Séance 11 : Hume (2) : Enquête sur l’entendement humain, sections II-VII

Sceptique, appuyé sur deux fondements majeurs :

Importance de l’héritage de Locke et de Newton, héritage qui s’ajoute aux autres auteurs vus dans le cours, incluant Malebranche.

Scepticisme modéré/académique, qui se distingue de la forme plus radicale qu’est le pyrrhonisme. Rôle qu’il faut accorder à l’opinion.

L’étude de la première section de l’enquête révèle que Hume ne veut pas bannir complètement la métaphysique, mais plutôt la réformer. Philosophie précise ou abstruse. Hume propose un examen attentif de l’entendement humain. Cultiver la véritable métaphysique pour se débarrasser une fois pour toutes de la mauvaise. L’ennemi principal de Hume est le dogmatisme, le dogmatisme rationaliste aussi bien qu’empiriste.

Hume propose de bâtir sa métaphysique sur des bases nouvelles et n’hésite pas à qualifier sa philosophie de «métaphysique». C’est une métaphysique qui coïncide avec les théories de la connaissance.

Section II

Les perceptions de l’esprit (vivacité) donnent lieu, d’une part, à des impressions externes/internes et, d’autre part, des idées.

Différence de degré dans la vivacité : les idées sont des perceptions de second degré, des copies des impressions (moins vives).

Cette distinction permet à Hume d’établir deux points théoriques fondamentaux :

Hume démontre l’utilité de ces principes à la p. 68.

la classification humienne des perceptions propose d’éviter l’ambiguité de la définition lockienne de l’idée. Il s’agit d’un point que Locke lui-même signale à son lecteur, s’excusant de l’emploi plutôt libre du mot «idée». Définition de l’idée qui pourrait apparaître trop générique.

La classification propre à Hume présente des analogies avec le discours de Locke, apparentée à l’idée de clair et d’obscur. Locke nous dit que nos idées sont obscures lorsque nous perdons les originales, «leur première fraîcheur», «lorsqu’elles sont ternies par le temps».

Plus une copie est faible, moins elle est fiable (cela va aussi bien pour Hume que pour Locke).

Scepticisme réaliste : présuppose une adhésion à une opinion déterminée qui concerne la structure réelle du monde. Il n’y a pas suspension complète du jugement sur la structure du monde.

Hume parle d’impressions pour dénoter les perceptions intérieures et extérieures. Les impressions sont comme les perceptions qui se font sur la cire. Les idées deviennent obscures, car la mémoire est comme la cire, elle est un peu molle, elle perd peu à peu sa forme. Cette conception suppose l’adhésion à la physique mécaniste. Comment peut-on s’accorder avec le scepticisme?

La philosophie mécaniste entraîne une interprétation sceptique de l’expérience, ce qui la distingue de l’empirisme aristotélicien (que Hume critique comme étant trop dogmatique).

Selon Hume, l’esprit se limite à travailler sur des matériaux fournis par l’expérience, c’est-à-dire sur les impressions. (cf. p. 65)

Hume prouve que nos idées sont des copies des impressions, elles peuvent être réduites à des éléments simples, si sublimes soient-elles. L’idée de Dieu naît de nos propres opérations sur nos propres qualités.

Hume se dit sûr que le manque ou le défaut de l’organe entraîne le défaut de l’idée. Si toute idée dérive d’une impression, et que l’organe duquel provient l’impression fait défaut, alors l’idée elle aussi fera défaut.

Hume donne un contre-exemple (p. 67) : homme à qui on présente un spectre de nuances de bleu, avec une nuance qu’il n’a jamais vue. Sera-t-il en mesure de reconnaître la nuance manquante? Contradiction avec le principe de Hume, mais insuffisante selon lui pour modifier sa maxime générale.

Section III

Opérations fondamentales de l’esprit. Le rôle-clé est l’imagination. L’esprit a la faculté de composer très librement les idées. Joue un rôle cognitif fondamental; pour ce faire, doit agir selon principes universels, régis par une sorte de nécessité. C’est précisément ce qu’elle fait dans le processus d’association des effets.

Nos connaissances sont engendrées par une connexion ou une association non arbitraire entre les idées, même si cette relation est faite librement par l’imagination. Structurée par trois critères :

Malebranche avait théorisé la liaison entre les traces et les idées. Il avait distingué trois causes de liaison des idées (nature, simultanéité ou volonté). On ne parlait pas d’association d’idées, mais de liaison.

