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Métaphysique et théologie du Moyen Âge (suite)

Philosophie et religion : transcendance, raison et foi

Éléments de la simple raison transposés dans la foi chrétienne. Orgueil philosophique au nom de l’humilité de la foi.

L’amour de Dieu est supérieur. On accepte la promesse de la résurrection (doctrine du salut) en échange de l’amour de Dieu, de l’adhésion à la foi.

Philosophie de l’amour qui implique une subordination de la raison à la foi, une foi en quête d’allégeance. La philosophie s’efforce de concilier raison et révélation, de les faire marcher ensemble.

Il y a conflit au Moyen Âge entre foi et raison, mais certains auteurs ont tenté de réconcilier les deux.

Rapports possibles de la philosophie et de la religion :

Hénologie : la théologie négative (Eckhart, Cues) et la souveraineté radicale de Dieu (Damien, Occam, Buridan)

Docte ignorance : reconnaître ses propres limites, penser son incapacité de comprendre, hénologie chrétienne, possiblement expérimentale dans la grâce, dans la mystique, pensable mais incompréhensible. Saisie expérimentale, mais qui interdit la compréhension.

Deux exigences contradictoires tiraillent ainsi la philosophie chrétienne :

Le nominalisme de Guillaume d’Occam et de Jean Buridan consistera à soutenir que l’ordre intelli d’intelligence des choses (les essences ou idées, eidos) ne sont que des réalités nominales abstraites de l’expérience et créées par l’esprit humain.

Dieu, si était une toute-puissance, ne saurait se voir imposer aucune contrainte.

Revanche de Parménide en contexte chrétien : l’absolu doit interdire le travail de l’intelligence discursive, c’est-à-dire la possibilité d’une «science» authentique du devenir, rivée sur les «formes intelligibles».

Le nominalisme médiéval prépare la révolution scientifique moderne, qui présuppose sa critique de l’ontologie des formes intelligibles. Absolutisme, nominalisme, empirisme, puis humanisme.

Le nominalisme nie l’existence des essences dans les choses. Rejette la dialectique elle-même, la recherche a priori. Met à plat la dialectique car en nie l’objet. La vérité de la connaissance humaine devra désormais s’atttester dans la maîtrise prédictive de l’être humain : paradigme technique.

Le monde n’est plus soumis à des nécessités intrinsèques; devient de part en part contingent. On peut le plier à notre volonté. Le nominalisme sera Le nominalsime moderne prolonge la critique de la philosophie des Idées, mais au nom de la souveraineté (ou de l’autonomie) radicale de la raison humaine, suivant l’esprit général de la Renaissance.

Descartes : la reconfiguration de la métaphysique selon le cogito

La révolution cartésienne : «Que peut-on vraiment savoir ?»

Ambition philosophique de vouloir tout rependre de la base, réflexe que la philosophie contemporaine nous a désappris vu l’énormité de l’entreprise, et son aspect légèrement orgueilleux.

Descartes ajoute une dimension épistémologique à la métaphysique en posant la question «Que peut-on vraiment savoir ?»

Analyse en quatre temps. Que peut-on vraiment savoir ?… :

Dans la perspective de la grande tradition sceptique

Le doute devient la préparation indispensable à toute philosophie véritable. Suspension du jugement d’abord ; l’entreprise du doute conduisait invariablement à une suspension du jugement. Avant, c’était pour conduire à la vie bonne, au salut. Pour Descartes, c’est pour établir quelque chose de stable et de constant dans les sciences, condition au savoir véritable.

Le sceptique procède par démolition interne, ne partirait pas d’évidences préalables, mais de celles de son interlocuteur pour montrer qu’il a tort, amène à la suspension du jugement.

Descartes est conscient de s’inscrire dans la tradition des sceptiques («ce n’est pas sans quelque dégoût que je remâchais une viande si commune»), mais veut en tirer autre chose que ce à quoi aboutissent les sceptiques (à savoir la réfutation continuelle), à savoir une connaissance indubitable.

