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Devoir – LIT1430 Questions de méthode en études littéraires

Directives :
Vous devez répondre à même ce fichier. Vous devez répondre à chacune des questions suivantes. Chaque réponse sera d’une longueur d’environ 1-2 page (double interligne). Il n’est pas obligatoire que votre réponse comporte de citations, bien que vous puissiez le faire.

Date de remise : 6 avril

(SVP, envoyez votre fichier, en format .doc ou .pdf, à mes deux adresses courriels : gaudreault.marc@uqam.ca et gaudreault.marc99@gmail.com ).

Question 1

Dans l’histoire littéraire, le concept de catharsis a été investi par les penseurs de l’Antiquité avant d’être repris par Sigmund Freud. Définissez ce concept en fonction de ces deux approches.

La catharsis, d’abord théorisée par Aristote, renvoie à la libération des passions, de la charge émotionnelle chez le spectateur (en particulier lors d’une pièce de théâtre). Elle survient lorsque le spectateur s’identifie à l’action représentée sur scène; c’est donc le lieu d’une communion, d’un sentiment partagé par l’auditoire, sans lequel la «libération» cathartique ne pourrait avoir lieu.

La catharsis chez Freud renvoie également à une «décharge émotionnelle», cependant entendue davantage comme une purge qu’une identification spectatoriale. Cette catharsis est libératrice d’un poids émotionnel, dont la relâche permet d’éviter le développement d’une pathologie, celle-ci étant causée par l’«accumulation» de tels affects. Freud attribue à la catharsis une propriété thérapeutique, alors qu’elle relève plutôt d’un effet de spectature pour Aristote.

Question 2

Selon Roman Jakobson, quelles sont les fonctions du langage, et quels sont leurs pendants dans son schéma de la communication? Définissez chaque terme.

Roman Jakobson définit six axes d’utilisation du langage:

Le schéma de la communication selon Jakobson.

Question 3

Quel(s) facteur(s) influence(nt) la légitimité du critique littéraire?

L’expérience de lecture (bagage littéraire du critique lui-même); des éléments extérieurs du texte (ce à quoi renvoie la philologie, qui étudie la transmission et l’histoire des œuvres); l’institution littéraire et ses manifestations dans la société; la reconnaissance par les communautés d’experts (qui représentent eux-mêmes, la majeure partie du temps, des prolongements de l’institution).

Question 4

Quelle est l’importance de se référencer en études littéraires?

Outre les règlements institutionnels concernant le plagiat (pratique consistant à reprendre les idées d’autrui pour s’en attribuer le crédit), le référencement permet de montrer les références théoriques sur lesquelles s’appuie un texte, un raisonnement, une recherche. L’acte de référencer permet non seulement de contextualiser un propos (avec ses influences historiques et bases théoriques), mais également d’en accroître sa crédibilité propre, en montrant que d’autres auteurs ont déjà abordé des sujets connexes, voire similaires, et que la question mérite d’être traitée.

Question 5

À quoi renvoie l’expression « Nouvelle critique »? Élaborez.

La «nouvelle critique» renvoie à une nouvelle tradition critique qui cherche à analyser les textes indépendamment de leur auteur, plutôt en fonction de l’histoire littéraire dont le texte est le produit.

Question 6

À l’aide des notions vues en classe, montrez comment les marxistes en sont venus à se servir de la littérature comme d’un instrument révolutionnaire, et comment, d’une certaine façon, Jean-Paul Sartre s’inscrit dans cette continuité.

Marx propose de traiter la société sous l’équation ternaire thèse-antithèse-synthèse. La division des classes produit une première opposition, celle entre l’aristocratie (thèse) et la bourgeoisie (antithèse) au sein d’un régime commun, le régime capitaliste (synthèse). En considérant la matière transformée par les travailleurs comme source de valeur, Marx propose de reconfigurer les rapports d’opposition dans une nouvelle synthèse qu’est le «matérialisme économique» (système économique de bas en haut, bottom-up), dans laquelle la bourgeoisie (nouvelle thèse) s’oppose au prolétariat (nouvelle antithèse). C’est ainsi, avec les moyens de la littérature – ici, le modèle de la dissertation – que Marx produit le cadre théorique de la lutte des classes.

Sartre, bien que jouissant lui-même d’une extrêment célébrité, cristallise le renversement des rapports entre prolétariat et bourgeoisie à travers l’écriture de ses romans philosophiques, genre antithétique à première vue qui démocratise, en quelque sorte, l’expérience phénoménologique à une échelle inédite parmi les philosophes.

Question 7

À l’aide des notions vues en classe, élaborez sur la question du représenté en fiction et de sa relation avec le réel.

