John Searle : Qu’est-ce qu’un acte de langage?

Au début du texte, Searle reprend la classification d’Austin pour la signification. (locutoire, illocutoire, perlocutoire)

Illocutoire → faire

Perlocutoire → effets

Searle se concentre sur la force illocutoire des énoncés.

Qu’est-ce que les actes illocutoires ont en commun? Pour pouvoir arriver à une définition de l’acte de langage.

Liste d’actes illocutoires (p. 266) :

→ Importance de la dimension communicative (pour s’exprimer, élaborer des états du monde, fiction…) mais nous utlisons le langage pour être compris par notre interlocuteur.

Maîtriser un langage implique de se faire comprendre (pas de fautes grossières de logique, syntaxe, etc.)

I. Dire et ne rien dire

Comment savoir si on a affaire ou non à un geste de communication?

a. Une fumée s’échappe de la cheminée du chalet

b. Une fumée blanche s’échappe de la cheminée de la Chapelle Sixtine (Habemus Papan!)

Signification naturelle :

Phénomène → cause
Fumée → feu
Causal!

Thèse :

La production du token de la phrase dans certaines conditions est l’acte illocutoire, et l’acte illocutoire est l’unité minimale de la communication linguistique.

(p. 266)

Distinction type/token : le type auquel appartient un énoncé est la classe abstraite dont cet énoncé, quand il est effectivement prononcé ou écrit, est une occurrence concrète.

Ex. poisson d’avril (classe abstraite) renvoie à plusieurs poissons d’avril (occurrences concrètes), l’April Fools en anglais (autre occurrence concrète)…

Le contenu de l’énoncé peut être saisi au niveau du «type», mias il n’y a de communication que s’il y a locuteur → interlocuteur.

Argument :

Acte v geste :

Distinction entre signe et ce qui n’est pas toujours facile à faire.

Différence? Dans le 2e cas, je prête une intention à la source de production du phénomène : celui-ci n’a pas été produit par la source en jeu…

II. Quelles règles?

Problème : qu’est-ce qui distingue les actes illocutoires des autres sortes d’actes intentionnels (ex. prendre une marche)?

⇒ «accomplir des actes illocutoires, c’est s’engager dans une forme de comportement gouvernée par des règles» (p. 267)

Quelles sont alors les règles en question? Qu’ont-elles de spécifique par rapport aux règles d’un jeu comme le soccer?

Problème : de telles règles peuvent-elles être identifiées, au moins de manière approximative?

Difficulté déjà soulignée par Wittgenstein et reprise par Kripke.

Paradoxe des règles : étant donné un comportement, il est en fait impossible de savoir quelle règle il suit exactement. Si donc la signification d’un énoncé est fonction de son usage, mais qu’on ne peut jamais rapporter cet usage à une règle, alors la signification ne peut jamais être déterminée.

Cet ensemble de règles ne peut jamais être déterminé.

Comment savoir qu’un comportement appartient aux règles?

Pour un Comportement A, une infinité de règles possibles peuvent régir/expliquer l’Obéissance B associée!

Idée : il y a toujours un ordre sous-jacent; une règle sous-jacente.

(ex. pour un ensemble de points donné, il y a toujours une règle mathématique qui permet de faire passer une courbe par ces points)

Règle de l’addition (+)

Règle de la qu’addition ([+]) : en partie une addition, mais avec une restriction sur la somme (et donc qui force la valeur d’un terme de l’équation).

→ Kripkenstein et la quaddition

De manière générale, ==tout comportement peut être interprété comme l’application d’une infinité de règles différentes==.

Retour à Searle (p. 268) : aucun philosophe n’a jamais donné la formulation un tant soit peu adéquate des règles d’usage, ne serait-ce que d’une expression (cf. Strawson).

Consternés par cet échec, certains ont rejeté l’idée que la signification soit une affaire de règles.

Searle : ce scepticisme est prématuré et résulte de la confusion entre deux types de règles : règles constitutives et règles régulatives.

Il existe une variété de règles, séparables en 2 catégories selon Searle (ex. une règle spécifiquement linguistique) :

Attention aux ressemblances de surface :

Toutes les règles ne s’expriment pas sous forme d’impératifs/devoirs.

Problème : les règles régulatives, comme les règles constitutives, peuvent être énoncées sous la forme d’impératifs… ou non.

En fait, de nombreuses règles constitutives ne se présentent pas sous la forme d’impératifs, mais de définitions du type :

X vaut comme Y

Ex. Une lettre placée sur une case «mot compte triple» au Scrabble.

Erreur : se représenter les règles sous la forme impérative exclusivement.
⇒ Conduit à croire qu’il n’existe que des règles régulatives.
⇒ Ne permet pas d’apercevoir qu’il existe des règles constitutives.

Dès lors :

  1. On ne comprend pas comment le fait de réaliser un acte de langage (comme la promesse) peut créer une obligation («Je promets que…» n’a pas la forme d’un impératif)
  2. On est confronté à la variété infinie des règles régulatives, sans saisir le caractère déterminé des règles constitutives.

