Esthétique de la littérature

Esthétique ou philosophie de la littérature?

Difficile de se rabattre sur un consus moral (éthique).

Esthétique en philosophie : le choix de faire ou non appel à des œuvres littéraires (par exemple).

« Éthique de la littérature »

(Titre un peu provocateur) Éthique au sens des « pouvoirs ».

Est-ce qu’il est vrai de dire qu’une pièce tragique (Antigone, Shakespear), un roman, l’enseignement sentimental de Flaubert un film, un série de télévision, peut nous apporter des connaissances? Quelles sont les connaissances que la littérature spécifiquement peut nous apporter?

A-t-on besoin de la littérature, à quoi sert-elle, etc.?

Laisser de côté une ontologie, une épistémologie de la littérature, ua profit d’une « esthétique » de la littérature.

Nous n’entrerons pas dans la définition d’une œuvre, l’existence des personnages, le statut d’un auteur, etc.

Que peut la littérature?

(Les pouvoirs de la littérature)

Inquiétude, préoccupation : la perte d’importance de la littérature dans notre culture, et éventuellement le péril qui la guette (disparition de la littérature). Attaques souvent portées à la pertinence de la littérature dans la formation et dans l’enseignement (en général).

Cette inquiétude s’applique à d’autres modes d’expression (par opposition à la « culture numérique », ce qui est véhiculé par le numérique, notamment l’audio-visuel).

Les sciences sociales nous rendraient-elles plus équipés pour comprendre le monde, apprendre l’histoire, nous ouvrir à l’autre, etc.?

Différences de popularité dans les inscriptions scolaires (XIXe siècle : arts et littérature; XXe siècle : sciences).

L’opposition est toujours forte entre sciences naturelles et sciences humaines.

Beardsley : autonomisme. La beauté trouve sa valeur en elle-même, elle n’a pas besoin d’être comparée à quoi que ce soit d’autre. La beauté est en quelque sorte une valeur en elle-même.

Identité historiuqe : (cf. Pierre Jourdes) la littérature a contribué à former ce que nous sommes, par la tradition littéraire (culture du goût). C’est en partie par la littérature que nous apprenons ce que nous sommes, collectivement et historiquement. La littérature comme véhicule d’identité historique.

Empathie : la littérature nous donne accès à l’autre (ouverture). L’argument va loin et consiste à dire que nous développons l’empathie par la littérature. La littérature est un instrument, sans lequel, d’une certaine manière, l’ouverture à l’autre serait incomplète. La littérature façonne l’empathie, car c’est par quoi nous sortons de nous-mêmes.

La littérature a une façon de nous faire sentir autrement, de sentir les autres. (D’autres vies comme la mienne Emmanuel Carrer) Comprendre à quoi ça ressemble, d’être quelque chose autre que nous-mêmes?

Or, l’empathie est depuis quelques décennies la capacité/faculté morale par excellence.

Complexité : la distanciation qui la caractérise permet d’opérer un retour sur le réel en prenant conscience de sa complexité. La littérature est essentiellement liée à la complexité, c’est-à-dire aussi le caractère indécidable des événements (éthique) : perplexité. La littérature, c’est la conscience de la complexité du monde, et donc de son indécidabilité. La littérature, c’est le regard qui complexifie, et non le regard qui prévoit d’avance.

La littérature (et la philosophie, ainsi que les arts) élargit notre perception, élargit nos nuances. Bergson : l’art vise à nous montrer […] des choses qui ne frappaient pas explicitement notre conscience. La littérature fonctionne comme un révélateur (comme une photographie dans un bain chimique, qui se révèle; révélation de ce qui était là). Bergson ajoute : à mesure que les poètes nous parlent, des nuances d’émotions apparaissent, des nuances qui étaient là mais qui nous étaient invisible. Le processus de révélation serait l’art.

Résistance : résistance dans la langue. La littérature a aussi pour tâche de combattre la langue lorsqu’elle nous oblige, nous force à quelque chose.

Le véritable accès à soi-même : comprendre qui nous sommes. L’équivalent contemporain de la vie examinée de Platon (une vie non examinée ne vaut pas la peine d’être vécue). La littérature est le lieu du vrai « moi ». Identité narrative.

Expérimentalisme moral : Jourdes note que la littérature a eu sa part d’inhumanité. Elle heurte nos intuitions morales. La force des auteurs est d’explorer cette part glauque, cette part inhumaine de nous-mêmes.

En résumé :

Plusieurs conceptions de la littérature, et un auteur peut en présenter plusieurs non exclusivement (c’est ce que fait Pierre Jourdes).

Il n’y a rien que la littérature possède réellement en propre (sauf peut-être la beauté naturelle, la beauté des formes naturelles, ce qui peut néanmoins se rattacher à l’autonomisme).

Si la littérature existe, c’est parce qu’elle a des fonctions. Elle doit bien avoir un discours à nous livrer.

Toutes les capacités énoncées ci-haut (autonomisme, empathie, etc.) peuvent être atteintes par d’autres pratiques, autres que la littérature.

Rapports philosophie et littérature

4 grands rapports :

Philosophie de la littérature

Prendre le sens objectif du génitif : la philosophie est l’objet de la littérature.

Philosophie comme littérature

La philosophie s’exprime par le discours littéraire. Elle s’inspire de la rhétorique, du discours. La philosophie utilise des dispositifs fictionnels pour penser, par exemple les expériences de pensée.

Rhétorique philosophique.

Philosophie par la littérature

Philosophique de la littérature <sujet>, d’aprèa la littérature

Philosophie littéraire

Herméneutique de la littérature

Critique spéculative, l’appropriation philosophique d’une œuvre (lecture d’un auteur par un autre, ou l’expression de la propre pensée de celui-ci?).

Qu’est-ce que l’esthétique de la littérature?

La littérature est une poésie d’une part, mais une poésie qui ne passe pas par les concepts. Liaisons qui ne sont pas conceptuelles.

Certaine forme d’expérience, ou de propriété (propriété esthétique). Le terme va se généraliser à partir du XVIIIe siècle : une propriété est esthétique lorqu’elle produit une certaine forme d’intensité, suscite une émotion suffisamment forte.

La philosophie de l’art est tout simplement une application de l’esthétique en général.

4 niveaux :

Quels sont les principaux objets de la philosophie de la littérature?

Dans les traditions allemande et française, il est très difficile de savoir ce qu’est la philosophie de la littérature, d’avoir un savoir véritablement partagé. Ce sont surtout des entreprises individuelles.

Il y a un quasi-consensus sur les questoins de base :

Littérature?

Qu’est-ce que la littérature?

Le mot littérature ne va pas de soi : problème d’extension du concept (jusqu’où s’étend le concept?). Il y a toujours des éléments en périphérie que l’on peut faire entrer dans lui. Qu’est-ce qu’on inclut dans le concept?

Au XVIIe siècle, la littérature c’est être cultivé, être savant. Les pratiques esthétiques relèvent des Belles Lettres (poésie, philosophie dans une certaine mesure, éloquence).

Pratique des genres littéraires : il y a plus de genres philosophiques que de genres littéraires.

2 manières d’indexer un texte littéraire (cf. Genette) : œuvres constitutives et œuvres conditionnelles. Une fois qu’une œuvre a été déclarée comme constitutivement littéraire, il est difficile de l’en arracher.