Séance 1 : Qu’est-ce que la métaphysique ?

Plan de la séance :

Origine historique

L’histoire de la métaphysique commence en occident avec Platon, Parménide et Aristote.

L’apparition du terme «métaphysique» est beaucoup plus tardive.

Le terme s’est imposé au XIIe siècle de notre ère avec Jacques de Venise.

Le récit de Strabon et Plutarque : Aristote est le fondateur du lycée. Œuvres ésotériques (réservés aux initiés) et œuvres exotériques (public large ; une trentaine d’ouvrage perdus).

méta ta phusika («qui viennent après la physique»)

meta : après, au-delà physika : nature, domaine de l’expérience

Édition des œuvres ésotériques d’Aristote par Andronicos. Surpris par le caractère obscur des textes d’Aristote. Ouvrages difficiles à classer ; inclassables au regard de la division tripartite classique (logique, éthique et physique) et au regard de l’hétérogénéité apparente de ces écrits (philosophie première, science de l’être en tant qu’être, théorie des causes, etc.)

Origine étrange de la métaphysique, aurait eu d’abord un sens purement classificatoire, mais le méta ta phusika correspond aussi au contenu. ==L’expression désigne le contenu.==

Savoir qui porte au-delà des choses physiques.

Définition de la métaphysique

La métaphysique est l’étude de ==l’être et ses raisons==. La métaphysique réfléchit sur l’être comme substance. Concept indispensable dès lorsque l’on s’efforce de penser et largement indéfinissable. ==L’être : la réalité dans son ensemble ; la totalité de ce qui est.== Toutes choses en tant qu’elles sont ceci ou cela. Le plus universel qui puisse être conçu, objet le plus général qui puisse être pensé, comme totalité.

Vérités strictement universelles. Les vérités de la métaphysique devraient pouvoir être établies ==indépendamment de toute expérience particulière== : vérité à partir de toute chose, toute expérience ; absolue. On ne fera pas de métaphysique à partir d’un fait particulier ; la métaphysique ne repose sur aucun fait particulier. C’est le ==projet d’un savoir a priori==, qui ne dépend pas de l’expérience et qui soit, par conséquent, nécessaire et universel.

L’a priori (nécessaire, universel) fonde l’a posteriori (tout le reste, ce qui n’est pas nécessaire ni universel).

Certains appellent à la fin de la métaphysique – qu’en est-il vraiment ?

Opposition objective/subjective : c’est faire une distinction métaphysique.

L’élément de la métaphysique n’est pas la foi ou la religion, ne requiert aucun acte de foi ou «sacrifice de l’intellect» ; c’est la simple raison, la raison seule. La prétention de la métaphysique, c’est de proposer des raisons auxquelles n’importe quel penseur – honnête et lucide – peut souscrire. Tous peuvent les entendre, les comprendre, quitte à les récuser, à les réfuter.

==N’importe quel être doué de raison peut entendre les arguments de la métaphysique.==

Il ne faudrait pas faire reposer la métaphysique sur la foi ou sur un quelconque acte de révélation. Les grandes voies de la métaphysique sont audibles.

Tous les grands penseurs, malgré leur distance historique, sont nos contemporains aux yeux de la métaphysique, car tous peuvent se rejoindre par la pensée métaphysique.

Trois dimensions essentielles à la métaphysique :

Science de l’être en tant qu’être chez Aristote, qui ne s’intéresse pas immédiatement au découpage du réel (réservé aux sciences particulières : les mathématiques, la physique, la biologie, etc.) par l’étude de ses attributs (une partie seulement de ce qui est).

L’ontologie porte sur propriétés/attributs/structures/modes essentiels de l’être, les notions communes à toutes les sciences particulières.

L’ontologie est un effort d’explicitation (clarification des concepts) plutôt que d’explication (par des causes) : «l’être se dit de multiples façons», selon l’acte et la puissance, la substance, l’accident, la vérité, le genre, l’espèce, la cause et l’effet, l’existence, le temps, etc.

Il faut naviguer entre un relativisme éternel (diversité des points de vue) et un absolutisme rigide et unique.

