Séance 9 : Leibniz

Leibniz est un auteur systématique post-cartésien.

Le concept de force

Leibniz fait face aux problèmes de la mathématisation de la physique. Principe de vérification de la réalité physique. La matière ne se laisse pas réduire à la seule quantité. Le principe de conservation de la quantité de mouvement est erroné ; c’est la quantité de force motrice qui est conservée.

Leibniz attribue à la force une nature métaphysique. Cette force, qui s’ajoute à l’étendue, est conçue comme inintelligible, c’est-à-dire comme imperfection.

Il est une science qui est la science des forces. Nouvel usage de la métaphysique de la scolastique.

Il y a quelque chose de plus que l’étendue. Concevoir un être simple (plusieurs êtres simples) qui se manifeste dans le monde physique. Résoudre certains paradoxes qu’il a constaté dans le monde physique. Il faut un principe d’unification des forces : c’est ce que l’on retrouvera dans les monades.

Les monades

La substance individuelle, l’être simple, n’est pas la même chose que ce que l’on retrouve dans la monadologie ; n’est pas une monade.

Leibniz a mis l’accent sur l’indivisibilité comme caractérisation première. Unité comme synonyme de simplicité, comme non composé de parties. Connexion étroite avec le concept de force. Quelque chose qui représente des choses externes. Principe unifiant.

La monade est définie comme quantitativement simple, car n’a pas de parties. Cela ne veut pas dire qu’elle est simple en d’autres sens ; elle peut être complexe d’un point de vue qualitatif.

Sans les simples, il n’y aurait pas de composé. Le processus d’emprunt ne peut se prolonger à l’infini. Il faut des choses simples qui n’empruntent pas à d’autres des parties qu’elles n’ont pas. Les monades ne peuvent être étendues, figurées ou divisibles ; elles ne peuvent donc pas être matérielles au sens cartésien du terme.

La définition de la monade comme atome de la nature dispute l’usage même du mot «atome».

D’une part, domaine des composés (ou des corps) ; d’autre part, le domaine des substances (simples), c’est-à-dire les monades, les reines de la métaphysique.

:warning: Leibniz se déplace d’un domaine à l’autre sans prévenir.

Leibniz laisse supposer que les corps ne seraient que des phénomènes, car il n’y aurait que des monades dans la nature.

Les corps ne seraient que des accumulations de monades.

Deux interprétations peuvent sembler incompatibles l’une avec l’autre ; mais on retrouve des affirmations compatibles avec les deux, ne sont pas forcément incompatibles (du moins du point de vue de Leibniz).

Liens entre domaine des corps et domaine des monades.

Les monades sont indestructibles. La destruction implique l’[étendue, la divisibilité] 26:00. Les monades ne peuvent périr.

De la simplicité des monades, Leibniz tire la conclusion que les monades ne peuvent pas avoir un commencement naturel. Les monades devraient être l’assemblage de parties pré-existantes ; or, cela est impossible, car les monades sont simples. Leurs fins doivent être surnaturelles.

C’est Dieu qui fait commencer à exister les monades, qui donne de l’existence aux monades.

Leibniz recourt peu souvent à l’explication surnaturelle, si bien que l’explication des monades fait exception à son système.

Il ne peut pas y avoir de rapport causal entre les monades. Exemple du rapport causal entre les composés : implique changement dans les parties d’un composé. Aucun rapport causal ne pourrait s’instaurer entre elles. Tout se tient déjà dans le système de Leibniz.

On trouve, dans l’article 7, l’énoncé le plus connu de Leibniz : prise de position polémique. Abnégation de la causalité. Cela n’empêche pas que Leibniz reconnaisse une causalité interne pour chaque substance. Les monades doivent avoir des qualités, mais ces qualités doivent être différentes.

Les qualités des monades sont leur perception 34:00 et leur appétition/volition. Il faut que les qualités soient différentes entre les monades, car sinon il ne pourrait y avoir de changement. Principe de plein dans la nature : pour qu’il y ait du mouvement, il faut qu’il y ait du mouvement dans les parties du corps dont il est composé.

Chaque monade est unique. Si tout ce qui est vrai de A est vrai de B aussi, A et B sont la même chose (i.e. sont identiques). Principe envisagé comme axiome. Leibniz dit que cela repose sur un autre principe, celui de raison suffisante.

La différence entre les monades dépend des qualités internes entre chaque monade. Concept de dénomination intrinsèque (le fait d’être grand ou petit par exemple) versus dénomination extrinsèque (relations externes : le fait d’être aimé par exemple).

La monade est en changement perpétuel, sans interruption. La causalité entre les substances est impossible. Tout changement doit prendre place dans la monade. Il n’y a pas toujours un principe de changement, ce que le changement doit être et ce qui se produit dans le changement.

