Séance 11 : Les voies parallèles de la philosophie politique

Les textes les plus lus sont les textes dont la portée est la plus large.

Rawls semble remettre en cause la démocratie représentative. Rawls pense davantage dans une logique constitutionnelle : quels éléments sont constitutifs démocratie ?

Démocratie représentative vs. démocratie délibérative.

Avant même d’en arriver à la délibération démocratique, il faut déterminer les conditions qui font en sorte que le contrat ait une chance de survivre ? Ce n’est pas une vision historique du contrat (avec un avant/après le contrat), mais une métaphore : il faut qu’il y ait des obligations à l’égard des citoyens à respecter les règlements.

Hobbes résout le problème en faisant appel à un léviathan : tout écart de conduite (ou non respect des règles) est immédiatement puni par un léviathan, i.e. l’État. Danger d’un autoritarisme ; peur, crainte d’être puni par le léviathan.

Idéal d’une société laissée à elle-même, où tous respecteraient les règles. L’obligation des parties est également une obligation envers soi-même.

Pour Rawls, c’est ce qui permet de faire société commune, de faire oeuvre commune. Que se passe-t-il lorsque les institutions ne réagissent pas de manière adéquate face aux désirs de la population, lorsqu’elles n’agissent pas dans le but pour lequel elles ont été instituées ? Si les institutions ne réagissent pas adéquatement, alors doivent être destituées.

Rawls écrit la théorie de la justice pendant les grandes marches pour les droits civiques dans les années 1960. N’est pas pour un discours de séparation (où le contrat social n’est pas possible, comme le mouvement des Black Panthers). Il faut plutôt supprimer le problème (comme la ségrégation des noirs), y remédier.

Les grands mouvements interpellent aussi Rawls sur le plan historique.

Nous avons des obligations à l’égard de l’État. Mais l’État ne doit demander que ce qui est légitime. L’État trouve sa légitimité dans la volonté de ses membres. L’État dispose d’une force, mais quand il ne reste plus que la force (comme raison d’être de l’État), alors il devient totalement légitime de s’y opposer par la désobéissance civile.

Accepter d’aller en prison : longue tradition d’auteurs. La désobéissance consiste à accepter à aller en prison, mais à refuser de cautionner l’action.

La désobéissance est une contestation ; le fait de tricher n’est pas suffisant, et n’est pas en soi un acte de désobéissance. Désobéir est un acte qui ne se vérifie pas simplement dans l’acte lui-même, mais dans ce qu’il exprime publiquement. Pour qu’un geste ait une portée politique, il faut le faire dans une modalité publique. On ne demande pas un privilège, mais le respect d’une droit.

La désobéissance civile est un geste de contestation, de protestation, nécessaire si des mesures permettent à une figure d’autorité (État, police) de faire taire des personnes sous le prétexte de son autorité.

Jamais les obligations ne doivent-elle devenir premières sur la base de leur propre existence. La désobiéssance civile doit être possible dans ce cas. C’est constitutif d’un système de justice.

La destitution n’est que de faire tomber une statue déjà chambranlante (car n’est plus légitime), l’État s’étant trahi lui-même.

Obligation et désobéissance sont deux visages d’une même entente du contrat social. Nous ne désobéissons pas simplement pour servir ses intérêts, sur une base intéressée. Il est possible de protester pour ses propres intérêts, mais cela est d’un tout autre ordre que celui de la désobéissance civile. Le tort moral que je subis est le tort moral de tous. L’injustice serait d’autant plus flagrant s’il était clair et apparent qu’elle doive, par des conditions non contingentes, se poser sur soi (et non sur quelqu’un d’autre).

Quelqu’un qui défend une victime d’injustice civile ne doit pas nécessairement être une victime de l’injustice elle-même. Une injustice commise à l’égard de l’un doit être l’affaire de tous.

Transparence : n’avoir rien à cacher.

La question de la désobéissance civile perd son sens lorsqu’il n’y a pas un système correspondant derrière (i.e. un État démocratique). La désobéissance est un geste de transgression lorsqu’il est légitime de le faire, avec quelque chose de légitime à reconnaître par l’État (le fardeau de la preuve est de notre côté). Dans une société non démocratique, ce n’est pas un geste de désobéissance civile, mais un geste de résistance.

La désobéissance civile est un geste d’esprit républicain qui marque son appartenance à un projet social.

Très souvent, nous sommes dans une logique de l’obligation, nous ne voyons qu’un aspect de cette logique (un seul côté de la médaille). Dans les faits cependant, nous sommes la majeure partie du temps (99,99 % des cas) dans un geste de résistance. Situations contraires à sa volonté individuelle (ex. comportements sur la route qui transgressent les lois, lois qu’ils ne respecteraient si elles existaient). Cela élimine la possibilité même de faire une désobéissance, que de désobéir pour la société dans son ensemble. Il faut qu’il y ait des conditions de lisibilité du geste. Il est très difficile de voir quelles sont les conditions de lisibilité d’un geste (un geste qui rappelle les obligations de l’État et de ses institutions à l’égard des citoyens, et inversement les obligations des citoyens à l’égard de l’État et de ses institutions). Lire les gestes derrière la maladresse de leur manifestation.

Est-ce un geste acceptable dans un contexte de désobéissance civile ?

Est-ce qu’un geste violent est acceptable dans le contexte de la désobéissance civile ? D’une certaine façon, la désobéissance civile est un moyen de communication entre les citoyens et l’État. Abnégation face à la violence.

Chez Gandhi, la violence provient toujours de l’oppression. L’image d’un geste dans la sphère publique peut apporter une réponse satisfaisante de la part de l’État.

Dès lors, qu’est-ce qu’un geste de violence ?

Un geste de désobéissance peut rapidement se retrouver imbriqué dans une spirale de violence.

