Le beau et le sublime : l’éducation esthétique chez F. Schiller

Schiller est né en 1759, mort en 1805. Médecin de formation; la médecine joue un grand rôle dans sa pensée.

Pose la question de l’âme et le corps.

E. Platner : nouvelle anthropologie philosophique

Accord de la raison et de la sensibilité : thème au premier plan de Schiller dans ses études de médecine. Jouera un rôle important dans le développement de son esthétique.

La beauté apparaît de plus en plus comme une tension entre le réel et le réel insatisfaisable. Sorte de nostalgie. La modernité est une perte des temps anciens (Grèce Antique). Que fait-on de cette scission?

C’est par la liberté politique que l’on va opérer la liberté esthétique.

unité/scission/réconciliation

L’art chez Schiller est une puissance de réconciliation. L’art est le dépositaire de la mémoire de cette unité et le lieu de la promesse de son rétablissement. L’art est à la fois vestige et promesse (Les artistes, 1789).

Schiller va complexifier le schéma :

Chez Schiller, il y a beaucoup de contradictions; pas de pensée cohérente. Beaucoup d’hésitation. Nostalgie de la Grèce, optimisme des Lumières.

Grâce et dignité

Rencontre Goethe en 1794; l’une des grandes amitiés de la littérature. Débats entre le kantisme de Schiller et le spinozisme/panthéisme de Goethe.

Kant : l’affirmation de la dignité humaine (liberté + volonté), qui est irréductible à notre vérité sensible. Pour Schiller, la tâche ultime, c’est de surpasser la dualité humaine. Kant creuse cette dualité. Schiller reste profondément habité par l’humanité grecque.

Ce qui est important, c’est l’accord entre la tendance sensible et la raison. Schiller utilise les outils de Kant, mais avec une nostalgie grecque.

Oscillation permanente entre deux modèles : un modèle dualiste de la nature humaine et un modèle « intégratif ».

Contrairement à Kant, Schiller . Est-ce que la liberté esthétique peut remédier à l’esthétique morale? Comment civilise-t-on un être humain de manière à porter l’ensemble des dispositions (épanouissement) à l’état de contrainte? Promotion de la loi morale.

Schiller : la liberté esthétique comme disposition nécessaire pour atteindre la liberté morale.

Choc de 2 morales chez Schiller, de 2 conceptions de la vie morale :

Dans les Lettres, Schiller a le projet de réunifier ces 2 tendances.

L’éducation esthétique et ses limites (1793-1794)

L’unité des mœurs esthétiques

Schiller le sentiment peut sentiment de la beauté sans nécessairement engendrer un comportement véritablement moral.

La culture esthétique est une adjuvante à la vertu; un aide, une assistante à la vertu. Ce n’est pas une composante de la moralité; ce n’est pas une composante de l’usage moral de la volonté, mais une aide. Aide en affermissant la volonté (moyen de promotion de la volonté) ou inhibition des penchants sensibles qui vont à l’encontre de la volonté morale.

Schiller : la prmière possibilité est interdite; on ne peut pas raffermir la volonté. Mais on peut supprimer les résistances au bien par le développement du goût.

Tout ce qui permet de discipliner les affects violents et de cultiver les inclinations plus douces. Idée (XVIIIe siècle) du raffinement de la sensibilité. Par le beau, on peut en venir à raffiner nos inclinations. On peut effectivement développer ces inclinations qui contribuent à la beauté, et qui s’apparentent (en quelque sort) à la vertu.

Est-ce qu’on rend les individus plus moraux? La sensibilité raffinée n’offre qu’une transition problématique à la morale. Schiller conteste l’idée que la pure sentimentalité puisse nous mettre sur la bonne voie, mais position en faveur du raffinement du goût. Connaît les limites.

Il peut y avoir une déchéance morale. Schiller rappelle que ne permet pas à une transition vers la véritable morale; dans les meilleurs cas, elle coïncide. On peut par le biais de l’inclination sensible se rapprocher, mais non devenir bon par elle.

Il y a un risque de corrompre la moralité intérieure : métaphore du contrat. La sensibilité pénètre la raison, puis finit par l’emporter totalement.

