Séance 10 : Leibniz (2) et Hume

Les monades sont également appelées «entéléchies» (assez conforme avec la notion aristotélicienne d’entéléchie).

Il n’y a aucun effet causal possible entre les monades. Activités externes des monades en termes de degrés de perception : l’activité correspond à des perceptions distinctes, alors que la passivité correspond à des perceptions confuses.

Il n’y a que Dieu qui agit sans pâtir ; toutes les autres créatures pâtissent. Elles sont tantôt actives, tantôt passives.

Même les monades qui ont un très faible degré d’activité ont des perceptions. 5:30

Niveau d’explication directement proportionnel à ce qui est perçu. Une perception distante est capable de rendre raison d’un événement, capable de le faire a priori. Une perception distincte a une capacité d’explication majeure (par rapport à une perception confuse).

Influence idéale d’une monade sur l’autre : idéal, tel que dans les idées, et plus précisément dans l’entendement de Dieu. Cette référence de Leibniz à l’influence idéale des monades concerne l’activité d’inspection que Dieu opère lorsqu’il examine les monades avant la création dans son entendement.

Travail d’accomodation comme processus de sélection : Dieu sélectionne et ordonne des ensembles de monades qui vont consituer un monde possible. C’est cette accomodation mutuelle, cette correspondance, est ce que Leibniz appelle harmonie universelle. Fait une fois pour toutes, ne demande aucune intervention de la part de Dieu après la création ; plus besoin de réarranger les monades, la correspondance est établie dès le début.

L’harmonie universelle est commune à tous les mondes possibles. Selon Leibniz, il y a une infinité de mondes possibles. S’intéresse à la motivation du divin à concevoir un monde plutôt qu’un autre. Leibniz suppose qu’il doit y avoir une raison suffisante qui justifie ce monde plutôt qu’un autre.

Les mondes ne doivent pas renfermer de contradiction. Les barrières sont infinies si les conditions de possibilité coïncident avec l’absence de contradiction. Il ne doit pas y avoir contradiction entre les différentes monades.

On peut se demander pourquoi la création ne concerne qu’un seul monde possible. Les possibles ne sont pas toujours «co-possibles» (co-existence de deux mondes). Leibniz veut éviter de présenter le choix divin comme un choix arbitraire. Raison suffisante du choix divin : Leibniz essaie de balancer les deux exigences (deux principes difficiles à concilier).

Raison suffisante du choix du monde : degré de perfection que contiennent les différents mondes possibles. La décision de choisir un monde plutôt qu’un autre dépend de la perfection qu’on y retrouve.

S’il y avait eu plusieurs mondes meilleurs, il n’y aurait pas eu de raison suffisante pour les choisir, et Dieu serait demeuré dans l’indécision. Étant donné que notre monde existe, il est légitime de présumer que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles.

D’où vient le mal dans le meilleur monde possible ? Il est difficile de concevoir le mal dans le meilleur des mondes. Pour Leibniz, la nature du mal doit être recherchée dans la nature idéale de la créature. La créature est limitée essentiellement. Dieu ne veut pas le mal, mais permet un monde où le mal est possible.

Chaque monade exprime (ou représente) continuellement toutes les autres monades, parce qu’il y a correrspondance entre elles, et que cette correspondance s’inscrit dans la communication entre les monades 23:00.

La connexion implique les corps entre eux aussi (pas seulement entre les monades). Les mouvements se communiquent à tous les corps, comme une sorte d’effet domino. Les corps se possent les uns les autres.

Chaque monade est un miroir du même. Chaque monade représente l’univers entier d’un point de vue différent.

Lecture § 56-57.

Toute monade a un point de vue sur l’univers entier, sur l’ensemble, bien que confus. Omniscience cependant distincte de celle de Dieu.

§ 13

Distinguer objet et pré-mode de la perception.

Le monde le plus parfait c’est le monde mnémonique. Le monde n’est vu que de son point de vue.

Chaque monade est unie à un corps en particulier. Ensemble, composé de monades.

La combinaison entre une monade et son corps fait une chose vivante. Autre possibilité ; âme = ocorps. Le corps a des organes, si bien qu’il peut être structuré à l’infini. Un corps est organique quand il a des organes, et quand ses parties ont à leur tout des organes (et les parties des parties… à l’infini). La combinaison entre une monade et son corps fait une chose vivante. La combinaison entre une monade et son corps fait une chose vivante. Machines dans des machines à l’infini.

Les machines de Dieu ont une complexité infinie : chacune des parties comporte à son tour des parties. Les machines des hommes sont finies.

Les corps organiques, avec leur structure organique (machines à l’infini), représentent la série infinie des monades dont l’univers est constitué. Les corps sont donc eux aussi des miroirs de l’univers. Il y a correspondance partout.

