Théorie féministe de l’État

Les trois vagues de pensée politique et juridique féministe

La première vague

Avant les trois vagues, une pensée féministe a existé au Siècle des Lumières (Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne, 1791, un pastiche de la déclaration écrite quelques années auparavant, alors qu’on n’employait pas le terme «citoyenne», ou la femme comme agent politique; Mary Wollstonecraft, A Vindication of the Rights of Women, 1792).

La première vague de pensée et de lutte féministe a eu lieu entre les années 1840 et 1920.

La seconde vague

La seconde vague s’amorce dans les années 1960 dans le contete du mouvement des droits civiques des États-Unis. C’est aussi l’époque d’un mouvement qui critique l’entrée en guerre par les États-Unis au Vietnam.

Distinction entre le sexe (attribut biologique, inévitable) et le genre (construction sociale), le fait d’être homme ou femme en société. Il peut y avoir différentes constructions sociales du genre, selon les pratiques.

Dans la seconde vague, critique de la représentation de la femme comme personne qui vit essentiellement au sein du foyer et dont la tâche principale est de s’occuper des hommes et des enfants. Représentation à la télévision de la femme comme «animal domestique».

Projet : abolit le genre (non le sexe; bien comprendre l’enjeu). Construire une représentation universelle de la femme comme personne qui dispose des mêmes capacités que les hommes.

Le sexe d’une personne ne devrait pas influencer son niveau de participation à la vie familiale, professionnelle et politique de la société.

La seconde vague mène au développement d’une lutte contre la pornographie violente, dégradante ou déshumanisante. La possession de pornographie violente peut être associée au féminisme de seconde vague. Ce ne sont pas tous les féministes qui sont d’accord avec ces thèses du féminisme de seconde vague.

La troisième vague

Pas complètement défini, très présent dans le milieu universitaire. Influencée par le post-modernisme, elle regroupe des auteures qui se sont opposées, à partir du début des années 1990, à la construction de toute représentation essentialiste ou universelle.

Toute définition de la féminité fait nécessairement violence à la diversité des expériences de la féminité vécues par les femmes et les force à se conformer à un modèle unique de féminité.

Le genre n’est pas une caractéristique, mais une performance : on ne naît pas homme ou femme, on joue homme ou femme. On accepte socialement de se présenter comme homme ou femme.

Pour J. Butler, on devrait avoir le choix d’accepter ou non le rôle social. Les comportements normés (acceptés par la société) ne conviennent pas à tous; on devrait pouvoir s’approprier les comportements qui nous conviennent, quitte à adopter des comportements subversifs.

Afin de contester les représentations sociales essentialisantes de ce qu’est une femme ou un homme, on peut se livrer à des pratiques subvertissant les stéréotypes de genre. La pornographie non normée peut être vu par certaines féministes comme un acte de contestation.

Certaines féministes se revendiquant de la troisième vague en sont venues à critiquer le mouvement anti-pornographie.

Une typologie de la pensée politique et juridique féministe contemporaine

4 catégories principales :

Écueil : ne considérer qu’il n’y a qu’un seul féminisme. Il y a plutôt différents types de féminisme.

Le féminisme libéral

Vise avant tout à faire bénéficier aux femmes des mêmes droit que les hommes et de la même liberté que les hommes dans le choix du type de vie qu’elles veulent mener, ainsi que du même pouvoir politique que les hommes. Critique de la distinction entre la sphère publique et la sphère privée, qui favorise la domination des hommes sur les femmes au sein du foyer (violence physique et sexuelle; travail domestique à la charge des femmes).

Le féminisme radical

Réflexion sur l’origine de la domination des hommes sur les femmes : les hommes se servent de la sexualité pour «réifier» (objectify, objectifier, se représenter comme une chose, un objet) ou déshumaniser les femmes, assurant ainsi leur domination (viol, harcèlement sexuel, pornographie sont tous des moyens employés par les hommes pour assurer leur domination).

MacKinnon : la sexualité est le terreau de la domination des hommes sur les femmes, que la société et les lois ne font qu’institutionnaliser et protéger.

