Séance 3 : L’idée de l’infini et la démonstration de l’existence de Dieu ; les causes de l’erreur

Deuxième cours sur Descartes : Troisième et Quatrième Méditations.

Troisième méditation

Descartes préfère le mot «idée» à la locution scolastique «contenu intelligible».

L’existence du moi a remis en question (en doute) toutes les autres existences.

Comment distinguer proposition vraie et proposition douteuse ? Clarté et distinction jouent déjà un rôle important.

La clarté est un condition nécessaire à un jugement indubitable. Une connaissance doit être non seulement claire, mais aussi distincte.

Pour Descartes :

Le cogito est à l’abri du doute grâce au moi, qui n’est pas remis en question par le dieu trompeur. L’existence du moi qui pense.

Les idées peuvent être :

Pour Descartes, on ne peut plus parcourir le chemin des idées adventices. Envisager les idées selon leur nature plutôt que selon leur origine.

Descartes définit des catégories assez strictes :

Pensées

En tant qu’actes de la pensée, les idées sont toutes égales : réalité formelle de l’idée. Acte entendu au sens de mode de la pensée. Comment distinguer les idées les unes des autres ? On peut le faire en fonction de leur contenu représentatif, c’est-à-dire de leur réalité objective (la réalité objective de l’idée). C’est le contenu représentatif (réalité objective) qui distingue une idée d’une autre.

Division formel/objectif :

Dans les Méditations, on retrouve des preuves de l’existence de Dieu. Certains sont a priori, alors que d’autres sont a posteriori.

Une substance finie a plus d’existence qu’une substance infinie. Le degré d’existence d’une idée varie donc en fonction de la complétude de l’être qui est représenté.

Principe de lumière : la cause doit être aussi réelle que l’effet. Un être peut être produit par une cause qui a la même réalité que lui (cause formelle) ou par une casue qui a plus de réalité que lui (cause éminente).

En vertu du principe des causalités, il faut qu’il y ait au moins autant de réalité dans la cause que dans l’effet. La réalité objective dépend d’une cause au moins équivalente (égale) à la réalité elle-même. Il faut chercher la réalité de l’idée dans l’effet.

Toutes les idées représentent quelque chose ; ce qui est représenté dans l’idée n’est pas forcément vrai. Il est possible que ce qui existe dans la pensée n’existe pas dans la réalité.

L’esprit se représente comme s’il était quelque chose.

Les idées, pour Descartes, ne sont ni vraies ni fausses (comme pour les volitions (???)). La vérité et la fausseté concerne uniquement les [ ] et les jugements.

Certaines idées ne peuvent exister simplement par la pensée : réalité objective en-dehors du moi.

Première preuve a posteriori

Dans la cause, il doit y avoir au moins autant de réalité que dans l’effet.

Une chose doit être produite par une autre qui possède au moins autant de ce qui entre dans la composition de ladite chose produite ; «les mêmes choses ou d’autres plus excellentes».

Dans la cause de la réalité objective de l’idée, il doit y avoir au moins autant de réalité formelle qu’il y a de réalité objective dans l’idée.

Le moi a l’idée de l’infini.

Le moi, en tant que substance finie, n’a pas suffisamment de réalité formelle pour acuser la réalité objective de l’idée de l’infini.

Donc il existe une substance infinie qui a causé la réalité objective de l’idée de l’infini.

L’idée d’infini pourrait être définie comme la négation du fini ; notion purement négative. Correspond à la notion d’Aristote. Pour Descartes, la notion du fini dérive de l’infini («in-fini»). Il en va de même pour l’imparfait («im-parfait», par opposition au parfait). Idée primitive déjà impliquée dans l’idée du moi fini.

La thèse cartésienne n’est pas banale, car repose sur []. Objection.

Pour Descartes, on peut avoir une idée claire et distincte de Dieu, tout comme pour l’infini (mais on ne ne le comprend pas dans sa globalité).

