Séance 8 :

Le cadre théorique de Rawls permet des choses que le reste de la littérature ne permet pas. Qu’on soit d’accord avec les propos de Rawls, il faut reconnaître la pertinence de sa théorie ; elle s’impose d’elle-même, c’est à nous de démontrer qu’elle n’est pas nécessaire.

Justifier les inégalités, le fait que nous ne soyons pas identiques. Nous avons qualités, talents, visions du monde très différentes, et il convient de les protéger. C’est là que la notion d’équité intervient : chaque personne mérite d’être considérée en elle-même. Moyen de garantir, de protéger l’indépendance, le respect nécessaire à chaque personne.

Paradoxal : fins auxquelles les gens n’ont pas à adhérer nécessairement leur sont imposées en bloc. Faire que toute personne soit un élément de ressource pour d’autres personnes.

L’idée de respect de chaque personne classe Rawls parmi les déontologistes en raison du principe de la valeur morale accordée à chaque personne.

Il faut rendre possible à chaque personne d’avoir des projets de vie, accorder une valeur, voire une reconnaissance à l’égard de ce projet moral.

Il ne faut pas entendre cette revendication par une simple absence d’interférence, qui reviendrait à marginaliser quelqu’un en lui laissant libre cours, mais sans lui accorder d’attention («cause toujours, tu ne m’intéresse pas»).

Premier principe d’autonomie : un droit est un droit, quelle que soit la personne dont il est le droit. Les droits sont non négociables, non monnayables. Aucune personne ne mériterait de ne pas se voir accorder des droits.

La justice n’est pas un simple voeu pieux, qui dépend des bonnes circonstances, du bon comportement : il ne devrait pas y avoir d’aliénation de certains droits (par opposition à d’autres qu’on considère plus juste de défendre). La justice est une chose sérieuse, il faut prendre à coeur tous les droits.

Passer du droit naturel (intuitif) au droit positif (à ce qu’on a droit).

On adopte (volontairement et involontairement) des normes d’actions qui permettent la coopération sociale (normes de bienséance dans un lieu public par exemple). Ces normes sont banalisées, si bien qu’on les adopte, mais sans en faire un cas. Pour Rawls, c’est cet ensemble de mécanismes qui forment la coopération sociale qui permet de réaliser des projets, de travailler ensemble.

Nous reproduisons souvent des inégalités dans nos mécanismes de coopération sociale. Certaines écoles en France sont encore profondément élitistes.

On marque parfois le statut d’une personne par son capital culturel (élite intellectuelle, culturelle : institution d’enseignement/diplomation).

Spectre de passager clandestin : on peut très bien imaginer des gens qui profitent de la coopération sociale, mais sans jamais y participer. On pense spontanément aux gens qui bénéficient du système de bien-être social (au lieu des banquiers par exemple). Pour Rawls, il faut présupposer qu’il y aura toujours ces profiteurs. Certains font une fixation sur ce spectre du passager clandestin.

Hobbes : nous voulons survivre, alors que le plus grand danger à ce désir est la volonté de survivre des autres. Chacun doit maximiser son intérêt sans remettre en cause son existence. Faire appel à une instance tierce. Principe : craindre le danger des autres, présupposer une menace venant des autres. Le spectre du passager clandestin n’est qu’une version moins radicale de ce principe.

Rawls : pour remédier à ce problème, il faut oublier ses propres intérêts, par le voile d’ignorance.

Théorie idéale et théorie non-idéale : bien que l’idée abstraite de la théorie idéale soit désirable, nous devons tendre vers la théorie non-idéale selon Rawls.

Évaluer les conditions dans lesquelles émergent une idée. Pour Rawls, le seul moyen de faire sortir une idée, de faire qu’elle se distingue, c’est de désincarner les idées politiques, enlever tout ce qui est de l’ordre des contingences, se placer en surplomb.

On doit accepter qu’il y ait des démocraties qui ne soient pas parfaites, un peu à la manière d’un ingénieur à qui on demande de fabriquer un cube : ce cube ne sera pas parfait dans la réalité comme le voudrait le principe abstrait, thoéorique du cube, mais on cherche à préserver la cohérence de la structure interne, qu’il n’y ait pas de contradiction dans les principes.

