Notes scénographiques
Les répliques doivent être données à voir de manière claire , mais aussi en correspondance formelle avec le propos de la pièce, d’où le recours aux écrans et aux projections.
Début de la scène.
Noir. La scène doit être complètement plongée dans la pénombre. Aucun élément visuel ou scénographique ne doit préfigurer à l'action qui suivra. L'espace scénique doit être le plus vide possible, et ce avant même le début de la représentation.
Les programmes remis aux spectateurs devront être épurés au maximum pour ne contenir que les informations strictement nécessaires (titre de la pièce, noms des membres de l'équipe de production, partenaires financiers) sans comporter aucun élément concret de la représentation. Idéalement, on ne remettrait au public que des cartons noirs vierges.
Le public est maintenu dans le silence pendant quelques instants, afin de bien le désorienter. Une introduction musicale d'environ cinq minutes le transportera dans un univers sonore totalement abstrait, dépourvu de références à des lieux ou à des objets existants (bien que les spectateurs soient libres de faire les liens dans leur tête).
Lorsque l'introduction se sera retirée, les spectateurs seront de nouveau enveloppés de silence. L'éclairage fera doucement apparaître une conversation ayant lieu dans un terminal informatique. Cette conversation a bel et bien lieu en temps réel (on ne peut simplement se contenter d'afficher une capture d'écran ou une illustration factice). Les personnages qui ont cette conversation sont bien réels, mais leur identification doit être impossible : leur passé, leur âge, leur sexe, leur condition, leur statut socio-économique, leur apparence physique (grandeur, tour de taille, musculature, cheveux, couleur de peau, pilosité), leur emplacement physique, leur origine ethnique ou géographique -- rien de leur identité ne doit pouvoir être déterminé, et ce à tout prix.
Pourquoi Louis XVI détestait-il la cuillère?
Commentaire
Les personnages confirment leur appartenance par une série de phrases de passe.
Louis-Olivier Brassard
Sans doute avait-il appris cela à l'école.
Vous faites erreur. C'est le coq qui lui a dit.
Le mulet lui a justement confirmé.
Vous paraissez bien être mon destinataire.
Le terminal informatique
Les répliques doivent être clairement données à voir, notamment au travers du dispositif technique du terminal informatique, lequel n’illustre que des échanges textuels (et cryptographiquement sécurisés). La technologie minimale doit être favorisée.
(Un moment.)
Un silence s'insère dans la conversation,
un silence d'xactement huit secondes.
Coup de feu, puis à nouveau un silence.
La déflagration de l'ego vous a-t-elle étonné?
C'était d'ailleurs très prévisible.
D'autant plus que les tyrans l'ont vue venir, cette déflagration énorme.
Qui sait s'ils étaient visionnaires
Ou s'ils ont simplement tiré profit de leur oligarchie?
Qu'importe le désir ou l'ambition; ils ont eu la fin.
Nous survivons, comme nous le pouvons.
L’abstraction des personnages
La statue pourrait être utilisée comme mode de représentation (matériau tiré de la couverture du 76e numéro de L’inconvénient ).
Que distinguez-vous de la survivance?
J'ignore s'il y a une différence.
L'essentiel, c'est de pouvoir poursuivre nos activités.
C'est toujours mieux que pas de liberté du tout.
Une existence réduite à un moule prévisible.
La pensée ne voit même plus qu'elle est enfermée
Remarques sur les personnages
Dans une minuscule cellule
Si petite qu'aucun trait, aucun caractère
Sous peine d'être censurée
Les coordonnées, la vitesse et la direction
Commentaire
Quelques idées d’extraits musicaux :
Jean-Michel Jarre – The Time Machine
Gilles Gobeil – Voix blanche
Marc Hyland, Création «1920»
Luc-André Marcel – L’oiseau dans la barbarie
Avec une précision déjà prédite
Par les avares de données
Et leurs esclaves d'algorithmes
Évincé par des moyens à la fois
Chirurgicalement impeccables
Et matériellement grossiers
D'excavation de la boîte crânienne
Aux femmes, aux vieillards, aux enfants
Extrait audio
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Titre :
Voix blanche
Auteur :
Gilles Gobeil
Ces innocents êtres remplis de sagesse
Dont l'ignorance du système les a trahis
Système qui les a enterrés
Au cours de ce monologue, la musique a tranquillement, voire impercetiblement commencé à s'installer et à prendre un volume croissant.
Dont ils ne soupçonnaient pas l'existence
Qui pourtant les observait depuis des années
Notes sur l’univers sonore
Embrassant plus que quiconque
Même les plus proches parmi leurs proches
Les embrassant plus qu'eux-mêmes
Puisque l'observateur doit prendre une distance
Our Origin – Armin Van Buuren
Pour le saisir avec objectivité
Ces femmes, ces vieillards, ces enfants
Observés, compris, et manipulés
À la guise de leurs ravisseurs
La musique doit avoir atteint un volume assez élevé.
Des éléments sonores abstraits peuvent s'insérer à tout moment, comme des bruissements passagers ou des fracassements violents. La livraison du texte doit cependant demeurer intacte.