Deux domaines : l’esprit opère association entre connexions nécessaires/naturelles et connexions arbitraires (ou non naturelle).

La connexion arbitraire ou non naturelle est, selon Hume, tendanciellement pathologique, voire menant à la folie. L’association est un degré de folie, une forme de folie (sans nécessairement en arriver à la folie à proprement dite). Les associations sont faites selon les limitations structurelles de l’entendement, selon ses capacités à raisonner correctement.

Locke s’était intéressé aux raisonnements que peuvent faire les fous, leur capacité à faire des raisonnements corrects.

L’association irrationnelle des idées permet à Locke de déterminer quelles sont les relations correctes entre les idées. (N’est pas un discours isolé dans le cadre de l’essai.) Locke n’hésite pas à contrevenir à ses propres principes, invoquant hypothèses physiologiques proches de celles de Malebranche, qui permettent d’expliquer le mécanisme de formation de la coutume et de l’habitude.

Chez Locke, l’association des idées est un processus qui est caractérisé négativement; tendanciellement pathologique.

Chez Hume, règle les opérations ordinaires; l’association des idées est un processus normal.

Première théorie associationniste (cognition générale) par médecin grec [Dériphacle]. Associationnalisme sur fondement nouveau, fondamentationnalisme : fondation sur base physiologique. Vibrations nerveuses qui mènent à la formation des idées. Vibrations chez Hartley : vibrations primaire (sensation) et secondaire (idées). Genèse des sensations + idées.

Caractéristiques de l’associtation chez Hume (3 ressemblance, contiguïté, cause-effet), qui règlent l’activité de l’imagination. Agissent comme une force douce d’attraction, très semblable à la gravitation (modèle newtonien comme référence). C’est précisément cette force propre à l’association qui tient des choses unies les unes avec les autres. Cette croyance n’est que l’effet de l’activité associative de l’entendement. Il n’y a aucun ordre substantiel des choses qui correspond à cette croyance. Enquêter sur le fonctionnement de la perception et du fonctionnement des idées. Le principe des causes demeure à l’avis de Hume inconnues.

Par les moyens de l’expérience, nous pouvons nous efforcer de réduire les effets particuliers à des causes générales, mais les causes de ces causes (causes ultimes) ne pourront jamais être atteintes. La philosophie toute entière, celle qui traite des phénomènes naturels (métaphysique au sens humien), ne nous permet de remarquer que les limites de l’entendement humain et de ses faiblesses. Contre les rationalistes dogmatiques : la géométrie ne peut remédier à ces défauts, n’est d’aucune aide dans la découverte des lois naturelles. La critique de la première partie de cette section ne vise pas particulièrement Descartes, mais vise ceux qui font trop confiance aux jugements a priori.

Il y a toujours une distance entre ce dont on fait l’expérience et ce qui est entendu. Il faut remplir une prémisse, la prémisse de l’uniformité de la nature, qui ne vient pas de l’expérience. L’expérience ne peut être un fondement de la connaissance. L’expérience ne serait pas vraiment un fondement, ne pourrait servir à fonder notre entendement.

Supposition de l’uniformité de la nature. Pour savoir de quoi il s’agit, il faut s’arrêter à un passage de la section IV.

Section IV

Les objets de la raison :

Ce binôme (relations d’idées / faits) n’est pas très originale de la part de Hume. On le retrouvait chez Locke, mais aussi chez Leibniz (les deux types de vérités).

Il faut aller au-delà de l’évidence de la mémoire et des sens; aller au-delà des impressions ou des idées dont nous avons fait directement l’expérience (ne pas s’arrêter simplement à l’expérience directe).

Ce qui semblerait aux premiers abords une solution s’avère une difficulté dans la pensée de Hume. La relation cause-effet fonde une bonne partie de nos connaissances, mais par ses seuls moyens (de cette connaissance), nous ne sommes pas en mesure de dire à quelles certitudes nous pouvons nous accorder, sur quelles bases donner notre assentiment au sujet des faits. Pour cette raison, il faut enquêter davantage sur la relation cause-effet, c’est-à-dire sur la façon dont nous parvenons sur la relation cause-effet.

Corrélations dans le monde matériel : boule A choque boule B, entraîne mouvement (l’une communique du mouvement à l’autre, par impulsion; l’une est la cause du mouvemet de l’autre). L’expérience ne nous dit pas que les corps ont en eux-mêmes une force mouvante. Il faut avouer que nous ne faisons aucunement l’expérience d’un lien causal, mais seulement la succession d’événements distingués. Cela démontre que le lien causal s’ajoute après. Il faut se demander d’où l’on peut tirer cette relation, qui semble assez courante.

