Wittgenstein et Strawson

I. Austin : locutoire, illocutoire, perlocutoire

II. Strawson: la signification en 3 dimensions

III. Discussions

Introduction: Wittgenstein et l’usage

«Opérer avec des signes» : les jeux de langage

Traditionnellement, la philosophie a traité le langage comme un instrument de connaissance.

À cet égard, le langage ordinaire est un instrument très imparfait (ambigüité/polysémie des termes, source de confusion et de faux problèmes).

==Il faut fixer le sens des termes.==

Tournant linguistique : le langage comme philosophie première.

Question: Le langage ordinaire ne serait-il pas digne de l’attention des philosophes?.
→ Il le devient à condition qu’on l’envisage pour ce qu’il est : une pratique.

Il n’y aurait qu’un langage qui a retenu l’attention des philosophes : un langage artificiel, parfait, qui pense (par oppositoin au langage populaire/commun, qui ne pense pas…)

Selon Wittgenstein, il faut mettre de côté les arguments infondés qui discréditent le langage populaire, et voir le langage pur ce qu’il est.

Présupposés philosophiques : primauté de la connaissance, articulation entre langage et pensée, «théorie» du langage et de la signification, retour aux choses mêmes.

Parler : opérer avec des signes. Commander, interroger, raconter, bavarder font partie de notre histoire naturelle tout comme marcher, manger, boire, jouer.

Le langage n’a rien d’unique en son genre; ==c’est une pratique comme les autres==.

Il faudra l’étudier de manière empirique.

Thérapie : guérir les problèmes des philosophes, qui a tendance à mettre le langage «en congé». (ex. biologiste qui voudrait étudier/comprendre le vivant en observant des animaux morts.)

Le fonctionnement de la langue de tous les jours lui échappe, parce qu’il l’a constamment sous les yeux.

Implication : ==renoncer à la libido philosophique== pour le général, le systématique et l’exhaustivité. Le langage est bien comme une boîte à outils, dont certains éléments partagent un «air de famille», mais cela ne nous dit rien sur la fonction de chaque outil, ni même qu’ils n’aient quoi que ce soit en commun.

Les outils peuvent avoir un «air de famille» (expression importante chez Strawson), mais ils ne sont pas pour autant identiques.

Le langage n’a pas d’essence.

Le langage relève d’une praxis, d’un usage.

==Les règles ne sont pas fixées==; elles sont de nature largement conventionnelle, artificielle; ce sont des normes.

La seule chose qui s’offre à nos yeux, quand nous considérons un cas particulier d’énoncé dans un langage ordinaire, c’est l’usage qui en est fait.

Le langage, c’est avant tout quelque chose que l’on fait, avant d’être relié à une pensée.

Problème : que faire face à la multiplicité indéfinie des usages?

→ Doit-on conclure que la signification d’un énoncé est toujours indéterminée?

Opérer sur les signes : les jeux de langage

Jeux de langage :

Ce sont des manières plus simples que celles dont nous utilisons les signes de notre langage au quotidien, qui est extrêmement plus compliqué. ==Les jeux de langage sont les formes de langage par lesquelles un enfant commence à utiliser les mots.== L’étude des jeux de langage est l’étude des formes primitives du langage, ou de langages primitifs.

Strawson (p. 53)

Permet de mettre en évidence le caractère «régulier» des différentes activités linguistiques : raconter quelque chose, spéculer sur l’avenir, faire une hypothèse, donner un ordre, faire une plaisanterie, etc.

→ On apprend par l’observation; on infère des règles du jeu (ex. jeu de go) en regardant les joueurs jouer (correctement).

Limite de la métaphore : il n’existerait pas un système de règles strict et défini, qui s’appliquerait à chaque type de jeu de langage, mais attire au moins l’attention sur le caractère conventionnel de ce type d’activité humaine.

Impossible de déterminer ce qui fait des jeux de langage des phénomènes relevant effectivement du langage.

L’intuition «air de famile» n’est pas strict et définie (association libre d’idées). Impossible de dire ce que les choses ont en commun.

Grammaire (d’un terme, d’un énoncé) :
ensemble (toujours flou et indéterminé) des usages que l’on peut faire de ce terme/expression.

Où est-ce que l’autorité intervient? (Autorité : parentale, experts, force gouvernementale, institution, etc.)