L’onto-théo-logie est un terme inventé par Kant, qui reprend toutefois un concept de Martin Heidegger. La métaphysique occidentale était, à ses débuts, à la fois une ==ontologie et une théologie==. Visée, volonté d’explication universelle. Comprendre (prendre ensemble, saisir par l’intelligence) la totalité, l’être dans son ensemble, son principe. Il ne s’agit plus d’expliciter les structures particulières de l’être, mais d’examiner le principe.

Contempler l’ordre dans sa totalité, dans sa totalité.

L’onto-théo-logie est l’étude du premier principe (ou de la première cause) de l’être en tant qu’être.

Il ne faut pas confondre avec l’idée d’une création ex nihilo.

Une onto-théo-logie n’implique pas nécessairement l’idée d’une transcendance radicale (extérieure et supérieure au monde), c’est-à-dire à la théologie. Principe : le Cosmos, la Nature, l’Histoire, la Matière, la Vie, l’Esprit, le Dasein (Heidegger), etc. Une principe autre que Dieu devient envisageable.

L’hénologie : «Que peut-on vraiment dire de l’être ?»

Souvent conçue comme une métaphysique particulière, une «onto-théo-logie» où le principe premier est l’«Un» (l’unité transcendante de toutes choses) : Parménide, Platon, Plotin, etc.

Dimension plus radicale de la réflexion métaphysique : l’être pris absolument, le Tout de la réalité.

L’hénologie est l’étude de l’être pris absolument, c’est-à-dire de l’Un.

Absurdité d’expliquer un mot par le mot même : le principe premier est tellement simple que sa définition est pratiquement circulaire. ==Primitif du fait qu’on ne peut le définir sans le présupposer==. L’être doit forcément être la totalité, mais on ne peut pas en dire grand-chose.

L’hénologie nous transporte jusqu’à la limite de l’ontologie : L’Un est ineffable. À la limite de l’onto-théo-logie : l’Un est inexplicable.

L’impulsion métaphysique nous conduit ainsi, de façon inévitable, au mystère de l’être.

L’hénologie ouvre les portes au :

On ne peut pas s’aventurer à ne pas penser, à ne pas tenter de bien agir.

Et pourtant, ça bouge (Galilée). Le monde nous meut, nous émeut. Vivre humainement ne peut conduire au scepticisme/mysticisme, ce qui mène donc à la métaphysique.

Expérience mystique : expérience de l’«Un».

La métaphysique et la philosophie

Trois grandes questions qui définissent la métaphysique : Qu’est-ce que l’être ?, Quel est le principe de l’être ? et Que peut-on dire de l’être ?.

La philosophie est l’amour, le désir du savoir, de la sagesse. C’est parce que nous ne sommes pas sages que nous aspirons à la sagesse. La philosophie n’est pas la sagesse, mais celui qui veut s’en rapprocher. Celui qui s’admet philosophe s’admet d’entrée de jeu non sage. Si on y tend (vers al sagesse), c’est que l’on n’est pas sage.

Sagesse chez les Grecs : bonheur idéal inaccessible. Aspiration mortelle. Nécessité de poursuivre le progrès spirituel. Quête vers la sagesse.

La sagesse est (selon Pierre Hadot) une manière d’être (idéale) qui conjoint bonheur, liberté et vérité. Bonheur de la vérité sans illusion ni mensonge, avec le maximum de lucidité ; le bonheur en tant que tel n’est pas suffisant à la sagesse. Pour être philosophe, il faut toujours préférer la vérité.

Deux pôles irréductibles : théorique et pratique. Bonheur théorique (bonheur de la connaissance en soi) et bonheur pratique : la sagesse suprême arrive à la conjonction de la sagesse théorique et de la sagesse pratique.

Philosophie : penser sa vie, vivre sa pensée (autant que possible). Théorique <—> pratique

La sagesse est la finalité propre de la métaphysique (ontologie, onto-théo-logie, hénologie).

La métaphysique est la partie théorique de la philosophie. Effort philosophique proprement théorique.

Les choses essentielles n’ont pas d’utilité, mais ont (sont) une fin en soi.

La métaphysique permet de distinguer l’essentiel.

La philosophie pratique est divisé en trois rameaux principaux : éthique/politique, sotériologie, mystique.

Épistémologie : connaissance vraie, science. ==Que peut-on vraiment savoir ?==

Toutes les branches de la métaphysique reposent sur l’acte de poser des questions. Interrogations constitutives de l’être humain.