Strawson : toute la vérité sur la vérité

La vérité est essentielle à la connaissance – c’est une précondition. On ne peut pas savoir quelque chose qui est faux – c’est une contradiction.

Introduction

Strawson (1919-2000)

Partisan de l’approche de la philosophie du langage ordinaire – le langage porté par tous. (cf. Grice, Austin)

Strawson entretient des suspicions à l’endroit du concept de vérité.

La vérité est un prédicat sémantique. Les choses sont ce qu’elles sont, on s’en fait une représentation.

La valeur d’un état mental dépend de l’état du monde; des «véri-facteurs».

Question : utilise-t-on vraiment le concept de vérité quand on parle? (En dehors de la philo)

En quoi le concept de vérité consiste-t-il?

On dit / peut dire que «La neige est blanche parce que la neige est blanche.»

Approche métaphysique difficile – comment s’assurer qu’elles décrivent correctement le monde?

I. Charybde et Scylla

2 thèses relatives à la vérité, que Strawson juge à la fois séduisantes mais fausses, ou du moins trompeuses :

  1. Thèse frégéenne : assertion vraie → dire que l’assertion est vraie → revient à la même assertion (= la même chose)
  2. Thèse carnapienne

Thèse 1 vraie car nouvelle expression, mais fausse en partie : dire qu’une assertion est vraie, c’est «ne rien faire du tout» (par opposition à l’acte de langage d’Austin).

Thèse 2 vraie, car c’est dire autre chose que répéter l’assertion, mais fausse en partie.

— Les papillons de nuit volent la nuit.

C’est vrai, les papillons de nuit volent la nuit.

II. La vérité et l’acquiescement

Ressources de la théorie des actes de discours (speech acts) → emprunt à Austin (quand dire, c’est faire).

Remet en question l’opposition traditionnelle entre parler et agir, entre celles et ceux qui parlent mais ne font rien; et celles et ceux qui ne disent rien, mais qui agissent.

A.Qu’est-ce qu’un énoncé est performatif?

Austin propose de distinguer deux sortes d’énoncés :

Les énoncés constatifs sont de type vrai/faux
→ ils décrivent un objet, plus ou moins bien formulé.

Ce ne sont pas tous les énoncés qui sont susceptibles d’être vrais/faux (ex. une question).

À quoi un énoncé du type «… est vrai» sert-il? Il n’est pas de type constatif (ne décrit rien) et n’est pas non plus une proposition métalinguistique.

Expression phatique : phrases «inutiles», sans contenu. Néanmoins, de tels énoncés ont une fonction sociale; ils constituent une manière socialement acceptée de faire comprendre quelque chose. Ex. les gros mots (ils ne sont pas utilisés pour leur contenu propositionnel, s’ils en ont un).

B. «Oui», «C’est vrai», «Ditto»

Strawson suggère de comparer l’usage que l’on fait de «C’est vrai» (ou «X est vrai») avec celui que l’on fait de l’expression «Oui».

«Oui» n’est pas une expression constative, susceptible d’être fausse/vraie; «Oui» est une expression performative – mais que permet-elle de faire? → De répondre à une question.

Mais encore?

«X est bleu» ≠ «X est vrai» B(x) ⇒ vrai/faux

«X est vrai» → «Oui», «Ditto», «Idem», pareil…

==Grammaire de surface, mais pas le même type d’énoncé.==

«Oui»
↪ Enquête empirique : dans quelles circonstances utilise-t-on cette expression? Qu’en fait-on?

Oui / C’est vrai / Ditto
→ Exige une occasion linguistique (ex. une question). (1)

→ N’est pas employé de manière métalinguistique pour parler de la question, mais pour y répondre. (2)

III. Différence agir/parler

Le contenu de l’affirmation («Oui») est le même que le contenu de la question. (3)

Comme l’affirme la thèse 1, dire «Oui» revient en un sens à répéter le contenu de l’énoncé de départ.

Mais il ne s’agit pas pour autant du même type d’énoncé : poser une question n’est pas la même chose que répondre à une question.

IV. Généalogie du problème

Quel type de discours réalise-t-on alors quand on dit «Oui», «C’est vrai» ou «Ditto»? (= pareil, Idem)?

Je suis d’accord, j’endosse, j’adhère à ce que vous avez dit et, si vous n’aviez pas dit quelque chose, je ne pourrais pas accomplir ces activités, même si je pourrais faire les affirmations que vous avez faites.

p. 258

Thèse de Strawson, établie sur l’usage effectif des énoncés impliquant «est vrai», «dire X est vrai» ne revient pas à attribuer une propriété à X.

«X est vrai» ressemble à «X est bleu» mais c’est une ressemblance de surface.

==Comment cet abus peut-il être dénoncé?==

En s’intéressant non plus à la grammaire ou à la syntaxe des énoncés, mais à leur usage! C’est toute l’originalité de la philosophie du langage ordinaire et de la pragmatique.

Sémantiquement correct, mais pragmatiquement inadéquat :

— Pouvez-vous baisser le son?

— Oui, je le pourrais

— …

Autres usages de «vrai», distincts :