Séance 8 : Malebranche (2)

Plan de la séance :

Occasionnalisme chez malebranche : réflexion générale sur la causalité.

Il n’y a pas de causalité directe entre l’âme et le corps.

À l’occasion d’un événement corporel (comme une piqûre), Dieu provoque un événement corporel, c’est-à-dire un mouvement. C’est Dieu qui joue le rôle d’opérateur causal.

Malebranche insiste sur le fait que notre volonté (celle de lever le bras par exemple) n’est pas efficace en elle-même. Malebranche invoque un principe assez remarquable (utilisé par d’autres auteurs mécanistes) :

On ne peut faire ce qu’on ignore comment faire.

Nous ne savons rien des mécanismes qui provoquent des mouvements ; par conséquent, ceux-ci ne peuvent venir du corps.

Dieu est la seule cause véritable, et la seule cause motrice de ce qu’on observe.

Explique corrélation, mais n’explique pas que les corps aient une force. L’idée que nous avons des corps nous permet de considérer la force comme une qualité intrinsèque des corps. Le mouvement ne peut être déduit de l’idée de l’étendue, ne découle donc pas de l’idée de l’essence des corps.

Il y a relation nécessaire entre la volonté de Dieu de faire mouvoir un corps et la mouvance de ce corps. La force mouvante est cause de la volonté de Dieu. Ne se trouve pas dans les rapports des corps, ni dans le rapport entre la volonté humaine et le mouvement des corps.

Une cause véritable, c’est une cause où il y a liaison nécessaire avec son effet.

Malebranche propose de différencier les plans du discours. Dans une conversation courante, on peut se servir du langage ordinaire pour dire que c’est l’abeille qui m’a piqué, et non que Dieu ait exercé sa volonté de me piquer.

Il faut toujours rattacher les effets aux causes naturelles. Il faut distinguer deux types de causalité :

La référence à Dieu dans l’explication raitonaliste est loin de tout éclaircir : l’explication occasionaliste n’efface pas l’élément d’opacité qui caractérise presque toujours l’efficacité causale. La puissance n’est pas vraiment compréhensible. Statut problématique de la création.

Il faut mettre de côté la recherche des causes dans le discours scientifique et se borner à l’étude des lois, c’est-à-dire l’étude constante des lois naturelles, des relations entre les phénomènes. Les lois naturelles ne peuvent être déduites a priori, seulement a posteriori avec l’expérience, à partir de régularités constantes.

La caractéristique générale de la structure légale peut être contenue a priori, mais le contenu des lois doit être connu empiriquement.

Il y a une loi générale dans chaque domaine (corps, homme, connaissance, événements de l’A. T., événements du N. T.), chacun ayant un ensemble de causes occasionnelles.

Malebranche rejoint la vision de Robert Boyle, conception de la nature douée de pouvoirs intrinsèques. L’occasionnalisme donne des coups de grâce. Renverser la conception de la nature venant de la scolastique, également propre aux auteurs de la Renaissance, celle d’une nature douée de pouvoirs intrinsèques : causes efficaces.

Selon l’occasionnalisme, on ne peut repérer aucun élément de causalité véritable. Dieu n’est pas seulement l’être surpuissant ; c’est le seul être puissant, le seul être qui jouit d’une véritable puissance.

Attributs de Dieu impliqués dans son action

Sagesse : entendement divin :arrow_right: capacité de conception du projet

Puissance : volonté divine :arrow_right: capacité d’exécution du projet

Action divine : simplicité des voies.

La puissance de Dieu est précisément ce qui peut maintenir toutes les choses dans l’existence, et est donc la cause de tous les changements qui se produisent dans l’univers.

Nous n’avons pas idée de la puissance de Dieu.

Deux visages de Dieu : visage de la sagesse et visage de la puissance. Le côté de la sagesse correspond à la vision en Dieu.

L’efficacité causale est propre à Dieu seul, et n’a pas d’équivalence chez l’homme.

La spécificité malebranchiste consiste à limiter la puissance divine, à imposer des restrictions à la volonté divine et à son déploiement. La sagesse divine tempère la puissance divine. C’est ainsi que la simplicité des voies peut prendre forme. On peut désormais comprendre pourquoi, pour créer le monde et le maitnenir dans l’ordre, que l’étude de Malebranche considère non seulement le produit final du monde en tant que tel (sa perfection), mais aussi la perfection des voies qui permettent la réalisation des voies finales ; la perfection des manières d’agir pour exécuter ses desseins et obtenir le produit final qui est le monde.

Quelles sont les voies les plus parfaites du point de vue de Malebranche ? Ce seront les voies les plus simples. La simplicité est un signe de sagesse ; c’est aussi un principe qui règle la puissance divine. Ce seront les voies les plus parfaites, les plus générales, les plus simples et les plus uniformes. (Ne s’agit pas d’une nouveauté absolue ; éléments de continuité entre principe de simplicité des voies et celui des scolastiques, qui stipule qu’il faut éviter de multiplier les entités plus que nécessaire.)

Démonstration du principe : la lumière suit le chemin le plus court après contact avec substance transparente (après la réfraction) ; elle emprunte la voie la plus simple, la plus courte, en ligne droite.