Pour Hume, aucun raisonnement a priori ne pourra nous permettre d’arriver à cette connaissance. Les événements sont connectés a posteriori; c’est par l’expérience que nous pouvons connecter les événements les uns aux autres (relation cause-effet). Les lois de la nature et les opérations des corps se connaissent exclusivement par l’expérience. Il est impossible de connaître sans avoir recours à l’expérience.

L’expérience permet exclusivement de déterminer des régularités observables, des régularités qui peuvent être observées parmi les phénomènes. Les lois de la nature ne sont que des régularités observables.

Les régularités que nous pouvons observer cause en nous une habitude/coutume (accoutumance) qui nous amène précisément à considérer ces connexions comme nécessaires. Cela est si vrai qu’elles nous ont poussé à croire que nous pourrions nous passer de l’expérience et nous servir exclusivement de notre expérience pour fonder nos relations d’idées.

Lorsque nous avons affaire aux relations cause-effet, nous pouvons faire comme si nous avions affaire à des relations cause-idée.

(Lecture passage p. 88.) La coutume cache son art.

Il s’agit principalement d’un principe descriptif. Hume ne nous dit pas pourquoi l’esprit agit de cette manière.

Principe descriptif, mais fondamental : la coutume/habitude est le principe sur lequel l’activité humaine est fondée. Nous sommes déterminés par l’habitude, encore que le futur est conforme au passé. Nous attendons donc des effets semblables (on s’attend à ce que le soleil se lève le lendemain, comme ce fut le cas hier et avant-hier…).

L’habitude/coutume est «le plus grand guide de la vie humaine.»

Si on ne veut pas avoir recours à la coutume, il faudrait renier ce qui est immédiatement accessible à l’entendement et à la mémoire. En ce sens, la coutume nous permet d’agir, nous permet de développer nos spéculations, notre activité intellectuelle.

Il y a des effets intéressants au sujet de l’accoutumance pour Hume : tous les types de connaissances (qui concernent les faits) parviennent au même genre de certitude. La non-prétention à l’universalité concerne des domaines telle que l’histoire mais aussi des domaines scientifiques, comme les sciences naturelles. N’est pas une différence de genre entre certitude scientifique et certitude historique, mais une différence de degré.

La seule certitude que l’on peut atteindre dans le domaine des faits est la probabilité. Les degrés les plus élevés de probabilité ne nous garantiront jamais l’accès à un certitude absolue. Les faits appartiennent donc toujours au domaine des probabilités.

Nous sommes dirigés par des croyances (beliefs) qui ont exclusivement une nature sentimentale. La croyance, pour Hume, est un sentiment originaire, un sentiment que l’on ne peut expliquer, qu’on ne peut pas définir; c’est l’un des mystères les plus grands de la philosophie.

Toute croyance dépend d’un objet d’essence dans la mémoire (présence d’un objet d’essence) et de la conjonction coutumière de cet objet avec un individu.

La croyance se distingue de la fiction. Sentiment que l’on ne retrouve pas dans la fiction, naît de la situation particulière dans laquelle l’esprit se trouve. Éveillé comme le sentiment. La croyance est quelque chose de non rationnel, de nécessaire, d’inévitable, qui se produit lorsque l’on place l’esprit dans des conditions déterminées. Hume soutient aussi qu’il s’agit d’un instinct naturel qu’aucun raisonnement n’est capable de reproduire ni d’empêcher; l’entendement n’a aucun pouvoir à ce niveau.

La croyance a une certaine puissance, car permet de démentir le pyrrhonisme (scepticisme le plus radical). Si la croyance n’est qu’une manière de sentir, indépendamment de la raison et de la volonté, elle ne peut être suspendue. Il est impossible de ne pas croire sans opinion. Repose sur la croyance comme un sentiment.

Décrire la croyance

Un objet se présente aux sens ou à la mémoire; L’imagination conçoit l’objet qui lui est habituellement conjoint; Un sentiment accompagne cette conception et la rend plus vive/stable.

La croyance n’est pas liée à la nature particulière ou à l’ordre des idées, mais à la manière de concevoir ces idées, justement parce qu’il s’agit d’un sentiment, d’une manière de concevoir; c’est quelque chose qui est senti par l’esprit. Permet de distinguer les idées du jugement, des fictions pures et simples de l’imagination; fait confiance aux idées du jugement. Le sentiment ne s’ajoute pas, manque, et alors il n’y a pas de croyance.

