Hume, De la tragédie

Tout l’art du poète s’emploie à susciter, à entretenir la compassion et l’indignation, l’anxiété et le ressentiment de son public. Car le plaisir du public est en proportion de son affliction; il n’est jamais si heureux que lorsque, pleurant, sanglotant, poussant des cris, il donne libre cours à son affliction et soulage son cœur qui déborde de la sympathie et de la compassion la plus tendre.

L’âme cherche à ==éveiller ses passions== pour échapper à la situation pénible qu’est la langueur, le désœuvrement, l’apathie.

Les menteurs grossissent tout pour plaire à la compagnie, retenir son attention. Le mentenur comme le conteur fait naître des émotions.

La détresse, si désagréable en vrai, est le remède le plus efficace contre l’apathie et la langueur.

Le cœur aime naturellement être remué.

(Fontenelle)

La tragédie agite les passions, bouscule l’équilibre; contre l’apathie, le statu quo.

Monsieur de Fontenelle : plaisir et douleur sont des sentiments différents, mais pas tellement dans leur cause. La douleur, la souffrance résulte dans un « mouvement du plaisir poussé un peu trop loin  ».

Savoir qu’un malheur est une fiction répare tout de suite l’affliction ressentie; on se console rapidement en se rappelant que c’est une fiction.

Rappel : la tragédie est une imitation, et l’imitation est toujours agréable en soi.

La nouveauté, en soi, est agréable à l’âme. La nouveauté renforce l’effet des passions, qu’elles soient douloureuses ou agréables.

Autre stratégie pour émouvoir : « retarder adroitement » le moment du dévoilement, en piquant préalablement la curiosité du spectateur. Susciter, piquer la curiosité.

L’éloquence joue un rôle majeur dans la communication des passions, dans la façon d’émouvoir, de faire mouvoir les émotions.

Les sentiments contraires ne peuvent exister l’un sans l’autre : l’amour n’existe qu’avec une certaine dose de jalousie.

Inversion du plaisir : passion subordonnée qui devient dominante. Cela arrive dans la vie commune : « trop de jalousie étient l’amour; trop d’obstacle rend indifférent; trop de maladie et d’infirmité dans un enfant dégoûte les parents au cœur dur et égoïste ».

L’impatience accroît une passion subordonnée en une passion dominante. Une action subite, trop choquante, d’une grande violence sanglante, ne s’apaise pas en plaisir.