse de Beauvoir contestataire

jeremie.dm (Public)
j’avais une pareille : ma sœur
le complexe de supériorité s’est vraisemblablement dissipé

jeremie.dm (Public)
une vie pour deux ; en tant qu’aînée, je jouissais néanmoins de certains avantages
parallèle avec Homme/Femme mariés

loupbrun (Public)
au contraire, je m’identifie beaucoup à cette situation avec ma fraternité, qui n’a rien d’un mariage; c’est une toute autre relation, je crois

jeremie.dm (Public)
Vous méprenez mon propos

loupbrun (Public)
Le parallèle avec les hommes/femmes mariés est-il juste? Je sème le doute.

jeremie.dm (Public)
Il semble que vous ayez déjà répondu à votre questionnement. Certes il y a des dissemblances. Attardez-vous aux ressemblances.

jeremie.dm (Public)
Poupette
nom d’objet, qui relève de l’opposition Sujet/Objet entre Homme/Femme

sandradebarros (Public)
Simone est plus réfléchie, mais Poupette est si caressante…
Raison vs émotion

n.qurban (Public)
Il n’y a pas loin du contentement à la suffisance. Satisfaite de la place que j’occupais dans le monde, je la pensais privilégiée. Mes parents étaient des êtres d’exception, et je considérais notre foyer comme exemplaire.
Simone est consciente de son statut privilégié et du fait même de la bourgeoisie de sa famille. Elle s’y satisfait.

sandradebarros (Public)
Les livres me rassuraient : ils parlaient et ne dissimulaient rien ; en mon absence, ils se taisaient ; je les ouvrais, et alors ils disaient exactement ce qu’ils disaient
Similaire à Sartre Les Mots

n.qurban (Public)
En particulier, je ne déplorais pas d’être une fille.
Dès la jeunesse, elle comprend et accepte totalement son sexe de femme.

loupbrun (Public)

Oh, je ne crois pas que Beauvoir était vraiment totalement féministe dès son jeune âge : je verrais plutôt ce passage comme une simple naïveté, acceptation un peu naturelle de sa condition.

Je ne crois pas qu’elle « comprenait totalement » ce que cela impliquait (ça me paraît vraiment un peu fort comme affirmation); d’ailleurs, plusieurs passages subséquents témoigneront de nouvelles interrogations, de remises en question par Beauvoir (vis-à-vis de l’apparence, notamment).


n.qurban (Public)
Vous avez bien raison. Le terme de « comprendre » est un peu poussé surtout qu’elle n’est qu’une enfant. Par contre, je crois fortement qu’elle accepte tout de suite et ne remet pas en question son sexe de femme. Elle se voit même supérieure à plusieurs garçons de son entourage. De là peut-être, sa confiance féministe future.

LauraCiga (Public)
Madame de Ségur, Zénaïde Fleuriot prenaient pour héros des enfants et leur subordonnaient les grandes personnes : les mères occupaient donc dans leurs livres une place prépondérante. Les pères comptaient pour du beurre. Moi-même, j’envisageais essentiellement les adultes dans leur rapport à l’enfance : de ce point de vue, mon sexe m’assurait la prééminence.
Feminisme vu par une jeune fille

jeremie.dm (Public)
Méprisant les autres enfants qui s’en amusent avec incohérence, nous avions, ma sœur et moi, une façon particulière de considérer nos poupées ; elles savaient parler et raisonner, elles vivaient dans le même temps que nous, au même rythme, vieillissant chaque jour de vingt-quatre heures : c’étaient nos doubles
renversement du statut d’objet

loupbrun (Public)
Je me rêvais l’absolu fondement de moi-même et ma propre apothéose.
Phrase très forte qui traduit le désir d’émancipation, d’autonomisation (« devenir sa propre cause et sa propre fin », p. 187), voire d’autofondation (ce qui n’est pas sans avoir des références philosophiques très importantes).

loupbrun (Public)
Il y a fort à parier que Beauvoir ne rêvait pas en de tels termes à quatorze ans…

sandradebarros (Public)
la gloire et le bonheur qu’à travers de douloureuses épreuves infligées par les mâles
martyr

jeremie.dm (Public)
demi-personne
sphères de Platon

sandradebarros (Public)
J’avais besoin d’être prise dans des cadres dont la rigueur justifiait mon existenc
nécessité

sandradebarros (Public)
En tout cas l’accent outragé de mon père, le visage scandalisé de ma mère, me confirmèrent qu’il ne faut pas se hâter de formuler à voix haute toutes les paroles inquiètes qu’on se chuchote tout bas.
tabous

sandradebarros (Public)
Je pris un plaisir tout particulier à ces classes, solennelles comme des cours publics, intimes comme des leçons privées.
amour pour le savoir

sandradebarros (Public)
pourquoi suis-je ici ? Assise devant le bureau de papa, traduisant un texte anglais ou recopiant une rédaction, j’occupais ma place sur terre et je faisais ce qui devait être fait.
nécessité

sandradebarros (Public)
Dans tous les domaines, autant j’étais avide de m’instruire, autant je trouvais fastidieux d’exécuter.

sandradebarros (Public)
Dès que j’avais su réfléchir, je m’étais découvert un pouvoir infini, et de dérisoires limites.
pensée comme pouvoir

LauraCiga (Public)
Je crois aussi que je tenais pour négligeable le travail de l’exécutant parce qu’il me semblait ne produire que des apparences. Au fond, je pensais que la vérité
Littérature comme unique chose pour expliquer le monde et le réalité qui nous entourne

sandradebarros (Public)
Au fond, je pensais que la vérité d’une sonate était sur la portée, immuable, éternelle, comme celle de Macbeth dans le livre imprimé. Créer, c’était une autre affaire. J’admirais qu’on fît surgir dans le monde quelque chose de réel et de neuf. Je ne pouvais m’y essayer qu’en un seul domaine : la littérature.

sandradebarros (Public)
Mais cet après-midi, ce qui me transporta, ce fut bien moins la représentation que mon tête-à-tête avec mon père ; assister, seule [Page 95]avec lui, à un spectacle qu’il avait choisi pour moi, cela créait entre nous une telle complicité que, pendant quelques heures, j’eus l’impression grisante qu’il n’appartenait qu’à moi.

sandradebarros (Public)
Mais je n’aimais pas moins nos soirées quotidiennes dans le bureau calfeutré ; mon père nous lisait Le Voyage de M. Perrichon, ou bien nous lisions, côte à côte, chacun pour soi. Je regardais mes parents, ma sœur, et j’avais chaud au cœur. « Nous quatre ! » me disais-je avec ravissement. Et je pensais : « Que nous sommes heureux ! »

sandradebarros (Public)
J’avais lu, en marge des Évangiles, de troublants romans dont il était le héros
religion liée à fiction

sandradebarros (Public)
Quel réconfort de le savoir là ! On m’avait dit qu’il chérissait chacune de ses créatures comme si elle avait été unique ; pas un instant son regard ne m’abandonnait, et tous les autres étaient exclus de notre tête-à-tête ; je les effaçais, il n’y avait au monde que Lui et moi, et je me sentais nécessaire à sa gloire : mon existence avait un prix infini. Il n’en laissait rien échapper : plus définitivement que sur les registres de ces demoiselles, mes actes, mes pensées, mes mérites s’inscrivaient en lui pour l’éternité ; mes défaillances aussi, évidemment, mais si bien lavées par mon repentir et par sa bonté qu’elles brillaient autant que mes vertus.
Religion a grande importance pour son existence.

sandradebarros (Public)
Le soir, à la maison, ma mère respectait mon silencieux recueillement. Je notais sur [Page 99]un carnet les effusions de mon âme et des résolutions de sainteté. Je souhaitais ardemment me rapprocher de Dieu,
écrit pour se rapprocher de Dieu

sandradebarros (Public)
l’immensité des horizons qui s’ouvraient à ma curiosité. Je les explorais sans recours

sandradebarros (Public)
Le premier de mes bonheurs, c’était, au petit matin, de surprendre le réveil des prairies ; un livre à la main, je quittais la maison endormie, je poussais la barrière ; impossible de m’asseoir dans l’herbe embuée de gelée blanche ; je marchais sur l’avenue, le long du pré planté d’arbres choisis que grand-père appelait « le parc paysagé » ; je lisais, à petits pas,

sandradebarros (Public)
Grand-père descendait vers midi, le menton rasé de frais entre ses favoris blancs. Il lisait L’Écho de Paris
Lecture de journaux réservée aux hommes ?