Le féminisme de la différence

S’appuie sur l’idée qu’il existe une différence naturelle entre la personnalité des hommes et des femmes et que nous devrions plutôt revaloriser les traits de personnalité des femmes (ex. la gentillesse, soins, etc.) qui ont toujours été dévalorisés d’un point de vue historique.

A mené au développement de l’éthique du care, qui met l’accent sur les caractéristiques comme l’empathie et la bienviellance, qui seraient naturellement possédées par les femmes (Ex. Gilligan, In a Different Voice, 1982).

Souvent critiqué comme discours essentialiste. Construire les femmes d’une certaine manière. Discours qui a tué le féminisme de la différence.

Le féminisme de la diversité

S’oppose à l’idée que nous devrions chercher à définir une identité féministe universelle sous prétexte qu’il existe une diversité irréductible d’expériences de la féminité. Encourage l’expression des féminités et des sexualités alternatives à travers des pratiques qui bouleversent les représentations des femmes et hommes «normaux» (y compris la pornographie).

Un homme qui est devenu femme ne pourra être entièrement femme en raison de son expérience lacunaire (expérience d’être élevé comme jeune fille).

Un exemple de fémimisme libéral : Susan Moller Okin

Okin part du constat qu’il existe toujours de nombreuses inégalités de genre au sein de la société américaine. On peut relever au moins trois types d’inégalités entre les sexes :

Selon elle, ces inégalités tirent leur origine du fait que les relations qui existent entre les hommes et les femmes au sein de la famille sont foncièrement injustes, mais qu’elles sont souvent considérées comme étant normales. La construction du genre, qui légitime les injustices, a essentiellement lieu au sein de la famille.

Source des inégalités : la famille.

La distinction entre sphère publique et sphère privée, mène la société à considérer que la famille n’est pas un espace politique et que la justice n’est pas un concept qui doit s’y appliquer.

Une famille vertueuse est une famille juste.

On tend à considérer que la famille n’est pas un espace politique. Cela a deux effets pernicieux selon Okin :

Exemples de réformes juridiques et politiques proposées par Okin :

Un exemple de féminisme radical : Catharine MacKinnon

Selon MacKinnon, la subordination sociale, politique et économique des femmes trouve son origine dans la construction sociale des rapports sexuels entre les hommes et les femmes.

Les femmes sont socialement désavantagées dans le contrôle de l’accèes sexuel à leur corps par la socialisation et les coutumes qui le dépeignent comme un objet disponible pour l’usage sexuel des hommes.

Le genre apparaît comme la forme figée de la sexualisation des inégalités entre les hommes et les femmes […].

Constat controversé de MacKinnon : la sexualité masculine semble activée par la violence faite aux femmes. La sexualité hétérosexuelle est au désavantage des femmes, construite sur des rapports de domination.

MacKinnon considère que la société contribue à la subordination et l’oppression des femmes en présentant la domination des hommes sur les femmes comme une chose légitime et ordinaire.

Le droit rend la domination invisible ou pire, transforme les inégalités sociales en inégalités légales.

Les hommes créent, interprètent et appliquent le droit. Il légtime leur comportement dominateur tout en empêchant les femmes de le contester efficacement. «Le droit voit et traite les femmes de la même manière que les hommes voient et traitent les femmes.»

Eex. de problèmes légaux témoignant de la domination masculine :

MacKinnon fait le rapprochement entre domination dans la sphère privée et la pornographie violente.

Pourtant, le discours de MacKinnon n’est pas un discours pessimiste : elle critique l’idée marxiste que le droit reflète inévitablement les intérêts de la classe dominante.

Perspectives féministes sur la pornographie

Les femmes peuvent, en militant en faveur de la mise en place d’un ensemble de mesures légales, se servir du droit pour combattre la domination.

La défaite légale du projet de loi sur lequel a travaillé MacKinnon dans les années 1980 visant à criminaliser la pornographie (projet de loi jugé anticonstitutionnel) a contribué à essouffler le mouvement du féminisme radical.

