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Leçon 2

Le sujet

Le sujet est traditionnellement défini comme «le mot ou groupe de mots désignant l’être ou la chose dont on exprime l’action ou l’état» (Grevisse, Le Petit Grevisse, 2005, p. 37). Il s’agit donc de l’être ou de l’entité qui assume l’action du verbe (voix active) ou l’état (verbes attributifs), ou qui subit cette action (voix passive).

Grammaticalement, le sujet régit l’accord du verbe selon la personne grammaticale (personne, nombre et parfois genre).

C.O.D. (complément d’objet direct)

Ce complément se rapporte toujours à un VERBE conjugué (parfois, à un infinitif ou à un participe présent verbal). Il est très important de le retenir. Le complément d’objet direct se rattache à un verbe directement, c’est-à-dire sans préposition.

Le complément d’objet direct est le mot ou groupe de mots qui se joint au verbe sans préposition pour en compléter le sens en marquant sur qui ou sur quoi passe l’action; il désigne la personne ou la chose auxquels aboutit, comme en ligne droite, l’action du sujet. (Grevisse, Le Petit Grevisse, p. 40, no 48.)

C.O.I. (le complément d’objet indirect)

Le complément d’objet indirect se rapporte souvent à un verbe conjugué (parfois, à un verbe à l’infinitif ou au participe présent). Il est très important de le retenir. Contrairement au C.O.D, le C.O.I. se rattache à un verbe par l’intermédiaire d’une préposition (sauf s’il est assumé par un pronom, matière que nous verrons plus tard): les plus fréquentes sont «à», «de» et les différents déterminants définis contractés: au, aux, du (de + le), des (de + les). Dans certains cas, nous pouvons aussi accepter «pour» et «contre», seulement dans un contexte précis. (Voter pour quelqu’un + Voter contre quelqu’un.) Sinon, ces prépositions introduisent le plus souvent des compléments circonstanciels.

Remarque importante: il est essentiel de savoir que «l’opposition entre complément d’objet direct et objet indirect est fondée sur la construction des syntagmes nominaux. L’infinitif objet direct peut être introduit par une préposition. [..] Ce n’est pas une vraie préposition, mais une sorte de marque de l’infinitif, un introducteur de l’infinitif » (Goosse Grevisse, le Bon Usage, § 874). En présence d’un groupe prépositionnel dont le mot noyau est un verbe à l’infinitif, pour déterminer si ce groupe prépositionnel est un C.O.D. ou un C.O.I., il suffit de remplacer l’infinitif par un groupe nominal ou un pronom.

Si le C.O.D. ou le C.O.I. est assumé par un pronom ou une subordonnée (comme nous le verrons plus tard), la présence ou l’absence de préposition ne pourra pas aider à faire la distinction entre ces deux fonctions.

Le complément circonstanciel

Pour reconnaître un complément circonstanciel, on retiendra que cette fonction s’articule toujours autour d’un verbe, même dans les cas de compléments circonstanciels de phrase (puisque le verbe est le pivot de la phrase ou de la proposition). La question se pose donc toujours par rapport au verbe de la proposition. Le plus souvent, le C.C. s’articule autour d’un verbe conjugué, mais parfois le C.C. peut s’articuler autour d’un verbe à l’infinitif ou d’un verbe au participe présent verbal (exemple: «marchant»). Mais attention, les participes passés employés seuls ne sont pas complétés par un C.C., mais par un complément du participe (ou de l’adjectif).

De plus, il faut connaître les différentes circonstances (catégories sémantiques) qui permettront de poser la bonne question autour du verbe. Il importe de prendre conscience que le terme «circonstanciel» met en lumière un aspect fondamental de cette fonction. En effet, on retient que le complément circonstanciel donne un renseignement sur la circonstance d’une action ou d’un état (donc d’un verbe, c’est-à-dire le procès). Cette notion demeure importante, puisqu’elle permet de trouver un complément circonstanciel, même quand on ne parvient pas à préciser sa catégorie sémantique. Cette notion de circonstance aidera aussi à ne pas confondre avec certains C.O.I.

Exemple:

Remarquons que ces nombreuses (et très précises) catégories de la grammaire traditionnelle tendent désormais à se restreindre. On se limite généralement à celles-ci:

Dans les compléments de manière, on inclut maintenant les compléments d’accompagnement, d’instrument, de la partie, de matière et de moyen; et dans les compléments de mesure, le poids, le prix, la quantité, etc.

Dans d’autres cas, il n’est pas utile de prévoir un nom particulier. (Goosse et Grevisse, le Bon Usage, p. 476, § 306.)