On ne comprend pas Dieu, mais on l’entend. Parce que l’on ne comprend pas de façon adéquate l’infini, on ne l’entend pas (au sens d’entendement) ; on ne le comprend pas.

Seconde preuve a posteriori

Reformulation de la première preuve, plus familière pour les lecteurs habitués au schéma scolastique.

Recherche de la cause d’un être, être auquel on peut accorder la cause de l’existence.

On ne cherche plus la cause de l’infini (comme dans la preuve précédente) mais la cause du fini dans l’infini. Quelle est la prémisse de cette preuve ? pour être premier, il faut y avoir une cause. On pourrait dire que l’on est la cause de sa propre existence, hypothèse vite écartée par Descartes. Celui qui se donne l’existence doit d’abord avoir toutes les perfections ; donc, on ne peut être la cause de sa propre existence. La cause a le pouvoir de créer tous les attributs et les modes.

Hypothèse selon laqelle un être peut causer sa propre existence, impossible dans la scolastique (causalité contradictoire).

On pourrait ne pas avoir eu de cause, i.e. exister éternellement.

Le temps est discontinu : ce qui arrive à un instant n’a aucun impact sur ce qui arrive à l’instant suivant.

Il faut une cause qui soit différente de soi-même.

Autre hypothèse : même s’il doit y avoir une cause différente de soi-même, cela pourrait être quelque chose de moins parfait par rapport à Dieu (il n’est pas nécessaire que cette cause soit Dieu). Substance pensante qui a toutes les qualités divines.

La cause peut être dépendante de soi ou dépendante d’autre chose. Si elle n’est pas soi, il faut que ce soit toutes les perfections. Être par soi : être causé par le soi.

Raison pour laquelle Dieu existe ???.

  1. L’existence présente n’implique pas l’existence future.
  2. Pour conserver un être dans l’existence il faut une cause qui le crée à chaque instant.
  3. La cause d’un être doit avoir formellement ou éminemment toute la réalité qu’à cet être.
  4. Il existe un être - le moi, substance pensante finie - qui a l’idée de Dieu.
  5. La cause du moi ayant l’idée de Dieu doit être une substance pensante ayant l’idée de Dieu.
  6. La cause du moi est soit par soi, soit par autre chose.
  7. Si la cause du moi est par autre chose, elle sera causée par une autre substance pensante qui a l’idée de Dieu.
  8. Dans le temps présent, la régression à l’infini est impossible.
  9. Il existe une cause première du moi qui est par soi.
  10. Celui qui a suffisamment de force pour se donner l’existence, a aussi suffisamment de force pour se donner toutes les perfections dont il a l’idée.
  11. La cause première a suffisamment de force pour se donner toutes les perfections.
  12. La cause première a l’idée de toues les perfections.
  13. La cause première se donnera nécessairement toutes les perfections dont elle a l’idée.
  14. Donc la cause première est un être souverainemet parfait, c’est-à-dire Dieu.

Thomas d’Aquin vs. Descartes

Descartes croit que toute l’existence traditionnelle n’arrive pas à prouver que la cause de cet effet est un être infini. Passage de l’être à l’infini, du parfait à l’infiniment parfait. L’approche de Descartes consiste à se libérer de cette difficulté.

L’existence de Dieu

L’idée distincte de Dieu permet de montrer que Dieu existe. On peut aussi conclure que Dieu n’est pas trompeur. Comment pouvons-nous savoir que Dieu n’est pas trompeur ? Parce qu’il n’a pas de défauts (la tromperie est un défaut, que l’homme reçoit par la «lumière naturelle»). L’adversité divine est une conséquence de la puissance infinie de Dieu. Si Dieu nous trompait, Dieu ferait preuve de faiblesse.

