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BROUILLON

Métaphysique de l’être transcendant (E1 et Delta) vs doctrine des entéléchies immanentes (Z-H-Theta)

Qu’est-ce qui mérite le nom d’ousia?

Problème: l’individu est la seule réalité, mais est inconnaissable.

Relecture aristotélicienne de l’ousia platonicienne (individus intelligibles)

Les différents sens d’ousia: ce qui subsiste par soi (kath’ahuto) et l’essence (ti esti)

Le programme du livre Z et les termes de la combinatoire

Élimination de la matière (ou substrat) au titre d’ousia (Z 3): candidat prometteur mais trop précaire

La substance comme quiddité (Z 4-6): premire mouvement

La quiddité est la forme que prend la substance.

La matière est un support de la substance; identifier la matière de quelque chose ne donne pas sa raison d’être. La matière n’est pas attribuable, elle est le support de préducation. La substance est trop déterminée; elle ne peut être de la matière.

La substance comme quiddité (Z 7-9): deuxième mouvement

La quiddité est aussi un processus par lequel passe la matière, pendant lequel elle se transforme par étape.

En médecine, la santé relève d’un ré-équilibrage des humeurs, un cheminement qui mène à la fin qui est la santé; pour comprendre la quiddité de la santé, on remonte par les processus pour la comprendre, par étapes, par le protocole d’actions.

Z 17: Synthèse et nouveau départ

Vers H et Thêta: la quiddité, les choses et les formes: les formes dans les choses

L’aporie de la substance: le divorce du réel et du connaissable?

L’ousia comme composé et l’ousia comme forme ne sont pas la même chose.

Pourquoi ce qui était ousia deutera dans les Catégories devient ousia protè en Métaphysique Z?

CatégoriesMétaphysique, Livre Z
Ousia comme substance: ousia dutera (espèce, genre, soit l’universel)Quiddité: ousia protè logô (1028a32-33). Elle est plus précise que l’ensemble genre + espèce.
Ousia individuelle: ousia protèOusia comme composé (sunolan): ousia malista (principalement) (1032a19-20): l’individu

C’est dans la plurivocité du concept qu’on trouve la réponse à la difficulté.

On cherche à touver une priorité dans l’ousia. Il y a différents sens de l’être: au sein de cette pluralité, un sens est premier par rapport aux autres.

Le sens premier, c’est celui de la substance comme quiddité (il y a d’autres façons de dire la substance).

Ça devient un support pour le changement, permettant de passer du rouge au bleu par exemple.

Difficulté: réalisme empiriste vs théorie de la science qui ne porte que sur l’universel. Tension qui reflète celle entre les critères platoniciens (permanence et intelligibilité) et les critères aristotéliciens.

Distinction

L’ousia (quiddité) de l’ousia (sunolon)

On s’intéresse à la forme qui est d’abord matière; mais ce n’est pas dans la matière que l’on trouve la raison d’être. La matière est trop vague et indéterminée; elle ne comporte donc pas la raison d’être. On n’explique pas ce qu’est une chose simplement en identifiant la matière ou la cause matérielle d’une chose.

Par exemple: la couleur des yeux est un attribut tout à fait accidentel (causalité matérielle qui engendre une couleur, comme le brun ou le bleu), sans pour autant rien dire sur la nature essentielle des yeux.

Expliquer quelque chose par sa matière reivent à donner une explication extrêment pauvre.

Trois questions, au final équivalentes:

La substance est un principe et une cause; elle se traduit en un processus, un protocole. La question est de se demander pourquoi elle appartient à un sujet.

Texte: Métaphysique, Z, 17, 1041a6-32

Ce que l’extrait cherche à résoudre, c’est comment penser le texte comme une cause. Pourquoi une chose appartient-elle à une autre chose? On pose une question, on interroge le rapport de deux choses distinctes: un attribut et un sujet. Par exemple, l’éclipse et la lune ne sont pas la même chose.

La quiddité est une cause irréductible à un rapport de prédication

Question: comment la quiddité pose-t-elle problème alors qu’elle n’impique pas deux choses de nature différente? Pourquoi un homme est un homme? Pourquoi un musicien est-il un musicien?