Les éclairages (tout en donnant à voir les répliques) peuvent alterner dans ce qu'elles révèlent dans l'espace scénique : elle peuvent montrer des formes, produire des effets de composition purement lumineux (sans renvoyer à autre chose qu'aux jeux de lumière eux-mêmes), faire apparaître et disparaître des éléments visuels, mais toujours détachés de leur fond et à différents endroits sur la scène (la spatialté doit être dépourvue de tout repère, ou alors ceux-ci doivent être contredits par une réorganisation de la scène qui, par la pénombre, échappe au spectateur).
Dans une chronologie inversée
Notes sur l’univers sonore
Par le piège dans lequel il a été élevé
De corporations extractives
Notes sur l’univers sonore
Exploité toute l'humanité
De ces structures organiques
Désormais privées du souffle métaphysique
Qui défiaient autrefois l'enchaînement mécanique
À la loi de la gravitation universelle
Remarques sur l’éclairage
(Un temps.)
L'achèvement des répliques de K est suivi d'un silence d'au moins huit secondes. Une prestation purement abstraite combinant un jeu d'éclairages et un univers sonore s'ensuit, la plus naturellement possible. S'il y a des projections vidéo, celles-ci ne doivent en rien illustrer figurativement les propos des personnages. Elles ne doivent pas non plus paraître confrontantes (comme certaines formes de glitch art, dont l'esthétique brutaliste peut être déplaisante).
Le spectateur doit pouvoir, pendant ce temps, réfléchir librement à ce qu'il vient d'entendre; la scénographie ne doit pas l'empêcher de se plonger dans la rêverie (les éclairages et le son sont ici tout à fait facultatifs à l'attention du spectateur, qui n'est pas tenu de lse apprécier).
Notre échappatoire réside dans notre rigueur.
Notre existence est phénoménologiquement
Limitée par ces moyens de communication
Dans lesquels la pensée peut se déployer librement
Commentaire
Lorsqu’un troisième personnage se joint à la discussion, il faut à nouveau procéder à une série d’échanges cryptographiques afin de valider l’identité.
Louis-Olivier Brassard
Une colombe ajoute sa voix.
Les perdrix se prosternent.
À ce moment, une constellation stroboscopique signale un changement, un instant de transition pendant lequel un nouveau personnage est introduit. La bande sonore, si elle est présente, doit se faire discrète, en respect vis-à-vis des éclairages.
Et à cet instant, le chasseur meurt de jalousie.
Un temps, d'exactement huit secondes, suit l'introduction de cette nouvelle réplique. On fera dès lors jouer un extrait de L'oiseau dans la barbarie. Les éclairages, s'ils sont présents, doivent être discrèts et évoquer une impression de flottement, en déférence aux virevoltements musciaux.
Extrait audio
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Titre :
Danse de l’oiseau dans la barbarie
Auteur :
Luc-André Marcel
Bienvenue, F.
Les projecteurs auront affiché un indicateur visuel (sur le terminal informatique, si celui-ci est présent dans la scénographie, ou sous forme d'un éclairage ponctuel). Un motif sonore peut accompagner cet indicateur.
L’identité des personnages
Vos mots seront d'un apport précieux à la discussion.
Discussions.
Un crescendo sonore donne place à un mélange hétérogène de sons. On assiste à l'accélération de toutes les activités qui ont déjà eu lieu sur scène (jeux d'éclairage, affichage des répliques, mélange de sonorités, rythme croissant de la musique).
Une expérience multisensorielle (mais toujours sans perdre son caractère abstrait) s'ensuit, progressant vers une accumulation saturante, à la manière d'un «cluster». La chute doit être brutale et se traduire sémiotiquement par une atmosphère de l'urgence (en occident, on aura par exemple recours sans économie de moyens à la couleur rouge pour traduire cette urgence).
MAYDAY MAYDAY MAYDAY
À partir de cet instant tous les messages qui suivent ne sont plus encryptés.
LA CHAÎNE CRYPTOGRAPHIQUE A ÉTÉ BRISÉE
CETTE COMMUNICATION EST DÉSORMAIS COMPROMISE
Un message non encrypté doit être mis bien en évidence (sans que son contenu ne soit nécessairement révélé; il peut être signalé comme une anomalie très ponctuelle, à la manière d'une microscopique tumeur dans un tissu corporel sain).
Fin de la scène.
Un univers sonore ponctué de violence, de silences et de douceurs enveloppe les spectateurs une dernière fois pendant quelques minutes (cinq tout au plus). Les éclairages s'estompent peu à peu, tandis que la musique, dont le montage sonore très complexe rend l'isolation des différentes composantes virtuellement impossible, occupe une place croissantie jusqu'à ce qu'elle se retire.
Il ne doit subsister aucune trace de la représentation (ni lumières, ni accessoires, ni comédiens). L'effacement doit être total -- sauf l'impression marquée dans l'esprit des spectateur de leur parcours expérientiel.
Écrit par Louis-Olivier Brassard.
Pour une pratique similaire, voir le projet d'Antoine Fauchié, *Chemin* :
https://www.quaternum.net/chemin
Les commits ont été signés par les personnages.
Chaque commit comporte une signature cryptographique, laquelle certifie que le texte a bel et bien été écrit avec cette identité.
Publication hébergée par Louis-Olivier Brassard.
Sur une micro-infrastructure à faible empreinte écologique.