Spécification complète, renvoie à la notion de concept complet 44:40. Cela dépend de la nature humaine de la vérité. Principe logique, doit être contenu dans son concept ; le concept du prédicat doit être contenu dans le concept du sujet. Il doit y avoir un concept complet qui contient tous les autres concepts, toutes les substances.

Les monades doivent avoir une pluralité de qualités, mais demeurer quantitativement simples, et ce à tout moment de leur existence. Loi de continuité : tout changement se produit 49:00.

Chaque changement doit être instantané et remplacer ponctuellement une seule qualité. Pour un changement continuel et graduel, il faut qu’il y ait des qualités à tout moment.

La loi de continuité est confirmée par l’expérience, en-dehors de l’ouvrage de Leibniz sur la Monadologie (très théorique, très axiomatique).

Qualités : perceptions et appétitions/volitions.

La perception, c’est la perception dans la pluralité de l ‘unité de la substance simple (principe d’unité).

La représentation est synonyme d’expression. Implique relation d’homogénéité entre ce qui exprime et ce qui est exprimé. Relation régulière entre deux choses : correspondance entre les éléments d’un plan d’une carte géographique et éléments du paysage représenté par cette carte.

Expressions d’autres monades ou d’agrégats d’autres monades. L’expression imlique la pluralité : les différentes monades 54:30.

La perception est l’état fondamental des monades ; est ce qui constitue les monades. Aussi, les monades ont toujours des perceptions ; elles ne pourraient pas être sans perceptions.

Perception vs apperception : l’apperception diffère de la perception58:00. Les perceptions ne sont pas toujours aperçues, i.e. conscientes.

L’appétition est le principe de changement interne de la monade : l’appétition fait passer la monade de la série/assemblage qu’elle a à un certain moment à la série/assemblage qu’elle a à un autre moment.

(Lecture de l’article 17 de la Monadologie.)

L’argument du moulin. Vu la définition de la perception et que les choses matérielles ne sont pas des unités, les perceptions ne peuvent se produire dans les choses matérielles. La perception ne peut être expliquée mécaniquement, son explication en peut se trouver dans les choses matérielles. Elle doit donc se trovuer dans les substances simples.

La perception est un élément important, c’est ce qui qualifie les monades. C’est sur la base des perceptions que Leibniz peut faire une classification des monades.

Autre description des monades comme substance : les monades on une certaine substance, c’est pourquoi on peut les qualifier d’entéléchie. C’est dans ce cas l’autosuffisance de la monade. Principe antérieur à la monade elle-même. Les monades sont comme des automates spirituels, acorporels. Les monades ne sont pas corporelles, mais sont des automates. Elles ont en elles-mêmes la source des changements de leurs états perceptifs.

Hiérarchie des monades et degrés de perception

Petites perceptions

Les petites perceptions sont perçues inconsciemment. Leibniz inclut la mort. En effet, les monades continuent d’exister après la mort.

Chaque état de la monade est déterminé par l’état précédent de la monade, et chaque état de la monade détermine l’état suivant. Comme les monades doivent toujours avoir des perceptions (fait partie de leurs qualités), cela permet à Leibniz 76:00. Il faut qu’il y ait des perceptions inconscientes. Il n’y a pas de sauts entre les états conscients. Il n’est pas possible que des états physiques puissent se précéder d’états conscients. Les états consceints ne peuvent dépendre d’états corporels. Il faut toujours supposer qu’il y a des perceptions. Leibniz parle de «monades toutes nues».

Âmes

Les animaux ont des perceptions 79:00 parce qu’ils ont des organes de sens.

Locke : quelles seraient nos perceptions si nous avions des yeux microscopiques ?

Les animaux peuvent induire des inférences et sont doués de mémoire. Leibniz fait des rapprochements entre l’homme et la bête, la distinction reposant sur le degré de perception de l’âme. Différence de degré, et non de nature (car les animaux aussi ont une âme).

Capacité à établir connexions logiques, à faire des inférences (raison discursive). Il y a des questions sur lesquelles la seule raison peut avoir accès (non l’expérience). Actes de réflexion sur nous-mêmes. Les matériaux sur lesquels l’entendement travaille ont quelque chose de plus. Éléments d’empirisme et éléments d’innéisme.

Les principes du raisonnement et les deux sortes de vérité

Leibniz a pris une position moyenne entre empirisme et innéisme : il n’y a rien dans l’entendment qui est né des sens, sauf l’entendement lui-même. Les données de l’expérience finissent par 7:50.

Il y a des idées innées au sens virtuel ???.

Pour Leibniz, ce qui nous distingue des bêtes est la raison. Principes sur lesquels se fondent les principes de la raison :

Les vérités de raisonnement peuvent servir à des propositions identiques, voire à des tautologies. ??? La substitution des termes ne peut aller à l’infini, il faut arriver à des idées simples, sinon il s’agit de principes impossibles à démontrer. On arrive soit à des idées simples, soit à des tautologies.