sandradebarros (Public)
Il y avait un mot qui revenait souvent dans la bouche des adultes : c’est inconvenant.

sandradebarros (Public)
je liais alors l’indécence aux basses fonctions du corps ; j’appris ensuite qu’il participait tout entier à leur grossièreté : il fallait le cacher ; laisser voir ses dessous ou sa peau — sauf en quelques zones bien définies — c’était une incongruité. Certains détails vestimentaires, certaines attitudes étaient aussi répréhensibles qu’une indiscrète exhibition. Ces interdits visaient particulièrement l’espèce féminine

sandradebarros (Public)
dans La Guerre des Mondes de Wells, je trouvai ainsi un chapitre condamné. Je n’ôtais jamais les épingles, mais je me demandais souvent : de quoi est-il question ? C’était étrange. Les adultes parlaient librement devant moi ; je circulais dans le monde sans y rencontrer d’obstacle ; pourtant dans cette transparence quelque chose se cachait ; quoi ? où ? en vain mon regard fouillait l’horizon, cherchant à repérer la zone occulte qu’aucun écran ne masquait et qui demeurait cependant invisible.
savoir privilégié aux adultes

sandradebarros (Public)
secret. Maman surgit derrière moi. « Que fais-tu ? » Je balbutiai. « Il ne faut pas ! dit-elle, il ne faut jamais toucher aux livres qui ne sont pas pour toi. » Sa voix suppliait et il y avait [Page 110]sur son visage une inquiétude plus convaincante qu’un reproche : entre les pages de Cosmopolis, un grand danger me guettait.

sandradebarros (Public)
Pendant la retraite qui précéda ma communion solennelle, le prédicateur, pour nous mettre en garde contre les tentations de la curiosité, nous raconta une histoire qui exaspéra la mienne.
curiosité vue comme un pêché

sandradebarros (Public)
Un jour, sans préméditation, entre deux parties de croquet, je lui demandai de quoi il s’agissait dans les livres défendus ; je n’avais pas l’intention de m’en faire révéler le contenu ; je voulais simplement comprendre pour quelles raisons ils étaient prohibés.

sandradebarros (Public)
Ses propos ne commencèrent à m’intéresser que lorsqu’elle me renseigna sur la façon dont naissent les enfants ; le recours à la volonté divine ne me satisfaisait plus car je savais que, les miracles mis à part, Dieu opère toujours à travers des causalités naturelles : ce qui se passe sur terre exige une explication terrestre. Magdeleine confirma mes soupçons : les bébés [Page 113]se forment dans les entrailles de leur mère ; quelques jours plus tôt, en ouvrant une lapine, la cuisinière avait trouvé à l’intérieur six petits lapereaux. Quand une femme attend un enfant, on dit qu’elle est enceinte et son ventre se gonfle. Magdeleine ne nous donna guère d’autres détails. Elle enchaîna, en m’annonçant que d’ici un an ou deux des choses se passeraient dans mon corps ; j’aurais des « pertes blanches » et puis je saignerais chaque mois et il me faudrait porter entre les cuisses des espèces de bandages. Je demandai si on appelait cet épanchement « pertes rouges », et ma sœur s’inquiéta de savoir comment on s’arrangeait avec ces pansements : comment faisait-on pour uriner ? La question agaça Magdeleine ; elle dit que nous étions des sottes, haussa les épaules, et s’en alla nourrir ses poules. Peut-être mesura-t-elle notre puérilité et nous jugea-t-elle indignes d’une initiation plus poussée. Je restai confondue d’étonnement : j’avais imaginé que les secrets gardés par les adultes étaient d’une bien plus haute importance.
le « grand » secret dévoilé

sandradebarros (Public)
Ma mère n’avait parlé qu’à notre instigation, sommairement, sans nous expliquer le mariage. Les faits physiologiques relèvent de la science comme la rotation de la Terre : qu’est-ce qui l’empêchait de nous en informer aussi simplement ? D’autre part, si les livres défendus ne contenaient, comme l’avait suggéré ma cousine, que de cocasses indécences, d’où tiraient-ils leur venin ? Je ne me posais pas explicitement ces questions, mais elles me tourmentaient. Il fallait que le corps fût en soi un objet dangereux pour que toute allusion, austère ou frivole, à son existence, semblât périlleuse.
Beauvoir se questionne sur la légitimité du tabou du corps de la femme ainsi que de la dangerosité de contenus de certains livres.

sandradebarros (Public)
Je m’identifiai passionnément à Joe, l’intellectuelle. Brusque, anguleuse, Joe se perchait, pour lire, au faîte des arbres, elle était bien plus garçonnière et plus hardie que moi ; mais je partageais son horreur de la couture et du ménage, son amour des livres. Elle écrivait : pour l’imiter je renouai avec mon passé et composai deux ou trois nouvelles.
vocation d’écrivaine à travers Little Women

sandradebarros (Public)
Je devins à mes propres yeux un personnage de roman.
C’est un peu le cas à travers l’écriture de ses mémoires

sandradebarros (Public)
Zaza, vêtue de taffetas bleu, joua un morceau que sa mère jugeait trop difficile pour elle et dont elle massacrait d’ordinaire quelques mesures ; cette fois, elle les exécuta sans faute et, jetant à Mme Mabille un regard triomphant, elle lui tira la langue.
Autre personnage qui semble inspirer la révolte : Zaza.

sandradebarros (Public)
En revanche, quand le soir nous eûmes retrouvé mon père rue de Rennes, il fit en plaisantant une allusion à mon état : je me consumai de honte.

Blair84 (Public)
Tous les regards fixés sur moi, et sentant mes joues s’enflammer, j’étais au supplice.
Dans la philosophie existentialiste, le rapport aux autres est très important. L’autre c’est le diable, car on sait en permanence que l’autre nous juge. Dans le constructivisme sociale, cette sociabilisation est présente à partir de l’enfance.

sandradebarros (Public)
plaquée sur une poitrine qui n’avait plus rien d’enfantin, la soulignait avec indécence.
corps à cacher

Blair84 (Public)
Un après-midi, j’aidais maman à faire la vaisselle ; elle lavait des assiettes, je les essuyais ; par la fenêtre, je voyais le mur de la caserne de pompiers, et d’autres cuisines où des femmes frottaient des casseroles ou épluchaient des légumes.
Ce n’est pas le fait qu’elle soit adulte qui l’angoisse, mais le rôle de femme adulte. Encore une fois, les personnes sont emprisonnées dans leur rôle social.

Blair84 (Public)
Mon père n’était pas féministe ; il admirait la sagesse des romans de Colette Yver où l’avocate, la doctoresse, finissent par sacrifier leur carrière à l’harmonie du foyer ; mais nécessité fait loi : « Vous, mes petites, vous ne vous marierez pas, répétait-il souvent. Vous n’avez pas de dot, il faudra travailler. » Je préférais infiniment la perspective d’un métier à celle du mariage ; elle autorisait des espoirs.
Opposition entre la petite fille et son père, opposition entre le rôle conformisme de la société et les rêves (ambitions) de la petites filles.

sandradebarros (Public)
Bien mieux que le jeune Laurie, cet homme supérieur, survenant du dehors dans l’histoire de Joe, incarnait le Juge suprême par qui je rêvais d’être un jour reconnue
Sartre?

Blair84 (Public)
Il s’appel quand même Paul et il est châtain, ça pourrait être lui. Il manque l’information à savoir s’il louche ou non.

sandradebarros (Public)
’avais perdu la sécurité de l’enfance ; en échange je n’avais rien gagné. L’autorité de mes parents n’avait pas fléchi et comme mon esprit critique s’éveillait, je la supportais de plus en plus impatiemment. Visites, déjeuners de famille, toutes ces corvées que mes parents tenaient pour obligatoires, je n’en voyais pas l’utilité. Les réponses : « Ça se doit. Ça ne se fait pas »

sandradebarros (Public)
Plus sa vie devenait ingrate, plus la supériorité de mon père m’aveuglait ; elle ne dépendait ni de la fortune ni du succès, aussi je me persuadais qu’il les avait délibérément négligés ; cela ne m’empêchait pas de le plaindre : je le pensais méconnu, incompris, victime d’obscurs cataclysmes.