L’existence d’une théorie de la justice est elle-même justifiée par des problèmes existants ; on ne formulerait pas une théorie de la justice si tout allait bien.

Nous avons besoin de la théorie idéale pour nous assurer que chaque personne sera respectée. Il faut d’abord vérifier la cohérence interne, la valeur morale interne : on ne peut justifier un système lacunaire, mais qui soit le même pour tout le monde (dire qu’il est juste parce qu’il est le même pour tous). Le cadre de la délibération doit être juste.

Il faut vérifier que l’autorité de la société soit juste. Un acte peut être juste, mais s’il est commis par un dictateur, il faut reconnaître qu’il a été commis par une dictature, et qu’il est en ce sens biaisé.

Il faut faire l’expérience de pensée d’ignorer tous les intérêts que nous avons pour nous-mêmes. Il faut oublier ce qui compte pour nous à titre personnel, dit Rawls.

Rawls ne demande pas aux sociétés d’ignorer qui elles sont, mais avoir un deuxième niveau de réflexion totalement impersonnel auquel elles doivent se référer.

Les critères de justice doivent être indépendants des intérêts et des motivations des agents.

Chacun doit avoir accès à un système le plus étendu de libertés de base pour tous. Il est nécessaire qu’il y ait un système le plus étendu égal pour tous. L’accès doit être égal, mais les libertés elles-mêmes doivent également permettre d’être égal.

Un accès égal ne garantit pas nécessairement une égalité dans les faits : un accès libre et égal au travail (à l’argent) pourrait contribuer à accroître les inégalités.

On peut tolérer les inégalités si et seulement si elles sont profitables autant que possible aux plus défavorisés. Il est cohérent d’admettre des inégalités seulement à la condition de favoriser les désavantagés. Volet théorique du principe.

Argument qui, dans son volet pratique, peut contribuer à creuser l’écart entre riches et pauvres : par exemple, la gratuité scolaire est à l’avantage de ceux qui pourraient de toute façon payer (les riches), et n’améliore pas le sort de ceux qui n’en profiteraient pas (les pauvres non éduqués).

Structure de base : s’assurer que le panier de biens des libertés civiles doit être accessible à tous. On ne pourrait accepter un scénario (ne serait-ce que plausible) où les défavorisés seraient d’emblée en pire condition.

Postes et fonctions ouverts à tous ; hostilité à l’égard de toute forme de discrimination.

Rawls invente les «biens sociaux premiers» («primary goods») : principes utiles à notre projet de vie. Nécessaires pour que l’on soit respecté à part entière.

L’autonomie est un projet social, politique.

L’accès à des positions sociales intéressantes : si nous voulons faire société, nous devons faire partie prenante de la société. Toutes les positions sociales doivent être pertinentes, sinon, le fait qu’elles soient toutes ouvertes ne serait pas intéressant.

Chaque position sociale doit compter, avoir une certaine valeur, sans quoi son accès n’est pas pertinent (avoir accès à une position sans valeur ou de faible valeur contrevient au principe des libertés).

Chaque personne mérite d’avoir voie au chapitre.

Pour Rawls, il y a des contraintes proposition originelle. Contrainte d’originalité : chaque individu doit être autonome et unique. Le principe doit être acceptable pour tous (pas de contradiction entre les individus).

Principe de publicité (principe kantien) : on devrait pouvoir être transparent lorsque l’on revendique quelque chose, on devrait pouvoir le dire publiquement. Si on a des motivations qu’on est obligé de cacher, il y a problème. Reconnaître que ces principes sont au moins plausibles car ne se contredisent pas, sont cohérents.

On critique à Rawls que la démocratie deveint subordonnée à des principes de justice. Rawls défend l’idée de la transparence, et donc toutes les choses que l’on fait valoir sont connues de tous. La transparence est essentielle pour pouvoir tenir une discussion, tous les partis doivent être au courant des mêmes informations.

Une perspective de dissimulation, selon Kant, rend impossible de savoir de quoi on parle. Tout devrait pouvoir être dit.

L’irrévocabilité des principes. On ne peut pas avoir une structure de base si ses principes sont révocables.

Les principes de base structurent le contrat social.