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Types de textes

La dissertation

La dissertation dans sa forme antique correspondait à celle qu’on a pratiquée au cégep. Elle repose sur la dialectique. La dissertation vient de la Grèce antique. C’est Xénon D’Élée qui a le premier théorisé le genre, travail poursuivi par Platon et Aristote dans les Topiques.

La scolastique du Moyen Âge s’est beaucoup inspiré des travaux d’Aristote.

La dialectique repose sur l’opposition de deux énoncés, antinomiques – en opposition structurelle. L’auteur oppose les deux propositions pour en faire émerger une troisième, laquelle dépasse le texte et clôt l’opposition. La dialectique se résume à l’expression du triplet thèse-antithèse-synthèse.

A / B --> C

Thèse / Antithèse --> Synthèse

De cette forme dialectique naît en philosophie les couples conceptuels : des binômes de concepts qui sont en éternelle opposition et qui vont alimenter le discours philosophique.

En philosophie, l’opposition principale est celle entre matière et esprit, occupant les philosophes et théologiens pendant des siècles. C’est tout l’objet de la métaphysique.

Traditionnellement, l’esprit (ou l’âme) a toujours eu prépondérance sur la matière.

La religion émerge en garnde partie de cette opposition métaphysique entre esprit et matière (et de la préséance de l’esprit).

Plus tard, avec l’arrivée de Marx, on assiste au renversement de ce couple conceptuel, où la matière serait plus importante que l’esprit. Marx développe son matérialisme à partir de sa lecture de Hegel. Pour Marx, la matière surdétermine l’être humain, puisque la matière est l’environnement. Les idées reigieuses ne font qu’asservir l’esprit.

Pour Marx, la synthèse de cette opposition consiste en une détermination matérielle des conditions socio-économiques de la vie des individus. La classe dominante (la bourgeoisie) exerce alors une emprise significative sur la vie des individus de classe inférieure.

Dans le Capital et dans le Manifeste du parti communiste (co-écrit avec Engels), Marx propose une relecture de l’opposition historique à partir de la division de la société féodale : l’aristocratie (thèse) comme régime dominant s’oppose à la bourgeoisie (antithèse) comme régime inférieur, ce qui mène à un régime capitaliste (synthèse). Le capitalisme est le cadre socio-économique (alors que la démocratie concerne plutôt un cadre législatif).

Le capitaliste détient les moyens de production (comme l’usine), contrôle le marché en fixant des prix inférieurs à leur valeur de marché pour dégager du profit (la plus-value apportée par les travailleurs).

L’idée révolutionnaire de Marx consiste à renverser cette opposition socio-économique : la bourgeoisie devient la thèse, s’opposant au prolétariat devenu antithèse, d’où le communisme comme synthèse. C’est ce qui donne lieu au matérialisme économique : la matière a préséance sur les autres modes d’existence, ce qui traduit un parti pris pour la matière dans l’opposition métaphysique traditionnelle.

Marx nous apprend ainsi que d’une synthèse peut naître une nouvelle opposition.

La dissertation vise à être objective, où l’auteur se réserve de teinter la conclusion (synthèse) de sa propre opinion. En dégageant les différents éléments du débat (qui peuvent être teintés d’opinion), l’auteur cherche à développer une structure logique qui tend à une synthèse objective découlant de l’étalement des arguments (ou preuves).

La source des éléments et exemples cités déterminent la force du propos et la crédibilité du texte dialectique lui-même.

Une bonne dissertation se doit d’être équilibrée entre les différentes propositions. On se gardera par exemple de consacrer la majeure partie à la thèse seule.

La dissertation doit être fluide. Les différentes parties doivent s’enchaîner l’une avec l’autre.

Enfin, la dissertation doit partir d’éléments réels.

Conclusion sur la dissertation

De l’opposiiton entre une thèse et un antithèse émerge une synthèse.

L’antithèse doit être comprise comme une proposition révolutionnaire en regard de la thèse initiale, laquelle renvoie à l’ordre établi. La synthèse se propose comme une forme meilleure, dépassant les deux propositions présentées.

La dissertation est, dans sa forme, plutôt contraignante, et on y a peu recours à l’université. C’est néanmoins une forme de discours très ancienne et qui est encore très présent dans le milieu académique (en particulier au niveau collégial), d’où l’importance d’en connaître la structure.

L’analyse littéraire

L’analyse littéraire constitue la structure la plus courante, voire privilégiée dans les travaux d’études littéraires.

L’idée est d’analyser différents aspects d’un même texte ou d’une même problématique, question de creuser une thèse initiale pour en dégager un sens nouveau, original. On cherche à en montrer tous les tenants et aboutissants. On peut également chercher à en expliciter les composantes principales.

L’analyse littéraire est une forme essentialement informative; c’est donc un texte principalement objectif. Le « je » de la focalisation interne n’y a pas sa place; les sentiments ou l’opinion non plus. (Dans la composition, les traces de sentiment se manifestent le plus souvent à travers les adjectifs et les adverbes; il convient d’y porter attention.)