Blair84 (Public)
Il rayonnait de fierté quand elle parada, déguisée en « Belle de la Nuit »
Selon le concept de la socialisation, les enfants forment leur personnalité en fonction du projettement du regard de leurs parents. Ainsi, le père valorise la beauté de sa fille, elle trouvera sa valeur dans cet aspect.

sandradebarros (Public)
Par la suite, et peut-être en partie à cause de cet incident, je n’accordai plus à mon père une infaillibilité absolue.

sandradebarros (Public)
J’avais l’habitude de surveiller mon langage : je redoublai de prudence. Je franchis un pas de plus. Puisque je n’avouais pas tout, pourquoi ne pas oser des actes inavouables ? J’appris la clandestinité.
début de transgression de l’interdit

sandradebarros (Public)
Mes lectures étaient contrôlées avec la même rigueur qu’autrefois ; en dehors de la littérature spécialement destinée à l’enfance ou expurgée à son intention, on ne me mettait entre les mains qu’un très petit nombre d’ouvrages choisis

heloised (Public)
mes parents en censuraient-ils souvent des passages
Censure : la lecture se présente comme une activité potentiellement subversive. L’émancipation intellectuelle devra inévitablement s’accompagner d’une dissociation face à l’autorité parentale. La lecture deviendra un geste de révolte.

sandradebarros (Public)
Depuis longtemps je me permettais de bénignes désobéissances ; ma mère me défendait de manger entre les repas ; à la campagne, j’emportais chaque après-midi dans mon tablier une douzaine de pommes : nul malaise ne m’avait jamais punie de mes excès.

sandradebarros (Public)
je me distrayais, je m’instruisais ; mes parents voulaient mon bien : je ne les contrecarrais pas puisque mes lectures ne me faisaient pas de mal. Cependant, une fois rendu public, mon acte fût devenu criminel.

sandradebarros (Public)
elle tournait en ridicule non seulement la plupart des gens, mais aussi les coutumes établies et les idées reçues

sandradebarros (Public)
« Simone s’intéresse à tout. » Je me trouvais limitée par mon refus des limites.

sandradebarros (Public)
Zaza exprimait, comme moi, son milieu. Mais au cours Désir et dans nos foyers, nous étions si étroitement astreintes aux préjugés et aux lieux communs que le moindre élan de sincérité, la plus minime invention surprenait.

sandradebarros (Public)
mais Zaza s’aperçut vite que tous ces gens ne respectaient que l’argent et les dignités sociales. Cette hypocrisie la révolta ; elle s’en protégea par un parti pris de cynisme.

sandradebarros (Public)
j’osais mes émotions, mes rêves, mes désirs, et même certains mots. Mais je n’imaginais pas qu’on pût communiquer sincèrement avec autrui.

sandradebarros (Public)
Nos mères lisaient notre correspondance : cette censure ne favorisait certes pas de libres effusions.

sandradebarros (Public)
À une vente de charité du cours Désir, une graphologue examina nos écritures ; celle de Zaza lui parut dénoter une précoce maturité, une sensibilité, une culture, des dons artistiques étonnants ; dans la mienne, elle ne décela que de l’infantilisme. J’acceptai ce verdict : oui, j’étais une élève appliquée, une enfant sage, sans plus.
Zaza vs jeune fille rangée

sandradebarros (Public)
Elle essayait de faire entrer mon acte dans le circuit des politesses adultes.
émotion vs convenances

sandradebarros (Public)
À treize ans, il avait déjà des manières de jeune homme ; l’indépendance de sa vie, son autorité dans les discussions en faisaient un précoce adulte et je trouvais normal qu’il me traitât en petite cousine.

sandradebarros (Public)
Il connaissait une quantité de poètes et d’écrivains dont j’ignorais tout ; avec lui entraient dans la maison les rumeurs d’un monde qui m’était fermé : comme j’aurais voulu y pénétrer ! Papa disait volontiers : « Simone a un cerveau d’homme. Simone est un homme. »

heloised (Public)
Jacques et ses camarades lisaient les vrais livres, ils étaient au courant des vrais problèmes
Dénonciation des inégalités : la femme n’a pas accès à ce savoir. La connaissance apparaissant dans le roman comme le chemin vers la liberté, l’éducation des femmes est jugée dangereuse.

sandradebarros (Public)
Par le savoir ou le talent, des femmes s’étaient taillé leur place dans l’univers des hommes. Mais je m’impatientais de ce retard qu’on m’imposait.
Elle voit déjà son émancipation à travers une vocation

sandradebarros (Public)
La bêtise : autrefois, nous la reprochions, ma sœur et moi, aux enfants qui nous ennuyaient ; maintenant nous en accusions beaucoup de grandes personnes, en particulier ces demoiselles. Les sermons onctueux, les rabâchages solennels, les grands mots, les simagrées, c’était de la bêtise ; il était bête d’attacher de l’importance à des broutilles, de s’entêter dans les usages et les coutumes, de préférer les lieux communs, les préjugés, à des évidences. Le comble de la bêtise, c’était de croire que nous gobions les vertueux mensonges qu’on nous débitait.

sandradebarros (Public)
mais je renonçai de bonne heure à la monarchie
idées politiques passent par lectures d’Histoire

sandradebarros (Public)
L’élite se définissait selon lui par l’intelligence, la culture, une orthographe correcte, une bonne éducation, des idées saines. Je le suivais facilement quand il objectait au suffrage universel la sottise et l’ignorance de la majorité des électeurs : seuls les gens « éclairés » auraient dû avoir voix au chapitre. Je m’inclinais devant cette logique que complétait une vérité empirique : les « lumières » sont l’apanage de la bourgeoisie.
savoir = pouvoir

sandradebarros (Public)
Moi j’avais parlé comme un perroquet et je ne trouvais pas en moi le moindre répondant.

jeremie.dm (Public)
Je m’exhortais à la patience, escomptant qu’un jour je me retrouverais, installée au cœur de l’éternité, merveilleusement détachée de la terre.
Les tribulations de la vie terreste mènent au Paradis

sandradebarros (Public)
Mon père ne croyait pas ; les plus grands écrivains, les meilleurs penseurs partageaient son scepticisme ; dans l’ensemble, c’était surtout les femmes qui allaient à l’église ; je commençais à trouver paradoxal et troublant que la vérité fût leur privilège alors que les hommes, sans discussion possible, leur étaient supérieurs.

loupbrun (Public)
Sa perfection excluait sa réalité.

&ltmark>KANT : l’existence n’est pas un prédicat réel&lt/mark> (exister n’ajoute ni n’enlève rien au concept – l’existence ou non des licornes ne change rien à la définition d’une licorne – in your face, Descartes).

L’existence n’est donc pas une qualité (on peut l’exclure de la définition de l’être parfait, Dieu).


sandradebarros (Public)
au contraire, je m’aperçus qu’il n’intervenait plus dans ma vie et j’en conclus qu’il avait cessé d’exister pour moi.Je devais fatalement en arriver à cette liquidation. J’étais trop extrémiste pour vivre sous l’œil de Dieu en disant au siècle à la fois oui et non. D’autre part, j’aurais répugné à sauter avec mauvaise foi du profane au sacré et à affirmer Dieu tout en vivant sans lui. Je ne concevais pas d’accommodements avec le ciel. Si peu qu’on lui refusât, c’était trop si Dieu existait ; si peu qu’on lui accordât, c’était trop s’il n’existait pas.

sandradebarros (Public)
Le scepticisme paternel m’avait ouvert la voie ; je ne m’engageais pas en solitaire dans une aventure hasardeuse.

heloised (Public)
affranchie de mon enfance et de mon sexe
Double quête de la narratrice L’affranchissement face à son enfance entend un rejet de la société bourgeoise qui façonne des «jeunes filles rangées»

sandradebarros (Public)
Quel silence ! La terre roulait dans un espace que nul regard ne transperçait, et perdue sur sa surface immense, au milieu de l’éther aveugle, j’étais seule.

loupbrun (Public)
J’avais imaginé que la loi morale tenait de lui sa nécessité : mais elle s’était si profondément gravée en moi qu’elle demeura intacte après [Page 183]sa suppression. Loin que ma mère dût son autorité à un pouvoir surnaturel, c’est mon respect qui donnait un caractère sacré à ses décrets.
Kant!

sandradebarros (Public)
À travers son héroïne, je m’identifiai à l’auteur : un jour une adolescente, une autre moi-même, tremperait de ses larmes un roman où j’aurais raconté ma propre histoire.
après la chute de la religion, la littérature devient refuge

loupbrun (Public)
« Être un auteur célèbre. »

Ouh, c’est explicite.