La grammaire, qui depuis s’est assouplie, prévoit la possibilité de créer, selon la circonstance, de nouvelles catégories. Aussi, la catégorie du «lieu» peut facilement s’étendre à la notion de lieu conceptuel. Il suffit d’élargir l’extension du terme, qui contient déjà historiquement le sens de «concept», comme dans «lieu commun». Ainsi, dasn le complément circonstanciel de lieu, nous pouvons regrouper les anciens compléments de propos, de point de vue, de partie, etc. Les groupes prépositionnels introduits par la préposition «parmi» engendrent souvent ce type de complément circonstanciel de lieu conceptuel.

C.C. de phrase

C.C. de phrase: il peut être supprimé. Il apporte une précision sur l’ensemble de la phrase (ou de la proposition). Il peut être déplacé (au début ou au milieu) et il est alors mis entre virgules. Il ne peut pas être remplacé par un pronom.

Exemple:

Dans quelques jours, les étudiants passeront un examen de grammaire.

Facultatif: Ce type de C.C. est appelé, en nouvelle grammaire, le «Complément de phrase».

C.C. de verbe

C.C. de verbe: il est rattaché au verbe. Par leur sens, certains verbes exigent la présence d’un C.C. (verbes de mouvement le plus souvent, ou de coût, de mesure, de poids, de temps, de manière). Il ne sont ni déplaçables ni grammaticalement supprimables. (Cette dernière remarque doit être nuancée, puisqu’en poésie ou dans le registre familier, ce type de complément peut être déplacé.)

Exemple:

Ils ressortiront ==de la classe==, satisfaits.

Les constructions des C.C. de verbe sont plus restreintes: aller à… en… vers… au… chez…; partir de, en, à, vers… sortir de…, venir de…; habiter à… dans…; durer cinq minutes…; séjourner au Canada, coûter…, commencer par…; etc. La construction du complément, c’est-à-dire le choix de la préposition ou l’absence de préposition, dépend du verbe; les possibilités sont limitées.

Le C.C., qu’il soit «de verbe» ou «de phrase» s’articule toujours autour du verbe. Il faudra toujours préciser autour de quel verbe le C.C. s’articule.

Faire attention aux C.C. qui ne sont pas précédés d’une préposition, car ils sont susceptibles d’être confondus avec un C.O.D. Il s’agit des C.C. de poids, prix, mesure, temps, durée, valeur.

Exemples:

Le complément circonstanciel peut être assumé par diverses natures de mots. Il est très important de remarquer que les groupes de mots commençant par une préposition sont appelés des groupes prépositionnels. Très souvent, les C.C. sont assumés par des groupes prépositionnels dont le mot noyau peut être de différentes natures (nom, adjectif, pronom, adverbe, infinitif). Si la fonction C.C. est assumée par une proposition subordonnée, il ne faut pas identifier le noyau, puisque c’est toute la proposition au complet qui remplit la fonction. D’autres fonctions peuvent être assumées par les groupes prépositionnels. Ils ne sont pas toujours des C.O.I. ou des C.C.

Attention de ne pas confondre…

Un C.O.D. et un C.O.I.:

J’ai mangé du pain.

(Qu’est-ce que j’ai mangé? Je mange quoi? C.O.D. de «ai mangé».)

Tu parles du pain.

(De quoi parles-tu? C.O.I. de «parles».)

Un C.O.D. et un C.C.:

Il a acheté 1 kilogramme de pommes de terre.

(Qu’est-ce qu’il a acheté? C.O.D. de «a acheté».)

Un C.O.I. et un C.C.:

Il a remis le livre à la secrétaire.

(À qui a-t-il remis le livre? C.O.I. de «a remis».)

Rappel important: les compléments circonstanciels, les C.O.D. et les C.O.I. s’articulent toujours autour d’un verbe, et il faut toujours préciser ce verbe.


Verbe intransitif: il est employé de façon absolue ou avec un C.C. (abonder, affluer, aller, arriver, atterrir, bâiller, bavarder, bouillir, débuter, étinceler, flamboyer, grincer, hésiter, intervenir, mourir, pâlir, partir, patienter, pédaler, persévérer, revenir, trembler, venir, voltiger, etc.). Il ne peut pas avoir ni de C.O.D. ni de C.O.I.

Verbe transitif direct: il est suivi d’un C.O.D.

Il a quitté ==la salle== avant tout le monde.

Verbe transitif indirect: il est suivi d’un C.O.I.

Attention, un verbe peut être intransitif, masi devenir, selon l’emploi, transitif.

Le bateau coule.

Les pirates ont coulé le bateau.


Nous ne réfléchissons jamais assez.

Le miroir réfléchit des objets.


Il vieillit chaque jour un peu plus.

Cette coiffure te vieillit.

Attention au passé composé: l’auxiliaire changera selon un emploi transitif ou intransitif.

