Grice : Retour sur la signification

Introduction

Comme Austin et Strawson, Grice insiste sur l’importance du rôle que joue le contexte d’énonciation pour la signification des énoncés.

«3e père» de la philosophie du langage ordinaire.

Originalité : fait une très large place aux phénomènes inférentiels (dimension des «implicatures»).

Encore «jeux de langage» wittgensteiniens, règles non strictes, non écrites.

Les «implicatures»

Différence entre dire :

  1. «C’est une porcherie» → en pointant une baraque à cochons.
  2. «C’est une porcherie» → en pointant la chambre d’adolescent

Il y a une grande différence entre ce qu’on dit et ce qu’on communique.

Le sens des mots ne varie pas; ce sont les implications qui changent.

Implicatures/implications

Implicature : réussite ou échec; type arbitraire, conventionnel.

Implication : relation logique

Ex. le champ lexical relatif aux cochons est souvent péjoratif.

Notre capacité à nous comprendre les uns des autres dépend largement de notre aptitude à saisir les sous-entendus («vous voyez ce que je veux dire…»)

Les maximes de la conversation

Si nous parvenons généralement à «comprendre» le message, c’est parce que la communication est fondamentalement une entreprise collective.

→ Suppose une forme de coordination des partenaires

→ Suppose d’accepter des règles communes

→ Suppose d’être capable de prêter à ses partenaires des pensées et des intuitions.

Tout cela permet de former un ==modèle de communication réussi==.

4 grandes maximes :

«Maximes» de la conversation, et non «règles». Il est possible de les enfreindre : créer des effets de style en jouant sur les attentes des interlocuteurs.

Davantage des principes d’interprétation que des règles de comportement.

Cela suppose que les interlocuteurs soient capables de s’attribuer des états mentaux (intentions de signification).

À la différence de la théorie des actes de langage d’Austin, la pragmatique de Grice prévoit les cas de transgression des règles (et déception des attentes de l’interlocuteur) :

Trois genres de correspondance

Le triangle des Bermudes : relations mystérieuses entre les trois pôles énoncés par Grice. On peut voir qu’ils correspondent, mais il est difficile d’articuler leur relations internes.

Approche de type transcendantal (vs descriptive).

Ce qui nous intéresse : conditions de possibilité.

Connotation évolutionniste (dans le texte) : le langage doit fonctionner, car il s’est perpétué et nous l’utilisons encore.

États mentaux → fonction.

Énoncés (épisodes de signification) → fonction.

Philosophie qui n’est pas dénuée de valeur.

Langage : pourquoi utile et avantageux?

p. 299

Inférence (mais pas une explication 100% fondée) à la meilleure explication : il faut postuler un certain nombre de correspondances entre le réel, la pensée et le langage.

      Monde
        /\
       /  \
      /    \
     /      \
    /        \
Pensée ---- Langage

L’existence de telles correspondances est requise ou désirable pour expliquer le comportement observable des créatures douées d’intentionalité.

a.Correspondance psychologique

Modèle d’explication du passage du premier au deuxième état.

1ère loi psychologique : lien entre l’objet et l’activité et les croyances du sujet.

Pour tout objet X, pour toute caractéristique F, et pour toute activité A.

  1. Croit que X est X
  2. croit que
  3. a faim
  4. alors veut X, veut le manger [A]

2e loi : psycho-physique

États mentaux, mais aussi actions.

==Pourquoi avons-nous besoin des deux lois?==

On tâche d’expliquer un comportement réussi, qui bénéficie à l’agent en satisfaisant ses désirs.

Condition de succès implique :

  1. Croyances de l’agent sont vraies;
  2. Que les désirs puissent effectivement être satisfaits.
D + C + Intention => action

États conatifs (le monde tel qu’on voudrait qu’il soit);
croyances (états cognitifs, le monde tel qu’il est) → faire changer le monde

L’action ne sera réussie que si elle est appropriée, mais surtout en fonction de ce qu’on croit être le succès.

Pourquoi avons-nous besoin des lois?

→ Pour que le comportement soit une réussite, il faut que les croyances de C correspondent aux faits, et que les états conatifs (désirs, volontés, intentions) soient possibles.

3e loi psychologique (implicite?)

L’agent, s’i veut comprendre son propre comportement, doit :

a. prendre conscience des relations de correspondance entre états mentaux et le réel

b. prendre conscience que les états mentaux sont utiles et désirables

«Accrochage» de la pensée à la réalité

b. La correspondance intentionnelle

C’est socialement + biologiquement avantageux (utile!) de savoir/pouvoir communiquer.