(hey, Beaver, autrice, ça te plairait?)


loupbrun (Public)
être ma propre cause et ma propre fin

Il y a quelque chose de Spinoza peut-être dans cette idée de cause et de fin.

Quoi qu’il en soit, Beauvoir recherche l’autonomie.


loupbrun (Public)
je servirais l’humanité
Autre trace de la vocation (future) de Beauvoir.

jeremie.dm (Public)
Cela excluait qu’on aimât quelqu’un de *différent* : je ne me marierais que si je rencontrais, plus accompli que moi, mon pareil, mon double.
autoérotisme

loupbrun (Public)
j’avais l’ambition de progresser à l’infini
Beauvoir évoque le caractère difficilement saisissable (et potentiellement sans fin, infini) du devenir, du moi en changement.

loupbrun (Public)
il était d’emblée le modèle de ce que je voulais devenir : donc il l’emportait sur moi
Beauvoir montre déjà une déférence vis-à-vis de son compagnon de vie.

loupbrun (Public)
mon entreprise fondamentale : m’approprier le monde.

Beauvoir cherche à avoir une saisie sur le monde; c’est sa mission, sa vocation, son entreprise.

Par quels moyens progressera-t-elle vers cet objectif?


loupbrun (Public)
l’homme prédestiné
Beauvoir s’exprime déjà en termes téléologiques : même « l’homme de sa vie » est prédestiné…

heloised (Public)
Passé leurs bachots, elles suivraient quelques cours d’histoire et de littérature, elles feraient l’école du Louvre ou la Croix-Rouge, de la peinture sur porcelaine, du batik, de la reliure et s’occuperaient de quelques œuvres. De temps à autre on les emmènerait entendre Carmen ou tourner autour du tombeau de Napoléon pour entrevoir un jeune homme ; avec un peu de chance, elles l’épouseraient.
Dénonciation de l’éducation «décorative» des jeunes filles bourgoises. Leurs études ne mènent à aucun métier, elles n’y gagnent aucune indépendance. Les cours Désir ne font que former des épouses cultivées.

loupbrun (Public)
la théorie du « coup de foudre sacramentel » : à la minute où les fiancés échangent devant le prêtre le oui qui les unit, la grâce descend sur eux, et ils s’aiment
Amour et religion se mêlent inextricablement dans cet imaginaire social.

loupbrun (Public)
avec une élégance que je jugeai inégalable
Beauvoir montre de la déférence pour une littérature qu’elle se sent incapable d’égaler (au point de recopier la page sans l’amender).

loupbrun (Public)
cette indifférence même et la sécheresse de sa voix me révélèrent qu’elle n’avait pas une once d’affection pour moi
L’affection (comme signe d’estime des autres) est importante pour l’estime de Beauvoir.

loupbrun (Public)
Je m’initiai à la philosophie en lisant La Vie intellectuelle du Père Sertillanges, et La Certitude morale d’Ollé-Laprune qui m’ennuyèrent considérablement.
Traces des œuvres philosophiques initiatrices du parcours de Beauvoir.

sandradebarros (Public)
Mon père n’avait jamais mordu à la philosophie ; dans mon entourage comme dans celui de Zaza, on la tenait en suspicion.

loupbrun (Public)
dogmatisme
Le dogmatisme peut être associé à la religion, ou à Kant, son principal représentant en philosophie.

loupbrun (Public)
Ma conscience, d’où sortait-elle ? d’où tirait-elle ses pouvoirs ?
Réflexion authentiquement philosophique : philosophie de l’esprit, métaphysique, tentative d’auto-réflexivité.

loupbrun (Public)
Ce qui m’attira surtout dans la philosophie, c’est que je pensais qu’elle allait droit à l’essentiel. Je n’avais jamais eu le goût du détail ; je percevais le sens global des choses plutôt que leurs singularités, et j’aimais mieux comprendre que voir ; j’avais toujours souhaité connaître *tout* ; la philosophie me permettrait d’assouvir ce désir, car c’est la totalité du réel qu’elle visait ; elle s’installait tout de suite en son cœur et me découvrait, au lieu d’un décevant tourbillon de faits ou de lois empiriques, un ordre, une raison, une nécessité. Sciences, littérature, toutes les autres disciplines me parurent des parentes pauvres.
Beauvoir touche à la philosophie, à son essence et à l’affinité qu’elle éprouve vis-à-vis d’elle :

  • sens global
  • comprendre
  • totalité du réel
  • ordre, raison, nécessité

loupbrun (Public)
sens global des choses

loupbrun (Public)
comprendre

loupbrun (Public)
connaître

loupbrun (Public)
totalité

loupbrun (Public)
un ordre, une raison, une nécessité

sandradebarros (Public)
Mon père, qui souffrait de se trouver à cinquante ans devant un avenir incertain, souhaitait avant tout pour moi la sécurité ; il me destinait à l’administration qui m’assurerait un traitement fixe et une retraite.

loupbrun (Public)
ainsi avait-elle réussi à concilier sa vie cérébrale avec les exigences de sa sensibilité féminine
Ah! Mademoiselle Zanta offre un cher exemple à Beauvoir!

loupbrun (Public)
Mais sa réponse me fit réfléchir.
Devant la réaction de Magdeleine, Beauvoir remet en doute son propre scepticisme vis-à-vis des apparences, de la beauté féminine…

loupbrun (Public)
Quand mon cavalier me serrait dans ses bras et m’appliquait contre sa poitrine, j’éprouvais une impression bizarre, qui ressemblait à un vertige d’estomac, mais que j’oubliais moins facilement. Rentrée à la maison, je me jetais dans le fauteuil de cuir, hébétée par une langueur qui n’avait pas de nom et qui me donnait envie de pleurer. Je pris prétexte de mon travail pour suspendre ces séances.
Beauvoir éprouve un grand malaise vis-à-vis des rapports corporels (avec contact direct, comme en danse).

loupbrun (Public)
apparences mentaient, le monde qu’on m’avait enseigné était tout entier truqué
Beauvoir semble obsédée par la question des apparences, malgré son attachement à la lecture et à la littérature.

loupbrun (Public)
Quand je l’évoquais, à demi dévoilée, exposée au regard d’un homme, je me sentais emportée dans un simoun qui pulvérisait toutes les normes de la morale et du bon sens.
Clash flagrant entre l’existence des femmes et la vision des hommes.

loupbrun (Public)
toute une existence que je façonnerais de mes mains
La fiction (imaginaire, littéraire) devient réalité; Beauvoir designe (designer : penser + réaliser) sa propre vie via la littéature!

loupbrun (Public)
Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterais.