Exemples:

TransitifIntransitif
«Nous avons monté les valises à l’étage.»«Nous sommes montés au troisième étage.»
«Tu as sorti les poubelles hier.»«Tu es sorti hier soir.»
«J’ai descendu les boîtes dasn le sous-sol.»«Je suis descendue au sous-sol.»

Le complément du nom

Le complément du nom est lié au nom, le plus souvent par la préposition «de».

Le chat ==de ma voisine== ne traverse jamais la rue.

(«de ma voisine»: complément du nom «chat»)

Or, certaines autres prépositions peuvent aussi servir à introduire un complément du nom:

Exemples: «chaise ==en bois==»; «machine ==à écrire==»; «vêtements ==pour enfants==».

La relation qui relie le complément du nom et son support n’est pas toujours l’appartenance ou la possession (comme dans «le cahier ==de l’étudiant==»).

Il ne faut pas confondre complément du nom, C.O.I. et C.C., même si, comme eux, le complément du nom est assumé par un groupe prépositionnel. Mais quelle est la distinction principale? Le C.O.I. et le C.C. complètent un verbe, tandis qu’un complément du nom évidemment «complète» un autre nom. La distinction est très simple, mais il faut la retenir.

Exemples:

Ses textes témoignent ==de son grand talent==.

«de son grand talent»: groupe prépositionnel, C.O.I. du verbe «témoignent».

Vous avez acheté une tasse ==de café==.

«de café»: complément du nom «une tasse».

Fonction apostrophe

L’apostrophe consiste dans le fait d’interpeller quelqu’un (ou un être animé, par exemple, un animal). Il s’agit d’une fonction (qui est aussi considérée comme un procédé rhétorique). (Il ne faut pas confondre avec le signe typographique marquant l’élision, nommé aussi «apostrophe», exemple «l’école».) On s’adresse directement à cette personne ou à cet être (parfois un concept); on l’appelle, on l’apostrophe, justement. L’apostrophe doit être encadrée de virgules (ou précédée d’une virgule si elle est placée à la fin de la phrase, ou suivie d’une virgule si elle se trouve au début). Parfois, la phrase qui contient une apostrophe sera de type exclammatif, puisqu’on hèle quelqu’un. D’autres fois, la phrase sera de type interrogatif; on interroge cette personne. Il est très fréquent aussi de trouver un impératif dans les parages de l’apostrophe; on interroge cette personne. Il est très fréquent aussi de trouver un impératif dans les parages de l’apostrophe. Certains grammairiens rapprochent l’apostrophe de l’apposition. Mais la nuance est suffisamment saississable pour qu’on conserve la fonction apostrophe. Dans les déclinaisons latines, l’apostrophe correspond au vocatif (le terme «vocatif» rappelle l’idée de voix et permet de bien comprendre la notion d’adresse directe).

Le plus souvent, cette fonction est assumée par un nom propre. Mais l’apostrophe peut aussi emprunter des syntagmes nominaux marquant soit le titre (profession, rang social, classe) ou le rapport (amitié, amour, fraternité, parent, fils, fille, etc.). Le syntagme nominal peut contenir un déterminant possessif, voire un adjectif qualificatif («cher», «grand», etc.). D’autres fois, l’apostrophe peut constituer une injure, un compliment ou une taquinerie (sobriquet, insulte, nom affectueux, surnom, etc.). L’apostrophe, surtout dans les cas d’inuures, est souvent assumée par un groupe nominal composé d’un nom commun. Le procédé narratif de la métalepse recourra souvent à l’apostrophe (au lecteur, comme dans Jacques le fataliste de Diderot).

On trouve parfois l’interjection «ô» devant l’apostrophe quand il s’agit d’une louange. L’apostrophe peut alors être suivie d’un point d’exclammation, mais ce n’est pas obligatoire. L’apostrophe est encadrée de virgules, au milieu d’une proposition ou suivie d’une virgule, en début de phrase ou précédée d’une virgule en fin de phrase. Il arrive aussi qu’une apostrophe soit suivie d’une apposition; il ne faut pas confondre ces deux fonctions.

Il peut arriver que l’apostrophe soit assumée par un nom abstrait, qui en fait presque une allégorie, ou une personnification. Parfois, le titre d’une personne sera utilisé dans l’apostrophe (Prince, Votre Majesté, Sire, etc.).

Exemples d’apostrophes:

L’apposition

L’apposition désigne la même entité (ou la même personne) que le terme support. Entre l’apposition et le mot support s’établit donc un lien d’équivalence logique. L’élément en apposition apporte généralement une précision au terme support: elle le caractérise. Son extension est parfois différente de celle du terme support. Elle peut être plus large, égale ou plus restreinte. Notons que, d’un point de vue logique, les termes sont interchangeables. Mais grammaticalement, dans les exemples suivants, il faut considérer le mot en caractères gras comme l’apposition.

