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Introduction

Note : il est important d’employer un argument valide (le simple fait qu’il s’agisse d’un «argument» ne suffit pas à justifier l’argument comme tel).

Les fonctions du langage et les formes du discours

Exercice :

Ex. Enseigner; donner le cours de logique 1.

FonctionVerbe
Boireavoir une date au restaurant
ÉcrireNormaliser le langage; pérenniser un discours
Pleurerêtre ému devant une pièce de théâtre
simplifierAbstraire quelque chose
écouterAssister à un cours de logique 1
communiquerPartager quelque chose avec quelqu’un
NommerDonner un nom à quelque chose
identifierdonner un nom à quelque chose
créerMettre en vie une réalité
définirCirconscrire des concepts
se peignerprendre soin de son ethos
se vêtirprendre soin de son ethos
convaincrepersuader
décrire
Clarifier
Synthétiserabstraire
Analyserdécortiquer une situation, modulariser ses concepts
ConnecterCréer des relations logiques
jouerjouer avec les mots, la poésie
critiquer
Raconterraconter des histoires
promettrefaire des promesses
Qualifierdonner une qualité, une propriété
expliquer
abstraire
Bullshiter

Quelques formes de discours

Raconter : un ensemble d’énoncés qui relatent une histoire, une suite d’événements (généralement dans un ordre temporel).

Décrire : une suite d’énoncés qui rapportent l’état d’une situation à un moment spécifique.

Illustrer : une suite d’énoncés qui exemplifient une affirmation générale.

Expliquer : une suite d’énoncés qui explicitent les causes d’un événement. *(Pourquoi est-ce que quelque chose est arrivé? Parce que…)*

Argumenter : une suite d’énoncés qui, par la présentation de données et de raisons pertinentes, tentent de justifier rationnellement une affirmation.

Exercice

Si la peine de mort réduit la criminalité, alors elle est justifiée. Des études ont montré que la peine de mort ne réduit pas la criminalité. En conséquence, elle n’est pas justifiée.

Est-ce un argument?

Oui; c’est une tentative de justification.

Est-ce un bon argument?

Pourquoi?

Une forme et une fonction spécifique du langage : l’argumentation

Il y a, dans certaines utilisations du langage, certaines expressions qui ont un rôle particulier : elles établissent des liens entre des expressions, entre des affirmations.

Ces liens, ces connexions ont une nature particulière : elles permettent à la vérité, si elle existe, de circuler d’une affirmation à l’autre, et donc, de montrer comment la vérité de certaines affirmations se transmet à d’autres affirmations.

Ce sont des liens logiques.

La logique

La logique est l’étude des liens déductifs entre des affirmations ou des énoncés.

… ces vérités me paraissent, si je peux dire, tenir l’une à l’autre et former une chaîne. Et si je peux dire encore quelque chose d’assez prétentieux, ces vérités sont enchaînées les unes aux autres au moyen d’arguments de fer et de diamant. Or ces arguments, si je dois me fier à l’impression que j’ai eue jusqu’ici, tu ne vas pas pouvoir les rompre, ni toi, ni quelqu’un d’autre, encore plus impétueux que toi. Il est donc impossible d’avoir raison en disant le contraire de ce que je dis maintenant.

(Platon, Gorgias, 508e-509a4)

Exemple d’argument très fort, où on oblige à tenir la même conclusion (sinon, on ne s’entend pas, on n’est pas sur le même terrain de jeu), sans quoi on s’opposerait à la rationalité même.

Platon emploie des métaphores (des chaînes, de fer et de diamant, qu’on ne peut rompre, etc.) et il essaie de capturer les propriétés des arguments.

Platon formule quelque chose de nécessairement vrai; les concepts imposent une conclusion, qui ne pourrait être autrement.

Peut-on faire une analyse de ce qu’est un argument?

Peut-on expliquer les propriétés des arguments, en particulier ce que les rend nécessaires?

Comment analyser un argument?

Pour ce faire, il faut construire une théorie de l’argumentation.

Comme dans toute construction d’une théorie, il faut simplifier, abstraire, construire des modèles et mettre la théorie à l’épreuve.

Il faut choisir le bon modèle; choisir le mauvais modèle peut nous mener à croire que l’argument est erroné, alors que ce n’est pas nécessairement le cas.

C’est Aristote qu’a présenté la première théorie de l’argumentation. Ensuite, il y a eu les Stoïciens. Après, il a fallu attendre approximativement 2000 ans avant qu’une véritable théorie fasse son apparition!

Qu’est-ce qu’un argument?