Dans quel jeu de langage se situe-t-on dans une situation donnée? (Autorité)

Délibérément floue!

Conséquence : ce n’est pas la signification qui détermine l’usage, mais l’usage qui détermine la signification, de manière cependant non systématique. (les usages évoluent ou ne sont pas nécessairement biaisés.)

Relation de signification

1) mots ↔ monde

2) mots ↔ pensées, événements mentaux

Wittgenstein : la signification est déterminée/fixée par l’usage. → communication

Langage privé : si on arrive à se constituer un langage qu’on est seul à parler, on peut se représenter du monde, etc.

Selon Wittgenstein, ce n’est pas du langage, car le langage doit nécessairement être public/partagé.

Austin : énoncés :

On peut sans difficulté transformer un énoncé constatif en ajoutant «J’affirme que…» devant cet énoncé. Alors, la distinction est mince entre les 2 types, voire peu ou pas pertinente… (cf. John Searle)

Austin :

  1. Contenu locutoire : ce qui est dit
  2. Force illocutoire : type d’acte de discours (prière, ordre, excuse…)
  3. Effet perlocutoire : réussite ou échec de l’acte illocutoire. Produit effets espérés.

Mêmes les énoncés constatifs sont soumis à des critères de réussite/échec : les conditions de félicité (réussite, échec).

3 dimensions de la signification

Strawson énonce les 3 dimensions de la signification :

  1. Signification A : signification linguistique.
  2. Signification B : signification linguistique référentielle.
  3. Signification C : signification complète (acte de langage réalisé).

Relation de sommation entre les significations :

S1 + S2 + S3

Indicaux déictiques : varient selon le contexte (ex. «je», «tu», «là», «maintenant», etc.)

Va, ==je== ne ==te== hais point.

(Chimène à Rodrigue)

↪ On comprend de cet énoncé, dans son contexte, que Chimène aime Rodrigue passionément.

«Un carré n’est pas un triangle»

Contexte :

Il est sorti en claquant la porte

↪ À quoi fait-on référence? Pronom anaphorique.

Marie juge l’enfant coupable.

↪ Ambigüité syntaxique et sémantique (un terme avec 2 significations différents).

J’aime Offenbach

↪ Groupe québécois vs compositeur allemand.

Les règles générales (jeux de langage) s’associent aux éléments de contexte qui ont des effets sur la signification. ==Il faut saisir ces éléments de contexte pour comprendre la véritable signification!==

Problème : les éléments de contexte sont impossibles à maîtriser!

Contexte → spécificité de la langue ordinaire (communication).

Il est très prudent

↪ Cet énoncé peut être vu comme un éloge ou comme un blâme (pointilleux). Cela est impossible à déterminer. Ce n’est pas un défaut du locuteur, mais une ignorance de la signification.

Problème : qu’est-ce que voulait dire le locuteur? ↪ Intention de signification.

Pour comprendre la signification, il faut être juste envers les faits (usage!) Cela fait référence aux 3 dimensions de la signification de Strawson (Signification A, Signification B, Signification C).

Répertoire général et exhaustif (Strawson) : on n’a pas de répertoire exhaustif. Ce répertoire donnerait le sens de tout énoncé.

Signification

⤷ Usage ⤴

Il n’y a pas d’hiérarchie entre la signification et l’usage; ==mais remettons l’usage en premier==.

Il y a une tension entre la Signification B et la Signification C; ambiguïté.

Ex. :

Ex. (Philippe Labroue) :

«L’opacité référentielle»

(idée vue avec Quine)

Smith espère que votre frère soit élu.

(Smith souhaite vous communiquer…)

On n’a pas d’autre choix que de se tourner vers les intentions de signification. Le problème, c’est que c’est difficile de distinguer ce que cette personne pense et ce qu’elle dit.

  1. Nature des propositions. Propositions au sens d’une pensée (cf. Frege); contenu. Vérité → raisonnement.
  2. Usage et signification. Rien ne nous assure qu’une personne ait les mêmes représentations que nous (même si nous le voulons, en utilisant les mêmes mots, cf. Locke).
  3. Langage et communication (expression). On ne peut négliger le fait que le langage est une institution sociale. Il y a toujours une volonté de communication. Les énoncés doivent pouvoir être intelligibles pour tout le monde.