L’irruption néoplatonicienne et la christianisation de la métaphysique chez Augustin

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Plan de la séance :


Plotin adresse des questions nouvelles au platonisme ; des questions auxquelles Platon ne pouvait répondre lui-même.

Recréer la philosophie de Platon avec accents nouveaux, dans une optique nouvelle, transformée. ==Réhabilitation innovante de la pensée de Platon==, dans le contexte de l’Antiquité ‘romaine tardive, dans ce carrefour d’influence qu’était Alexandrie.

Saint-Augustin s’inscrit à la jonction de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge. Contribue à clore la période antiquite et à ouvrir le médiéval. Augustin est considéré comme l’une des plus grandes figures chrétiennes.

Apports de Plotin à la métaphysique (qui s’inscrit dans le néoplatonisme).

La pensée de Platon peut être représentée comme un édifice étagé, avec à la base l’évidence de l’eidos, un ordre sous-jacent (invisible) responsable de l’intelligibilité des choses.

Contexte d’émergence du néoplatonisme

Épicurisme : jouir le plus possible en se contentant du moins possible ; se contenter des plaisirs naturels (les plus simples).

Aristote est le premier à distinguer les pôles pratiques et théoriques de la philosophie. Il faut aimer et être aimé. ==Sans l’amitié, la vie ne vaudrait pas d’être vécue.== Humanité sans précédent dans la tradition philosophique ; éthique à la mesure de l’humain et de ses besoins.

Remettre en question l’éthique de la vertu. Critique en allant plus loin dans la philosophie pratique. Possibilité d’un bonheur inaltérable, un sagesse indestructible. On conservera la distinction des deux pôles (pratique et théoriqie), mais en insistant sur le premier.

Le tournant sotériologqiue de la philosophie pratique dans la période hellénistique. Double déplacement : on retient la distinction faite par Aristote, en approfondissant la philosophie pratique dans la direction de la sotériologie.

Recherche d’un bonheur immuable, d’une ataraxie (absence de troubles, tranquilité de l’âme) dont les écoles du scepticisme, du stoïcisme et de l’épicurisme proposeront toutes leur propre voie.

Plotin signe le dernier grand sommet de la métaphysique dans la métaphysique classique (antique), après la période hellénistique.

De Platon à Aristote, et retour : le triomphe de l’hénologie

Un point de départ commun : l’évidence de l’eidos.

L’eidos désigne l’ordre intelligible des choses mêmes.

Premières causes et premiers principes :

Trois critiques décisives du Platonisme chez Aristote :

Chez Aristote, la métaphysique jouit d’un statut ambigu : à la fois caractérisée comme science de l’être en tant qu’être et comme philosophipe première. Saisir l’être à la fois dans son universalité et dans sa primauté. Tension entre deux projets irréconciliables avec une visée commune.

La substance est composée de manière indissociable d’une matière et d’une forme. Matière et forme sont co-originaires.

La conception hylémorphique de la substance rend-t-elle vraiment possible une science de l’être en tant qu’être ?

L’étant envisagé du point de vue de sa seule existence ne doit-il pas, à son tour, n’être rien aux yeux de l’intelligence discursive, bien que strictement nécessaire (le non-être n’est-il pas ?)

On doit pouvoir poser une cause première, cause d’elle-même. Comment poser un sens univoque pour que

L’Un, l’être au sens absolu, est al condition de possibilité de l’intelligence elle-même, c’est-à-dire de l’être au sens de la prédication.

On ne peut agir ni penser sasn briser une unité antérieure. Il est impossible que le pensant reste simple. L’intelligence briser une unité antérieure ; c’est pourquoi elle doit le présupposer. L’intelligence crée toujours une multiplicité, brise la simplicité, l’unité.

Analogie du soleil : l’Un englobe aussi bien l’intelligible que l’intelligence hmaine, comme l’arrière-plan «amorphe et sans forme» sur fond duquel survient la connaissance.

Il n’est pas nécessaire qu’un être qui donne possède ce qu’il donne. L’Un est a`al fois une transcendance radicale, puisque le Tout ne dépend pas de ses parties, et une transcendance relative, puisque le Tout ne peut pas non plus être distinct de ses parties.

L’être comme dualité qui procède de l’Un. C’est un vis-à-vis de l’intelligence. L’étant premier (l’Un) est nécessairement parfait. Surabonde et engendre une chose, une existence différente de lui.

Premier moteur : cause de son propre mouvement. Radicalement séparé du monde sublunaire, au contraire de l’Un ou de l’idée du Bien, immanent à toute chose. Une intelligence qui se pense elle-même ; il n’y a rien de plus beau à penser.

Penser toute chose à partir du principe premier ? Ce n’est pas le cas chez Aristote, puisque le moteur premier n’est responsable que du mouvement initial des astres.

Comment raccorder l’idée même de l’onto-théologie et du principe premier ?

L’Intelligence ne peuet pas occuper le premier rang dans l’ordre de l’être parce qu’elle n’est pas une.

Toute intelligence est duelle : elle comporte une altérité, qui rompt avecc l’unité absolue de l ‘Un.

La beauté et l’harmonie des mondes (sublunaire et supralunaire) ne peut pas s’expliquer par l’effet du hasard : ou bien une pluralité se ramène à l’unité d’une même origine ou bien elle est laissée à elle-même, sans coordination.

Seule la providence divine peut véritablement expliquer l’ordre du monde (sublunaire et supralunaire pour Plotin). L’un des arguments essentiels de Plotin.

Caractère essentiel de l’hénologie pour la réflexion métaphysique. Il faut penser l’être ; il faut faire de l’hénologie. Penser l’Un comme le premier principe et la première cause de l’être permet de lever le statut ambigu de la métaphysique aristotélicienne.