Définition de la pornographie selon MacKinnon : «la subordination sexuellement explicite des femmes à travers des images et/ou des mots.»

Selon MacKinnon et les féministes influencées par son approche, la pornographie est souvent violente. Lorsque c’est le cas, elle (4 points) :

En ce sens, on pourrait considérer que la pornographie porte préjudice aux femmes, individuellement et en tant que groupe.

Objections aux discours féministes contre la pornographie :

R. Dworkin, libéral conviancu, défendra explicitement la pornographie.

Féminisme, pornographie et philosophie du langage

Après l’échec de la loi municipale contre la pornographie d’Indianapolis, le mouvement féministe contre la pornographie a connu un déclin rapide.

Aujourd’hui, pourtant, certaines féministes influencées par la philosophie analytique du langage (Rae Langton; Jennifer Horsby) cherchent à redonner force à l’objection de MacKinnon selon laquelle la pornographie «réduit les femmes au silence».

Thèse de base : la signification des actes de langages (speech acts) ont une force illocutoire (signification) qui dépend souvent du contexte dans lequel ils sont exprimés (Austin). Si le contexte est modifié, les actes de langage peuvent devenir inefficaces.

Ex. «Oui, je le veux» (impact performatif de changer les relations sociales, dépend du contexte – ne fonctionne pas si on est seul chez soi); «Whites only» (dans les années 1950, cela signifierait clairement que les Noirs ne sont pas admis; aujourd’hui, cette inscription sur une machine à laver aurait une signification toute autre et sans impact social).

Les féministes influencées par la philosophie du langage d’Austin affirment que la pornographie réduit les femmes au silence non pas au sens où elle empêche les femmes de parler, mais dans la mesure où elle diminue la probabilité que ces actes de langage soient efficaces.

Ex. l’acte de drague comme influence de la pornographie. Refuser les avances sexuelles d’un homme devient plus difficile, dire non dans le contexte de drague peut ne pas être interprété comme un vrai «non». Plus difficile pour les femmes de se faire prendre au sérieux, à cause de la consommation de la pornographie (où on voit des femmes refuser les avances sexuellse d’un homme, puis y succomber et y prendre plaisir).

En ce sens, la pornographie prive les actes de langage des femmes de leur effet habituel et renforce les codes sociaux qui mènent les hommes à systématiquement mal interpréter et à avoir de faux avis sur la parole des femmes.

Étude de cas : R. c. Butler (1992)

Donald Victor Butler est propriétaire d’un club vidéo situé sur la rue principale de Winnipeg.

Butler est accusé de posséder et de distribuer du matériel obscène, c equi est illégal selon l’article 163 du Code criminel du Canada.

Butler est jugé coupable par la Cour d’appel du Manitoba.

La Cour suprême du Canada dit décider si les lois portant sur la corruption des moeurs et l’obscénité contenues dans le Code criminel sont compatibles avec la protection constitutionnelle de la liberté d’expression.

Deux articles de la Charte canaidenne des droits et libertés :

Se référer à une «norme sociale de tolérance» (ce que le Canadien ou la Canadienne moyen jugerait acceptable pour un(e) autre Canadien(ne) de visionner). Ne passerait pas le test si la pornographie cause préudice aux femmes en tant que groupe.

La pornographie peut être divisée en trois catégories :

Examen final

Réponses courtes (8) (20 points sur 100)

Quelques vrai/faux

Choix de 2 parmi 4 quesitions (40 points par question).

Relire ses notes.

Capacité à développer une réflexion critique.

Aucune question ne porte sur un cas spécifique. Les cas peuvent être utilisées pour répondre aux questions.

Les questions portent plutôt sur les théories (au lieu des cas en tant que tels).

Que veut dire telle affirmation (dans le cadre de telle théorie)? Partie de synthèse. Expressions utilisées dans le cours, dont la signification n’est pas immédiatement saisissable (notions du cours).

Qu’est-ce que le droit …?

Discuter d’une objection

Discuter d’argments mobilisés pour justifier une argumentation précise.