Section VI

Hume montre comment distinguer ce qui est plus ou moins probable, et donc comment les hommes sont capables de juger selon l’évidence.

Probabilité des causes, probabilité des choses (en regard des relations cause-effet).

Pour déterminer l’effet qui résulte d’une cause, nous ne faisons que transférer tous les éléments différents dans la même proportion où ils sont apparus dans le passé. Un très grand nombre d’observations confirment et fortifient un événement, et engendrent ainsi la croyance.

Cela permet à Hume d’exercer son ironie anti-finaliste. La coutume, capable de guider l’humanité dans son existance, aurait de quoi plaire à ceux qui se réjouissent de la contemplation des causes finales. Dispositif tout à fait irrationnel, tout à fait mécanique.

(Lecture passage p. 118.)

Hume s’oppose au finalisme.

Section VII

Application de ce qui avait été dit dans la section II, c’est-à-dire que les idées sont des copies des impressions et qu’il faut remonter aux premières perceptions pour voir l’idée originale.

(Lecture p. 129-130.)

Il y a des connexions nécessaires. Comment Hume les applique-t-il?

Hume ne donne aucune idée du pouvoir ou des idées des connaissances nécesaires. Les connexions nécesaires peuvent-elles être des connaissances véritables, issues des opérations de l’entendement? Idée de réflexion. Opérations que nous pouvons faire sur notre propre esprit. Repose sur l’exercice de la volonté. La volonté s’exerce sur nos facultés. Pouvoir de la volonté : expérience antérieure, le pouvoir de la volonté est à l’origine des connexions nécessaires.

Les moyens ou l’énergie par lesquels on accomplit les opérations nous échapperont toujours, demeurant en tant que tels inconnaissables. Nous ne connaissons pas les causes des pouvoirs; la nature humaine nous est inconnue (première raison de notre ignorance). La maîtrise que l’esprit peut avoir sur lui-même est limitée. La maîtrise que l’esprit peut avoir sur lui-même est inconstante. Nous ne pouvons savoir, simplement par expérience, quels sont les principes.

Hume ne manque pas de critiquer la position de Malebranche (critique les occasionnalistes en général) et le fait dans cette partie précisément de l’enquête. Le pouvoir de la cause est tout à fait inintelligible. Survient dans événements ordinaires, mais dans événements extraordinaires aussi. Conjonction entre différents objets. Nous ne sommes pas capables de découvrir une véritable connexion entre les objets. L’expérience ne nous dit pas qu’il peut y avoir une connexion au sens propre.

Trois preuves de notre ignorance.

Certains ont eu recours au pouvoir de Dieu, les volitions de Dieu, et en ont fait la cause véritable. Ils n’ont pas poussé leurs réflexions aux extrêmes limites; c’est précisément ce que Hume veut faire. Profite que les occasionnalistes n’aient pas obtenu les résultats qu’ils voulaient obtenir (Dieu partout dans l’univers). Ont fini par briser les attributs de Dieu au lieu de les exalter. C’est un Dieu obligé d’intervenir à tout moment.

Doctrine trop bizarre pour être croyable. Il ne reste qu’une chose à faire, proposer une solution anti-rationaliste : rattacher l’idée des connexions nécessaires à la conjonction continuelle qui repose sur l’imagination.

Hume remarque que quand on a affaire à l’ignorance, on ne peut s’en soritr. L’ignorance ne peut être le fondement d’un savoir positif. On ne peut pas sortir de l’ignorance et bâtir un système positif. C’est plutôt Dieu qui est la cause véritable.

Nous ne pouvons rien savoir sur le pouvoir des corps physiques, mais aussi sur le pouvoir de Dieu lui-même (on ne voit pas pourquoi le pouvoir de Dieu ferait exception).

Examen final

Salle B-0215

26 avril 13 h - 16 h

Pas de questions sur Descartes; seulement Spinoza, Malebranche, Leibniz et Hume.

5 questions, 25 lignes par réponse. 8 points par question (sur 40 points).

Parcourir le plan de cours pour voir le sujet (thématique) des différentes séances.

Lire les textes. Lire les appendices de Spinoza. Regarder les résumés (les sujets sont présents dans les résumés).

Aparte

Colloque : Éclectisme, anti-dogmatisme et critique des sytèmes au XVIIIe siècle (28 juin, carrefour des arts et des sciences, C-2059).

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