Austin : Injustice envers les faits

Austin s’intéresse au concept de fait (lien intrinsèque avec la vérité).

Rendre compte par la dimension correspondantiste (mieux que Strawson) du concept de vérité.

Introduction

John Austin (1922-1960)

Principal théoricien de la philosophie du langage ordinaire à Oxford (avec Strawson).

Austin était contre l’approche représentationnaliste du langage (le langage ayant pour seule fonction de représenter le réel).

Le langage a une valeur de vérité (vrai/faux), mais seulement s’il y a acte de langage.

L’affirmation comme acte de discours

Énoncés : traditionnellement «actes de discours» (speech acts); ils sont des contenus de signification.

==«Dire, c’est faire»== (acte de discours)

Énoncés --> fonctions, actions (ex. promettre, ordonner, etc.)

Pour Austin, tous les énoncés ont une fonction déterminée par l’usage que nous en faisons : promettre, ordonner, prier, concéder… Autant de choses que l’on peut faire avec des mots.

Les actes de langage peuvent réussir ou échouer : ce sont les conditions de félicité.

[locuteur sincère, contenu vrai, correspondre à ce qui est décrit/affirmé, normes institutionnelles…]

Acte heureux : acte réussi.

Acte malheureux : acte raté, qui a échoué.

La réussite implique que le locuteur soit dans une certaine situation sociale, état d’esprit, normes institutionnelles.

Ex. promesse, baptême : autorité nécessaire, normes institutionnelles.

Énoncés constatifs (descriptifs) : on ne peut donner son assentiment (CONFIRMER) quelque chose que l’on ne sait pas.

«J’affirme que» : cette partie peut réussir ou échouer.

Dans les conditions de félicité, il y a bien un rapport au monde extérieur.

Un énoncé doit minimalement être vrai pour pouvoir réussir (condition minimale; ne peut réussir si est faux).

Le «vrai» est un sous-ensemble (obligatoire) de l’ensemble des conditions de félicité.

Un «mensonge réussi» est une affirmation ratée.

Les conditions de vérité de ces énoncés appartiennent à leurs conditions de vérité.

Tout énoncé déclaratif n’est pas forcément affirmatif : «le chat est dans le panier» pourrait, selon les circonstances, être un code pour lancer une opération secrète.

Ce n’est que si les conditions pragmatiques d’un énoncé lui fixent pour mission d’affirmer ou décrire quelque chose qu’on pourra le juger comme vrai/faux.

Quelle différence avec Strawson?

Strawson : affirmer l’expression «X est vrai» revient à une certaine attitude du locuteur, ne renvoit pas à une propriété de l’objet ou caractéristique métaphysique.

Problème : c’est une analyse contre-intuitive, qui laisse entendre que vérité et fausseté n’ont finalement rien à voir avec ce que sont les choses, le réel ou les faits.

Parler du réel → parler des faits.

Vérité : énoncé, correspondance, réel (faits)

Pour parler de propriétés, il faut déjà s’entendre sur ce qu’est un fait.

Qu’est-ce qu’un fait? Philosophie du langage et ontologie

A. Faits et contenus propositionnels

Confusion dans le vocabulaire ordinaire de l’ontologie : ==quelle différence entre une chose, une partition du réel, un individu, une situation, un événement, un fait?==

Il existe des personnes, des choses, des propriétés, etc. et quelque chose comme des faits.

Ex. «Socrate est mortel» → fait

Pour Strawson, affirmer «X est vrai» ne revient pas à parler du réel designé par X, mais de l’attitude que le locuteur entretient à l’égard de X (ce à quoi renvoie «X»).

Attitude propositionnelle : ce n’est pas parler de la chose («le chat est sur le tapis»), c’est prendre un certain nombre d’engagements.

RéférenceSensReprésentation
objectifintersubjectifsubjectif
contenu propositionnelcontenu propositionnelcontenu propositionnel

C’est un engagement non à partir du réel, mais de l’énoncé propositionnel.

de dicto : nature linguistique (subjective)

de re : ontologique, les choses qui existent

Perception véridique : je vois X tel que X est vraiment; je le vois directement.