On ne peut sortir du cercle de la connaissance, car on ne peut démontrer rationnellement la validité de la raison, pas plus que l’on ne peut démotnrer empiriquement la validité de l’expérience.

—Montaigne

Douter de tout pour se libérer du doute, se sortir du cercle de la connaissance. En doutant, c’est que l’on désire être certain (Karl Jaspers).

Dans la perspective de la métaphysique grecque classique

Passage de la dialectique au doute méthodique radical ou «hyperbolique».

Selon Descartes, totue connaissance véritable doit se déployer à partir d’intuitions aptes à résister à un doute général et universel, puis comme l’expansion progressive de ces intuitions premières par le moyen de la déduction.

Attention : l’intuition était déjà le point de départ de la métaphysique chez Platon et Aristote, le commencement de la science.

Les principes demeurent indémontrables et doivent être saisis dans une intuition évidente et immédiate, car on ne pourrait les connaître, faute d’en avoir la démonstration.

Le doute cartésien fait fond sur la souveraineté radicale de Dieu (absolutisme théologqieu), c’est-à-dire sur l’idée d’un Dieu créateur des vérités éternelles (i.e. toujours vraies, qui ne dépendent pas du temps), qui ==aurait la toute-puissance de rendre vraie même une contradiction.==

La théologie cartésienne s’étaye sur la thèse de l’incommensurabilité du fini et de l’infini (finitude de l ‘esprit, alors que Dieu est infini). Distance infinie entre Dieu et notre esprit (fini/infini).

Dans la perspective de l’absolutisme théologique du Moyen Âge tardif

Descartes veut concilier la souveraineté radicale de Dieu, conçu comme «infini substantiel» et la possibilité d’une philosophie véritable, par l’exercice du doute hyperbolique.

L’infini caractérise Dieu, si bien qu’il devient «le vrai nom de Dieu» en tant qu’absolu.

L’infinité divine est étroitement associée à l’incompréhensibilité de Dieu. On a l’idée, l’intuition, mais on ne peut, par sa nature, le comprendre.

L’idée de l’«infini positif».

Dans la perspective de la subordination de la raison à la foi dans la philosophie médiévale

Radicalisation de la simple raison : par-delà l’entreprise de démythologisation de la philosophie grecque, il s’agira désormais de douter a priori de tout ce que nous recevons du dehors, par l’éducation , la tradition ou la révélation, sur l’arrière-plan de la théorie des deux sources de vérité.

On viendra à mettre de côté l’une des deux sources, à savoir la révélation.

Éthique de la responsabilité de soi : par l’acte d’auto-fondation, l’être humain aspire à se donner une autonomie nouvelle et radicale (pouvoir se fier à son propre jugement, définir ses propres normes et objectifs).

Méditations de Descartes

Méditations de philosophie première dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontéres.

Six méditations. Dans le cours, on insiste principalement sur les trois premières méditations :

Méditation première : Des choses que l’on peut révoquer en doute

Le doute hyperbolique : il faut et il suffit de faire comme si ce qui est parfois douteux l’était toujours.

Le principe de la table rase : nous nous sommes tous déjà trompés alors que nous tenions une opinion pour véritable, de sorte qu’il nous faut entreprendre au moins une fois dans notre vie de mettre à l’épreuve toutes nos opinions.

Mise en oeuvre progressive du doute, par étapes.

Première étape : argument de la perception sensible. Nos sens sont trompeurs, «et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés» ; il nous faut donc récuser en doute toutes les choses que l’on perçoit par l’entremise de nos sens.

Deuxième étape : contre-argument du sens commun. Nier «que ces mains et que ce corps-ci soient à moi», ne serait-ce pas me prêter aux délires extravagants des fous ?

Troisième étape : argument du rêve. Malgré les évidences du sens commun, il n’existe pas «de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil», si bien que ce que nous tenons pour la réalité pourrait n’être qu’un songe. Descartes s’appuie sur l’absence d’une marque entre le rêve et la réalité (l’état de veille) ; ce que nous tenons pour la réalité pourrait n’être qu’un rêve.