C’est une raison de la division de la matière à l’infini que la terre comporte un nombre [infini?] 40:55 de créatures.

§ 66-67

Cette conception de la matière, c’est la conception qu’on peut former, se figurer grâce au microscope (observations des savants à l’époque qui avaient découvert une «infinité» de créatures dans une goutte d’eau ; cela a également influencé la vision de Malebranche). Les plus petites parties de la matière contiennent des corps vivants (preuves empiriques à l’appui). Recours à un raisonnement analogique appuyé sur le principe d’uniformité ???. Avant que la science parvienne à prouver, nous pouvons supposer que les choses dont nous faisons l’expérience ne diffèrent pas des objets que nous expérimentons. Raisonnement analogique.

Si toute la matière est organique, cela veut dire que toute la matière est organisée ; il n’y a pas de chaos, tout est ordonné. Il faut considérer qu’il y a toujours une infinité de degrés dans une organisation. Notre taxonomie des espèces n’est pas absolue, n’est pas quelque chose de définitif. Mène à l’hypothèse du «transformisme des espèces» (on ne parle pas encore à l’époque d’évolution). Idée qui puise sa source chez Diderot.

Une entéléchie est dominante lorsque ses perceptions sont plus distinctes par rapprot à d’autres entéléchies. On peut dire qu’une créature vivante est composée d’une entéléchie dominante et d’un corps composé d’autres créatures vivantes, lesquelles sont également composées d’une entéléchie et d’un corps vivant, …, à l’infini.

Rôle unifiant dans la créature vivante ; ce qui tient ensemble les parties de son corps, ce qui en fait une unité.

Les corps d’une monade dominante est sujet à des changements perpétuels ; n’est pas toujours attaché à une même portion de matière. Ces changements ont lieu graduellement (tous les changements chez Leibniz sont graduels ; voir les changements qui se produisent à l’intérieur des monades). Pas de métempsychose (migration de l’esprit d’un corps à l’autre) ; pas possible selon Leibniz. Il y a toujours une partie du corps qui demeure. Il n’y a pas la possibilté de se séparer.

L’union âme-corps chez Leibniz est fondamentale, pour deux raisons :

La signification de la génération et de la mort s’avère complètement révisée. Il n’y a jamais de processus complètement généralisé de la génération et de la mort.

La génération est plutôt une croissance, un développement, alors que la mort est une régression, une décomposition. Permet à Leibniz de souscrire à l’un des courants répandus à son époque, à savoir le préformisme, selon lequel les corps existent déjà et ne font que croître.

Il n’y a pas de génération complète ; les animaux sont reproduits par des semences contenant d’autres animaux, qui ne font que croître et se développer.

Il n’y a jamais de séparation d’âme et de corps : preuve a posteriori qui permet de soutenir qu’il n’y a pas de génération véritable.

Recours à raisonnement analogique : il n’y a pas de mort véritable, analogie à partir des évidences qui concernent la génération. Les âmes, comme les autres types de monades, sont indestructibles. Miroir d’un univers indestructible (les monades sont indestructibles). Les animaux aussi sont indestructibles.

La mort de l’animal est conçu non comme une séparation corps-âme (impossible pour Leibniz), mais comme une grande transformation du corps-machine, une transformation qui entraîne la perte d’une partie de sa masse et une partie de ses organes.

Les animaux ont tous leur cycle vital : commencent en tant que semence, croissent pour devenir plus grand jusqu’à ce qu’ils meurent.

Dans § 75, certains animaux «changent de statt». Passer de l’état simplement animal à l’état humain : les bêtes deviennent des esprits. Après la conception, subissent une transformation, deviennent des esprits. Différence remarquable entre âmes des animaux et âmes des hommes : les âmes des animaux ne sont que des miroirs vivants de l’univers, de l’ensemble des choses créées, les esprits sont des miroirs de Dieu en tant que doués de raison. Comme ils sont doués de raison, ils peuvent connaître et imiter les systèmes de l’univers.

Les âmes doués de raison ont une affinité avec Dieu, et c’est ce qui leur permet d’entrer en contact avec lui. Ce contact est le meilleur possible, parce que les esprits sont des images de Dieu (non seulement images de l’univers), ce qui fait que la société soit aussi la meilleure possible. Dieu est parfaitement bon selon Leibniz ; si les esprit sont des reflets de la divinité qui est parfaitement bonne, la société qui en résulte est également la meilleure possible.

Le dieu de Spinoza est un Dieu tout-puissant, alors que chez Malebranche il est caractérisé par une suprême sagesse ; chez Leibniz, Dieu est parfaitement bon 67:30.

