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À la recherche de la Métaphysique

Remarques biographiques d’Aristote

Aristote n’est pas un citoyen d’Athènes (il n’y est pas né et n’y est pas mort). Il y est surnommé « le liseur », ce qui préfigure à sa posture d’intellectuel.

Il est d’un aspect physique plutôt faible (maigre, tardif) – ce n’est pas l’homme athlétique comme l’était Platon (grand, large d’épaules, etc.)

On retrouve au Lycée une méthode de classification des savoirs, semblable à celle utilisée par Aristote. Les travaux de recension d’Aristote font de lui le premier historien de la philosophie.

Survol du corpus aristotelicum

On distingue traditionnellement deux sortes d’écrits :

Organon ou instrument préalable à la philosophie

Philosophie théorétique : philosophie seconde ou naturelle

La philosophie théorétique, c’est simplement la philosophie qui aspire à la connaissance pour la connaissance; le savoir pour le plaisir de savoir.

Il y a trois grands savoirs :

Ouvrages :

Philosophie théorétique : philosophie première

La Métaphysique est un recueil artificiel de 14 livres. À ce groupe de textes, on peut ajouter le livre VIII de la Physique.

Philosophie pratique : éthique et politique

L’interprétation évolutive : Aristote élève dissident de Platon

(Hypothèse de lecture)

Références :

Les textes d’Aristote sont écrits de manière remarquablement neutre. On n’a commencé à s’intéresser à l’écriture des textes d’Aristote (l’auteur). En 1891 est exhumé des sables d’Égypte un texte inconnu, La Constitution d’Athènes. Cette découverte attira l’attention sur l’Aristote perdu, et lance l’hypothèse d’une évolution de sa pensée.

Hypothèse de Jaeger : certains textes (fragments d’œuvres perdues ou parties d’œuvres conservées) témoignent d’un idéalisme hérité de Platon ; tandis que d’autres attestent de la répudiation de cet idéalisme au profit d’une pensée positiviste.

Tableau de la vie et des œuvre d’Aristote d’après R-A Gauthier et Y. Jolif

(R-A Gauthier et Y. Jolif, Éth. À Nic., Tome I – Introduction, pp. 62-63)

Première phase : idéalisme et transcendance de l’âme

Dans un premier temps, Aristote adopterait l’anthropologie du *Timée* et des Lois : l’âme est immortelle, elle est composée d’une partie rationnelle et d’une partie irrationnelle, mais l’âme, c’est avant tout la raison ou l’intellect.

Deuxième phase ; instrumentalisme mécaniste

La deuxième phase d’Aristote est davantage tournée vers la biologie. Aristote dissocie toutefois le corps de la pensée (le cerveau n’est d’ailleurs à ses yeux qu’un organe qui sert à réfrigérer le corps).

Troisième phase : hyélomorphisme

L’âme et le corps ne sont pas de nature différente, mais forment une unité substantielle. L’âme est quelque chose du corps, sa forme.

Limites et critiques

Hypothèse séduisante, mais aussi suspecte :

La tentation des génétistes sur ce point a été de juger que le texte le plus ancien est celui qui expose l’opinion la plus proche du platonisme. Mais ce critère constitue, ni plus ni moins, une pétition de principe. Il suppose très précisément ce qu’il faudrait démontrer, savoir qu’Aristote n’a pu défendre une opinion platonicienne qu’à une époque d’immaturité et n’a pu s’opposer à Platon que revenu plus tard de ses égarements. (R. Bodéüs, Aristote. Une philosophie en quête de savoir, Paris, Vrin, 2002, p. 107)

Il y a une codépendance entre le corps et l’âme qui a pour conséquence que ceux-ci ne peuvent être totalement dissociés. L’âme est progressivement naturalisée. Cependant, l’intellect n’est pas naturalisé chez Aristote : l’âme ne vieillit pas, par exemple.

Aristote aurait récusé les formes intelligibles (les formes de Platon) au profit d’une conception « déflationniste », prônant une forme d’« ADN », de « programme génétique » des corps.

Identité et unité de la science recherchée

La métaphysique (qu’Aristote n’appelle jamais ainsi1) est successivement identifiée :

Les sciences exactes chez Aristote doivent rester cloisonnées, limitées, pour produire une connaissance qui n’est valide qu’à l’intérieur de leur champ.

Tensions

Première tension : science « humaine », du moins portant sur le monde sublunaire, ou science divine (E 1 et Λ).

Deuxième tension : même en limitant la question à l’ontologie des substances sensibles, la nature de la « science recherchée » n’est pas claire :

La Métaphysique n’est pas un traité, mais plusieurs traités rassemblés. Le sens même du titre ne va pas de soi (et plusieurs appellations différentes se succèdent). Le sens du mot « méta » n’est lui-même pas clair et univoque. « Métaphysique » pourrait prudemment ne désigner que ce qui vient après la physique. L’enjeu, c’est de savoir si le discours du physicien épuise la réalité. Qu’est-ce que le tout du réel? Le discours physique est-il suffisant à expliquer le monde? (Et sinon, quel est le discours qui l’englobe?)

Troisième tension : la « science recherchée » a en commun avec la dialectique sa transversalité. Comme la science recherchée – la dialectique – se situe en marge du discours scientifique (elle échappe à l’interdit d’intercommunicabilité des sciences), elle pose le problème d’être trop générale.

*En quoi la dialectique est-elle une science recherchée?*

En quoi la science recherchée se distingue-t-elle de la dialectique (en faisant quelque chose que la dialectique ne fait pas déjà)?

On a quand même quelque chose qui se trouve au-delà de la science, peut-être même au-delà des limites humaines?

Notes


  1. On ne mentionnera pas à chaque fois que le terme de « métaphysique » n’est pas d’Aristote. Aussi pourra-t-on employer les guillemets pour parler de la « métaphysique » d’Aristote dans les textes et dissertations de ce cours. Retour ↩