La formulation au « nous » est acceptée, au sens impersonnel, lorsqu’elle est distante de l’énonciateur; c’est un « nous » général, présupposant l’exclusion du « je » ou « moi » bien personnel. On priviligiera l’emploi de la troisième personne, bien impersonnelle (le « on » par exemple occupe la même fonction que le « nous »).

Une analyse littéraire n’est pas un résumé, et n’a pas à comporter de résumé; on prend pour acquis que le lecteur a lu l’œuvre (sauf mention contraire).

Analyse littéraire comparée

Une analyse littéraire comparée s’étend sur au moins deux œuvres, lesquelles peuvent provenir d’auteurs ou de genres différents. Néanmoins, chaque aspect analysé le sera fait par comparaison.

Il y a deux façons de faire une analyse littéraire comparée :

L’important, c’est de traiter les œuvres selon les mêmes aspects (peu importe l’ordre). Dans tous les cas, il faut qu’il y ait confrontation (comparaison) des deux textes, soit au bilan du développement, soit au bilan de la conclusion.

Structure d’une analyse littéraire

La structure est simple : introduction, développement, conclusion.

L’introduction comporte trois éléments indispensables :

Sujet amené

Le sujet amené doit être délibérément plus large (sans qu’on ne doive revenir aux Grecs à chaque fois). Le sujet amené devrait faire au moins 2-3 phrases. On ne doit pas nommer les œuvres ni les auteurs.

Sujet posé

Le sujet posé devrait tenir en une phrase (ou à peu près). On nomme explicitement les auteurs et les œuvres.

Sujet divisé

Le sujet divisé présente la méthodologie qui sera employée dans le texte et nous informe sur les différentes sections de l’analyse, laquelle devra comporter la même structure. La présentation des aspects prend souvent la forme d’une énumération. On évitera les formulations trop scolaires (premièrement, deuxièmement, troisièmement…).

Dans les publications professionnelles, le sujet divisé tend à disparaître, en partie à cause de sa forme souvent scolaire. Toutefois, à l’université, on est tenu, pour des fins d’évaluation, de respecter tous les éléments de la structure imposée.

L’introduction est une section fondamentale : elle représente la première impression faite au lecteur, préfigurant à ce qui suivra; l’introduction sert à piquer la curiosité du lecteur, ce qui déterminera également comment il poursuivra sa lecture.

Qu’est-ce qu’une bonne introduction?

Une bonne introduction problématise le sujet à l’étude, en circonscrivant les problématiques à l’étude dans le texte.

L’objet du travail consiste en l’interrogation de la problématique (ce qui ne suppose pas nécessairement une formulation interrogative – c’est plus subtile). Le sujet posé rend explicite la problématique, mais il doit être précédé d’une amorce qui la contextualise. On peut exposer la problématique sous la forme d’un paradoxe, par exemple. On tente de vérifier la validité de la question ainsi posée à l’introduction au cours du développement.

Le développement

La réflexion doit couler de manière fluide et logiquement, d’une idée à l’autre, puis d’un aspect à l’autre. On doit pouvoir suivre le fil de la réflexion.

On doit éviter les digressions; mais on doit pouvoir à chaque fois revenir à l’idée principale.

Le lecteur (le professeur) doit avoir l’impression que les idées s’enchaînent et que l’auteur sait où il s’en va; il ne faut pas que le lecteur se sente perdu, comme dans un labyrinthe.

Le développement doit avoir une structure logique interne, cohérente; chaque étape doit être présente pour une raison.

Le texte doit comporter des références appuyées sur le corpus étudié et sur des ouvrages théoriques. On doit comprendre que les propos du texte ne sortent pas d’un chapeau, mais qu’ils sont appuyés par d’autres textes et d’autres auteurs.

Un travail doit comporter des citations et des références.

Une citation doit bonifier le texte, lui donner une assise. On ne cite pas simplement pour citer. Il faut éviter les redites (dire la même chose dans le texte et dans la citation, quitte à créer une note de bas de page).

La conclusion

On pourrait être tenté, après une rédaction substantielle et intense, de négliger la conclusion (par fatigue, notamment).

Une conclusion doit être préférablement rédigée à tête reposée. Elle devrait consister en le moment fort du texte. Ce sont les dernières lignes lues par le lecteur (ou l’évaluateur); elle laisse la dernière impression, qui doit être forte, puisqu’elle reflète l’ensemble du travail.

La conclusion représente la chute du texte, le moment fort (comme c’est le cas dans un film).

Une conclusion comporte une structure, en deux temps :

Le bilan

Reprend les conclusions préliminaires de chaque aspect, mais en les synthétisant pour faire émerger une conclusion plus large. Le bilan doit répondre à la problématique : il doit être écrit à l’aune de l’exposition dans l’introduction, en réponse à la problématique. Le bilan répond aux questions soulevées, avant de mener à l’ouverture.

L’ouverture

L’ouverture est la chute; ce sont les dernièers lignes du texte. C’est souvent la partie la plus difficile à élaborer, dans laquelle on souhaite laisser une impression forte chez le lecteur.