Les états du corps se trouvent en quelque sorte en harmonie. Ces états résultent des états respectifs de l’âme et des lois du corps, et des lois physiques du mouvement. Ces lois sont accordées (harmonisées) les unes avec l’autre. Il n’y a pas d’interaction entre l’âme et le corps. Chaque personne trouve ses lois grâce à l’action primordiale de Dieu qui établit une harmonie entre les deux niveaux. Analogie des deux horloges de Leibniz 71:45. Descartes croyait en l’influence réciproque entre l’esprit et le corps, même s’il avait de la difficulté à expliquer comment.

L’occasionnalisme et un «miracle perpétuel» pour Leibniz.

Dieu a établi une simultanéité entre les «deux horloges» de Leibniz.

Tendance vers le meilleur : c’est pour cela qu’on peut parler de causes finales. Il y a une interconnexion assez complexe des âmes avec le reste des monades. Ce qui est perçu comme le meilleur ne l’est pas réellement 78:00. Il n’y a pas toujours un choix effectif. Les corps sont régis par les lois du mouvement, contingence aveugle.

Les corps agissent comme s’ils n’avaient pas d’âme, car agissent comme s’ils avaient leur propre loi. Développe le corps séparé des âmes. Si les esprits étaient supprimés, s’il ne restait que les lois fixés de la nature, tout ne se passerait que comme si le livre de la vie était lu par des machines humaines qui ne comprennent pas ce qu’elles lisent.

Dans la Monadologie, il y a une référence 80:40. Pour Descartes, l’interaction âme-corps se déroule dans la glande pinéale. Changement de direction que l’âme imposerait à la glande pinéale. Leibniz est un critique de la physique cartésienne. La physique cartésienne semble erronnée. Ce qui aurait mené Leibniz à concevoir son système des monades.

Hume suit la génération de Malebranche et de Leibniz (né juste après la mort de ceux-ci). Hume est né au début du siècle des Lumières. Newton et Locke sont les auteurs de référence.

John Locke (1632-1704) ne s’oppose pas nécessairement aux rationalistes, mais tente de concilier expérience et raison. La raison principale de cette différence est une fonction cognitive conditionnée par l’expérience (il est empiriste en ce sens). C’est l’expérience qui limite les bornes de l’entendement. Pouvoirs et limites de l’entendement humain. L’étude des limites de l’entendement humain a poussé Locke à croire que l’homme ne peut parvenir à des connaissances certaines.

Isaac Newton (1643-1727) science physique, ainsi que empirique et rationnelle. Empirique car concerne les mouvements physiques (naturels) mais aussi science rationnelel en tant qu’elle est exposée et démontrée de façon exacte, sur la base des principes mathématiques. Newton réunit induction et déduction. Très synthétiquement, la science newtonienne est fondée sur la formulation mathématique des généralisations inductives, à partir de l’observation des phénomènes. Observations empiriques + rationnelles. Rejette hypothèses qui ne sont pas fondées. Rejette également la recherche sur la cause ultime des phénomènes. Autrement dit, Newton rejette tout ce qui ne peut être vérifié par la méthode expérimentale.

La loi newtonienne de la gravitation universelle a permis d’unifier les mouvements des corps et des planètes. A permis de donner une signification physique au concept de gravité.

Locke et Newton ont eu beaucoup de succès comme auteurs des Lumières. Ce succès concerne également les Lumières françaises. Diffusion rapide de la pensée de Locke en France ; de même pour Newton, dont la pensée s’est répandue rapidement à travers l’Europe.

Hume : empirisme sceptique.

Dans l’Enquête sur l’entendement humain, Hume utilise la même méthode pour étudier les mouvements physiques. Selon Hume, toute notion de l’entendement c’est le penchant sensible. Il y a des idées et des impressions sensibles. Cette dérivation des idées et des impressions, c’est le seul critère de vérité dont nous disposons. Il n’y a pas de critère objectif. Tout ce dont nous disposons sont les organes physiologiques des sens.

Quelle typologie de scepticisme retrouve-t-on chez Hume ?

On pourrait dire qu’il s’agit d’un scepticisme pyrrhonique (plus modérée) plutôt que radicale. Hume admet qu’il n’y a pas de savoir certain. Quelle position devons-nous adopter face à cette constatation ?

Les apparences peuvent être contradictoires. Cela signifie qu’il n’est pas possible de s’en sortir, il n’est pas possible d’avoir des opinions.

On peut considérer l’homme d’un point de vue actif (ses activités) ou comme un être raisonnable (perfectionner son entendement plutôt que ses moeurs). Philosophie «facile et claire» (philosophie des moralistes) par opposition à une philosophie précise, profonde et abstruse, la métaphysique.

Il faut trouver un entre-deux entre ces deux philosophies, selon Hume.