L’écriture comme sens (cf. @maviro)

Prophétie auto-réalisatrice?


loupbrun (Public)
Voir le passage à la page 417!!!

sandradebarros (Public)
Un après-midi, comme je me trouvais seule dans le bureau, ma mère s’assit en face de moi ; elle hésita, rougit : « Il y a certaines choses qu’il faut que tu saches », dit-elle. Je rougis aussi : « Je les sais »,

sandradebarros (Public)
Jacques venait nous voir moins souvent qu’autrefois ; mes parents ne lui pardonnaient pas ses goûts littéraires et sans doute était-il agacé par leurs railleries

sandradebarros (Public)
j’aurais voulu qu’il me fît profiter de son expérience.

sandradebarros (Public)
Les réticences de mon père m’étonnaient et me piquaient bien davantage. Il aurait dû s’intéresser à mes efforts, à mes progrès, me parler amicalement des auteurs que j’étudiais : il ne me marquait que de l’indifférence et même une vague hostilité. Ma cousine Jeanne était peu douée pour les études mais très souriante et très polie

sandradebarros (Public)
« Quel dommage que Simone ne soit pas un garçon : elle aurait fait Polytechnique ! » J’avais souvent entendu mes parents exhaler ce regret. Un polytechnicien, à leurs yeux, c’était quelqu’un. Mais mon sexe leur interdisait de si hautes ambitions et mon père me destina prudemment à l’administration : cependant il détestait les fonctionnaires, ces budgétivores, et c’est avec ressentiment qu’il me disait : « Toi au moins, tu auras une retraite ! » J’aggravai mon cas en optant pour le professorat ; pratiquement, il approuvait mon choix, mais il était loin d’y adhérer du fond du cœur.

sandradebarros (Public)
je m’entraînais à réfléchir, à comprendre, à critiquer, je m’interrogeais, je cherchais avec précision la vérité : ce scrupule me rendait inapte aux conversations mondaines.

loupbrun (Public)
mon destin ne reflétait plus la déchéance familiale, mais s’expliquait par l’étrange fatalité d’un don
Autre soulignement du caractère exceptionnel (par le « don ») du parcours de Beauvoir.

loupbrun (Public)
Je m’interdis les lectures frivoles, les bavardages inutiles, [Page 239]tous les divertissements
Il y a du Nietzsche là-dessous!

loupbrun (Public)
Je m’abîmai dans la lecture comme autrefois dans la prière. La littérature prit dans mon existence la place qu’y avait occupée la religion : elle l’envahit tout entière, et la transfigura. Les livres que j’aimais devinrent une Bible où je puisais des conseils et des secours ; j’en copiai de longs extraits ; j’appris par cœur de nouveaux cantiques et de nouvelles litanies, des psaumes, des proverbes, des prophéties et je sanctifiai toutes les circonstances de ma vie en me récitant ces textes sacrés. Mes émotions, mes larmes, mes espoirs n’en étaient pas moins sincères ; les mots et les cadences, les vers, les versets ne me servaient pas à feindre : mais ils sauvaient du silence toutes ces intimes aventures dont je ne pouvais parler à personne ; entre moi et les âmes sœurs qui existaient quelque part, hors d’atteinte, ils créaient une sorte de communion ; au lieu de vivre ma petite histoire particulière, je participais à une grande épopée spirituelle. Pendant des mois je me nourris de littérature : mais c’était alors la seule réalité à laquelle il me fût possible d’accéder.

Dans ce passage, c’est la lecture et la littérature qui sauvent Beauvoir.

Le rôle « spirituel » et « total » de la religion est remplacé par la littérature.

La métaphore religieuse est employée partout pour rendre compte d’une correspondance entre littérature et religion.

« Réalité » : la littérature est une forme du « réel » pour Beauvoir; elle comporte une forme d’accès au réel, voire d’accès à la connaissance (fonction épistémologique).


loupbrun (Public)
transfigura

Curieux terme : il y a quelque chose de gadamérien (cf. Hans Georg Gadamer) dans cette idée de « transfiguration ».

L’Art pour Gadamer a cette propriété de justement « transfigurer » le spectateur, qui entre en dialogue avec l’Œuvre d’art (ne se contentant pas simplement de la regarder passivement); l’Œuvre « transforme » le spectateur, ou quelque chose de plus : elle le « transfigure ».


loupbrun (Public)
entre moi et les âmes sœurs qui existaient quelque part, hors d’atteinte, ils créaient une sorte de communion

Beauvoir témoigne d’un dialogisme par la littérature.

Souvent seule dans ses lectures, elle trouve une résonance discursive à travers la littérature (avec d’autres « âmes sœurs »).


sandradebarros (Public)
Sa dévotion aux valeurs universelles était, m’imaginais-je, sincère ; je me pensais autorisée à liquider traditions, coutumes, préjugés, tous les particularismes, au profit de la raison, du beau, du bien, du progrès.
raison vs moeurs

loupbrun (Public)
Je n’étais pas féministe dans la mesure où je ne me souciais pas de politique : le droit de vote, je m’en fichais. Mais à mes yeux, hommes et femmes étaient au même titre des personnes et j’exigeais entre eux une exacte réciprocité. L’attitude de mon père à l’égard du « beau sexe » me blessait. Dans l’ensemble, la frivolité des liaisons, des amours, des adultères bourgeois m’écœurait.
Beauvoir formule ici les limites de sa propre « attitude féministe ». Elle ne se revendique pas d’un féminisme politique, mais d’une simple réciprocité des deux sexes l’un vis-à-vis de l’autre.

loupbrun (Public)
Mon chemin était clairement tracé
Beauvoir témoigne de signes « avant-coureurs » de sa vocation (même si elle écrit ces lignes après l’acquisition de sa célébrité…)

loupbrun (Public)
Quelquefois, je pensais que les forces allaient me manquer et que je me résignerais à redevenir comme les autres.

Beauvoir semble être dans un jeu d’« élitisme » constant, tentant de se distinguer de la masse populaire (par le bien-parler, par les idées, par la pratique assidue de la lecture, etc.).

Elle souhaite ne pas être ordinaire, ce qui demande un effort constant (qu’elle redoute de perdre).


sandradebarros (Public)
Aujourd’hui seulement, je recompose son histoire avec un peu de cohérence.
donner sens

loupbrun (Public)
« C’est un type bien ; mais il devrait être marié et avoir un métier. — Pourquoi ? — Un homme doit avoir un métier. »
Sémiosis sociale du rôle de l’homme en société.

sandradebarros (Public)
Mademoiselle Lambert me conseilla de revenir à mon premier projet ; c’était elle qui faisait à Sainte-Marie les cours de philosophie : elle serait heureuse de m’avoir pour élève ; elle m’assura que j’obtiendrais sans peine l’agrégation. Mes parents ne firent pas d’opposition. Je fus très satisfaite de cette décision.

loupbrun (Public)
Je me sentais absolument seule au monde.
Réitération du sentiment de solitude (« seule au monde »!)

sandradebarros (Public)
À travers une étude sur Kant, je me passionnai pour l’idéalisme critique qui me confirmait dans mon refus de Dieu. Dans les théories de Bergson sur « le moi social et le moi profond » je reconnus avec enthousiasme ma propre expérience. Mais les voix impersonnelles des philosophes ne m’apportaient pas le même réconfort que celles de mes auteurs de [Page 272]chevet.

loupbrun (Public)
je préférais la littérature à la philosophie, je n’aurais pas du tout été satisfaite si l’on m’avait prédit que je deviendrais une espèce de Bergson ; je ne voulais pas parler avec cette voix abstraite qui, lorsque je l’entendais, ne me touchait pas. Ce que je rêvais d’écrire, c’était un « roman de la vie intérieure » ; je voulais communiquer mon expérience.
vocation pour l’écriture

sandradebarros (Public)
J’enseignerais la philosophie, en province : à quoi cela m’avancerait-il ? Écrire ? mes essais de Meyrignac ne valaient rien.
choix entre littérature et philosophie

sandradebarros (Public)
Je restais aussi sensible que dans mon enfance à l’étrangeté de [Page 291]ma présence sur cette terre qui sortait d’où ? qui allait où ? J’y pensais souvent, avec stupeur, et sur mes carnets je m’interrogeais ; il me semblait être dupe « d’un tour de prestidigitation dont le truc est enfantin, mais qu’on n’arrive pas à deviner ». J’espérais sinon l’élucider, au moins le cerner de plus près. Comme je possédais pour tout bagage ce que m’avait enseigné l’abbé Trécourt, je commençai par tâtonner difficilement à travers les systèmes de Descartes et de Spinoza. Parfois, ils m’emportaient très haut, dans l’infini : j’apercevais la terre à mes pieds comme une fourmilière et la littérature même devenait un vain grésillement ; parfois je n’y voyais que de maladroits échafaudages, sans rapport avec la réalité. J’étudiai Kant, et il me convainquit que personne ne me découvrirait le dessous des cartes.

loupbrun (Public)
Cependant, si elle échouait à m’expliquer l’univers et moi-même, je ne savais plus trop que demander à la philosophie
Lisez Critique de la raison pure de Kant, et vous ne trouverez aucune réponse (c’est le punch très décevant du canon).

loupbrun (Public)
dans mon impatience j’universalisais mon cas particulier

Mélange de Kant et d’existentialisme.