Stratégies :

Attention! La conclusion ne doit pas développer de nouveaux aspects qui n’ont pas été traités dans le texte. La conclusion sert à résumer ce qui a été traité dans le texte.

Une bonne chute permet de dire que l’ensemble du texte a une logique inhérente qui mène nécessairement à ce point final. Il n’est pas facile de faire une bonne conclusion; il faut prendre son temps, se relire plusieurs fois et retravailler la conclusion.

Lorsqu’on est confronté à une conclusion remarquable, celle-ci peut changer la perception de l’ensemble de l’analyse. Il est possible que les éléments présentés dans le développement ne paraissent pas tous parfaitement cohérents, mais une conclusion bien ficelée peut permettre de relier l’ensemble.

Conclusion : toujours fignoler la conclusion.

L’essai

L’essai est le type de texte le plus « élevé » en études littéraires1, mais aussi probablement le plus difficile.

M. Gaudreault aime à dire que c’est le genre suprême en études littéraires. On retrouve aussi l’appellation essai critique ou essai libre.

Montaigne est le père du genre essai.

L’essai, en tant que genre discursif, se distingue de la dissertation avec la présence d’un « je » assumé, mais qui n’est pas tout à fait indissociable de l’auteur – « c’est plus subtile que ça » pour reprendre l’expression de M. Gaudreault.

Robert Vigneault :

Je considère l’essai comme discours argumenté d’un SUJET énonciateur qui interroge et s’approprie le vécu par et dans le langage. (p. 21)


Discours argumenté dis-je pour qualifier l’essai : il s’agit d’indiquer ainsi la spécificité de l’essai littérature d’idées, au sens le plus littéral du mot : littérature faite avec des idées […]. (p. 21)

Vigneault propose l’existence d’un « je », un « je » assumé cependant bien distingué du « moi-je » de l’auteur. On ne doit jamais verser dans une instance d’énonciation académique; on ne cherche pas à proposer une vérité crue et véritable; l’objectif n’est pas d’atteindre une forme d’objectivité scientifique, ce n’est pas ce à quoi aspire l’essai.

L’essai consiste en une juxtaposition d’idées, dont l’enchaînement doit être convainquant. L’essai, comme genre littéraire, verse plutôt dans la rhétorique (comme texte argumentatif, visant à convaincre – sans toutefois chercher à dire des choses fausses).

L’essai est une réflexion d’idées peut être très personnel, au sens strict – la subjectivité est totalement assumée.

On peut invoquer des proverbes, des maximes pour appuyer le « vrai » du texte; on peut tirer des exemples du quotidien, mais aussi des exemples théoriques (structurellement disparates).

On retrouve également de nombreuses digressions dans l’essai, lesquelles représentent pratiquement un passage obligé pour l’essai : on propose de nombreuses réflexions plus ou moins connexes.

L’essai fait aussi appel à des citations.

Tous ces éléments servent à amener de l’eau au moulin, à alimenter la réflexion. Ces éléments, souvent très disparates, ne découlent pas, comme le dit Vigneault, d’une connexion logique, mais sont contigus les uns aux autres, juxtaposés plus que déduits, dans une courte-pointe à la fois hétérogène et cohérente d’idées.

Le billet (comme la chronique ou l’article de blogue) s’inscrit (et se limite) dans une instance du quotidien, alors que l’essai est un tiraillement de longue haleine entre des éléments subjectifs et objectifs.

Le « je » de Vigneault est plutôt un « je » fictionnel : l’essai, en ce sens, se rapproche davantage de la fiction que de la théorie. En ce sens, l’essayiste est un écrivain – ce qui n’est pas le cas d’un théoricien qui ne fait que de la théorie critique, strictement orienté sur la rigueur et la validité scientifiques de son propos.

L’essayiste fait fonctionner sa réflexion à la manière de la philosophie (exploratoire, je dirais) plutôt qu’à celle de la théorie critique. L’essayiste a conscience qu’on peut toujours réfuter son propos, puisqu’il ne jouit pas d’une validité scientifique (ce qu’il ne recherche pas d’ailleurs).

Puisqu’il est question d’opinion et de subjectivité, on peut répondre à un texte par un autre texte de même nature, lui-même influencé par l’essai d’origine.

La structure de l’essai peut ressembler à celle de l’analyse littéraire (voire s’en inspirer), mais cherche le plus souvent à s’en émanciper, puisqu’elle est justement libérée de toute contraintes (c’est particulièrement le cas de l’essai libre).

La meilleure manière de maîtriser l’essai, c’est d’en lire. Les essais de Montaigne représentent en ce sens d’excellents excemples.

L’essai est un genre noble, élevé, mais qui n’est pas propice à toutes les situations (dans les cadres plus formels notamment). L’essai, en raison de sa liberté de contraintes, peut justement donner lieu à de beaux passages littéraires.

Notes


  1. Pourquoi l’essai consiste-t-il en le genre suprême? Retour ↩