Quatrième étape : contre-argument touchant les vérités arithmétiques, géométriques et «des autres sciences de cette nature». Certaines vérités sont et seront toujours vraies : deux et trois forment toujours cinq, un carré n’aura jamais plus de quatre côtés.

Cinquième étape : argument de l’imperfection (ou de la faillibilité) de l’esprit humain.

Sixième étape : argument hyporbolique du «malin génie» ou d’une tromperie divine. Nous pouvons toujours suppose, en nous obligeant au doute le plus radical possible, l’existence d’un mauvais génie, «non moins rusé et trompeur que puissant», qui emploierait toute son industrie à nous tromper. Après avoir réfuté ses sens, les vérités géométriques et arithmétiques, le principe de contradiction même, Descartes arrive à la certitude de la proposition «Je suis, j’existe» (ego sum, ego existo), «nécessairement vraien, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit

Méditation seconde : De la nature de l’esprit humain ; et qu’il est plus aisé à connaître que le corps

Le point d’Archimède : pour qu,un malin génie puisse me tromper, il faut encore et d’abord que je sois ! Ego sum, ego existo.

Une certitude performative : il ne s’agit pas d’un raisonnement logique, mais de l’expérience immédiate et première que le «moi/je» (ego) fait de lui-même ; seule la conscience est absolument donnée à elle-même.

«Je suis une chose qui pense» : la pensée est la seule chose qui soit reliée à l’être. «Je suis une chose pensante», c’est-à-dire une chose qui doute.

La chose pensante de Descartes correspond en définitive à tout le champ de mon expérience propre, éprouvée à la «première personne», c’est-à-dire le plan entier des apparences.

==L’apparence en tant qu’apparence est indubitable.==

Champ d’expérience indubitable. Toute l’expérience propre du je pensant, du sujet pensant. L’apparence en tant que telle.

La nature interlocutoire de l’ego : suppose quelqu’un le trompant. L’ego n’est jamais seul. Champ d’expérience propre qui suppose un interlocuteur, qui suppose un autre. Présppose l’interlocution d’un autre.

L’existence du malin génie demeure hypothétque, tandis que l’existence de l’ego est strictement indubitable.

Parménide : ne retrouvons-nous pas la thèse de l’être lui-même ?

L’identité de la pensée et de l’être est chez Descartes plus active que passive. Chez Descartes, on décide de douter de toute évidence. Recherche de certitude. Performance de l’ego qui se saisit lui-même.

L’être dont l’inexistence est impensable n’est plus l’Un, mais un être particulier (la res cogitans).

Les tenants de l’idéalisme absolu s’opposent à cette restriction : on ne peut pas penser quelque chose d’extérieur à la conscience ; si on la pense, c’est qu’elle est offerte à la pensée. Idée contradictoire impensable/impossible.

Renversement métaphysique saisissant : c’est le champ même des apparences qui se trouve promu au rang de réalité première (ou de principe premier) car indubitable. C’est le champ même des apparences, traditionnellement associé à l’opinion. L’apparence devient l’objet propre de la pensée rigoureuse. Renversement très profond par rapport à Parménide. Au bout du compte, l’existence du monde extérieur s’ajoute, se surajoute. La pensée ne porte pas sur l’être, mais doit commencer par saisir les apparences comme le seul absolu qui nous soit donné.

Dualisme ontologique de l’esprit et du corps : le doute hyperbolique permet la découverte de l’intériorité indubitable de la res cogitans, qui s’oppose à l’extériorité problématique des choses corporelles («qui me sont extérieures, etqui se rencontrent hors de moi»).

Tout ce qui n’est pas la chose pensante relève en bloc de la «substnace étendue» : c’est le monde extérieur, le monde sans moi.

Descartes rejoint la révolution scientifique moderne : révolution mécaniste, la réfutation de l’hypothèse du Phédon ou des causes formelles et finales d’Aristote. Pour ne retenir que les causes efficientes et matérielles (propriétés «mathématisables»).

Le nominalisme moderne s’insère dans les sciences de la nature, point d’intersection de [] et de la métaphysique ==???==.