Deux voies concurrentes mais essentiellement inachevées : seraient-elles plutôt complémentaires (puisqu’inachevées) plutôt que concurrentes ?

Doctrine plotinienne des hypostases

Trois hypoostases : trois niveaux hiérarchiques du monde intelligible, rrois principes divins et éternels, eux-mêmes séparés de la matière indéterminée du monde sensible.

Hypostases : représentation bâtarde et illégitime et la cause des maux, de la maladie, dela morte et de la méchanceté.

L’origine éternelle de toutes choses. Tout ce qui n’est pas Un est multiple et en dérive, puisque le multiple se compose assurément d’unités. L’Un se trouve dès lors au fondement de toute chose.

Le monde selon Aristote est incréé ; il n’y a pas de Dieu créateur.

Principe à la fois transcendant et immanent.

On ne peut parler d’être à proprement parler que d’être au sens de la prédication.

L’être englobe toute chose.

Seul un discours qui ne procède que par négations peut permettre de s’élever vers l’Un. L’Un est un vis-à-vis. Manière de le idre sans le dire. On ne peut parler positivement de l’Un ; on ne peut rien en dire correctement. Ce n’est pas l’intelligence, ce n’est pas l’âme, etc. Certainement pas à concevoir sur le modèle de notre humanité.

On doit procéder par négation ; théologie négative. Très important chez Plotin.

L’intellect. Le Iidées ou essences platoniciennes (l’étamment étant, réellement réel) se trouvent identifiés chez Plotin à l’activité d’une intelligence transcendante suivant l’hypothèse du démiurge.

L’Intellect est la cause première de la stabilité et de l’intelligibilité des choses, tandis que l’Un est la première cause de l’Intellect lui-même.

L’Intellect divin est un monde intelligible où tout n’est qu’ordre et beauté, à la fois cause de soi (incréé) et pensée de la pensée.

L’âme est cause de soi chez Platon ; met fin à la régression infinie des causes. L’âme est le principe du désir dans tous les êtres, dans toute chose qui ne jouisse pas de la perfection de l’intellect; désir tourné vers quelque chose d’extérieur à lui-même, alors que l’intellect est tourné vers lui-même. L’âme est la cause de cette tension vers le bien, vise au-delà de lui-même, vise une vie meilleure, vise le bien.

Tous les êtres désirent contempler et désirent cette fin. Fin de tous les êtres (sauf de l’intellect, qui se tourne vers lui-même).

L’âme est le principe immortel et inengendré de tout mouvement dans le monde supralunaire comme dans le monde sublunaire.

Alors que l’âme du monde était paradoxalement engendrée par le démiurge chez Platon (à partir des Idées et de la matiee), l’âme du modne est strictement incréée chez Plotin.

Une ontologie de la procession (marche en avant, progrès) :

Le point de départ de la métaphysique plotinienne demeure l’évidence de l’eidos (la beauté et la stabilité du monde).

Le corps est une prison dont il importe à l’âme de s’évader.

Procession, conversion qui consiste en la remontée de l’Âme vers le principe premier qu’est l’Un (par l’intelligence intuitive ; à la pointe ultime de la dialectique, on devra être seul).. Doctrine du salut chez Plotin : ==fuir seul vers le seul==. Fuir de la solitude de notre âme vers l’intelligence intuitive.

La voie mystique : entre philosophie et religion

Deux tendances dans la thèse de l’être lui-même chez Parménide : une première tendance rationaliste et une tendance mystique.

Double orientation (raionaliste et mystique) conservée chez Platon et Plotin :

Les normes de la pensée sont les normes de l’être.

Mystique rationaliste.

La mystique est axée sur l’expérience salvifique de l’Un, relève de l’expérience et de l’initiation.

L’hénologie et la mystique sont des points de passage entre la raison et la foi : ouvrent un espace d’accueil théorque pour des vérités qui ne sont pas accessibles à la simple raison, c’est-à-dire pour les vérités révélées (ex. la sainte Trinité, L’incarnation, les miracles, etc.) ou les mystères de la foi.

Dans la mystique s’ouvre à l’être humain l’être absolu, qui au réveil laisse subsister la conscience d’une signification plus profonde que toute autre, inépuisable ; toutefois, par quelqeu langage que le mystique cherche à s’eprimer, l’essentiel reste indicible. Le mystique perd pied dans l’englobant.

L’hénologie et la mystique sont également des points de passage entre la philosophie et la religion. ==La frontière entre la philosophie et la religion est complexe et poreuse.==

Dieu est si élevé qu’il est plus grand et meilleur encore que tout ce que nous pouvons penser.

—Augustin

La christianisation du néoplatonisme chez Augustin

Augustin a contribué à construire ce que l’on appelle aujourd’hui «l’occident chrétien». Clôt l’Antiquité.

Oeuvre majeure : Les confessions. L’une des premières autobiographies spirituelles; Augustin y raconte sa conversion au christianisme à l’âge de 35 ans, survenue après sa découverte du néoplatonisme à 31 ans, confesse ses péchés et loue la gloire de Dieu. Témoigne de sa compréhension de la foi.

L’oeuvre d’Augustin propose avant tout une synthèse les grands acquis de la métaphysique grecque (néoplatonicienne) et du christianisme :

Le point de départ de cette appropriation augustinienne du néoplatonisme est non pas seulement l’évidece de l’eidos, mais surtout l’intériorité de l’âme humaine.

On pense à la première personne ; «cette expérience en tant qu’elle est mienne».

Éprouver la présence de Dieu est une façon de s’imprégner d’un maintenant éternel.

==La foi doit précéder la raison==, car la raison n’a elle-même accès à la vérité qu’avec l’aide de la foi. On pense à la religion philosophiquement.

Par son propre mouvement, la raison en vient à indiquer ses propres limites.