Là où il y a consensus, c’est qu’un geste non violent ne demande pas un fardeau de la preuve supplémentaire ; un geste pacifique n’a pas à légitimer l’usage ou la nécessité d’une certaine violence dans le cadre de la désobéissance civile. La violence est donc un geste de dernier recours.

La question est de savoir : jusqu’où s’étend cette violence ?

La désobéissance civile vise à remettre l’État sur pied ; c’est un rappel. Un geste de désobéissance civile doit être au service de la population.

La personne qui commet un geste de désobéissance civile doit le faire avec la volonté de servir les intérêts de la population. Un geste ne peut être qualifié a posteriori de désobéissance civile, simplement pour mieux servir ses propres intérêts. Le geste doit être commis dans un intérêt démocratique.

Il y a des «groupes» de droits, c’est-à-dire des catégories au sein desquelles les members reçoivent un ensemble de droits. Ce ne sont pas toutes les personnes qui sont égales sur le plan des droits (car appartiennent à des catégories différents).

Le spectre de gestes peut s’étendre sur une échelle avec, à une extrémité, nos obligations, et à l’autre, la désobéissance civile. Une geste peut être d’obligation ou de désobéissance, mais il peut assurément se situer entre les deux ! La théorie de la justice autorise d’autres recours.

Est-ce que l’intérêt général n’est que l’intérêt général ou représente-t-il la volonté générale ?

Ce qu’on est est-il contraire à ce qui est réclamé par la communauté ?

La démocraatie délibérative ne vise pas simplement à compléter la démocratie participative ; elle a une raison d’être qui lui est propre.

Autre mécanisme : la communauté est là pour avaliser à un propos plutôt que de participer à la délibération des propos. Les modèles de délibération démocratiques sont valables pour de petits groupes (certains soutiendront que ce n’est pas vrai, que c’est plutôt un défi logistique). Certains croient que plus un groupe est nombreux, plus les échanges sont limités. Le défi serait peut-être plutôt d’ordre technique (à débattre).

Le travail est de ne pas accorder ni plus ni moins d’importance à une personne (comme un chef d’entreprise). Toutes les personnes sont également admises dans le «club» qu’est la société, et chacune en est un membre à titre égal. La voix de certaines personnes n’a pas la même portée que celle d’autres. Le militant est toujours sceptique par rapport à la perspective/stratégie de la démocratie délibérative. Ce que l’on demande à certaines parties, c’est d’oblitérer les différences. Idéalement, tous seraient égaux (d’après les militants) ; or, il n’en demeure pas moins que ce n’est pas le cas. La prise de parole change complètement en fonction du statut qu’on occupe.

Il faut admettre la nécessité de l’égalité. Un militant reconnaît le principe de l’égalité, mais pour tendre graduellement vers l’équilibre entre les partis, vers l’abolition des registres inhérents aux statuts, aux rapports de force inégaux.

On ne peut pas commencer par l’égalité de principes, mais par l’inégalité de fait. Militantisme qui part de l’inégalité pour tendre vers l’égalité idéale.

Que faut-il faire lorsqu’un groupe propose de boycotter un événement (ou de le perturber) ? Le danger d’une telle attitude, c’est admettre que n’importe quel discours est admissible à l’intérieur d’une délibération (avec restriction à la haine), mais il n’est pas possible de renverser la dynamique, et alors on se retrouve avec des gens qui occupent, au nom de la liberté d’expression, toujours plus d’espace. Il n’y a pas échange d’arguments, mais des militants qui encouragent des véritables rapports d’exclusion.

Tous devraient, normalement, être considérés comme des sujets de droits égaux. Dans les faits, nous n’avons pas la même portée ni la même visibilité. L’inclusion «formelle» masque une inégalité des faits. Prétendre régler le problème par un simple formalisme consistant à déclarer tous comme citoyens.

De la même manière que la démocratie délibérative a émergé pour suppléer à la démocratie représentative, le militantisme pourrait être utiliser pour montrer où la démocratie délibérative est insuffisante.

Design institutionnel. Penser les institutions, pas seulement par les philosophes. Les enjeux sont réels.

La question du militantisme n’est pas sérieuse, elle est marginale. Comment alors considérer des phénomènes comme les manifestations de masse ? Ces événements sont-ils vraiment marginaux ? Les questions du militantisme devraient être traitées avec le même scénario (à la limite, avec la même objectivité) que n’importe quel autre aspect de la philosophie politique.

On peut le faire à deux niveaux :

Iris Young considère sélectivement les groupes militants (ne considère pas le Tea Party, les rassemblements voulant ramener la ségrégation des noirs, etc.).

Ce serait étrange qu’un modèle de militantisme soit complètement dissocié d’un modèle de théorie de justice. Il serait bizarre de justifier un militantisme normatif diamétralement opposé aux principes de justice.

Fait partie de la découverte collective de la vérité.

Comme État, correspondance droits formels / droits réels ? Comment faire ? Va-t-on financer seulement les groupes d’action apparemment inoffensifs ? Ceux qui sont plus proactifs sur le plan politique/militant ? Comment garantir les modèles sans cautionner des rapports de force entre les individus ?

Financer une organisation de défense du droit des femmes et défendre une organisation masculiniste ?

Qu’il s’agisse de désobéissance, de transparence dans la délibération publique ou de militantisme, à chaque fois ce qui est demandé c’est de démontrer qu’un geste n’est pas d’intérêt particulier, mais dans celui du bien commun. Considérer un geste dans toute sa complexité. Est-ce qu’on a vraiment besoin d’un système aussi complexe pour penser l’allocation des ressources ou le soutien familial ? Il faut définir un système de justice comme équité et analyser de manière fine ce que signifie un système de justice comme équité, mais en même temps avec un vision globale.