(On retrouve l’universalisme de Kant, avec son dogmatisme : ne pas se poser trop de questions et s’en remettre aux principes généraux).


sandradebarros (Public)
« Rien n’a besoin de moi, rien n’a besoin de personne, parce que rien n’a besoin d’être.
contingence

loupbrun (Public)
rien n’a besoin d’être
Question d’ontologie et de nécessité : l’existence n’est que contingente (et n’a rien de nécessaire), selon le constat de Beauvoir (qui a probablement lu l’Être et le néant de Sartre…)

sandradebarros (Public)
En vérité, le mal dont je souffrais, [Page 299]c’était d’avoir été chassée du paradis de l’enfance
conséquence d’avoir goûté au fruit défendu ?

sandradebarros (Public)
Somme toute, quand celui-ci avait compris qu’il ne savait rien et qu’il n’y avait rien à savoir, il savait tout. Ainsi s’explique que j’aie pu écrire en janvier : « Je sais tout, j’ai fait le tour de toutes choses. »

loupbrun (Public)
Pour Jacques, se marier, c’était décidément faire une fin et moi je ne voulais pas en finir

Beauvoir ne veut pas « finir » sa vie comme « simple femme », (la « future Mme Languillon, p. 305).

Beauvoir veut pouvoir progresser (peut-être à l’infini, sans bornes), et c’est pourquoi elle veut un mari « plus parfait » qu’elle (comme Sartre, qu’elle admire).


loupbrun (Public)
je refusais farouchement la vie qui attendait la future Mme Laiguillon
Intertexte contemporain : Surtout, ne l’appelez pas Mme Duvernay-Tardif (Florence Dubé-Morneau, conjointe d’un joueur de football très populaire).

sandradebarros (Public)
La philosophie ne m’avait ni ouvert le ciel, ni ancrée à la terre ; tout de même, en janvier, les premières difficultés vaincues, je commençai à m’y intéresser sérieusement. Je lus Bergson, Platon, Schopenhauer, Leibniz, Hamelin, et avec ferveur Nietzsche. Un tas de problèmes me passionnaient : la valeur de la science, la vie, la matière, le temps, l’art. Je n’avais pas de doctrine arrêtée ; du moins savais-je que je rejetais Aristote, saint Thomas, Maritain et aussi tous les empirismes et le matérialisme. En gros je me ralliais à l’idéalisme critique, tel que nous l’exposait Brunschvicg, bien que, sur bien des points, il me laissât sur ma faim. Je repris du goût pour la littérature.

loupbrun (Public)
et avec ferveur Nietzsche
Beauvoir lit plusieurs philosophes, mais pourquoi son obsession (récurrente) pour Nietzsche?

loupbrun (Public)
mobilisation des femmes
Beauvoir accepte-t-elle d’étendre l’égalité des sexes à la sphère militaire?

loupbrun (Public)
Je continuai à subordonner les questions sociales à [Page 312]la métaphysique et à la morale : à quoi bon se soucier du bonheur de l’humanité, si elle n’avait pas de raison d’être ?

Les questions sociales et la politique sont inférieures à la « métaphysique et la morale » (autrement dit, la philosophie).

philosophie > politique

Beauvoir lance ici une question existentialiste« à quoi bon se soucier du bonheur de l’humanité, si elle n’avait pas besoin d’être? »


loupbrun (Public)
je commençai « mon livre »
Genèse de l’auteure

loupbrun (Public)
La philosophie avait fortifié ma tendance à saisir les choses dans leur essence, à la racine, sous l’aspect de la totalité ; et comme je me mouvais parmi des abstractions, je croyais avoir découvert, de façon décisive, la vérité du monde.

Beauvoir explicite l’influence de la philosophie sur sa manière d’avoir une « saisie » sur le monde, dans les termes de la philosophie (« essence », « racine », « totalité », « abstractions »).

L’aboutissement de ce constat, celui de « croire avoir découvert, de façon décisive, les &ltmark>vérités du monde&lt/mark> », demeure rhétorique (elle » croit », mais n’en a pas la certitude; oxymore avec « façon décisive »…)


sandradebarros (Public)
je voulais construire une pensée, une œuvre
littérature et philosophie conjointes

sandradebarros (Public)
Il m’obligeait à réfléchir, à faire le point ; je ne me vantai plus de savoir tout, au contraire : « Je ne sais rien, rien ; non seulement pas une réponse mais aucune manière valable de poser la question. » Je me promis de ne plus me duper, et je demandai à Pradelle de m’aider à me garder de tous les mensonges ; il serait « ma conscience vivante ». Je décidai que j’allais consacrer les prochaines années à chercher avec acharnement la vérité.
sagesse

loupbrun (Public)
Je décidai que j’allais consacrer les prochaines années à chercher avec acharnement la vérité.
Beauvoir énonce sa vocation de philosophe.

sandradebarros (Public)
Nous nous exhortâmes au courage : après tout, nous avions dix-sept et dix-neuf ans ; nous priâmes notre mère de ne plus censurer notre correspondance. Elle répondit qu’elle avait le devoir de veiller sur nos [Page 329]âmes, mais finalement elle céda. C’était une importante victoire.

loupbrun (Public)
Mal attifée, peu soignée
Beauvoir se préoccupe de sa beauté (ce qui ne la complexait pas tant lorsqu’elle était plus jeune).

loupbrun (Public)
dans le chœur des approbations, ce mutisme était subversif
Beauvoir contestataire.

loupbrun (Public)
contrecœur à prononcer le nom de Kant
Encore Kant – qui revient si souvent, c’en est gênant.

loupbrun (Public)
ce genre d’argument
Mentionner le nom d’une autorité = argument d’autorité… 😉

sandradebarros (Public)
Moi je vous aimais », lui dis-je
Beauvoir a moins de peine à s’ouvrir à Zaza qu’à Jacques.

sandradebarros (Public)
je pris un plaisir enfantin à mettre l’avenir en fiches
Peut-être plaisir d’abstraction ?

sandradebarros (Public)
je m’embrouillais dans ces contradictions.
littérature permet d’exprimer des contradictions que la philosophie ne peut raisonner

loupbrun (Public)
Je revenais à mon livre, à la philosophie, à l’amour.

Triangle de la vie de Beauvoir : livre (écrire), philosophie (penser), amour (aimer…)

Sa vie tourne autour de ces trois pôles.


sandradebarros (Public)
« Toujours ce conflit qui semble sans issue ! une ardente conscience de mes forces, de ma supériorité sur eux tous, de ce que je pourrais faire ; et [Page 346]le sentiment de la totale inutilité de ces choses ! Non, ça ne peut pas durer ainsi. »

loupbrun (Public)
Mais j’aurais bien voulu qu’un secours me vînt du dehors

Beauvoir attend un « secours extérieur », ce qui va à l’encontre de son désir d’autonomie…

(Attend-elle Sartre?)


loupbrun (Public)
en fait j’en restais barbouillée ; les tabous sexuels survivaient
Beauvoir prétend se sortir du catholicisme, et pourtant des traces bien vivantes de la religion continues de la hanter (comme les tabous sexuels)

loupbrun (Public)
et j’avais pensé avec regret que c’était un monsieur marié, très lointain, pour qui je n’existerais jamais
L’existence se manifeste sous la forme du mariage, aux yeux de l’homme – par une espèce « d’existentialisme du mariage »! (ce philosophisme est de moi, à prendre avec un grain de sel).

loupbrun (Public)
il paraissait vivre ailleurs que dans les livres

Beauvoir, obsédée par la littérature, reproche aux hommes (comme Sartre) de « vivre dans les livres », de manière détachée de la réalité.

Cette forme d’existentialismeparaître vivre ailleurs que dans les livres ») que Beauvoir relève chez Herbaud, semble être une qualité.


jeremie.dm (Public)
je regardais ses oreilles, transparentes au soleil comme du sucre rose
nostalgie, émerveillement de l’enfance face à la contemplation divine…

jeremie.dm (Public)
et je savais que j’avais à côté de moi non pas un ange, mais un fils des hommes
quand même désillusionée

loupbrun (Public)
C’est que je venais de faire une cuisante découverte : cette belle histoire qui était ma vie, elle devenait fausse au fur et à mesure que je me la racontais.

Le passage est en écho à celui-ci (p. 222) :

Ma vie serait une belle histoire qui &ltmark>deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterais&lt/mark>.