⇒ Solution au paradoxe de Kripkenstein et au scepticisme

Infinité de règles régulatives : Comment faire une promesse?
→ Nombre fini de règles constitutives

Quelles règles? (Hypo)thèses de Searle :

Les efforts pour établir les règles de l’acte illocutoire [sont] une sorte de test de l’hypothèse selon laquelle des règles constitutives sous-tendent les actes de langage.

III. Intermezo : actes de langage et contenu propositionnel

Nécessité de faire la distinction entre le type d’acte de langage (force illocutoire) et le contenu sur lequel il porte.

  1. John va-t-il sortir de la pièce?
  2. John va sortir de la pièce.
  3. John, sors de la pièce.
  4. Que John sorte de la pièce.
  5. Si John sort de la pièce, je sors aussi.

⇒ Un seul contenu propositionnel commun (même référence, John, à qui on attribue la même propriété, sortir) mais cinq actes de langage différents.

Question, assertion, hypothèse, espérer, craindre… → → → Contenu propositionnel

Fait : chose à laquelle on fait référence.

Cependant, ce ne sont pas tous les actes illocutoires qui ont un contenu propositionnel («Hourra», «Aïe», «Tigidou», etc.)

IV. Dire et vouloir dire

Quand sait-on que l’on a affaire à du langage et pas seulement à du bruit ou des tâches?

⇒ En général, on considère que les bruits ou tâches perçus relèvent d’un langage, car ils ont une signification;

⇒ Dans ce cas, on considère également que la personne qui a produit les sons ou les tâches voulait dire ou signifier quelque chose.

Un énoncé n’a pas de sens en lui-même, mais n’a de sens que par l’intention de signification.

Problème (p. 275) :

Mais en quoi consiste le fait de signifier quelque chose par ce qu’on dit et en quoi consiste le fait d’avoir une signification?

⇒ Recours à la proposition de Grice :

Dire de A qu’il veut dire quelque chose par X, c’est dire que A avait l’intention que l’énonciation de X produise un certain effet sur un auditeur qui reconnaît cette intention.

Relation signification/intention (CENTRALE pour la notion d’acte de langage)

⇒ Rend compte du caractère central pour le langage, de la dimension de communication.

Mais alors, quelle différence entre obtenir un effet sur l’auditeur par un énoncé, plutôt que par d’autres types d’actes?

On peut s’habiller, parler, faire comme les Français (attitudes comportementales : intention de signification plus difficile à établir…)

Par contraste avec :

«Je suis français» (clair); l’intention de signification est claire, car de nature linguistique.

Problème : on ne peut pas s’en tenir à l’analyse de Grice. Ne permet pas de distinguer les effets illocutoires des effets perlocutoires, ni de saisir leur lien avec la signification. Ne permet pas de saisir le lien entre produire un énoncé doué de signification et suivre des règles.

Contre-exemple à la théorie de la signification de Grice :

Cas du prisonnier américain capturé par les troupes italiennes : essaie de paraître allemand en disant quelque chose en allemand → produire un certain effet (faire croire qu’il est allemand).

Requisit : les auditeurs doivent saisir mon intention (dire que je suis allemand).

Objection : je ne peux pas communiquer cette intention avec cet énoncé. Celui-ci n’est pas un instrument adéquat pour permettre de reconnaître mon intention de signification.

Intention de signification --> Règles constitutives
                                      ^
                                      |
                                  auditeurs

Énoncé x --> règles conventionnelles de sens

p. 278 :

Ce que nous pouvons signifier est fonction de ce que nous disons. La signification n’est pas qu’une question d’intention, c’est aussi une question de convention.

Conclusion : dans notre analyse des actes illocutoires, nous devons prendre en compte à la fois les aspects intentionnels et conventionnels, et notamment les relations qu’ils entretiennent entre eux. (p. 279)

V. Qu’est-ce que promettre?

Quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes pour réaliser un acte qui consiste à promettre en énonçant une phrase donnée?

Enquête empirique et inductive

→ formulation du joueur qui essaie de comprendre les règles des échecs sans jamais avoir vu les règles formulées

Difficulté : comme beaucoup d’actes de langage, la promesse n’obéit pas à un ensemble de règles strictes (cas limites. contre-exemples possibles…)

Néanmoins, on peut établir l’essentiel des règles constitutives de la promesse.

Qu’est-ce que promettre? La promesse sincère :

  1. Nous avons des conditions d’entrée et de sorties normales.
  2. S’exprime que P en énonçant T.
  3. En exprimant P, S prédique un acte futur A de S.
  4. H préférerait que S fasse A plutôt qu’il ne le fasse pas, et S croit que H préférerait qu’il fasse A plutôt qu’il ne le fasse pas.
  5. Il n’est pas évident à S et H que S ferait A dans le cours ordinaire desévénements.
  6. S entend faire A.
    S ------> T <------ H 
    |    (promesse)  (préférence)
    |         |       [attentes]
engagement    |
    |       social
    |
agir concrètement

Actes illocutoires → intuition, action (à réaliser dans le futur)

Promesse :

Cas d’une promesse non sincère?