Nous voulons souvent convaincre les autres. Il existe différentes manières de convaincre.

Exemple : par la force, les coups, la torture, les menaces, le harcèlement, le chantage, etc. (Cela ne nous intéresse pas dans le cadre du cours.)

Les seules règles que l’on devrait utiliser en démocratie pour convaincre sont celles de l’argumentation.

Lorsque nous utilisons le langage (ou les médias) pour convaincre, nous touchons au domaine de la rhétorique (la rhétorique ne nous intéresse pas dans ce cours).

Un argument, dans son sens le plus large, est une forme linguistique de persuasion qui repose sur la présentation de raisons de données qui ont pour but de justifier ou de défendre une affirmation.

Un argument, dans son sens restreint (c’est ce sens qui nous intéresse), est une suite de propositions ou d’énoncés qui comprend :

  1. Une ou plusieurs prémisses, et;
  2. Une conclusion.

Le rôle des prémisses est de justifier la conclusion, de nous amener vers des conclusions que nous devrions accepter.

Dans son sens restreint, un argument prétend établir la conclusion sur la seule base des prémisses : il existe une relation logique entre les prémisses et la conclusion et c’est cette relation qui lie les deux parties.

Exemples :

La notion d’énoncé déclaratif

Un énoncé déclaratif est un énoncé qui a la possibilité d’être vrai ou faux, c’est-à-dire un énoncé auquel une valeur de vérité pourrait être assignée.

Exemples :

Attention aux énoncés performatifs. Exemple : je vous déclare mari et femme.

Énoncé de valeur : «Cette toile est laide» [beurk].

L’analyse logique repose sur la supposition que tout énoncé déclaratif a une valeur de vérité immuable, c’est-à-dire indépendante du contexte du locuteur, etc.

Exemples :

Identification des prémisses et de la conclusion

Mise en garde : en général, un texte qui présente un argument contient des indices, des marqueurs qui nous permettent d’identifier :

  1. Exemples de marqueurs qui annoncent des prémisses : «puisque», «étant donné que», «supposons que», «parce que».
  2. Exemples de conclusion : «donc», «ainsi», «…».

Mise en garde : les indicateurs ne sont pas toujours présents.

Exemple :

Produire et conserver sont l’acte perpétuel de la puissance; elle n’agit point sur ce qui n’est pas; Dieu n’est pas Dieu […]

Rousseau

Les indicateurs ont d’autres fonctions que des fonctions logiques :

Exemple : c’est ainsi qu’il a été compris. Difficile d’y entendre autre chose.

La forme standard

La forme standard (ou la forme normale) est un mode de présentation des arguments. Il est recommandé de toujours présenter les arguments de cette manière (même en dehors du cours).

Un argument composé de n prémisses en forme standard :

1. Première prémisse
2. Deuxième prémisse

...

n. nième prémisse.
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C. Conclusion

La forme standard : exemple

L’argument en langue naturelle :

Si la peine de mort réduit la criminalité, alors elle est justifiée.
Des études ont montré que la peine de mort ne réduit pas la criminalité.
En conséquence, elle n’est pas justifiée.

L’argument en forme standard :

1. Si la peine de mort réduit la criminalité, elle est justifiée.
2. Des études ont montré qu'elle ne réduit pas la criminalité.
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C. En conséquence, la peine de mort n’est pas justifiée.

Quelques règles à respecter pour écrire un argument en forme standard

La force d’un argument

La relation entre les prémisses et la conclusion s’appelle la relation de conséquence.

La force logique d’un argument dépend de la force de la relation de conséquence. Il faut que les prémisses justifient la conclusion.

Exemple d’une relation forte

1. Tous les professeurs d'université sont ennuyants.
2. Tous ceux qui aiment faire de la recherche sont des professeurs d'université.
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C. Tous ceux qui aiment faire de la recherche sont ennuyants.

Exemple d’une relation faible

1. À ce jour tous les films réalisés par le réalisateur X ont été de grands succès
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C. Le prochain film que X réalisera sera un grand succès.

Exemple d’une relation nulle

1. Les bananes sont mûres
2. Les murs sont jaunes
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Les bananes sont jaunes.

Identifier les arguments dans la langue vernaculaire

Il est parfois très difficile de déterminer si un passage est un argument.

Principe de charité : lorsqu’on construit un passage donné sous la forme d’un argument, il est préférable de lui donner la plus grande force possible, à la lumière des indications contenues dans le passage. En d’autres mots, il faut reconstruire l’argument qui semble capturer l’intention de l’auteur.