La quiddité est une cause irréductible, un rapport de prédication. On cherche pourquoi la chose est elle-même. Comment éviter l’écueil de la tautologie? (i.e. l’homme est un homme parce qu’il est homme – petite pique envoyée à Parménide.)

Par exemple: ces matériaux sont une maison, pourquoi ? Parce qu’à ces matériaux appartient la quiddité de la maison. On dira de même que cette chose-ci est un homme, ou plutôt ce corps possédant telle forme est un homme. De sorte que ce que nous recherchons, c’est la cause (c’est-à-dire la forme), en raison de laquelle la matière est quelque chose de défini, et c’est cela qui est la substance de la chose. (Z 17, 1041b5-8)

La quiddité comme forme immanente à la matière

La substance est la forme immanente (to eidos to enon), dont l’union avec la matière constitue ce qu’on appelle la substance composée (hè sunolos ousia) (Z 11, 1037a29-30)

L substance ainsi définie, la forme, est cause pour ce dont elle est la substance (le composé).

Enrichissement de la notion de quiddité: la quiddité n’est plus seulement la limite par-delà laquelle il ne reste plus que le discours accidentel; elle est le principe et cause de ses propres accidents par soi.

Exemple de la maison: la maison est un composé qui se divise en une forme. C’est un abri qui nous protège des intempéries. L’abri (la forme) est composée de briques et de pierres (substances); ces pierres et briques sont organisées d’une manière spécifique (elles ne sont pas empilées les unes sur les autres).

Comme principe et cause, elle est le principe qui concilie la chose avec elle-même; qui explique pourquoi les composants matériels de quelque chose deviennent une chose une.

Accident par soi: par exemple, le triangle est une figure géométrique à trois côtés, dont une propriété par accident est que la somme des trois côtés fait 180 degrés.

La quiddité comme analyse de l’unité de la chose en ses éléments et de leur articulation

Pourquoi une chose est ce qu’elle est? Il y a une pluralité au sein de la chose (les briques et les pierres de la maison; les organes et les os du squelette du corps humain; etc.).

La quiddité détermine la relation qui existe entre la matière et la forme. L’unité de la chose est donné par la quiddité; la manière dont la matière est articulée, selon un tout organisé, et qui forme une unité. Les parties prennent sens par rapport au tout, lequel a préséance sur les parties.

La raison d’être des parties se trouve dans la totalité; la totalité, c’est la forme, dont la matière fait partie.

La totalité (form), c’est bien sûr plus que la somme des parties (matière).

La forme est un modèle d’organisation. La forme préexiste à la forme de la matière.

Réfutation de l’hypothèse platonicienne: il est impossible de séparer les formes de leur chose. La matière à elle seule ne peut pas expliquer le monde.

Réfutation de l’opinion des physiologues: il est impossible de penser les choses sans leur forme.

La forme est un programme d’accomplissement, constitué de différentes parties et différentes étapes, et qui permet d’achever en elles une forme. La quiddité comme planification (parties, étapes) explique l’unité d’une chose, une unité que les composants matériels n’ont pas par eux-mêmes.

Retour sur la tension: réalisme empiriste vs théorie de la science

Pourquoi n,y a-t-il de science que de l’universel? De quoi l’universel est-il l’expression dasn un monde qui est fait de substances singulières? Où y a-t-il de l’universel, du connaissable, dans un monde composé de substances et de qualités? L’universel, pour Aristote, est l’expression d’une chose nécessaire; c’est une chose par soi, qui existe nécessairement (et non accidentellement).

L’objet de la science est le nécessaire, l’essentiel.

On peut en tirer deux conséquences:

Les caractères d’une personne (comme la couleur des yeux) ne sont pas nécessaires; ils n’introduisent aucune spécification véritable, nouvelle, susceptible d’être connue. C’est une variété accidentelle, dont la matière est la seule responsable.

Ce n’est pas une «vraie qualité» au sens qu’elle ne donne pas lieu à une «vraie différence».

Pourquoi la matérialité nous rend-elle inconnaissable? Parce que la matérialité a toujours à voir avec la virtualité; avec l’être en puissance, l’être en devenir. C’est ce en quoi l’être ne réalise pas complètement sa forme; cependant, on ne peut en donner aucune explication.

Dieu est un «individidu» pour Aristote; il est doté d’une existence déterminée, individuelle, bien que sans matière tout en étant parfaitement intelligible.