La question du sublime

Le beau et le sublime. La culture esthétiqe des dispositions humaines :

La culture esthétique ne peut atteindre son plein déploiement, son plein achèvement, qu’après l’entendement de la moralité de l’individu.

Culture du goût : entendement/moralité/sublime

Le goût au sens large incluerait le beau, le sublime. Il s’agit d’intégrer le sublime dans l’éducation et la culture esthétique comme telle.

Schiller affirme le caractère spécifique : toutes les choses doivent, l’homme est l’être qui veut.

L’être humain est un être limité et ressent fréquemment des contraintes. Opposition entre « contrainte physique » (Müssen) et volonté.

Civilisation matérielle vs civilisation morale : la spécificité humaine consiste à affirmer notre force morale, en nous soumettant naturellement à elle.

Ce qui intéresse Schiller, c’est bien sûr la civilisation morale et non la civilisation matérielle/technique.

Comment la culture esthétique contribue-t-elle à cette culture morale? Elle contribue par le beau d’abord, et par le sublime ensuite. Les sentiments de la beauté suffisent jusqu’à un certain point à nous rendre indépendant de la nature en tant que puissance. Nous devenons, en quelque sorte, indépendants de la nature, en tant que puissance qui s’exerce sur la volonté.

Nous avons encore besoin que la beauté existe et se manifeste. Schiller fait remarquer la fragilité des belles âmes enoblies par la beauté. Quelle est cette fragilité? Le simple « beau » n’est pas suffisant à nous mener à notre destination intelligente.

Nous avons deux génies qui nous accompagnent dans notre civilisation : un sentiment du beau et un sentiment du sublime. Cependant, cette force esthétique n’est pas suffisante pour nous faire échapper aux lois de la nature.

Le sentiment du sublime consiste à nous arracher au monde sensible, à avoir la sensation d’échapper à nos inclinations sensibles et de nous sentir au-dessus d’elles.

L’éducation par le sublime doit compléter l’éducation du beau.

La culture esthétique profite de son retard.

sublime

L’histoire est une source de pathétique (idée rationnelle : grande source de sublime). C’est un sublime dans l’art.

Le rôle de l’éducation par le biais de l’art est une école d’autonomie; c’est ce par quoi une autonomie devient une sorte d’aptitude. Permet à l’âme de forger son indépendance.

Le pathétique est une inoculation du pathétique inéluctable; on s’habitue au destin.

On ne voit pas bien comment on peut unifier les pôles de l’expérience esthétique (qui finissent par retomber chacun de leur côté).

La force de l’art, c’est de jouer avec les apparences. L’art est une concentration uniquement dirigée vers l’esprit. Il y a une supériorité de l’art sur la nature.

Schiller est une sorte de réformiste libéral : libertés maximales de chaque individu. Cependant, n’est pas révolutionnaire, n’est pas partisan de la révolution française.

Schiller est réformiste dans la mesure où la réforme politique passe par une réforme morale des individus.

Grand thème des Lettres : la disposition esthétique est une condition préalable à notre développement véritable. Seule les considérations esthétiques peuvent nous amener à faire de grandes choses.

Le concept de beauté, chez Schiller, englobe le beau et le sublime.

Plan général des Lettres : 1ère partie, lettres 1 à 9. Adresse directe au prince. En vue de quoi faut-il considérer l’évolution esthétique des êtres humains.

Barbarie chez Schiller : lorsque les principes rationnels détruisent la nature.

Le risque de toute révolution (hâtive) est de passer par la barbarie. C’est pourquoi il faut différer la révolution de l’État par la transformation des individus.

1ère partie des Lettres : le contexte politique

N’y a-t-il pas des choses plus importantes pour édifier l’individu?

C’est par la beauté politique que l’on s’achemine à la liberté.

Tout est affaire de culture humaine; déployer dans le contexte de la liberté. Toute l’affaire est de déployer l’ensemble de l’activité humaine. On le fait en passant par l’intermède de la beauté esthétique.

Le grand problème de la philosophie de l’histoire (chez Kant), c’est de savoir comment on articule la liberté naturelle avec la liberté morale. Comment passe-t-on par l’action de la nature à l’action de la volonté? Comment passe-t-on des règles physiques à l’organisation morale de la société?

Problème : changement trop rapide, trop violent.