Oups! Beauvoir se rend compte (avec lucidité, en rétrospective) de la fiction qu’elle écrivait!


loupbrun (Public)
J’avais toujours préféré la réalité aux mirages
Affinité de Beauvoir pour la vérité (« réalité ») par opposition aux mirages, à l’illusion (à la fiction? quel rapport à la littérature dans ce cas? est-ce que la littérature chez Beauvoir, sans refuser la fiction, doit d’abord se subordonner à la réalité? le roman autobiographique en serait un exemple assez tangible…)

loupbrun (Public)
vivre, écrire et être heureuse
Encore une triade chez Beauvoir, dans laquelle l’écriture (« écrire ») se loge.

loupbrun (Public)
Mystère et mensonge des journaux intimes

Beauvoir écrit un roman autobiographique, censé refléter sa fidèlement sa vie (écriture et vie réelle débordent sans cesse l’un sur l’autre).

Beauvoir ayant consigné beaucoup de carnets de jeunesse, on pourrait penser que ceux-ci préfiguraient à l’écriture des Mémoires (autobiographiques); or, « ces journaux intimes ne disent pas tous la vérité&ltsup>1&lt/sup>! »


  1. Golay, Annabelle Martin. Beauvoir intime et politique: La fabrique des Mémoires. Presses Universitaires du Septentrion, 2017, p. 141.

loupbrun (Public)
Je découvris que j’avais une démarche, une voix : c’était nouveau.
Beauvoir relève sa propre singularité.

loupbrun (Public)
Mais le fait est que je gardais une idée quasi religieuse de ce que j’appelais « ma destinée ».
Toujours ce vocabulaire pénétré de religion, auquel Beauvoir mêle fluidement la question de sa vocation (« sa destinée »).

loupbrun (Public)
sur ce point son attitude différait à peine de celle de mon père
Beauvoir contre le regard des hommes (y compris celui de son père)

loupbrun (Public)
Il me répéta que notre société ne respecte que les femmes mariées.
Trace forte de l’imaginaire social de l’époque.

loupbrun (Public)
j’étais acceptée par son clan
L’acceptation sociale (notamment par des hommes, et a fortiori par des hommes érudits) est importante pour Beauvoir.

loupbrun (Public)
Mais quelque chose finissait.

Beauvoir ne veut pas d’une existence cul-de-sac (c’était le cas par exemple avec Jacques, avec lequel elle deviendrait « Mme Languillon »).

Si quelque chose doit finir, elle doit s’en détacher (par exemple, se marier et devenir la femme de quelqu’un sans rien de plus); elle souhaite progresser à l’infini.


loupbrun (Public)
Sartre au contraire essayait de me situer dans mon propre système, il me comprenait à la lumière de mes valeurs, de mes projets
Le regard de Sartre sur le « système » de Beauvoir suggère sa dimension philosophique (la philosophie comme système, unifié avec ses propres principes).

loupbrun (Public)
ce qu’il y avait de plus estimable en moi : mon goût de la liberté, mon amour de la vie, ma curiosité, ma volonté d’écrire
Encore ces pôles dans la vie de Beauvoir :

  • liberté
  • amour (de la vie)
  • curiosité
  • écrire

loupbrun (Public)
la passion tranquille et forcenée qui le jetait vers ses livres à venir
Ce qui importe, c’est la pensée sous forme de livres (toujours ce lexique de la forme – on n’arrive pas à concevoir ou à matérialiser la pensée autrement que par des livres…)

loupbrun (Public)
Il ne s’enracinerait nulle part, il ne s’encombrerait d’aucune possession : non pour se garder vainement disponible, mais afin de témoigner de tout.
Le non-enracinement laisse libre cours à la liberté (et ne force pas la contingence à s’installer dans quelque particularisme – Sartre peut déployer sa pensée partout dans le monde, et pas seulement là où il ferait pousser ses racines).

loupbrun (Public)
L’œuvre d’art, l’œuvre littéraire était à ses yeux une fin absolue ; elle portait en soi sa raison d’être

Existentialisme de l’œuvre d’art (notamment littéraire), d’où une certaine nécessité de l’art (comme source de vérité, comme révélation).

C’est aussi, paradoxalement, quelque chose de fini (c’est la « fin absolue »); le constat est surtout paradoxal lorsque confronté à son pendant religieux (la fin ultime comme Dieu). La connotation est aussi théologique que philosophique.


loupbrun (Public)
celle de l’univers entier
Beauvoir infère une vérité plus grande, plus totale – voire cosmologique – celle de l’« univers entier »!

loupbrun (Public)
L’aventurier est un déterministe inconséquent qui se supposerait libre.
Lien entre romantisation (héros) et déterminisme

LauraCiga (Public)

On aurait dit que j’existais de deux manières; entre ce que j’étais pour moi, et ce que j’étais pour les autres, il n’y avait aucun rapport.

relativité de la vision existentialiste


loupbrun (Public)
Par son côté oratoire, le métier d’avocat lui plaisait, car déjà il était beau parleur. Il s’inscrivit à la faculté de Droit. Mais il m’a répété souvent que si les convenances ne le lui avaient pas interdit, il serait entré au Conservatoire. Ce n’était pas une boutade : rien dans sa vie ne fut plus authentique que son amour pour le théâtre. Étudiant, il découvrit avec jubilation la littérature qui plaisait à son temps
me reconnais!

loupbrun (Public)
J’aimais tant étudier que je trouvais passionnant d’enseigner.
Amour pour la connaissance (étudier), lequel déborde sur l’envie de la partager _(enseigner)_…

loupbrun (Public)
Cependant la religion, l’histoire, les mythologies me suggéraient un autre rôle.
La religion parle d’une vocation.

loupbrun (Public)
Mais lorsque je m’abandonnais à ces exquises déchéances, je n’oubliais jamais qu’il s’agissait d’un jeu. Pour de vrai, je ne me soumettais à personne : j’étais, et je demeurerais toujours mon propre maître.
Beauvoir joue avec les rapports de domination. Elle affirme toujours sa propre autonomie, en restant lucide et maître[sse] d’elle-même.

loupbrun (Public)
Je voulais qu’on jouât sérieusement

Le jeu, comme le souligne l’anthropologue Serge Bouchard, est une affaire sérieuse (eh oui) : on ne joue qu’en respectant les règles; dès lors qu’il n’y a plus de règles, ce n’est plus un jeu; pour jouer véritablement, il faut jouer sérieusement.

Émission C’est fou : le jeu (1&ltsup>ère&lt/sup> partie), Radio-Canada, 2016, disponible ici.


loupbrun (Public)
Je plaignais les grandes personnes dont les semaines étales sont à peine colorées par la fadeur des dimanches.

_Les Beaux dimanches_…

(clin d’œil anachronique, mais bon)


loupbrun (Public)
je me classais parmi les dernières. En solfège, je ne mordais qu’à la théorie ; je chantais faux et ratais lamentablement mes dictées musicales
Beauvoir (comme plusieurs grands génies) était une cancre[sse].

loupbrun (Public)
je me sentais chargée d’une mission que j’accomplissais avec orgueil
Nouvelle vocation

LauraCiga (Public)
Développer des capacités qui demeureraient fatalement bornées et relatives : la modestie de cet effort me rebutait, moi qui n’avais qu’à regarder, à lire, à raisonner pour toucher l’absolu. Traduisant un texte anglais, j’en découvrais total, unique, le sens universel, alors que le th dans ma bouche n’était qu’une modulation parmi des millions d’autres ; je dédaignais de m’en préoccuper. L’urgence de ma tâche m’interdisait de m’attarder à ces futilités : tant de choses m’exigeaient ! Il fallait réveiller le passé, éclairer les cinq continents, descendre au centre de la terre et tourner autour de la lune.
Recherche de la connaissance

LauraCiga (Public)
Littérature comme quelque chose d’absolue

LauraCiga (Public)

J’appris aussi que pour entrer dans le secret des choses, il faut d’abord se donner à elles. D’ordinaire ma curiosité était gloutonne ; je croyais posséder dès que je connaissais et connaître rien qu’en survolant.

vision philosofique


LauraCiga (Public)

Quand ils prétendaient m’expliquer, les autres gens m’annexaient à leur monde, ils m’irritaient. Sartre au contraire essayait de me situer dans mon propre système, il me comprenait à la lumière de mes valeurs, de mes projets.

existentialisme


LauraCiga (Public)

En tout cas je devais préserver ce qu’il y avait de plus estimable en moi: mon goût de la liberté, mon amour de la vie, ma curiosité, ma volonté d’écrire.

encontre entre philosophie et littérature


n.qurban (Public)
En dehors de mes études, la lecture restait la grande affaire de ma vie.
Une grande curiosité du savoir.

loupbrun (Public)
L’amour n’est pas l’envie.
Beauvoir enlève ce que l’amour pourrait avoir de péjoratif, de simplement désirable.