Idées de fait : idées dont le contraire est toujours possible : vérités qui concernent des événements/choses contingents. Vérités établies par l’expérience.

Leibniz parle aussi de vérités mixtes, composées d’un peu des deux. Propres à la science de la nature. Mais les traite comme des vérités de fait.

(Lecture article 36.)

Principe de raison suffisante là où la raison ne permet pas de conclure. Application du principe de non-contradiction aux vérités de fait.

Dieu est plus au fait des changements contingents. 20:00. Unicité de Dieu : la substance unifiée de Dieu est l’explication des choses contingentes.

L’être unique dont découlent toutes les réalités doit contenir toutes les réalités en lui-même.

Pour Leibniz, il y a une infinité de degrés de réalité. Il y a une infinité de degrés pour toutes les choses qu’on envisage.

Leibniz évoque l’absence de limites à l’endroit de Dieu. Attributs au plus haut niveau. Si Dieu a autant de réalité que possibe, s’il est plus réel que tout, il est aussi parfait que possible. Ses perfections divines sont les attributs de puissance et de beauté. Les perfections des autres créatures sont limitées (car sinon seraient égales à lui).

Dieu est non seulement la source des existences, mais aussi des essences. Une essence est possible lorsque sa nature n’implique pas de contradiction.

Leibniz croit que toutes les essences ont une réalité. Il y a aussi les possibilités et les vérités éternelles qui ont une réalité, précisément du fait qu’elles sont conçues par l’entendement, ce que Leibniz attribue à l’entendement divin.

Leibniz met au jour des applications de sa réalité 40:00. Il faut que l’être qui donne sa réalité soit nécessaire, dont la conception implique l’existence. Preuve ontologique a priori : il suffit de savoir que Dieu est possible pour savoir qu’il existe. Comment peut-on savoir que Dieu est possible ? Si Dieu n’a pas de limites, il ne renferme aucun élément de négation. Il ne renferme aucune contradiction. L’absence de contradiction donne lieu au possible. Il n’y a aucune limite, donc Dieu est possible.

Il y a trois preuves d’existence de Dieu dans la Monadologie :

Cause de l’être nécessaire à l’existence de l’être nécessaire.

Leibniz s’oppose à la thèse de la volonté éternelle. Leibniz croit que Dieu ne crée pas les vérités éternelles. Pour Leibniz, Dieu découvre les vérités éternelles, mais il ne les décide pas ; il se limite à créer les vérités contingentes.

Dieu crée les monades. Dans d’autres textes, Leibniz décrit Dieu comme la «monade primitive». Dans la Monadologie, Leibniz soutient que Dieu produit les monades par dérivation continuelle de lui-même, vérités très proches de l’émanation.

Thèse de la création continuée (déjà rencontrée chez Descartes) : Dieu recrée continuellement le monde pour maintenir les êtres dans l’existence. Thèse liée à la discontinuée du temps (c’est pour cela qu’on l’a évoquée).

Ce qui distingue Leibniz de la position occasionnaliste : Leibniz a essayé de se distancer de l’occasionnalisme en accentuant la référence à la concurrence entre les choses créées et Dieu. Les choses créées demeurent actives d’un point de vue causal, mais leurs actions sont accomplies avec la coopération de Dieu (modèle de la concurrence).

Attributs de Dieu et propriétés des monades

C’est précisément dans le discours de 50:15 des monades. Les attributs de Dieu correspondent aux caractéristiques des monades créées.

DieuMonades créées
PuissanceSujet/base
ConnaissancePerception
VolontéAppétition

Leibniz appelle aux monades intelligibles : définition qui relie le concept des monades au concept des puissances. Rapport entre attraction et perfection explicité par Leibniz : une créature agit en tant qu’elle a une perfection. L’action est liée à la perfection, alors que la passion est liée à l’imperfection. Dieu seul agit sans pâtir, alors que toutes les autres créatures agissent et pâtissent.

Activité externe des monades : il y a des activités externes et des activités des monades en tant que degrés de percpetions. Perceptions distinctes, alors que la passivité correspond à des perceptions confuses. Une perception distante rend raison de son événement comme une cause rend raison de son effet.

Influence idéale d’une monade sur l’autre (dans les idées, dans l’entendement). La différence concerne l’entendement de Dieu comme le 47:25.

Explication causale : relation des monades les unes avec les autres. Travail d’accomodation que Dieu a fait et qui fait en sorte que les monades se correspondent. Travail d’accomodation comme processus de sélection. Dieu ordonne à l’ensemble des monades qui vont former un monde possible. Relations mutuelles qui formeront la monade universelle. L’accomodation de Dieu est unique et n’a pas besoin d’être à nouveau accomodée, renouvelée, ajustée. Caractéristique de tous les mondes possibles.