Exemples:

Notons que la différence principale qui distingue l’apposition et l’attribut réside dans le fait que l’attribut se repère par l’intermédiaire d’un verbe attributif (ou d’état). En effet, l’attribut et le sujet (ou le C.O. du verbe attributif) renvoient aussi à la même entité ou à la même personne.

Le support de l’apposition (le mot auquel l’apposition se rapporte) n’est pas toujours un nom ou un groupe nominal: les pronoms, parfois les infinitifs nominalisés et dasn quelques rares cas, des propositions complètes, peuvent avoir des appositions.

Exemples:

Souvent, le groupe nominal en apposition est placé entre virgules; parfois, il est directement lié au nom ou au groupe nominal. Notons toutefois que Grévisse, dans le Petit Grévisse, voit cette analyse «sans intérêt» (2005, p. 50), pour «se contenter de dire qu’on a là des “éléments juxtaposés”». Mais la juxtaposition n’est pas une fonction; elle relie des éléments qui assument une fonction précise: par exemple, deux sujets juxtaposés, deux (ou plus) C.O.D. juxtaposés, deux attributs, etc. Continuons alors de voir dans les cas suivants des appositions; on considère le deuxième terme comme l’apposition. L’élément en apposition assume cette seule fonction. Il est impossible de lui en attribuer une autre.

Exemples:

Dans une phrase comme «Nous avons traversé le pont Jacques-Cartier à pied», le C.O.D. de «avons traversé» serait «le pont». Le nom «Jacques-Cartier» est en apposition à «pont» (il n’est pas le C.O.D.).

Dans une phrase comme «Ton cousin dentiste a fait ses études à l’Université Laval», le sujet de «a fait» est «Ton cousin». Le nom «dentiste» est alors apposition à «cousin». Et «Université» est C.C. de lieu de «a fait». Le nom «Laval» est en apposition à «Université».

Quand l’apposition précède son terme support, le nom n’a pas de déterminant.

Exemple:

==Attention!== Parfois le G.N. mis en apposition peut grammaticalement ressembler à un complément du nom en raison de l’emploi de la préposition «de». Ici, la notion d’équivalence logique deient primordiale pour distinguer les deux fonctions.

Il ne faut pas confondre avec les complément du nom, où il n’y a pas d’équivalence logique entre les deux termes, mais un simple rapport d’appartenance, de caractérisation, etc.

Différentes natures de mots ou groupe de mots peuvent assumer la fonction apposition. Dans les exemples qui précèdent, nous avons vu surtout des noms ou des groupes nominaux assumer la fonction apposition. Or, il n’y a pas que les noms et groupes nominaux qui peuvent assumer la fonction apposition. Voici d’autres natures qui le peuvent.

Infinitif

La nécessité de ==chercher== un autre appartement ne m’enchante pas.

Le groupe prépositionnel, dont le mot noyau est un verbe à l’infinitif (de chercher un autre appartement), est mis en apposition au G.N. «la nécessité». «Nécessité» renvoie à «chercher un autre appartement» (équivalence logique).

J’ai une meilleure stratégie: ==affronter== l’obstacle.

Le groupe «affronter l’obstacle», dont le mot noyau est un infinitif, est mis en apposition au G.N. «une meilleure stratégie».

Voici une liste (non exhaustive) de noms qui peuvent appeler une apposition assumée par un groupe prépositionnel dont le mot noyau est un infinitif nominalisé. Attention, cette construction n’est pas systématique; il faut considérer le sens, le contexte.

Exemples:

Elle nourrit le désir de ==devenir== actrice.

Dans cette phrase, «de devenir actrice» est un groupe prépositionnel en fonction apposition au nom «désir», qui est C.O.D. de «nourrir».

La perspective de ==partir== le lendemain attristait Casimir.

Dans cette phrase, «de partir le lendemain» est en apposition au nom «perspective», nom qui assume la fonction sujet de «attristait».

Pronom

Je me souviens d’un événement important: ==celui== par lequel la période sombre a pris fin.

Le groupe «celui par lequel la période sombre a pris fin», dont le mot noyau est un pronom, est apposé au groupe prépositionnel nominal: «d’un événement important». «événement important» est celui par lequel… (équivalence logique). «événement» assume la fonction C.O.I. de «me souviens».

Proposition subordonnée complétive

L’idée qu’ils sont passés par ici sans nous saluer me désole.

«qu’ils sont passés par ici sans nous saluer» est une proposition mise en apposition au G.N.

«L’idée» renvoie à «qu’ils sont passés par ici». Les noms suivants appellent très souvent une apposition:

La crainte ==que Miranda partît avant lui== tourmentait Casimir.

«que Miranda partît avant lui» est en apposition au nom «crainte». Mais ce n’est pas systématique (retour aux leçons 9 et 10).