Métaphysique et théologie du Moyen Âge

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Examen de la fresque, mettant en scène les grandes figures de la métaphysique.

Parménide a signé la naissance de la métaphysique avec le Poème.

Zénon d’Élée, inventeur de la dialectique : jeu qui consiste a montrer que toute thèse tenue de façon illatérale mène à des contradictions.

Socrate, écouté attentivement par son entourage pour ses réflexions sur la vie bonne.

Au centre se tient un Platon âgé, pointant un doigt vers le ciel et tenant dans son autre main un exemplaire du Timée, près de son disciple Aristote, qui lui tourne un peu le dos. ==Platon part de l’idée de l’évidence des idées, de l’eidos.== ==Réviser la dialectique de Platon.==

Aristote : signe de la main à l’horizontale vers le monde ici-bas. ==Réviser les trois critiques décisives.== ==Réviser l’ontologie d’Aristote== (qu’est-ce que l’être en tant qu’être ?), dont la réponse réside dans l’hylémorphisme, la matière. ==Deux voies irréductibles==. Une intelligence qui se pense elle-même séparée du monde sublunaire, qui semble se gouverner elle-même. Aristote a été le premier à distinguer deux pôles pratique et théorique de la philosophie (question métaphysique du souverain Bien Quel est le principe de l’être ? et question éthico-politique du «bien humain»). Propose une éthique à la mesure de l’être humain, de sa finitude, à la mesure de son épanouissement. Tournant sotériologique de la philosophie pratique dans la période hellénistique : quête du salut personnel. Sotériologie : Que m’est-il permis d’espérer ? (Kant) Les écoles du scepticisme, du stoïcisme et de l’épicurisme.

Épicure : doctrine du salut : jouir le plus possible en se contentant du moins possible, s’en tenir aux activités nécessaires à la vie (manger, boire, dormir, se vêtir, se loger, philosopher).

Diogène de Sinope : école cynique. Préconisait de s’affranchir des conventions sociales pour mener une vie au plus proche de la nature (que son prélassement évoque un peu d’ailleurs). Rencontre fortuite d’Alexandre le Grand. Fait preuve de désinvolture extraordinaire, faisant l’objet d’admiration d’une part et d’embarras d’autre part (pour les stoïciens).

Plotin : réhabilitation innovante de la pensée de Platon dans l’Antiquité romaine, au sein de ce carrefour d’innovation qu’était Alexandrie. ==Réinventer la pensée platonicienne.== La dialectique est comprise par Plotin comme une conversion de l’âme elle-même, s’extirper du multiple pour rejoindre une chose. L’âme doit s’élever du le monde intelligible, lequel comporte trois niveaux hiérarchiques et est séparé de la matière. Procession, marche en avant de l’Un jusqu’à la matière (résidu de la réalité à la toute fin du processus de procession ; ce qu’il y a de plus bas dans l’échelle des êtres). Réviser la doctrine des trois hypostases, avec double mouvement de conversion et de procession.

Averoès : le plus grand commentateur d’Aristote.

La fresque est une bonne introduction à l’être et ses raisons. Polyphonique, cacophonique. Toutes les voix font partie du canon de la métaphysique. Ce sont nos contemporains, malgré toute la distance historique qui nous en sépare. Leur raison se voulait universelle et nécessaire ; ils invitent à penser par soi-même (et non seul - nuance), universellement.


Plan de la séance :


Philosophie et religion : transcendance, raison et foi

Les plus grands génies de la tradition philosophiques étaient tous croyants. La philosophie consistait presque toujours à penser Dieu. Il faut éviter d’en faire un condition indépassable, inéluctable. Une conception de la religion ne doit pas rendre impossible l’irreligion.

L’amour est devenu notre sacré (ce pour quoi on se sacrifie, pour quoi on est prêt à faire de grands sacrifices). (L’amour est-il devenu notre religion ?) Éviter double-écueil de la promotion et du refus total.

La religion est un culte croyant qui reconnaît un sens à la vie.

Le culte, le rite est associé à une signification dans la pensée. La croyance impliquant le culte, et le culte impliquant, au moins dans une certaine mesure, la croyance.

