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Révision et fin de la séance 03

De Parménide à Platon : le parricide

Parménide a offert un point de départ rigoureux pour la métaphysique. Seul l’être est et nécessairement. Coup d’envol de la métaphysique.

Parménide en déduisait que le devenir est illusoire. Pensée immuable.

Deux grands apports de Parménide :

Tension irrésolue dans la pensée de Parménide, de laquelle partent Platon et Aristote : concilier l’être plein et l’expérience du devenir.

Le non-être est indicible et inconnaissable.

Refus intransigeant du temps et du devenir ; dichotomie radicale des ordres, qui interdit l’intelligence discursive en la réduisant à l’opinion.

Penser sa vie et vivre sa pensée. Travail de l’intelligence discursive :

Il importe de distinguer :

L’ordre de l’eidos

Ordre de la prédication ; qu’est-ce que l’idée ? On parle rarement de l’être un et immuable ; on parle plutôt de concepts, de généralités.

L’être à la fois Un et multiple («au sens de prédication»).

L’ordre intelligible de la phusis ou du monde : les constances, les régularités et l’harmonie dans les choses, en tant que celles-ci peuvent être vues ou saisies par l’intelligence humaine.

Présuppose un ordre dans les choses elles-mêmes, dont dépend l’intelligence.

L’eidos devient chez Platon et Aristote l’essence et la cause des choses.

La dialectique ou l’attention à l’être même

L’intelligence intuitive et l’intelligence discursive marchent main dans la main, comme les deux versants indispensables de l’intelligence humaine.

Dans l’effort d’attention de la dialectique ne s’agit pas de donner des définitions nominales, mais des définitions réelles, essentielles.

La dialectique vise à décrire la nature intrinsèque des choses, et non à clarifier l’usage conventionnel des mots. Vise le réel, la réalité ; les définitions doivent viser le réel, et non l’usage qu’ on fait des mots.

Chercher des définitions non circulaires, universelles et suffisamment spécifiques ; une bonne définition devra se prémunir contre ces trois défauts.

Il s’agit d’une recherche a priori, et non d’une recherche empirique.

Les frontières des espèces et des genres peut être déterminéees de manière analytique ; fixer les limites du pensable/possible.

Pour Platon, il s’agit de trouver des ressemblances (dissemblances, pluralité, unité, repos, mouvement, etc.).

Le travail, bien qu’il dépende à un certain point de connaissances empiriques, est toutefois d’ordre analytique, une recherche a priori.

L’ontologie est un effort d’explicitation des idées. «En chercher la notion distincte» (Kant). Effort de transcendance, s’élever au-delà du particulier vers le nécessaire et l’universel.

Platon invite à une conversion du regard, motivée par un souci de l’âme, tous deux inhérents et essentiels à la philosophie. S’élever vers les idées, vers un degré supérieur de connaissance.

Ordre intelligible que laisse pressentir le sensible. Le travail de la dialectique est de clarifier cet ordre ; mieux le (re)formuler. Réminiscence, remémoration (d’où le pressentiment), car pour Platon, on ne cherche pas quelque chose dont on ne sait absolument rien.

Un dualisme ontologique

L’ontologie platonicienne des idées est un «dualisme», qui oppose deux réalités indépendantes :

Il faut distinguer ces deux réalités intelligibles, par contraste avec Parménide qui proposait un monisme strict.

En tant que mortels, ==nous vivons dans l’interstice ou l’entre-deux== entre le sensible et l’intelligible, le visible et l’invisible, le particulier et l’universel, le contingent et le nécessaire.

Cette distinction ontologique correspond à une visée d’explication rationnelle. Elle vise à expliqeur l’eidos, l’ordre (impermanent, imparfait) de la phusis ou du monde sensible trouve lui-même dans l’idée de sa raison d’être ou sa cause ultime.

Dans l’hypothèse explicative du Phédon, Platon postule que les choses sensibles participent à des idées intemporelles indépendantes ; c’est ce qui les rend intelligibles.

La réalité elle-même est la manifestation de l’idée : une ontologie qui a porté la pensée occidentale jusqu’à la fin du Moyen Âge (par l’intermédiaire d’Aristote, qui parle de cause formelle).

Pourquoi les choses sont ainsi (et non autrement) et pourquoi elles sont intelligibles. Participation du réel à l’idée (niveau supérieur). Nous faisons l’expérience d’un ordre intelligible.

Les choses sensibles sont comme des «copies» des choses (intelligibles/réelles ?).

La séparation est nécessaire «afin d’éviter que l’on confonde l’idée ave telle ou telle de ses apparitions sensibles.» (République, livre VI)

Non-séparation : le monde sensible est toujours-déjà imprégné d’idées, qui rayonnent en lui. (Parménide, 130 a)

Séance 4 : Platon (II) : le pressentiment du Bien

Le pressentiment du Bien

Dans l’onto-théo-logie, tous admettent que le divin est une puissance supérieure qui gouverne le monde, à l’origine des causes.

Principe premier : l’idée du Bien. Implique en premier lieu l’hiérarchie dans le monde intelligible : le Bien serait la première cause, à l’origine de toutes les autres.

Hiérarchie dans le monde intelligible :

        /\  ____________ Idée du Bien
      /    \
    /        \  ________ Idées+entitées mathmématiques
  /            \
/                \  ____ Monde sensible
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯

L’ordre est bien, l’ordre est beau. Il s’agit de rendre compte de l’ordre intelligible du monde, i.e. sa beauté, sa stabilité, son harmonie.