OliviaRami (Public)
Une image se forma dans ma tête, avec une netteté si désolante que je me la rappelle encore aujourd’hui : une rangée de carrés gris s’étendait jusqu’à l’horizon, diminués selon les lois de la perspective, mais tous identiques, et plats ; c’étaient les jours et les semaines, et les années.
Sylvia Plath, une autre écrivaine qui à l’aube de l’âge adulte souffre du destin imposé aux femmes, décrit une impression similaire dans son roman The Bell Jar. « I saw the days of the year stretching ahead of me like a series of bright, white boxes, and separating one box from another was sleep, like a black shade. […] I could see day after day after day glaring ahead of me like a white, broad, infinitely desolate avenue. » (PLATH, Sylvia. The Bell Jar, Faber and Faber, Londres, 1966, p. 123)

n.qurban (Public)
Il m’était bien difficile de penser par moi-même, car le système qu’on m’enseignait était à la fois monolithique et incohérent.
Restriction du savoir. Elle en a conscience.

n.qurban (Public)
Je lus à cette époque un roman qui me renvoya l’image de mon exil : Le Moulin sur la Floss de George Eliot me fit une impression encore plus profonde que naguère Little Women.
Références littéraires importantes. Déclin de la religion chez de Beauvoir au profit de la littérature.

n.qurban (Public)
mais dans le milieu où je vivais, jamais la franchise d’un besoin, jamais un acte violent ne déchirait le réseau des conventions et des routines.
Le milieu dont elle parle est celui de la bourgeoisie où il faut garder une certaine pudeur, restreindre la liberté des corps.

n.qurban (Public)
Un jour viendrait où je me pâmerais dans les bras d’un homme : je choisirais mon heure et ma décision se justifierait par la violence d’un amour.
Elle sait que ce genre de désir se voit néfaste aux yeux des gens de son milieu pourtant elle veut vivre un amour passion. Cette idée la détache de la jeune fille rangée qu’elle était autrefois.

OliviaRami (Public)
Simone Weil.
Intéressant de voir ici la différence des pensées de Simone de Beauvoir et de Simone Weil, autre grande philosophe, qui s’accomplit très différemment de Simone de Beauvoir. L’enracinement et La pesanteur et la grâce sont deux de ses ouvrages majeurs.

loupbrun (Public)
théorie de la contingence
Autrement dit : la phénoménologie existentialiste de Sartre.

loupbrun (Public)
ses idées sur l’être, l’existence, la nécessité, la liberté
Thèmes importants, récurrents dans la philosophie de Sartre ainsi que dans celle de Beauvoir :

  • idées
  • être
  • existence
  • nécessité
  • liberté

loupbrun (Public)
Il aimait autant Stendhal que Spinoza et se refusait à séparer la philosophie de la littérature.
Sartre considérait conjointement la littérature et la philosophie.

loupbrun (Public)
la contingence n’était pas une notion abstraite, mais une dimension réelle du monde : il fallait utiliser toutes les ressources de l’art pour rendre sensible au cœur cette secrète « faiblesse » qu’il apercevait dans l’homme et dans les choses
Sartre, contrairement à d’autres philosophes (qui refusent la contingence par opposition à la nécessité), s’intéresse aux potentialités de ce qui est contingent (caractéristique essentielle de l’art), et notamment pour « rendre sensible » (Hume prêchait en ce sens avec la sympathie).

loupbrun (Public)
C’était la première fois de ma vie que je me sentais intellectuellement dominée par quelqu’un.
Signe de subordination à Sartre.

loupbrun (Public)
brutale liquidation
La « liquidation » est chose brutale et violente (ce qui surprend Beauvoir), mais elle est quand même nécessaire.

loupbrun (Public)
j’acceptais mon « incarnation » mais je ne voulais pas renoncer à l’universel
Dualité entre particulier (Beauvoir accepte son « incarnation particulière », voire singulière – c’est un euphémisme!) et universel.

loupbrun (Public)
conciliait tout

Satisfaction d’atteindre une globalité, une compatibilité universelle.

(Son alliance avec Sartre est d’ailleurs une autre manifestation de sa « conciliation » : partager la vie d’un homme en préservant toute l’émancipation sexuelle, en-dehors de l’institution religieuse et dogmatique du mariage).


LauraCiga (Public)

En revanche, je savais me servir du langage, et puisqu’il exprimait la substance des choses, il les éclairait. p. 93

Le language pour exprimer l’essence des choses > elle l’utilise la littérature pour expliquer la philosophie


LauraCiga (Public)

Mon père n’avait jamais mordu à la philosophie ; dans mon entourage comme dans celui de Zaza, on la tenait en suspicion. « Quel dommage ! toi qui raisonnes si bien, on va t’apprendre à déraisonner ! » lui disait un de ses oncles. Jacques cependant s’y était intéressé. Chez moi, la nouveauté suscitait toujours un espoir. J’attendis la rentrée avec impatience.

p. 207

Dans le milieu bourgeois la philosphie n’est pas vue comme une chose à étoudier parce qu’elle met en discussion les valeurs et les croissances fondamentales de la vie


LauraCiga (Public)

j’avais toujours souhaité connaître tout ; la philosophie me permettrait d’assouvir ce désir, car c’est la totalité du réel qu’elle visait ; elle s’installait tout de suite en son coeur et me découvrait, au lieu d’un décevant tourbillon de faits ou de lois empiriques, un ordre, une raison, une nécessité.

p.208

la Philosophie nous permet d’atteindre le sens global des choses


LauraCiga (Public)

Je n’avais pas d’idées subversives ; en fait, je n’avais guère d’idées, sur rien ; mais toute la journée je m’entraînais à réfléchir, à comprendre, à critiquer, je m’interrogeais, je cherchais avec précision la vérité : ce scrupule me rendait inapte aux conversations mondaines

p. 235

enquete, recherche de la verité > elle d’eloigne de son milieu social > devient une exclue


LauraCiga (Public)

Les livres que j’aimais devinrent une Bible où je puisais des conseils et des secours ; j’en copiai de longs extraits ; j’appris par cœur de nouveaux cantiques et de nouvelles litanies, des psaumes, des proverbes, des prophéties et je sanctifiai toutes les circonstances de ma vie en me récitant ces textes sacrés. Mes émotions, mes larmes, mes espoirs n’en étaient pas moins sincères

p. 245

littérature comme une réligion > les livres deviennent comme une bible > vénération et prière en aprenant par coeur des passages


LauraCiga (Public)

rien n’était rien, sinon ici, en cet instant, une épouvante, si violente que j’hésitai à aller frapper à la porte de ma mère, à me prétendre malade, pour entendre des voix. Je finis par m’endormir, mais je gardai de cette crise un souvenir terrifié. p. 272

Reference au neant de Sartre?


loupbrun (Public)
j’entrais dans le grand circuit humain où, pensais-je, chacun est utile à tous

loupbrun (Public)
En écrivant une œuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence.
L’existentialisme de Beauvoir, par la littérature, tout crachée!

loupbrun (Public)
Le passage se répète au tout dernier paragraphe du livre.

LauraCiga (Public)
En tout cas, je devais préserver ce qu’il y avait de plus estimable en moi : mon goût de la liberté, mon amour de la vie, ma curiosité, ma volonté d’écrire. Non seulement il m’encourageait dan
Amour pour la philosophie > amour pour Sartre > amour pour la littérature > emancipation comme femme

LauraCiga (Public)
Et puis, une grande chance venait de m’être donnée : en face de cet avenir, brusquement je n’étais plus seule.

grace à la philosophie de Beauvoir est capable à se détacher de sa famille et de devenir une écrivaine

Sartre lui permet de réaliser son reve


loupbrun (Public)
En écrivant une œuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence.
Ce passage revient à nouveau! (p. 187)