La matière peut être définie de façon négative: c’est ce qui vient limiter le pouvoir de réalisation de la forme. La matière peut être comprise comme un obstacle que la forme doit surmonter, mais en même temps ce par quoi elle se réalise. La matière fait à la fois obstacle et permet à l’être de se réaliser.

La substance comme forme est le principe d’unification dnas la substance composée, où matière et forme ne font qu’une seule chose. Cela suppose qu’il y ait dans la matière une aptitude à recevoir la forme.

Dans un être, des choses nécessaires se réaliseront, mais aussi des choses non nécessaires (accidentelles).

Du couple forme-mati’re au couple acte-puissance (H et Thêta)

Comment s’articulent matière et forme? Comment comprendre l’immanence de la forme à la matière? Comment expliquer que substance et forme ne font qu’une seule chose? Cela suppose qu’il y ait dans la matière une aptitude (puissance) à recevoir la forme.

De leur côté, la puissance et l’acte forment un modèle dynamique qui permet de comprendre comment la substance peut être une, tout en se transformant.

La forme est conçue comme un principe organisateur pour la matière, dont elle actualise les potentialités.

Comment comprendre la permanence d’une chose alors qu’elle se transforme?

La matière s’articule entre l’inderminé (matière) et le déterminé (forme).

La puissance et l’acte forment un modèle dynamique qui permet de comprendre commenet la substance peut être une, tout en se transformant.

Les livres H et Thêta partent de la tension entre les critères platoniciens de la substance et les critères aristotéliciens.

Le point d’aboutissement (vu la semaine prochaine) est le principe de l’antériorité de l’acte sur la puissance.

En quoi les notions d’acte et de puissance ne reproduisent pas simplement celles de forme et de matière?

L’unité de l’individu est relié à son principe de permanence et d’intelligibilité.

La notion d’«acte» est inventée par Aristote (la forme existe chez Platon, mais pas l’acte).

La substitution de la puissance à la matière autorise la réintégration du candidat matière que Z 3 avait éliminé.

L’acte n’est pas synonyme de la matière.

Considérer l’acte comme principe d’un devenir au terme duquel la matière sera pleinement déterminée par la forme. La forme sera pleinement réalisée par la forme, par la matière. À ce stade, la matière et la forme ne peuvent être pensés l’un sans l’autre.

Y a-t-il des ousiai séparées, et quelles sont-elles? À cette question, Z n’autorise qu’une réponse négative. Mais en refusant d’identifier pleinement l’ousia malista séparée de la forme, Aristote ne renonce pas à la déterminer autrement, à la déterminer comme acte.

La question se pose alors de savoir comment s’il ne peut y avoir de forme sans matière, il peut en revanche y avoir acte sans puissance.

Mouvement et composition du livre Thêta

Le mouvement est toujours inachevé; la fin d’une action ne s’obtient qu’au terme du mouvement; tant qu’il y a mouvement, la fin n’est pas réalisée (je ne suis pas sorti de cette salle tant que je n’ai pas arrêté de marcher). C’est pendant l’activité qu’on réalise la fin. L’activité est elle-même sa propre fin. L’exemple de la contemplation pour l’activité philosophique: contempler pour Aristote est un acte à part entière (on réfléchit, on fait de la philosophie); et on peut dire que l’acte de contempler, de penser est en elle-même sa propre fin; en se rendant compte qu’on effectue l’acte de penser, on a réalisé la fin de ce «mouvement» qui est sa propre fin (penser revient à réaliser automatiquement l’acte de pensée, alors que ce n’est pas le cas en marchant, alors qu’on n’a pas fini le mouvement tant qu’on n’a pas fini de marcher).

Modèle: Thêta 1-5 ou l’efficience expliquée par un modèle d’interaction «mécanique»

Il y a passage de la puissance à l’acte dès qu’il y a mouvement.

Comment le possible devient-il réel?

Le passage de la puissance à l’acte revient à affirmer le réel au détriment du possible. Il y a de l’être en acte, mais aussi de l’être en puissance (division ontologique). Le possible est une partie du réel.