Sens extrinsèque de la religion : renvoie à autre chose que lui-même. Par exemple, les sens sensitifs, perceptifs, sont toujours orientés sur autre chose qu’eux-mêmes, ne se perçoivent pas eux-mêmes. Ce sont des ouvertures vers autre chose qu’eux-mêmes. Le toucher ne se touche pas lui-même ; l’ouïe ne s’entend pas elle-même. Sens langagier : le signifiant fait signe vers autre chose, le monde, une entité imaginaire, mathématique, etc. vers un signifié. ==Sens directionnel du terme.==

Il ne s’agit pas simplement de reconnaître un sens aux choses, mais de reconnaître un sens à la mort elle-même (peut-être l’un des sens les plus profonds de la religion).

Les religions axiales (nées pendant la période axiale, XVIII^e^ siècle av. J-C jusqu’au II^e^ siècle après J-C) peuvent être caractérisées par leur forme ou par leur objet :

La religion nous dit qu’il y a un horizon, un sens à la mort.

Distinction entre forme et objet : la philosophie s’oppose à la religion du point de vue de sa forme, et non de son objet. La religion s’oppose plutôt à l’incroyance ou l’irreligion.

Rapports complexes entre religion et philosophie ; frontière poreuse, superficielle (en apparence seulement ; liaisons inextriquées dans les faits). Une analyse pointue montre que ==la forme impose certains types de contenus== (non indépendance absolue des deux aspects)

La religion a des origines latines («religare», relier). Relier : combler une distance. Dieu lie l’homme à lui. Acte, effort de reliance vers le divin.

Une religion sans philosophie ne serait que superstition (énoncé issu des rapports intriqués avec l’origine latine). On peut renouer le lien sur la base d’un effort philosophique. L’étymologie fait signe entre philosophie et religion.

Représentation en trinité de la christianisation que saint Augustin a fait du néoplatonisme, avec Dieu au centre. Transposition de la philosophie antique dans l’esprit chrétien.

Critique de l’orgueil philosophique portée au nom de l’humilité de la foi : croire qu’on peut atteindre le salut soi-même.

Dieu accepte de prendre forme humaine, s’abaisse ainsi qu niveau des mortels (la «kénose», l’abaissement, se vider de soi-même) ; humilité de la part de Dieu pour nous tendre sa main. ==Humilité et amour débordants chez Dieu.== Humilité également du chrétien, qui accepte la «Bonne nouvelle».

Sotériologie chrétienne : doctrine du salut chrétien ; ==surmonter le conflit existentiel entre l’amour et la mort==, dans l’«amour» (amour au sens proprement chrétien) supérieure de Dieu et de ses créatures. Le christianisme promet la résurrection des âmes, «qui se retrouveront à la fin des temps dans leur corps glorieux» («avec le visage de l’amour, tel qu’ils ont été aimés et tel qu’ils ont aimé»). Le christianisme permet d’extirper de notre chair le dard de la mort.

Pour Épicure, la mort de soi ne veut rien dire : elle est inconnaissable de son propre vivant, alors que mort, on n’est plus là pour la connaître. Par contre, la mort des autres (ceux qu’on aime) est regrettable.

Aimer quelqu’un, c’est lui dire : toi, tu ne mourras pas.

Doute, curiosité du philosophe a du mal à accepter une promesse. Préfère tabler sur ses propres ressources. Derrière le refus de la foi chrétienne se cache une autre foi plus orgueilleuse et vaniteuse.

La philosophie de l’amour implique une subordination de la raison à la foi.

Passage de la théologie philosophique des Grecs (prépondérance de l’élément de la simple raison) en tant que discours spécifiquement philosophique sur la nature du divin et sur ses modes de manifestation, à une philosophie religieuse ou confessionnelle, où il s’agit pour le croyant d’élucider les raisons qui les ont conduits à adhérer à cette foi, ou de décrire philosophiquement la grammaire de cette adhésion.

La philosophie chrétienne s’efforcera de concilier la raison et la révélation comme deux sources de vérité.

L’effort philosophique est subordonné à un acte de foi préalable. La religion est comprise comme une vraie philosophie.

Interprétation plus rationaliste chez penseurs musulmans, qui soutiendront que la raison est donnée par Dieu pour que l’on s’en serve. Double vérité de la révélation elle-même :

==Les vérités révélées s’accordent avec les vérités de la raison.== Préambule de la foi : vérités philosophiques logiquement antérieures à toutes les fois spécifiques.

Les motifs de crédibilité : on peut compléter la foi par les contenus de la philosophique ; ==la foi elle-même a sa cohérence.== La foi doit avoir malgré tout sa crédibilité propre (pas du même ordre que la vérité philosophique ; doit avoir du crédit en soi indépendamment de la philosophie).

Double rapport entre raison et révélation.

