Michael Dummett : Que connaît-on lorsqu’on connaît un langage?

Introduction

Michael Dummett (1920-2011) était connu pour ses travaux en philosophie du langage, sur la logique et les mathématiques. Héritage de Frege. A contribué au « tournant linguistique » : la philosophie du langage comme philosophie première (et non la métaphysique).

Savoir-que et savoir-faire

2 types de savoirs :

Débat sur la nature de la relation entre savoir théroque et savoir-faire :

A.Différentes sortes de savoir

On ne peut simplement connaître une lange en lisant un ouvrage des règles de cette lange (ex. Grévisse). ==La connaissance d’une langue passe nécessairement par la pratique.==

Introduire une forme de « savoir » est redondant car ne permet pas de rendre compte d’une habileté.

Savoir faire, c’est être effectivement capable de le faire.

Disposition : propriété (1) en puissance ou (2) en acte (actualisé). On ne cesse pas d’être un grand violoniste parce qu’on n’est pas en train de jouer. Même chose pour le langage : on ne cesse pas d’être locuteur/maîtrisant le langage lorsqu’on n’écrit pas.

Objection : certaines dispositions sont relativement innées, mais la plupart sont apprises par la pratique (savoir-faire), acquises.

Ex. Jouer de la guitare

  1. Savoir comment faire (lire la musique, comment est fait l’instrument…)
  2. Effectivement jouer correctement (jugement de valeur)
  3. parce qu’on dispose d’un savoir-faire (acquis par l’expérience) qu’on met en pratique pendant qu’on joue

B. Propriété de ce savoir-faire?

Conscient, et mis en application de manière intentionnelle.

Distinction entre ce qui est intentionnel et réussi (effectivement réalisé).

On doit savoir ce qu’on est en train de faire; intention de signification (il faut comprendre ce que l’on dit).

Illustration : faire un alexandrin/rimes sans le savoir/non intentionnellement. Le vrai poètes le fait intentionnellement.

C.Connaissance explicite vs connaissance implicite

L’apprentissage d’une lange commence en l’entendant. Les enfants n’ont pas encore passé par le Grévisse pour parler français.

 …conaissance qui se dévoile en partie par la manifestation de la capacité pratique, et en partie par une promptitude à reconnaître qu’une formulation de ce qui est connu est correcte lorsqu’elle est présentée.

(p. 223)

c’est en forgeant que l’ont devient forgeron

— Aristote, Éthique à Nicomaque

Ex. Essayer d’écrire des formes possibles d’un mot et reconnaître la bonne (développement/dévelopement/dévelopment/etc.).

Ex. Vers qui accroche en poésie.

Même sans connaître la règle, on sait ce qui est correct (pourquoi? mystère de la langue…). Incapable de l’expliciter. connaissance implicite

Quelqu’un dispose d’une connaissance/savoir-faire car capacité de reconnaître lorsque l’on fait une faute (et quand c’est correct).

On peut tenter de déduire une règle par soi-même, mais on ne sera jamais sûr à moins d’avoir une confirmation extérieure.

« Une personne ne suit pas seulement les règles sans savoir ce qu’elel fait : ces règles la guident. »

Qu’est-ce que suivre une règle?

— Wittgenstein

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas conscience des règles que l’on n’est pas guidé par elles.

Ex. jeu d’échecs : apprendre par essai/erreurs, inférer les règles par déduction.

Savoir parler

Intentionalité : propriété des énoncés à renvoyer à quelque chose (ex. table → [vraie table]).

La tâche principale du philosophe du langage est d’expliquer ce qu’est la signification, autrement dit ce qui fait qu’un langage est un langage.

A. Hypothèse expressiviste

Manière de concevoir la pensée, le langage, le monde.

Pensée (traduire)--> Langage (se rapporte)--> Monde

Primauté de la pensée sur le langage.

Deux personnes A et B parlent une même langue peuvent se comprendre car le langage n’est qu’un code qui permet d’extérioriser les pensées.

A traduit sa pensée (interne, privée) en mots (externes, publiques) B « interprète » ces mots et les traduit dans son propre idiome mentale

Ambiguïtés par écrit. Malentendus.

Selon cette hypothèse, nous avons besoin du langage seulement parce que nous ne possédons pas la faculté de télépathie, c’est-à-dire la transmission directe des pensées.

Pensées et usage des concepts pourraient se développer indépendamment de la maîtrise d’un langage.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément (Boileau)

Locke :

Objections à l’hypothèse expressiviste

1ère objection : sur le plan épistémologique, on n’a pas les moyens de séparer la capacité de maîtriser un concept de la capacité à l’exprimer dans un langage.

Explicatif :

Qu’est-ce que cela veut dire que maîtriser un concept?

L’attribution de la maîtrise d’un concept se fait toujours à la 3e personne.

Utiliser les concepts+bien les utiliser.

Puisque nous n’avons accès qu’au langage, qu’est-ce qui nous justifie à attribuer des états mentaux à quelqu’un ou quelque chose qui ne les utiliserait jamais?

Maîtriser un concept : utilisation concrète (connaissance du concept).

On ne peut déduire la maîtrise (compréhension/connaissance) du concept que par le langage.

Maîtriser un concept :

«cheval» > cheval > cheval [entité mentale]

Expression de la pensée réflexive.

Argument de Descartes contre l’idée que les animaux disposeraient d’un « véritable » langage, car n’expriment jamais ce qui traduiraient en eux l’existence d’une pensée.

Les êtres dépourvus de langage sont dépourvus de pensée.

2e objection : se représenter la maîtrise du langage comme celle d’un code ne fait que repousser le problème.

Fonctionne pour l’acquisition et la maîtrise d’une langue seconde, mais on présuppose alors déjà la maîtrise de la langue maternelle.

Or il est possible de traduire une langue vers l’autre sans en connaître aucune! (ex. Searle)

Qu’en est-il de la langue maternelle?

Comment acquiert-on ce langage mental? Comment arrive-t-on à associer des concepts à des mots?

Exemple : qu’est-ce que saisir le concept de carré? On ne peut pas entrer dans l’esprit du locuteur. La preuve de maîtrise du mot est dans « l’application correcte », d’être capable de l’utiliser.

Alternative wittgensteinienne : le langage comme « véhicule » de la pensée.

Problème de l’ineffable : incapacité à exprimer quelque chose par le langage.

Conséquence : ==pas de philosophie de l’esprit sans philosophie du langage.==

B. Retour à Frege

Thèse selon laquelle l’unité minimale de la signification n’est pas le mot mais la phrase complète « S est P ». HOLISME : holisme de la signification.

On ne déduit pas le sens d’une phrase à partir de la signification individuelle des mots qui la composent; au contraire.

Il y a plus dans le tout que dans la somme des parties.

« S est P » → holisme

Sens d’une phrase (déduit avant)sens des mots (déduit après)

Connaître une théorie de la signification

Connaissance implicite, ou simple habileté pratique?

2 locuteurs s’entendent sur une même théorie de la signification → langage.

Connaissance explicite? Non.

Signification = usage

> Behaviorisme

S --> [?] --> R
    (Searle)

Le langage serait une « habileté technique », une bonne manipulation des signes au bon moment.

Dummett : une description béhavioriste du comportement linguistique sreait insuffisante.

     ----> vrai/faux : Référence
   /
énoncé --> conditions de vérité (sens) :
           correspond au monde

Signification d'un mot

Insuffisance du béhaviorisme

Réponse de Dummett :

Conclusion : il y a bien une part de connaisssance (implicite) au cœur de la maîtrise d’un langage.