Le processus de transition de la puissance à l’acte correspond à un rétricissement de l’extension des possibles, en même temps qu’un approfondissement ou enrichissement de la compréhension de l’être, une élimination progressive des innombrables éventualités de l’être. L’être en acte existe davantage que l’être en puissance. Ce qu’on perd en extension, on le gagne en approfondissement.

Devenir correspond à se différencier; mais en même temps, le parcours du devenir est déjà balisé par un horizon des possibles, défini par un genre que des contraires limitent en extension.

C’est toujours une opposition entre deux contraires: en puissance, on est à la fois malade et bien-portant; lorsqu’on est malade en acte, on rétrécit le champ des possibles (on est malade, mais pas en santé); l’horizon des possibles se réduit à mesure qu’on transforme de l’être en puissance vers l’être en acte.

L’être gagne ainsi en détermination, en consistance, puisque l’être en acte est plus que l’être en puissance. Le possible fait tout de même partie du réel: pour que quelque chose soit réel, il doit d’abord être possible.

Le futur, pour Aristote, est une conséquence du passé; cela existait déjà dans le passé comme être en puissance; ce qui existe dans le futur a déjà existé à l’état de puissance – il n’y a donc jamais rien de «nouveau».

Il y a de l’être en puissance qui n’existe pas encore, et qui n’existera peut-être jamais.

Lorsque nous naissons, nous ne sommes pas encore ce que nous sommes aujourd’hui; nous le devenons, nous devenons matures.

Ce que nous avons à être, ce que nous devenons, nous le devenons successivement; à mesure que nous actualisons des puissances, des possibilités. Ces possibilités existent en nous dès le départ.

On ne peut faire advenir à l’être quelque chose qui n’a pas déjà existé à l’état de puissance! Le parcours du devenir est a priori limité par un nombre d’actes en puissance, un nombre restreint de possibilités.

L’humain ne doit s’accroître qu’à sa mesure; il ne peut croître plus qu’il ne lui est possible de le faire; les limites de sa marge de progression sont a priori définis.

Distinction entre puissance active et puissance passive

La puissance, c’est simplement la faculté de devenir autre. Cette faculté se traduit toujours par un mouvement. On appelle puissance le principe du mouvement ou du changement chez un être par un être ou par un autre être.

Il faut donc eux pôles: un pôle agent et un pôle subissant.

L’auto-affection n’est pas possible; on ne peut s’administrer soi-même un effet.

Une puissance active ne peut produire son effet que dans un sujet qui a la disposition de recevoir cet effet (en puissance passive).

La puissance active est «un principe de mouvement ou de changement dans un autre ou dans la même chose en tant qu’autre» (Delta 12, 1019a15; Thêta 1, 1046a10).

Dans le cas d’un médecin qui se guérit lui-même, c’est en tant que médecin (et non en tant que malade) qu’il s’administre les effets de sa guérison; il y a une division au sein de l’individu: une part de l’individu est médecin, une autre part est patient, ce qui permet à Aristote de sauver son principe.

La puissance active a pour corollaire une puissance passive qui réside dans le sujet du changement, et qui rend ce sujet apte à subir tel changement déterminé.

La puissance passive et la puissance active sont es relatifs (brûler/être brûlé), qu’on ne distingue plus quand elles sont en acte.

Deux choses sont retenues de ce premier développement (deuxième vue plus loin):

C’est pourquoi, en tant qu’être est une unité organique, il ne peut se faire éprouver à lui-même aucune modification, car il ets un, et non pas autre que lui-même. (Thêta 1, 1046a28)

Le médecin qui se soigne lui-même fait l’expérience de sa propre altérité.

Puissances rationnelles et puissances irrationnelles; puissances innées et acquises

Dans Thêta 2 et Thêta 5, Aristote note que les puissances irrationnelles résident dans les êtres inanimés, les puissances rationneelles qui résident nécessairement dans les êtres animés, et plus particulièrement dans l’âme rationnelle des êtres rationnels.

Les puissances irrationnelles (alogos) sont aussi le fait des êtres rationnels qui ne possèdent pas seulement des puissances rationnelles.

La deuxième règle obtenue:

L’élément déclencheur est simplement le désir.

Dès que les conditions extérieures sont réunies, il y a actualisation de la puissance; le mouvement se réalise nécessairement.

Les puissances rationnelles sont puissances de contraires, et dont le désir décide d’orienter l’activité.