Perception erronée (illusion) : je vois une représentation erronée de X; je le vois indirectement, par le biais d’une représentation fausse.

Décorréler énoncé et signification, car toujours par l’intermédiaire de nos sens/perceptions.

énoncé --> [perception] < [x] [y] [z] ...

Selon Strawson, les faits ne sont rien d’autre que des contenus propositionnels. Plus précisément, dire «X est un fait» revient à dire «X est vrai», autrement dit «j’endosse la proposition X».

↪ ==Cette assimilation des faits est inacceptable selon Austin.==

Argument : ne respecte pas la grammaire de «fait» dans le langage ordinaire.

B. Faits et existence

En effet, que disons-nous lorsque nous disons «X eset un fait», par exemple :

«La victoire de D. Trump aux dernières élections américaines est un fait»?

Certes, par cet énoncé, j’endosse la proposition ci-dessus, mais pas seulement. Les conditions de félicité de cet acte de discours qu’est l’affirmation d’une existence supposent que Tump a effectivement gagné les élections.

Engagement ontologique : affirmer que «X est un fait» est un engagement ontologique (de re) : on se prononce sur «les-choses-qui-se-trouvent-dans-le-monde».

X est un fait ⇔ X existe

L’existence n’est pas un prédicat réel (cf. Kant); affirmer que quelque chose existe n’enrichit pas le concept.

objet possible (actuel) d'expérience <-- existence (prédicat réel)

Correspondre aux faits

A. L’injustice contre les faits

Pour Strawson, croire en l’existence de faits, comme celle de vérités, est une erreur qui dérive d’une mauvaise sémantique.

→ Préjugé selon lequel pour qu’un énoncé ait un sens et soit vrai, alors il faut qu’il existe, quelque part, quelque chose qui signifie ou qui y corresponde.

Idéalisme linguistique métaphysique : il n’y a pas de faits (réalité déjà construite, indépendamment de nous).

On ne peut pas accéder au Réel; il est toujours construit.

Fait : «S est P»

Consalité, corrélation, coïncidence.

A → B

C’est de l’accoutumance selon Hume…

Causalité? En fait, c’est une construction sociale. (p. 282)

2 (mauvais) arguments pour cela :

  1. «X correspond aux faits» fonctionnerait de la même manière que «X est vrai» : selon l’analyse proposée par Starwson, aucun de ces énoncés n’affirme quoi que ce soit, ni sur le monde, ni sur le langage.
    Objection d’Austin : dire d’une carte (géographique) qu’elle correspond à la réalité, dire d’un énoncé qu’il correspond au réel? Ce sont là 2 poids, 2 mesures (on l’accepte dans certains cas, injustice)
  2. On peut, sans rien changer à leur signification, utiliser indifféremment 2 expressions : a. «Le chat est sur le tapis est un fait» b. «C’est un fait que le chat est sur le tapis» → Introduire la locution «c’est un fait que» ou «le fait que» ce serait rendre explicite la nature implicitement propositionnelle du soi-disant «fait». Ainsi, «faits» et «significations» seraient la même chose : des contenus propositionnels. Objection d’Austin : on confond alors les choses et leurs représentations! (Idéalisme linguistique et métaphysique à la Bradley : il n’y a pas de faits, que des représentations.) Ce serait une fonction assignée aux énoncés constatifs.

Fait et vérité sont contextuels

↪ Réel fixe intangible Effets du discours, de vérité, des faits

x est vrai / x est un fait : jugement évaluatif. Pragmatiquement : sert les buts pour laquelle elle est faite.

Jeu de langage de la connaissance

(suite objection d’Austin)

Or il y a bien un sens à dire d’une affirmation qu’elle «colle» plus ou moins bien aux faits, au sens où elle peut en rendre compte de manière plus ou moins précise, exacte, grossière, ou rigoureuse.

→ C’est ce que met en évidence notre usage de la locution «correspondre aux faits» : ceci est susceptible de degré, et peut avoir des conditions de félicité différentes selon le contexte.

Strawson :

Les faits et le réel sont des conditions nécessaires (mais non suffisantes) pour une condition de félicité.