La raison a aboli l’état de nature en lui substituant violemment un état moral. Sacrifier l’homme physique à l’homme moral. Idée d’une violence de la raison. Terrain qui n’est pas prêt. Le caractère moral doit préalablement être prêt. (Voir plus loin: transition de l’état physique à l’état moral par un 3e état intermédiaire : l’état esthétique.)

Métaphore de l’état organique : organisme dans lequel les parties existent pour le tout, et le tout existe pour toutes les parties. Harmonie du tout avec les parties. C’est la tâche que doit s’imposer le réformateur politique.

Les peuples doivent s’écarter de la nature.

NatureEntendementRaison
Modèle grecScissionUnité

Le modèle grec unit tout, alros que le modèle moderne de l’entendement dissocie tout. Schiller associe cela au mécanisme moderne.

Tout mouvement politique doit partir de l’enoblissement du caractère.

L’artiste est ce par quoi on aspire à l’idéal; l’artiste met en place une aspiration à l’idéal. L’artiste permet l’unification.

L’être humain moderne est tombé dans 2 extrêmes : sauvagerie et affaissement moral. La beauté devrait nous permettre de revenir de ce double égarement.

Ensauvagement des classes inférieures vs égoïstes raffinés (politesse).

Dans les deux cas, on se soumet à des inclinations sensibles.

Sauvage du raffinement vs Barbare révoutionaire

La nature humaine serait comme toujours divisée en 2 :

Les 2 instincts ont besoin d’être limités l’un par l’autre, et non tyranisés l’un par l’autre.

L’idée de notre humanité c’est la réciprocité d’action de nos deux instincts.

Peut-on imaginer un troisième instinct? (Il n’y a pas de 3e tendance possible)

Ce troisième instinct, c’est l’instinct de jeu : entre-limitation des deux premiers instincts.

Le concept transcendantal de beauté est entre l’imitation libre des deux tendances.

Réalisation achevée de l’humanité de l’homme.

Le jeu ne vient pas déprécier la beauté; au contraire, le jeu c’est ce qui rend l’humain complet.

Ce n’est ni grâce ni dignité qui sont ensemble. Déduit du concept d’humanité de Schiller. Il faut partir du concept d’humanité pour comprendre ce qu’est la beauté.

Concept transcendantal vs concept expérimental de beauté. La beauté pure serait à la fois apaisante et énergique; dans les faits, la culture est toujours soit apaisante, soit énergique. Dans l’expérience, la beauté se scinde dans l’une ou dans l’autre des directions.

Principe d’unité : la beauté pure est apaisante et énergique. Elle ne pourra jamais empêcher une certaine forme de sauvagerie, ou une forme de dureté morale.

La seule beauté énergique tend trop, tandis que la beauté apaisante risque de causer de la mollesse.

L’éducation esthétique sera une tâche constamment à ajuster, dépendamment du caractère que l’on veut.

Les Lettres sur la beauté esthétique favorise la beauté apaisante. Pourquoi? Schiller dit au prince qu’il a besoin de raffiner les inclinations de ses sujets; il a besoin de partir de la nature pour que la nature se mette en accord avec les exigences de la morale. Cela explique pourquoi la beauté apaisante aurait plus d’importance que la beauté énergique.

3e partie

L’être humain ne peut pas, comme espèce, passer d’un état physique à un état moral. (Il doit donc passer par un intermédiaire : un état esthétique.)

Besoins
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État physique -> état esthétique -> Morale

Nature - Beauté - Volonté
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 Raison, entendement

Le problème de l’État moderne est de se réduire à une gestion utilitariste des besoins. Dans tous les cas, nous avons besoin de cette transition esthétique.

Le problème de l’être humain, ce n’est pas d’être capable, mais de prendre des décisions volontaires.

Schiller a tendance à se déplacer vers une disposition esthétique anthropologique, au niveau de la nature elle-même. Lorsque l’on regarde l’espèce humaine, commence déjà dans le domaine de la sensibilité. C’est comme si le passage à l’esthétique à partir de l’état sensible de l’être humain n’est pas un phénomène volontaire (au niveau individuel) mais un phénomène anthropologique.

Théorie qui accorde une importance énorme à l’art et à la poésie dans la transformation de la société humaine.