Pour Aristote, la fiction fait œuvre utile comme source d’enseignement, permettant de montrer des actions qu’on ne pourrait pas – ou ne devrait pas – mettre en scène dans la vie réelle. L’imaginaire déployé à travers la littérature permet également d’élargir les rapports au réel, alors que l’expérience empirique à elle seule limite les possibilités, faute de moyens (il est, par exemple, plus aisé et moins onéreux de faire l’expérience du deuil avec une mort fictive qu’en la provoquant pour faire l’expérience directement, avec les seuls moyens du réel).

Question 8

Quels sont les trois axes qui définissent un genre littéraire, et comment ceux-ci participent-ils à l’autonomie d’un genre donné?

Les genres littéraires s’articulent autour de trois axes: le lectorat, la réception et le paratexte. Chaque genre appelle un lectorat qui lui est propre; celui-ci puisera, en fonction des éléments de la tradition, certains codes qui permettent de s’y retrouver et de s’y identifier. Ceux-ci déterminent en retour l’horizon d’attente, lequel conditionne la réception d’une œuvre: correspond-elle à l’horizon d’attente suscité par le genre? Respecte-t-elle les conventions entourant le genre, ou s’en écarte-t-elle? La réception sera plus ou moins positive selon la distance du texte avec son adéquation générique. Le paratexte enfin contribue à créer l’horizon d’attente chez le lecteur en l’informant sur le genre – avec l’inscription littérale sur la page couverture, le contenu du résumé, la publicité entourant l’œuvre ou le discours de la critique à son endroit – si bien qu’on peut toujours aborder un texte avec certaines attentes.

Question 9

Au XIXe siècle, Sainte-Beuve fut le premier critique à parler de « littérature industrielle », alors qu’émergeait, en opposition, la mouvance de l’Art pour l’Art. Montrez comment Pierre Bourdieu a transformé ces notions à travers le concept de champ littéraire.

Bourdieu propose de scinder le champ littéraire en deux sous-champs distincts: celui de la production restreinte (ou véritable) et celui de grande production (ou production élargie). Le premier correspond à la mouvance idéologique de l’Art pour l’Art, s’affranchissant des lois du marché qui orientent la production artistique, par exemple dans le but de plaire au plus grand nombre. Les œuvres sont produites à faible volume, apprécié par les experts et les élites de la société qui lui attribuent un capital symbolique, par opposition au capital économique recherché dans l’industrie de production élargie. Lorsqu’un genre s’autonomise, c’est à travers le champ de production restreinte (sous-champ autonome des contraintes de la société, autant sur le plan économique que le plan esthétique) Le champ de grande production, correspondant à l’industrie culturelle d’Adorno, cherche plutôt à produire des œuvres qui seront consommées par le plus grand nombre, dans une logique strictement marchande. Il est gouverné par un régime économique strict; sa valeur découle directement de sa rentabilité, de sa popularité; un ouvrage qui se vend peu, dans ce sous-champ, n’a qu’une faible valeur. La littérature issue de ce sous-champ ne cherche pas la reconnaissance des classes supérieures; puisqu’elle s’adresse au plus grand nombre possible, elle correspondra davantage à la culture populaire (cristallisé en particulier par le roman-feuilleton ou les histoires publiées dans les journaux).

Question 10

Quelle est l’importance de la représentation lorsqu’il est question de das Unheimliche? Donnez deux exemples différents s’articulant autour des thématiques qu’appelle ce concept. Vos exemples doivent mentionner des œuvres existantes, bien réelles.

L’expression proposée par Freud renvoie à une «inquiétante familiarité» (ou «inquiétante étrangeté», selon la traduction la plus consacrée, mais dépréciée au profit de la première), laquelle traduit un sentiment d’inquiétude et d’angoisse, un malaise, une peur, voire une terreur; cette peur émerge de manière sournoise, voire inexplicable, à partir d’une situation banale du quotidien, si bien que la familiarité elle-même n’est plus rassurante. Le marchand de sable d’Hoffman appelle ce concept de plusieurs façons: à certains moments, il semble y avoir dédoublement, sinon confusion entre les personnages Cornelius et Coppola, qui se succèdent de manière plutôt impromptue à travers une série d’apparitions et de disparitions – ce qui est le propre de la figure du croquemitaine, prêt à surgir à tout moment du placard ou de sous son lit. L’excès de coïncidences – des situations qui, au quotidien, passent pour la plupart inaperçues – ajoute une couche d’étrangeté à l’atmosphère somme toute lugubre du récit. La récente série C’est comme ça que je t’aime1 ne manque d’ailleurs pas de multiplier les quiproquos et les sous-entendus, si bien que les personnages imaginent tour à tour les plus lugubres scénarios à partir d’indices toujours parcellaires, lesquels laissent constamment planer l’ambiguïté entre une intention sanguinaire et un comportement tout à fait normal, que l’imagination serait la seule à faire dérailler.


  1. À voir dès maintenant sur l’Extra tou.tv. (Ads by Google) Retour ↩