Peut-il donc y avoir deux voies conduisant à la vérité ? La raison humaine peut-elle entrer en concurrence avec la sagesse directement révélée par Dieu ?

Rapports entre philosophie et religion au Moyen Âge :

Ontologie : la contingence de l’existence (Avicenne) et l’objet propre de la métaphysique (Scot, Thomas)

Étant envisagé du seul point de vue de son existence (et non de son essence). Sens univoque de l’être (l’étant envisagé du seul point de vue de son essence). Dégager ce qu’il y a d’essentiel. Sens équivoque, au sens de la prédication. L’être est, à ce titre, indéfinissable.

L’étant est indéfinissable, car toute définition le présuppose, bien que nécessaire (le non-être n’est pas).

La contribution fondamentale d’Avicenne consiste à distinguer :

Distinction entre la contingence du monde et l’existence nécessaire de Dieu. L’être possible (contingent) a besoin d’une cause qui la fasse exister en acte, et cette cause ne peut être que l’être nécessaire.

La thèse ontologique centrale du système d’Avicenne : l’être est quelque chose qui advient à l’étant.

L’existence n’est pas une entité séparée de l’étant ; elle fait partie de l’étant.

Deux conceptions de l’existence ; conciliation de la contingence et la nécessité de Dieu.

Le monde demeure toutefois éternel selon Avicenne, car penser l’engendrement (temporel) du temps est une entreprise contradictoire, comme le savaient Aristote et Plotin.

La contingence de l’existence chez Avicenne n’est qu’un point de départ, car le seul être nécessaire (Dieu) rend aussitôt nécessaire tout ce qui n’est pas Lui et qui, sans Lui, serait contingent. Au point de départ, on doit pouvoir distinguer la contingence et la nécessité pour penser la création. Penser la dépendance ontologique de toutes choses par rapport à Dieu. À partir d’un principe premier nécessaire (théologie), on en vient à comprendre la ==nécessité de toute chose== (onto-théologie).

Le point de départ suppose la dépendance du monde contingent envers Dieu.

L’ambiguïté de la métaphysique aristotélicienne est préservée, mais la métaphysique s’accomplit d’abord par la théologie, c’est-à-dire par la référence à un être suréminent (universel parce que premier).

Duns Scot se penche sur le sens univoque de l’être, l’être transcendantal ou nature commune, c’est-à-dire comme un genre parfaitement indéterminé, plus universel que toutes les catégories. Équivaut pour tout ; Dieu et le monde. Sens univoque de l’être ; Dieu ne sera qu’un cas particulier de l’être entendu dans ce sens. Partir du concept univoque qui enveloppe à la fois Dieu et le monde. S’inscrit d’abord dans l’ontologie. Conséquence : toute chose (y compris Dieu) est accessible à la simple raison. Tout est donné à la simple raison.

Thomas d’Aquin conteste la perspective de Duns Scot sur la métaphysique. Dieu est radicalement autre ; il n’y a rien d’analogue entre Dieu et les choses créées.

Dieu ne peut être étudié qu’indirectement. La simple raison ne peut décrire Dieu que par des analogies avec les choses créées, c’est-à-dire improprement. On excédera les limites de la simple raison.

La théologie commence par l’étude de Dieu pour ensuite penser la réalité dans la mesure où elle imite ou représente la réalité divine ; elle repose quant à ses principes sur la croyance en la Révélation.

Thomas d’Aquin nie l’univocité ; le monde nécessite deux sortes de Discours, car deux voies incommensurables.

Ontothéologie ; les chemins rationnels vers Dieu (Thomas) et la preuve ontologique (Anselme)

Les cinq chemins rationnels vers la reconnaissance de l’existence de Dieu dans la Summa de theologia de Thomas :

Dieu est quelque chose de tel que rien ne se peut être pensé de plus grand

—Anselme

Anselme de Canterbury s’adresse à l’insensé qui nie l’existence de Dieu. La négation de Dieu présuppose l’existence de Dieu. L’existence inconditionnée du Tout est elle-même anhypothétique.

Hénologie : la théologie négative (Eckhart, Cues) et la souveraineté radicale de Dieu (Damien, Occam, Buridan)

Dieu doit pouvoir être pensé comme absolu (exigence hénologique).

Dieu est Amour ; omniscient et bienveillant (exigence sotériologique).

Dieu n’est-il pas trop humain pour être Dieu ? Comment répondre aux deux exigences ? Amour et absolu ?