L’idée de Dieu est innée. Certains idées sont innées. Descartes détermine l’origine de l’idée de Dieu (idée innée) en raisonnant par exclusion. N’est pas par idée adventice, puisque ne se présente pas spontanément à l’esprit ; n’est pas une idée factice, car ne peut être modifiée. N’a pas été reçue par les sens.

elle [l’idée de Dieu] est née et produite avec moi dès lors que j’ai été créé.

(extrait p. 131, 2e alinéa)

Quatrième méditation

Il reste une objection possible : si Dieu n’est pas trompeur, comment est-il possible que l’homme ne se trompe pas ?

Il faut démontrer la compatibilité de la véracité divine avec l’expérience de l’erreur.

Si Dieu est vérace, pourquoi l’erreur ?

Deux types de mal :

D’un point de vue divin, tout mal est un mal de négation. C’est d’un point de vue humain qu’un mal peut paraître comme un mal de privation. Usage mauvais de son libre-arbitre de dire «coupable». Dieu n’est jamais responsable du mal, alors que l’homme ne jouit pas de cette justification, car il aurait toujours pu faire meilleur usage de sa liberté, de son libre-arbitre.

Mal compatible avec la beauté du monde ; contribue à la beauté du monde. (Analogie aux ombres dans un tableau qui participent à le rendent plus beau.) Dieu permet l’erreur de la part de l’homme car contribue à la perfection de son ouvrage. Erreur dans le jugement. Les idées et les volitions ne sont ni vraies, ni fausses. C’est seulement le jugement qui est la cause de l’erreur.

Il faut justifier que Dieu soit compatible avec l’erreur humaine.

Facultés du jugement :

Univosité. Le rapprochement entre l’homme et Dieu peut être problématique. La nature de la volonté n’est pas la même chez Dieu et chez l’homme ; Descartes en fait la nuance.

Rapport d’analogie plutôt que d’univosité en regard de la volonté humaine/divine.

Entendement et volonté ne sont pas fautifs. Il n’y a pas de responsabilité de la part de Dieu. Comment se produit l’erreur ? Disproportion entre les deux facultés ; ont une proportion différente. Différence rend raison de l’erreur même.

Aucune possibilité de corriger l’erreur. Le jugement est volontaire, toujours libre. Quelle est la liberté face aux vérités claires et distinctes ? Ne sont pas déterminées. Liberté d’indifférence : on peut soit nier soit adhérer. Précepte : retenir la volonté dans les limites de L’entendement et de ne juger qu’en cas de clarté et distinction des idées.

Il est important que les jugements soient toujours volontaires. Important pour l’erreur, mais aussi pour les choix de prêter son attention à la vérité. Composante de mérite dans le savoir.

Précepte des lumières naturelles : il faut se mettre dans la condition de ne pas avoir à opter indifféremment.

Il n’y a qu’une partie des actions volontaires qui sont libres, où il y demeure une plage de choix indéterminés.

Bien souverain. Glissement des significations.

Assentiment ne se produit pas nécessairement. Pouvoir de choix se distingue de la liberté d’indifférence : liée à une condition d’incertitude.

Il est impossible de savoir si l’erreur fait partie du projet de Dieu car ses desseins sont inconnaissables.

D’après Descartes, il n’y a pas besoin de recourir aux causes finales pour comprendre. Déterminisme mécaniste qui met de côté les causes finales et régit les causes de l’univers.

Descartes se borne à remarquer que nous ne pouvons pas reconnaître les fins/desseins de Dieu. (Spinoza a une position plus nette : Dieu ne peut avoir de fins et de desseins.) Descartes juge innopportun de chercher les fins de Dieu. Il accepte de se mesurer avec la question qui porte sur la compatibilité de l’erreur avec les choix divins, orientés vers le mieux.

Préfère se soumettre à la logique de la théodicée traditionnelle, théodicée hypothétique : si les fins de Dieu : si les desseins de Dieu étaient connaissables, on pourrait tout à fait démontrer que Dieu est innocent. La réponse de Descartes : le mal contribue à la beauté de l’ouvrage.