Analogie (équivalences) entre le monde visible (sensible) et le monde intelligible, faite en quatre temps :

L’analogie du soleil

Analogie du Soleil, dont la lumière permet aux formes intelligibles d’être visibles et procure à l’esprit la capacité de les saisir, comme le soleil permet aux choses sensibles d’être vues et procure à notre œil la capacité de les voir, sans toutefois se confondre avec la lumière, ni avec la vue.

L’idée du Bien est un principe transcendant qui se situe au-delà de l’essence.

L’idée du Bien est un principe transcendant au-delà de l’essence, tout en étant la source de l’être lui-même, c’est-à-dire des idées.

L’idée du bien serait-elle au-delà de l’essence ? Transcendance radicale du Bien par rapport aux idées, ou transcendance relative (qualitative) seulement, en dignité et en puissance ?

L’idée du Bien comme principe anhypothétique

L’idée du Bien est le principe anhypothétique ou inconditionné du monde intelligible, qui correspond à ce que la tradition appellera absolu, c’est-à-dire l’Un.

L’idée du Bien procède aussi de la nécessité de penser le principe unificateur des idées. Il faut pouvoir penser les idées, penser toutes les idées. Principe de base pour penser les idées.

==Une multiplicité qui ne pourrait être pensée comme une totalité serait inintelligible==.

L’anhypothétique peut être pensé dans l’ordre de la connaissance, convient à chacune des idées ; ne nécessite pas d’autres justifications, ce qui est sans hypothèses préalables. Intelligence intuitive est à la fois au départ et à l’arrivée ; il en est de même pour l’anhypothétique dans l’ordre de la connaissance.

Tout ce qui outrepasse le plan des hypothèses mathématiques relève déjà dde l’an-hypotheton.

—Jean Grondin

L’anhypothétique dans l’ordre de l’être : semble convenir uniquement à l’Un, car ce qui est inconditionné doit exister ==indépendamment de toute réalité particulière== (sensible et intelligible).

Toutes les idées sont anhypothétiques dans l’ordre de la connaissance, mais seul l’Un est vraiment anhypothétique dans l’ordre de l’être.

Anhypothétique dans :

Au-delà de l’essence : marque à la fois une transcendance radicale, puisque le ==Tout ne dépend pas de ses parties==, et une transcendance relative, puisque le ==Tout ne peut pas non plus être distinct de ses parties==.

Le Bien englobe aussi bien l’intelligible que l’intelligence humaine, comme l’arrière-plan sur fond duquel survient la connaissance.

Le tout ne serait plus ce qu’il était. Ce serait un ensemble particulier. Si on fait dépendre le Tout de ses parties, le Tout n’est plus un tout. Le Tout ne peut pas non plus être distinct de ses parties, car il serait en-dehors du tout.

On retrouve l’être et l’Un de Parménide, ==mais sans la négation du devenir==, l’être au sens absolu.

L’idée du Bien est l’objet suprême de connaissance, qui représente le terme ultime de la dialectique

Platon reconnaît la faiblesse de tous les discours lorsqu’il s’agit d’exprimer l’idée du Bien : elle demeure essentiellement ineffable, indicible.

L’hypothèse du démiurge

Les idées de Platon peuvent être comprises comme une première transposition des dieux de la religion grecque, responsables de l’ordre du cosmos, dans le registre de la «simple raison».

Les idées ont un statut divin.

Le monde est animé par les idées, et c’est à partir de cette animation que nous pouvons l’expliquer. ==Le monde a été engendré par suite de la décision réfléchie d’un dieu.==

L’hypothèse du démiurge ne relève-t-elle pas davantage du mythe que de la métaphysique ou de la simple raison ?

Davantage du mythe probablement. Néanmoins, lorsque l’on considère la visée plus fondamentale du démiurge, peut relever de la métaphysique, donc de la simple raison.

Il ne s’agit pas, pour Platon, d’expliquer l’être lui-même.

Le réel a toujours existé pour les Grecs.

Il ne s’agit pas non plus d’epxliquer les formes intelligibles, ni l’origine des espèces, de l’re humain ou d’état de choses particulières.

Démiurge : ouvrier, artisan qui a «pétri la pâte du monde».

Le démiurge vise à expliquer la participation des choses sensibles aux formes intelligibles.

L’hypothèse du démiurge complète l’hypothèse du Phédon en affirmant qu’une intelligence trasncendante doit être responsable de la participation du monde sensible au monde intelligible. (Première ébauche d’un intelligent design ?)

Trois choses préexistent à la participation du sensible à l’intelligible :

Le récit du Timée raconte ainsi la naissance du temps : l’activité du démiurge consistera à ordonner le matériau dans le but de fabriquer des copies qui sont le plus conforme possible à leurs modèles (les idées). Les fait participer et bien participer. Copies qui se veulent le plus conforme aux idées, tentent d’imiter les idées.

Puisque les idées sont la cause des choses et que la participation des choses sensibles aux formes intelligibles est elle-même gouvernée par le démiurge : le démiurge sera également responsable de l’état des choses particulières. L’hypothèse du démiurge ajoute, à l’hypothèse du Phédon, la participation des choses particulières aux formes intelligibles.

La première métaphysique créationniste dans l’histoire de la pensée occidentale. S’impose chez énormément de gens jusqu’à aujourd’hui.

Platon lance un défi à tous les métaphysiciens : ou bien l’intelligibilité des choses laisse pressentir une intelligence transcendante, à sa source, ou bien on affirme qu’elle procède du hasard.

Le hasard est un faux principe : se produit sans raison déterminée. Le hasard ne peut pas être une cause : dès lors qu’il explique quelque chose, ce n’est plus le hasard !

Kant y voit un faux dilemme… (vu plus tard dans le cours).

Il ne faut pas perdre de vue la structure stratifiée de la pensée dialectique chez Platon.