(Lecture Traité de la nature humaine, art. 13)

Métaphore de l’ouvrier : plus un agent a de lumière (d’intelligence, de sagesse), plus sa volonté a d’étendue ; plus sa volonté est repectueuse (principe d’économie) et est féconde. Prendre la meilleure voie en utilisant le moins d’effort. Un esprit borné est un esprit qui manque de comparer les moyens, les voies avec les objectifs, les buts. Un ouvrier borné manque de comparer la force de ses actions avec les résultats qu’il doit obtenir.

Importance pour Malebranche de trouver le meilleur équilibre entre les différentes voies et le résultat final.

Métaphore du législateur : un grand nombre de lois dans un État marquent un défaut de pénétration et d’étendue d’esprit de la part de ceux qui établissent ces lois. Celui qui établit ce genre de lois manque de sagesse et de prévoyance.

Dans sa conception de Dieu, Malebranche semble manquer de conception pour Dieu. La politique selon Malebranche nous enseigne l’identification de Dieu avec un roi tout-puissant, relève à ce que Malebranche associe à l’anthropologie. Cependant, ce n’est pas une métaphore anthropomorphique selon Malebarnche. Il ne faut pas projeter le modèle de l’homme sur la nature, mais transposer le modèle de Dieu sur le modèle humain. Le Dieu de Malebranche s’auto-limite rationnellement, sagement.

Dieu est d’abord un législateur.

Dieu doit toujours avoir en vue le général, et non le particulier. Les lois qui s’ensuivent sont générales. Ces caractéristiques des généralités est importante dans l’égalité malebranchiste.

Conceptions métaphoriques de Dieu

Les caractéristiques, les attributs renvoient cepemndant à des qualités humaines, ce que décrie Malebranche; anthropomorphisme.

Explication de l’origine des êtres vivants

Place du particulier dans la conception malebranchiste. D’emblée limitée, puisque c’est la perspective générale qui domine chez Malebranche. Généralité.

Premier exemple de généralité : les êtres vivants. Génération des êtres vivants, comment se forment des êtres vivants (animés) à partir de matière inerte.

Passage sur la métaphysique et sur la religion. Peut-on expliquer la formation des êtres vivants à partir des mécanismes qui régissent le monde physique ordinaire ? Non, répondra (un ami de ?) Malebranche.

A essayé d’appliquer les mécanismes aux sciences de la vie, mais les tentatives ne se sont pas avérées concluantes selon Malebranche. Défaut de spécificité, défaut de précision, et donc un défaut sur le plan explicatif. A attribué à Dieu les lois générales du mécanisme. Germes : embryons emboîtés tous déjà créés depuis le début de la Création.

Épigénèse / Préformisme, Préexistence

Descartes est un tenant de l’épigénèse.

Préformisme : germe déjà présent, presque complètement formé, mais «prodigieusement petit». L’embryon ne fait que s’accroître, s’agrandir. Souvent associée à la préexistence.

L’embryon préexiste aussi à ses parents. Éléments emboîtés les uns dans les autres à l’infini.

La doctrine de la préexistence doit sa diffusion largement à cause de Malebranche.

Malebranche rejette l’hypothèse d’une multiplicité de lois pour expliquer la genèse des êtres vivants, car il faudrait pour cela rédiger une loi générale pour chaque type (chat, chien, etc.), ce qui mènerait à une infinité de lois générales et irait à l’encontre du principe des voies les plus simples.

On n’arrive pas à imaginer que les vivants aient réussi à s’arranger eux-mêmes ; les lois sont trop générales, trop simples.

L’action de Dieu est guidée par les lois naturelles lorsque celui-ci crée les êtres vivants.

Pour Malebranche, il faut abolir les causes finales. Les fins/desseins de Dieu demeurent importants.

On peut dire que Dieu fait des choses qu’il ne fait pas, et des choses qu’il n’a pas voulues. Est pour ainsi dire impuissant.

Théorie de l’action mène à théodicée. Expliquer la présence du mal et du désordre dans le monde. Le mal n’est pas simplement l’absence de bien. Le mal ne contribue pas à la beauté de l’univers ; le mal est vraiment mauvais. Le mal est une conséquence inévitable de la généralité des lois, du principe de la simplicité des lois.

Dieu doit forcément négliger les petites choses. Dieu n’a pas voulu produire l’ouvrage le plus parfait qui se puisse, mais l’ouvrage dont la voie était la plus digne de sa sagesse.

Quelle est la position de Dieu par rapport au mal ? Dieu permet le mal, parce qu’il veut en premier lieu que sa conduite porte le caractère de sa sagesse. Dieu ne fait point le mal en tant que tel, il ne le fait pas exprès de façon directe, et par conséquent n’est pas responsable du mal dans le monde.

Malebranche explique l’origine des monstres par des accidents survenus pendant la croissance. La contagion imaginative est à la base du lien social normal (sympathie par exemple). Aussi la source de mauvaise politique, de liens sociaux pathologiques, à l’opposé de l’attitude que devrait adopter le législateur décrit par Malebranche.

Communication entre la mère et l’enfant pendant la gestation : à cause de la liaison étroite entre la mère et l’enfant, il peut y avoir communication/transmission de la mère à l’enfant, et réciproquement. L’enfant peut recevoir des blessures très graves, de sorte que les traces peuvent être imprimées et laisser des conséquences fâcheuses. Ex. : enfants en forme de fruit que la mère voulait manger pendant la grossesse.

Ce serait «insulter à la sagesse de Dieu» que de corriger son ouvrage. Dieu «ne veut pas positivement et directement tout ce qu’il fait.»