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De la métaphysique depuis Descartes : rationalisme et empirisme classiques

La reconfiguration épistémologique de la métaphysique à l’âge classique : entre rationalisme et empirisme

Fondationnalisme cartésien : procédure consistant à avancer sur la base de fondements certains, sur lesquels on ne revient plus.

La vérité s’indique d’elle-même.

Problème de communication des substances (âme et corps dans Dieu). Contradiction. Recours à un expédient dogmatique (Dieu).

Empirisme de Locke : le savoir a priori néessairement vrai en fonction des concepts, mais ne nous apprend rien, car n’a pas d’emprise sur l’expérience empirique (une fleur, qu’on l’appelle tulipe ou magnolia, ne nous apprend rien sur la fleur en tant que telle). Tautologie.

Idées innées (idées qui naissent avec moi, comme l’infini), idées adventices (qui proviennent de l’extérieur, perçues par les sens) et idées factices (construites soi-même, comme l’idée du centaure).

L’idée sensible est une image affaiblie, une reproduction de la sensation elle-même.

Toutes les sensations proviennent de l’extérieur. Les seules choses qui soient évidentes sont les choses sensibles.

L’empirisme classique rompte avec l’évidence de l’eidos : ce qui devient problématiue est non pas tant la réalité extérieure ou indépendante, mais cette réalité en tant qu’elle consitute un ordre intelligible, c’est-à-dire un monde.

La relation causale corps-esprit et son environnement se joue par l’entremise de cette frontière d’impressions passives dans la quasi-totalité des conceptions naturalistes de la connaissance, de l’empirisme classique aux théories cognitivistes contemporaines.

Constructions d’idées à partir d’une concaténation de jugements, d’impressions, de liaisons d’idées.

L’esprit dépasse ce qui est donné par la simple expérience sensible. Conjonction des sens, de laquelle l’esprit établit une connexion ; connaissance qui ne provient pas de l’information donnée par les sens.

Selon Hume, on peut faire toutes sortes de théories causales, mais c’est par habitude que l’on déduit certaines lois causales, mais dont la connexion causale ne nous est jamais donnée par l’expérience. Rien ne nous dit qu’il y a de la causalité dans la réalité ; elle ne nous montre qu’une conjonction contingente.

Le problème de bâtir la connaissance sur l’expérience sensible est tout à fait assumé chez Hume, qui admet la nécessité et la portée objective de toute connaissance. Hume admet néanmoins deux régimes de vérité :

L’a priori, la philosophie et la métaphysique se retrouveraient pulvérisés (!?)

Kant : la critique de la raison métaphysique

Le tournant kantien

Positivisme à la fin du XVIII^e^ siècle : destitution de la métaphysique au profit des seules sciences empiriques (empirisme radical).

Kant : champ de bataille de la métaphysique qui a sombré dans «une complète anarchie». Kant constate l’échec et veut renouveler la métaphysique.

Le point de départ de Kant est la «disposition naturelle» de la raison à faire de la métaphysique, c’est-à-dire ==à réfléchir sur les premières causes.== Métaphysique naturelle : ==naturellement inhérente à la nature humaine.== On ne peut être indifférent face à de telles recherches.

Propension à vouloir embrasser (comprendre) toute chose à partir de principes premiers. Cette propension est-elle justifiable, légitime ? A-t-on le droit de vouloir ainsi tendre vers l’absolu ?

Que peut-on vraiment savoir ? (Descartes s’est déjà posé la question) Critique de la raison pure se propose une enquête sur la possibilité de la connaissance a priori, la «critique transcendantale» (ce qui n’est pas le déploiement d’une pleine philosophie transcendantale).

Tâche («tribunal») à deux versants :

Prétentions légitimes vs illégitimes.

La critique transcendantale : comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ?

Kant part de la distinction humienne entre les relations d’idées («relations of ideas») et les choses de fait («matters of fact») :

Cette seule distinction ne permet pas d’accroître le savoir ; elle s’opère seulement a priori.

Kant conteste l’équation commune au rationalisme et à l’empirisme, qui associe la connaissance synthétique exclusivement aux vérités empiriques (qui s’appuient sur le témoignage des sens) et la connaissance a priori exclusivement à l’ordre des vérités analytiques.

Les jugements mathématiques sont tous synthétiques et a priori. Exemple très fort dans les mathématiques : 4 et 5 font 9, mais 9 ne comprend pas analytiquement 4 et 5. Étend notre savoir sur le réel. Même chose pour la géométrie.

==Synthétique : étendre le savoir.==

La science de la nature contient certainement en elle des jugements synthétiques a priori, à titre de principes. On ne peut pas tirer, à partir de la réalité, la cause, puisque la cause n’est pas contenue dans le concept : synthétique a priori.

La métaphysique naturelle prétend produire des connaissances synthétiques a priori. Les énoncés veulent étendre la connaissance et être a priori, mais non dépendre de l’expérience.