Deux avantages remarquables à une philosophie précise et abstruse (métaphysique) apporte de l’exactitude à d’autres genres de philosophie, par exemple à la philosophie des moralistes, qui pourrait en bénéficier. Hume explique cet effet bénéfique à l’aide de la métaphore du peintre et de l’anatomiste (p. 52).

L’exactitude de la métaphysique peut avoir des retombées positives sur le reste de la société (politique, exercice de la justice, etc.).

Problème avec la métaphysique aurait pu engendrer des «envers» (???), appuyer l’oppression, se dire anapologétique. Lien étroit avec la religion, ce que Hume n’aime pas.

Conscient de ce problème lié à la métaphysique (d’accord avec Locke), Hume dit que pour les éviter il faut un examen attentif au fonctionnement de l’entendement (sur quoi Locke s’est penché dans son Essai sur l’entendement humain). Se débarrasser une fois pour toutes de la «mauvaise métaphysique». Locke a renouvelé la métaphysique et a établi la «vraie métaphysique».

La métaphysique est souhaitable lorsque son objet est borné à la nature humaine et à l’entendement. Au fond, c’est une théorie de la connaissance.

La philosophie telle que l’avait cultivée Newton est une philosophie sceptique, car elle veut ignorer la nature profonde des choses, se contentant d’étudier la causalité mécanique des phénomènes. Ne dit rien au sujet du pouvoir causal qui produit ces effets. Aux yeux de Hume, Newton porte l’exemple d’un scepticisme modéré, représentant de la méthode expérimentale et de la démarche scientifique.

Lorsqu’il impose l’idéal (métaphysique) de précision, Hume s’est proclamé le «Newton» de la science de la nature humaine. Le premier mérite de la précision propre à la métaphysique consiste à fournir les moyens pour mettre définitivement de côté la «mauvaise métaphysique». Dans la perspective de Hume, la science était essentiellement qualitative avant l’arrivée de la révolution scientifique : on prend les choses de façon immédiate sans descendre profondément, sans les examiner; sans descendre avec précision dans l’esprit. L’expérience doit être soumise à un examen, il ne s’agit pas d’une donnée immédiate.

Élargir la morale à tous les domaines (pas seulement la révolution scientifique). S’inspire de la révolution entamée par Copernic et achevée par Newton. Système complet qui inclut non seulement la physique, mais aussi la morale. Embrasse tous les domaines, incluant celui de la connaissance humaine. La morale doit faire partie de la révolution.

Tentative humienne pouvait faire scandal dans la philosophie morale ; ce fut l’un des effets de la publication de l’ouvrage de Hume. Créer une distance entre l’expérience (que nous pouvons avoir de nous-mêmes) et la science de cette expérience.

Vu que Hume accepte de courir ce risque, on comprend pourquoi la science de la nature humaine (telle que Hume la propose) ne consiste pas à envoyer en science ce qui est subjectif; scepticisme n’est pas synonyme de subjectivité. Il n’y a pas de référence aux données immédiates de l’expérience singulière, que chacun peut faire par soi-même.

La psychologie n’est pas une science vraiment radicale et sceptique telle que Hume la propose.

Pour formuler la métaphysique, Hume veut emprunter à la philosophie «facile et claire» son style accessible (par opposition à la philosophie abstruse et précise). S’il y a un compromis, c’est d’emprunter à la philosophie facile et claire son style facile et accessible.

Plutôt que de rechercher un juste milieu, Hume a essayé de faire de la métaphysique véritable; a essayé de résister au courant de son époque (sur le plan du contenu) tout en essayant de corriger son style (style facile et accessible).

À qui s’adresse la polémique de l’Enquête ? La prise de position de la première section déclenche la polémique. Pencher dans la négative. Les philosophes rationalistes ne pouvaient être tenus pour responsables de l’apologétique (bien qu’ils faisaient l’objet de telles critiques). Hume n’a pas une attitude différente envers les auteurs de courants différents (devrait critiquer davantage Malebranche par exemple, auteur rationaliste, que Locke).

La polémique n’est pas tant le rationalisme, mais la scolastique, l’empirisme ancien, l’empirisme des aristotéliciens. La critique de Hume s’adresse à un empirisme différent du sien, parce qu’il s’agit d’un empirisme dogmatique.

Comment interpréter la prise de position de Hume comme allant à l’encontre de Descartes ? Lorsqu’il lui adresse des reproches, adresse le caractère incomplet de sa révolution philosophique. Il faut souscrire à une philosophie expérimentale qui entraîne des conséquences sceptiques. Ce qui pose problème aux yeux de Hume, ce sont les éléments dogmatiques que l’on peut rencontrer soit dans le domaine empiriste, soit dans le domaine rationaliste, soit dans le domaine de la métaphysique en général. Le combat ne sera pas entre empirisme et scepticisme, mais contre le dogmatisme; entre dogmatisme et scepticisme.