Correspondance entre pensée et langage : utile, désirable. (possibilité de comprendre + se faire comprendre).

c. Bilan et perspectives

.

      Monde
        /\
       /  \ 
      /    \ directe -- lien avec théorie de
     /      \           la signif. naturelle
    /        \
Pensée ---- Langage

Intuition de départ : la vérité des énoncés serait le résultat de l’adéquation des croyances avec les faits.

Thèse de Grice : ==ce serait l’inverse!==

C’est parce que les énoncés sont vrais (correspondent au réel, à l’état du monde) que les pensées (croyances) sont vraies.

Énoncés <=> réel
  |          /
  v         /
Pensées  <-*
(croyances)

Argument épistémologique

Réponse à la difficulté qu’il y a à donner une définition générale de ce qu’est une croyance vraie :

Une croyance est vraie si et seulement si son objet P est lui-même vrai.

↪ Mais alors se heurte au problème classique de généralisation existentielle.

Ce qu’on essaye de définir ne correspond pas aux faits.

Différence entre certains états mentaux (ex. croyances) et connaissances.

États, relations psychologiques : croyance (croire) → pas suffisant pour que quelque chose existe.

Une connaissance implique l’existence (S sait que P…)

États, relations matériels (non intentionnels) : être plus grand que → Intentionnalité (à propos de, vouloir dire que)

Un objet matériel n’a pas en soi une signification; c’est parce que j’ai une intentionnalité que je l’enveloppe d’une signification.

Intentionnalité → est-elle une relation?


X pense à Y → P(x, y)

X parle à Y → Pl(x, y)

L’existence d’une relation suppose-t-elle l’existence des termes?

X parle à Y → Vraie ⇒ X et Y existent


Ici, la relation implique l’existence des termes (relata : X, Y) qui sont mis en relation. On ne peut parler à quelqu’un qui n’existe pas (et quelqu’un qui n’existe pas ne peut pas parler…)

Généralisation existentielle?

⇒ Pas applicable dans le cas des relations intentionnelles (contexte opaque) : X pense à Y; X croit que P (Y est à Québec) vs contexte transparent

Dans un contexte transparent, l’objet intentionnel est le contenu de la croyance.

X pense à Y
          ^---- Y: contenu de la croyance

Intentionalité

Relation :

→ Quasi-relation

Autre propriété remarquable des énoncés intentionnels ou psychologiques : ne satisfont pas le principe de substitution salva veritate des expressions co-référentielles.

Si deux concepts ont la même extension (ex. «être Bruce Wayne» et «être Batman») alors on peut les substituer l’un à l’autre dans un énoncé sans en changer la valeur de vérité.

Si l’expression «Ceci est Bruce Wayne» est vrai, alros «Ceci est Batman» est vrai, et réciproquement (idem si l’énoncé est faux).

Substitution des concepts co-référentiels

«S est P»
«S est Q»

Si la proposition P est «célibataire», on substitue un concept Q qui a la même extension, comme «personnes non mariées».

Principe de substitution salvatrice veritate des expressions co-référentielles → la vérité est (normalement) préservée dans la substitution.

P = être Bruce Wayne
Q = être Batman

Contrairement aux pensées, les énoncés peuvent se tenir dans les relations non intentionnelles avec les faits (car ils sont, au moins en partie, des objets naturels, localisés dans le temps et l’espace).

Alors qu’on ne peut définir en général les conditions dans lesquelles une croyance est vraie (non-respect des principes de généralisation existentielle) et de substitution salva veritate des expressions co-référentielles, on peut définir en général les conditions dans lesquelles un énoncé est vrai.

Énoncé <=> Monde

La correspondance entre les pensées et le monde est première.

Naturalisation de l’intentionnalité : comment rendre compte de la vérité/signification? → sémantique évolutionniste Rendre compte de ses propriétés intentionnelles

Ruth Millikan : téléo-sémantique.

Nos états psychologiques n’ont rien de miraculeux; c’est simplement le résultat de l’évolution, par sélection naturelle.

Théorie très biologisante.

Pour Grice, la vision téléo-sémantique (biologique) occulte la rationalité (évaluer actions-pensées).

Ambivalence des verbes «to mean» ou «vouloir dire».

Exemples :

Signification NSignification NN
Naturelle = causaleNon naturelle, conventionnelle

Reflète plus une différence de degré plutôt qu’une différence de nature.

Ex. Douleur ⇒ Aïe

Causalement relié à la douleur

Signification égale à quelqu’un qui s’est cogné le pied. Naturel. Suppose interlocuteur. Mais aussi simplement causal!

«J’ai mal» langage dans lequel on a été élevé.