La mathématique et la science naturelle produsent du savoir synthétique a priori, cela est avéré ; cependant, ce n’est qu’une prétention de la métaphysique.

Kant estime évident que des jugements synthétiques a priori sont possibles dans les mathématiques et la physique pure, il n’en soulève pas moins avec Hume et contre les rationalistes le problème de la validité objective de ces connaissances par raison pure, que ne saurait valider aucune observation empirique, mais qui étendent néanmoins notre connaissance.

Kant rejettera explicitement l’idée d’une intercession divine (Dieu vérace), qui expliquerait l’accord de nos idées a priori avec la réalité, comme un expédient dogmatique.

La métaphysique est problématique quant à sa possibilité, ce qui n’est pas le cas de la physique pure et des mathématiques (qui existent d’elles-mêmes, et dont le problème consiste à expliquer comment elles existent).

Pour Kant, la vérité comme adéquation de la connaissance avec un contenu transmis par les sens (conformité de nos représentations à l’expérience) est satisfaisante lorsqu’il s’agit de la connaissance empirique. L’objet est lui-même la cause de nos représentations ; ne pose donc pas problème. Les jugements synthétiques a posteriori s’appuient directement sur l’expérience («liaison synthétique des intuitions»). Cette conception de la connaissance perd son sens quand il s’agit de la connaissance a priori, ==puisque l’expérience ne peut plus être la pierre de touche==, et c’est exactement pourquoi se pose la question de savoir comment les jugements synthétiques a priori sont possibles.

Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ?

Selon Kant, le salut de la métaphysique repose sur la résolution de ce problème ; une preuve satisfaisante de l’inexistence de la possibilité qu’il demande de saisir entraînerait la ruine de la métaphysique.

C’est sur cette base que repose la possibilité même d’une métaphysique.

La révolution copernicienne : de l’aporie du cercle au cercle de l’expérience

Importance de la révolution copernicienne ; inversion des pôles. Incidence de la révolution copernicienne en métaphysique.

Pari de l’idéalisme transcendantal : la possibilité du savoir a priori s’explique dans la mesure où le sujet lui-même investit ses formes/idées/catégoies a priori dans les choses elles-mêmes ; les formes a priori sont prescrites aux choses par la pensée elle-même, de sorte que la connaissance pure n’a plus à franchir la barrière logique qui la séparait de la réalité objective (aporie du cercle).

Déplacement du point de départ, en partant de l’expérience (plutôt que d’intuitions comme le faisait le fondationnalisme cartésien) en tant que connaissance sensible. Expérience en tant qu’elle est déjà synthèse des sensations elles-mêmes, ce qui explique un ordre structuré des choses. ==Impressions sensibles et atomiques ordonnées par la subjectivité.== Continuelle synthèse de perceptions.

Kant oppose au réalisme empirique le réalisme transcendantal : l’espace et le temps sont donnés en soi. On doit partir des objets en tant qu’ils sont ==déjà ordonnés par la subjectivité==. L’espace et le temps qu’introduit la subjectivité elle-même dans le sensible. L’espace et le temps transforment le sujet.

==L’expérience subjective constitue un problème absolu.== La connaissance doit se régler sur la matière. Il faut se défaire de l’idée que l’espace et le temps sont d’une objectivité indépendante de notre subjectivité (réalisme transcendantal), sinon on n’arrivera jamais à résoudre le problème de l’idéalisme transcendantal.

==Les choses nous apparaissent telles que mises en forme par notre subjectivité.==

L’esthétique transcendantale montre plutôt que le temps et l’espace sont des déterminations de notre sensibilité (intuitions pures), de sorte que notre connaissance n’a affaire qu’à des phénomènes (ce qui apparaît) et ==jamais aux choses considérées en elles-mêmes.==

Le phénoménalisme kantien : restreindre radicalement notre connaissance au monde phénoménal, tout en posant l’existence d’une réalité nouménale inaccessible et inconnaissable au-delà des phénomènes.

Kant propose de partir de l’idéalisme empirique pour réfléchir/expliciter les conditions de possibilité pour mettre au jour ses règles transcendantales (a priori) hors desquelles notre expérience effective des objets serait impossible. Le sujet réfléchit sur les objets dont il fait l’expérience, et rend leur expérience intelligible [142:50].

Passage d’un cercle vicieux (induction) à un cercle vertueux, où le sujet peut expliciter sa propre mise en ordre de l’expérience.

L’idéalisme transcendantal oppose la matière brute de la sensation, immédiate et amorphe, et la mise en forme subjective ou la configuration active de ces sensations par la médiation des formes a priori de la sensibilité.

L’espace et le temps (la co-extension des objets et leur succession temporelle).

L’expérience suppose une mise en ordre subjective. ==Les formes sont universelles et a priori==, on a à travers elles accès à un même monde.

Kant veut faire des formes indépendantes de l’expérience, inconditionnées par elles. La subjectivité pure n’est pas un inconditionné. La subjectivité suppose un contact avec le sensible.